Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 9 novembre 2010 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (23)

    Un Oscar pour un truand de 95 ans

    eliwallach4

    Eli Wallach, qui fêtera ses 95 ans le 7 décembre prochain, recevra le 13 novembre un Oscar honorifique pour l’ensemble de sa carrière. L’Académie célébrera «le caméléon exemplaire, campant aisément une large gamme de personnages, tout en apposant son étampe inimitable sur chacun de ses rôles». Wallach partagera l’honneur avec Jean-Luc Godard – in absentia – ainsi que l’historien Kevin Brownlow. Francis Ford Coppola sera également présent pour accepter le Irving G. Thalberg Memorial Award.

    S’étant bâti une solide réputation sur les planches, Wallach a fait partie de la première vague de method actors – notamment James Dean, Marlon Brando, Karl Malden – à déferler sur Hollywood dans les années 1950. En raison de son apparence «exotique», l’acteur juif originaire de Brooklyn, qui a joué dans plus de 90 films, s’est spécialisé dans des rôles de méchants, souvent dans des westerns. Son personnage le plus connu, et de loin, est celui de Tuco, le «truand» dans The Good the Bad and the Ugly (1966) de Sergio Leone.

    Dans son portrait sur son grand-oncle Wallach, A.O. Scott du New York Times décrit avec justesse la particularité du style de l’acteur :

    Avec Eli, il y a une qualité espiègle et futée, pas exactement un clin d’oeil conscient, mais une délectation palpable envers le pur plaisir de jouer. Il a parfois poussé cela au bord de l’exagération, et au moins une fois est passé par-dessus pour créer quelque chose de tout à fait glorieux.

    C’était dans The Good the Bad and the Ugly, où, en tant que partenaire et victime de Clint Eastwood, il s’est transformé en un archétype explosé du western: un personnage de dessin animé, un pistolero sentimental, un bouffon saint, et un personnage destiné à être cité ausi longtemps que les gens regarderont des films.

    > En vidéo : la visite d’A.O. Scott dans l’appartement de Wallach à Manhattan

    (Im)mortels

    Même s’il est bientôt centenaire, Wallach n’a pas pris sa retraite pour autant. Il a été nominé aux dernier gala des Emmy pour son rôle dans la télé-série Nurse Jackie. Au cinéma, cette année, il a fait deux apparitions remarquées : dans The Ghost Writer de Roman Polanski et dans Wall Street : Money Never Sleeps d’Oliver Stone. Selon cet article de Vanity Fair, il mériterait un Oscar pour son rôle d’un banquier dans le film de Stone.

    Je trouve qu’il y a quelque chose d’attendrissant de voir à l’oeuvre ces acteurs très âgés, toujours actifs, comme Ernest Borgnine (93 ans), Christopher Plummer (80 ans) ou l’éternel Max Von Sydow (81 ans), qui m’a tellement ébranlé dans Le scaphandre et le papillon (2007). Cette manière qu’ils ont de concilier leur image d’immortels du grand écran et de mortels dans le crépuscule de la vie rend leur interprétations si intéressantes. Le jeu semble plus net, plus épuré, plus authentique, en fin de compte, plus vivant.

    À ce titre, je retiens deux performances bouleversantes sur le thème de la mort qui, incidemment, se sont avérées de remarquables chants du cygne. Jason Robards (1922-2000) dans la peau d’un riche patriarche cancéreux dans Magnolia de Paul Thomas Anderson et, surtout, Richard Farnsworth (1920-2000) dans le rôle d’un retraité invalide qui traverse deux États en tondeuse afin de rendre visite à son frère mourant dans The Straight Story de David Lynch.

    ***

    Pour revenir à notre sujet principal, voici une scène de Baby Doll (1954) d’Elia Kazan. Il s’agit pour Wallach de son premier film ainsi que de son préféré de sa propre filmographie.

