Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à lapresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Jeudi 21 octobre 2010 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Commentaires (63)

    Cinéma québécois, cinéma de la misère…

    vincent_willem_van_gogh-depression

    Une journaliste de la CBC, Patricia Bailey, tente de comprendre dans cet article «Pourquoi est-ce que les films québécois contemporains sont si déprimants». Elle utilise comme pièces à conviction quelques titres récents comme 10 1/2 de Podz, Curling de Denis Côté, Route 132 de Louis Bélanger, Trois temps après la mort d’Anna de Catherine Martin et À l’origine d’un cri de Robin Aubert; un fameux assortiment de larmes, de crises, de silences inconfortables et de paysages gris.

    Bailey identifie l’isolation sociale comme générateur principal des intrigues en question :

    Beaucoup de personnages dans ces films semblent à la dérive, sans les les ressources spirituelles et émotionnelles nécessaires pour connecter aux autres. En conséquence, ils font face à la mort, à l’alcoolisme, aux abus sexuels, au suicide et à la maladie; leur douleur amplifiée par leur solitude.

    Selon Denis Côté, dont le nouveau film, Curling, raconte l’histoire d’un père qui retient sa fille à la campagne pour la protéger du monde extérieur, la récurrence du thème de l’isolement s’explique entre autres par la spécificité culturelle du Québec :

    Plus je voyage, plus j’observe que le Québec est refermé sur lui-même. C’est ce qui nous rend intéressant, mais je crois que parce qu’on est entouré d’anglophones, nous avons une peur de l’Autre. Nous sommes obsédés par l’idée que nous allons être envahis par des étrangers. C’est ce qui nous rend peut-être craintifs du monde extérieur.

    Dans sa chronique d’aujourd’hui, Marc Cassivi se penche également sur la relation entre la réalité québécoise et cette grisaille qui affecte son cinéma :

    Pourquoi la détresse? Pourquoi le cinéma québécois tire plus souvent vers le gris d’un Kaurismäki que vers le rouge écarlate d’un Almodovar? Pour toutes sortes de raisons, qui tiennent autant à notre histoire (entre autres cinématographique) qu’à notre situation géographique et géopolitique. Le Québec, toutes proportions gardées, n’est pas une terre de grands bouleversements sociopolitiques. Et reste l’un des endroits où le taux de suicide est le plus élevé.

    On ne doit donc pas s’étonner que notre cinéma ait si peu de prétentions politiques, soit si peu souvent le porte-étendard de causes sociales et s’intéresse plus volontiers au particulier qu’à l’universel. Le cinéma québécois d’aujourd’hui reste foncièrement ancré dans son époque. C’est un cinéma tout sauf désincarné.

    Tout ceci étant dit, le seul fait québécois n’explique pas la morosité des films qui sont produits dans La Belle Province. Il y a aussi cette notion suspecte qui veut que les thèmes déprimants sont forcément représentatifs du cinéma d’auteur, sphère à laquelle s’identifient beaucoup, sinon la plupart, des cinéastes québécois (ce qui est d’ailleurs le cas dans presque toutes les industries nationales). Un film dit «sérieux», un film avec un «message», ne doit pas faire rire, ou si peu. À moins qu’on ne parle d’humour noir, ou très décalé.

    Il faut également tenir compte du facteur budget. Les moyens de production dictent souvent la forme qui, elle, influence le contenu. Un film qui dispose de peu de fonds, comme ceux mentionnés ci-haut, va généralement présenter une approche plus dépouillée, un rythme plus lent et, par le fait même, plus triste. Un plan fixe de deux minutes sur un personnage immobile dans sa cuisine coûte moins cher qu’un mouvement de grue dans un club bondé du centre-ville.

    Côté admet d’ailleurs que son style austère est une affirmation esthétique très consciente, une réponse au cinéma commercial local : «Je réagis définitivement aux films lustrés qu’on fait ici. Un des plus beaux compliments que j’ai eus à propos de Curling, c’est qu’il évoque le cinéma québécois des années 1970».

    Enfin – et c’est là un argument qui ne risque pas de faire l’unanimité – faire des films tristes est plus facile ou, du moins, plus intéressant, que faire des films débordants de joie de vivre. Krzysztof Kie?lowski, grand manitou du cinéma dépressif (voir son Décalogue), s’est déjà fait demander pourquoi il explorait toujours des thèmes aussi lourds. Il a répondu que, en tant que cinéaste, il souhaitait provoquer une réaction auprès du public. Faire rire lui apparaissait trop compliqué. Mais choquer, par contre, il n’y a rien là. Prenez un chat mignon, dit-il. Le plan suivant, montrez quelqu’un lui casser la nuque. Une forte exclamation est garantie dans la salle. Vous avez fait votre boulot.


    • Il y a beaucoup de films “joyeux” fait au québec. C’est juste qu’ils remportent du succès au guichet et non aux yeux des critiques (ex. Tel père tel flic). De toute façon, combien de comédies vont être favorites aux oscars cette année?

    • En choisissant de ne pas porter la Révolution tranquille à son terme, c’est-à-dire en refusant l’indépendance, les Québécois ont délibérément choisi de disparaître.

      J’en ai la conviction profonde. On parle beaucoup d’immobilisme au Québec, alors que c’est de mort lente dont il faudrait parler.

      Il y a trente ans que ce pays a commencé son agonie, comment voulez-vous que le cinéma qu’il produit soit guilleret?

    • J’ai une idée:

      Je vais choisir les 5 derniers films les plus drôles du cinéma québécois et je vais analyser pourquoi “le cinéma québécois” est si drôle. Je pourrai ainsi faire un lien sociologique entre la ceinture fléchée, le caribou, les sets carrés et le côté “bon vivant” du québécois aux origines rurales et modestes pour expliquer la joie de vivre caractéristique de “le cinéma québécois”.

