Avec la réémergence du 3D est venu un accord tacite dans l’esprit de bien des gens confinant ce «genre de films» au créneau du cinéma populaire (blockbusters à effets spéciaux, animation avec voix de vedettes, horreur de série B, etc.). L’on se disait que les autres films, ceux «qui comptent», échapperont évidemment à cette mode éphémère et nuisible. Mais le 3D n’est manifestement pas que de passage et la réalité est bien plus complexe que les puristes aimeraient le croire.
Martin Scorsese, une des voix les plus conséquentes dans le milieu du cinéma d’auteur, vient de donner une vigoureuse bénédiction au 3D. Il a vanté la technologie dans une longue entrevue accordée au Guardian :
Chaque plan réinvente le cinéma – la manière de raconter une histoire avec l’image. Maintenant, je ne veux pas dire qu’on se doit de constamment lancer des javelots à la caméra, on ne doit pas l’utiliser comme un gadget, mais c’est libérateur. Il s’agit littéralement d’un Cube Rubik à chaque fois qu’on conçoit un plan, et qu’on essaie un mouvement de caméra ou de grue. Mais on y trouve une certaine esthétique aussi. Les gens ressemblent à… des statues mouvantes. Ils bougent comme des sculptures. Comme des danseurs…
Scorsese se trouve présentement à Paris où il est en train de tourner Hugo Cabret, le récit d’un garçon qui rencontre Georges Méliès, un pionnier du cinéma et, surtout, des effets spéciaux. Et c’est pour renvoyer à cet esprit d’innovation que le réalisateur de Taxi Driver et de Raging Bull épouse le 3D; la forme doit toujours soutenir le fond.
Pour Scorsese, le 3D s’apparente d’ailleurs au cubisme, mouvement qui selon lui a été une réponse à l’avènement du cinéma. Son approche à Hugo Cabret est donc ancrée dans la compréhension d’un certain cycle artistique. Comme le soutient le Guardian : «L’incursion de Scorsese dans la stéréoscopie moderne rappelle ironiquement la naissance du cinéma, et le moment que l’image en mouvement est devenue la principale forme d’art du 20e siècle».
En ce qui me concerne, le 3D n’est aucunement un obstacle à l’intégrité artistique du cinéma. Ça me rappelle un peu le débat qu’il y a eu lors de l’émergence des blogues, comme quoi cette nouvelle technologie allait détruire le «vrai journalisme». N’importe quoi. Le blogue, comme le 3D, n’est qu’un support et, au bout du compte, c’est le contenu qui détermine la valeur de l’article ou du film.
Le 3D ne sera réellement intégré au cinéma que lorsqu’on cessera d’en faire mention. Et, pour cela, il faudra aligner plusieurs oeuvres de qualité qui, paradoxalement, vont réussir à nous faire oublier la technologie en question. Le seul film en 3D qui m’a donné cette impression jusqu’à présent est Avatar (ma critique ici) qui, malgré son gigantisme, présentait des effets relativement subtils, donnant en fin de compte une expérience très digeste. On espère maintenant que Scorsese saura nous convaincre de la pertinence du 3D vis-à-vis du «cinéma qui compte».
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