    Pour en savoir plus :

    > Un portrait de Wallach du Los Angeles Times se penchant sur sa carrière théâtrale


    • Il fut également un des trois interprètes de Mr. Freeze de la série Batman, après George Sanders et Otto Pleminger (”WILD!!!”).

    • Eh bien, il faudrait lui trouver un rôle dans la prochaine comédie satirique de son aîné Mario Monicelli, qui tourne toujours à 96 ans !

    • J’ajouterais à la liste des mémorables chants du cygne d’acteurs hollywoodiens au crépuscule de leur vie celui d’Edward G. Robinson (alors âgé de 80 ans) qui, dans le futuriste SOYLENT GREEN (1973), s’éteint tranquillement au son de la Symphonie pastorale de Beethoveen tandis qu’il admire une dernière fois les images magnifiques d’un monde qu’il a connu mais qui n’existe plus … Inoubliable !

      Tout à fait! Comment ai-je pu oublier! -js

    • Buster Keaton dans Film de Samuel Beckett

    • Du coté du Québec, la performance de Roger Lebel dans Un zoo la nuit est particulièrement émouvante.

    • Lillian Gish dans A Wedding de Robert Altman, bien qu’elle ait joué dans quelques autres films par la suite.

    • Hélas, le contraire est aussi fréquent : bon nombre d’acteurs se compromettent sur la fin car ils préfèrent jouer dans n’importe quoi plutôt que de ne pas jouer. Olivia de Havilland dans ‘The Swarm’, ça donne un choc. Lee Marvin en faire-valoir de Chuck Norris dans “Delta Force”, c’est dur à prendre. Par contre James Coburn dans “American Gun” (2003), c’est la splendide sortie d’écran que cet acteur sous-utilisé méritait. Ça arrive, de temps en temps…

      Au rayon des agonies, je n’oublierai pas de sitôt le hara-kiri de Toshirô Mifune dans “La Mort d’un maître de thé” (1989).

      Merci pour la suggestion de American Gun. Jamais entendu parler. Si Coburn offre la moitié de sa performance dans Affliction, on est en voiture! – js

    • Et rappelez-vous de la présence impressionnante de Julian Beck (fondateur du Living theater) dans Poltergeist II qui se savait condamné et qui mourut du cancer avant que le film ne sorte en 1986.
      Concernant le sympathique Eli Wallach, outre ses lazzis dans The Good, the Bad and the Ugly, je retiens aussi sa prestation dans le film “maudit”, The Misfits, de John Huston, et la fameuse scène de l’éclair au chocolat dans The Godfather III de Coppola avec Talia Shire (Hé, c’est vrai, il y aussi Lee Strasberg dans ce dernier film, un autre disparu…).

    • En fait, est-ce que c’était bien des éclairs au chocolat ou juste des petits gâteaux? On verra ça à la soirée des Oscars…

    • Y’avait un ptit role dans Tough guys avec Kirk Douglas et Burt Lancaster, y’était drole.

      http://www.youtube.com/watch?v=t0s21WMp298

    • Sur une note plus légère, dans le film “Money Never Sleep” où Wallach incarne un vieux routier de la finance, on peut entendre au passage la sonnerie du portable de Shia LaBoeuf qui reproduit les notes de la musique de Ennio Morricone composé pour le film “The good…” Clin d’oeil interessant…

    • “When you have to shoot, shoot, don’t talk”

    • Un clin d’oeil à Eli Wallach,

      Quand Tim Wallach jouait au 3e but, pour les Expos de Montréal, ses coéquipiers lui avaient donné le surnom d’Eli…

    • jossd, petite confusion: Lee Strasberg était dans The Godfather Part II. Il est décédé en 1982, il aurait difficilement pu être dans le 3e film! :-)

      J’ai toujours beaucoup de plaisir à voir Eli Wallach à l’écran, un de mes acteurs préférés, un peu oublié du grand public… Cet homme dégage une telle énergie et un tel plaisir de jouer… Un grand maître. 95 ans! Wow!

      Je me souviens du sourire que j’avais eu en le voyant apparaître, dans un petit caméo, dans Mystic River… le plaisir de voir un acteur dans un film lorsque l’on ne l’y attend pas, je comparerais ça à croiser un vieil ami sur la rue…

    • Sacrée gueule. Il le mérite bien. Ceci dit la distribution était géniale. Lee Van Cleef est aussi génial. Eastwood on n’en parle pas. C’est aussi dans un des trois films qu’on remarque l’acteur Klaus Kinski dans un rôle secondaire. Je ne peux me rappeler lequel.
      Génial.

    • @ aldoushuxley

      « C’est aussi dans un des trois films qu’on remarque l’acteur Klaus Kinski dans un rôle secondaire. Je ne peux me rappeler lequel. »

      Per qualche dollari in più (”Et pour quelques dollars de plus”).

      « Le monde est petit », dit Van Cleef. « Oui. Et très, très méchant », répond Kinski.

      Rappelons que le rôle de Tuco fut d’abord offert au grand Gian-Maria Volontè, qui déclina à cause du tournage de ‘À chacun son dû’ et ‘Les Sept frères Cervi’. (Avant d’accepter un personnage assez proche dans ‘El Chuncho’, western de Damiano Damiani que j’ai également (et… refrain !) ici sur DVD Zone 2 en français.)

    • Merci, Mrthebunny, M. Actor s’studio était bien dans The Goodfather II.
      Je crois qu’on avait juste utilisé son dentier dans la partie III…

    • Gloria Swanson dans Sunset Boulevard. Était-ce son dernier rôle. Assez époustouflant, comme performance sur la difficulté de vieillir devant une caméra.

      Ready when you are, mister DeMille…

    • Concernant G. Swanson, ce n’était pas son dernier rôle. On la verra même quelques années plus tard dans un sequel de Airport où elle incarne… Gloria Swanson. Sans blague! Bien d’accord avec toi, c’était une performance remarquable dans Sunset Blvd.

    • Bravo pour Eli Wallach. C’est pleinement mérité. Certains acteurs ont fait de belles sorties pour leurs derniers films. Ils y en a des bons dans les choix suggérés. Edward G Robinson demeure mon préféré. Très beau chant de cygne pour un dernier tour de piste. D’autres acteurs qui ont fait des derniers films intéressants il y a : James Cagney dans Ragtime (1981), John Wayne dans the Shootist (1976) Peter Finch dans Network (1976), Peter Sellers dans being there(1980- bon bon ce n’est pas son dernier mais on peut oublier l’affreux Dr Fu manchu) Clark Gable dans The misfits (1961) et si on va un peu plus loin Bogart dans the harder the fall (1956) alors qu’il se savait atteint du cancer…

    • delarco merci!

    • Y’a aussi Vincent Price dans Edward Scissorhand qui est mort peu après.

    • @ Luc_Dubois

      « Gloria Swanson dans Sunset Boulevard. Était-ce son dernier rôle ? »

      J’ai envie de répondre : malheureusement, non ! Elle aurait donc dû s’arrêter là ! Car j’ai ici sur DVD en français ‘Les Week-ends de Néron’ (1957) avec Alberto Sordi en Néron, Gloria Swanson en Agrippine, Vittorio de Sica en Sénèque et Brigitte Bardot en Poppée. Et croyez-moi, malgré la présence du grand Rodolfo Sonego dans le pool de scénaristes et de Mario Bava aux effets spéciaux, c’est vraiment pas fort. Bon, je me suis amusé quand même, mais je suis un fan fini de comédie italienne, alors il ne faut pas se fier à ça. Et puis cette farce est de Steno, réalisateur qui – d’après ce que j’ai pu comprendre – manquait souvent de pogne avec les acteurs. Résultat : Sordi et De Sica surjouent tandis que Bardot minaude, alors c’est encore la grande Gloria Swanson qui performe le mieux ! Sa reine Agrippine jase de meurtres, poisons et serpents avec une certaine saveur. Cela dit, je ne vous le recommande pas.

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