      Je pourrais par contre aussi prendre les 5 derniers films les plus ratés du cinéma québécois et je vais analyser pourquoi “le cinéma québécois” est si pourri…

    • Bah….peut-être que la cuvée de cette année est moins jo-jo en effet, mais de là à faire de la psycho-pop sur l’ensemble de la société québécoise, je trouve l’exercice un peu tiré par les cheveux.
      Le cinéma d’auteur reste à la base un cinéma beaucoup plus personnel et introspectif.

      Reste que, malgré ce spleen automnal, notre cinéma est beaucoup plus vivant que celui du ROC. Il a l’air de quoi le cinéma du Manitoba ou de la Saskatchewan…????
      Hum…..c’est bien ce que je pensais…..

    • P.S. A-t-on déjà oublié les films qui étaient à l’affiche cet été : Les Cabotins, Il y en aura pas de facile, Filière 13, etc.
      Des films tristes..???

    • Il faudrait montrer à Patricia Bailey les films de Bertrand Bonello en France ou Bruno Dumont et les frères Dardennes en Belgique ou Gus Van Sant au É-U. Winter’s Bone ou Blue Valentine seront probablement les meilleurs films indé cette année au É-U…

      C’est pas seulement au Québec qu’il se fait des films indépendants “déprimant”.

    • @ iquide_correcteur

      On parle plus du cinéma national québécois que de l’industrie cinématographique québécoise. Tu vois la nuance? Les films que tu viens de nommer on déjà disparues de l’histoire du cinéma québécois! J’exagère à peine.

    • @bohmer
      On parle plus du cinéma national québécois que de l’industrie cinématographique québécoise. Tu vois la nuance?
      ++++++++++++++++++++++++++++++++
      Euh…..excuse mon ignorance, mais non.
      Le film Cabotins n’était-il pas un film sur une réalité québécoise d’une certaine époque, cad l’époque de théâtre burlesque de Gilles Latullipe..????

    • @ Jozef Siroka

      “Il y a aussi cette notion suspecte qui veut que les thèmes déprimants sont forcément représentatifs du cinéma d’auteur, sphère à laquelle s’identifient la plupart des cinéastes québécois. Un film dit «sérieux», un film avec un «message», ne doit pas faire rire, ou si peu… ”

      Tout à fait. Cela dit, le Québec n’en a pas le monopole.

      En effet, je viens de modifier la phrase. -js

    • Moi c’est les séries télévisé québécoise que je suis incapable de regarder.

      Ils se crient toujours après que t’a le goût de te flinguer. 90% c’est ça.

      Et ceux qui disent le contraire vivent dans le dénie ou son chauvin et le Québec aurait besoin d’une thérapie collective a ce sujet. Le cinéma et la télévision au Québec est malade par ses sujets dramatique a en pleurer et ce n’est pas qu’une question de budget.

      Et tout l’monde les encense. C’est misérable.

      Mais cela faisait des années que je n’avais pas vue une télésérie québécoise qui ressort du lot. “Les rescapés”. Cela me fait penser à Back to the Future plutôt que de toujours des sempiternel histoires de couples qui ce chicane et qui s’engueulent.

      Voir « Virginie » et les scenarios qui s’y passent dans une école n’est PAS DU TOUT LA RÉALITÉ! Et en plus c’est déprimant.

      Voir un film comme le déclin de l’empire américain c’est déprimant.

      Comme si les nouvelles n’étaient pas déjà assez déprimantes il faut qu’ils en rajoutent. Je n’ai pas besoin d’autant de négatif et la vie est déjà assez dure comme ca. Le cinéma c’est pour décrocher et me faire rêver. Pas pour me faire pleurer sans arrêt ou me choquer.

      Point.

      Daniel Olivier

    • Cinéma de pays nordique, cinéma de l’individualisme moderne aussi. Pas plus gris que les films scandinaves ou russes, pas plus déprimant non plus. Et cette isolation de l’individu est encore plus ressentie au Québec, où les familles nombreuses et tricotées serré ont laissé place aux “personnes seules” de tous âges.

    • La réalité québécoise n’est pas jojo. Les films le montrent bien. Faire des films guillerets ne changerait rien à cette réalité. Cela dit, peu de cinéastes me font plus rire que Denis Côté. Curling est pissant même s’il y a une gravité. Pour moi c’est Les bons débarras d’aujourd’hui. Je ne vois pas en quoi des cinéastes qui montrent la morosité ambiante ne seraient pas aussi très drôles. Enfin, moi je trouve Godard, Rohmer et Dreyer très drôles, alors.

    • De toute façon, la mélancolie a toujours été la trame de fond de notre cinéma.

    • Qu’est-ce que ça veut dire un film “déprimant”? De quoi cela est-il le nom? Ne pas vouloir regarder un film soi-disant déprimant est du même niveau que de dire que Leonard Cohen est déprimant. Au contraire, Curling ou un disque de Cohen ne sont pas déprimant du tout, ce sont au contraire des oeuvres cathartiques, qui peuvent nous sortir d’un blues carabiné. La finale de Curling est tout sauf déprimante. Les gens qui trouvent cela déprimant ne sont-ils pas plutôt incapables de plonger en eux-mêmes, effrayés par ce qu’ils pourraient y découvrir? Le Québec est dopé à la croissance personnelle et au positive thinking, pensant qu’il suffit de ne jamais penser au négatif pour aller mieux, or c’est le contraire, l’art sert à exorciser nos démons en nous les faisant côtoyer.

    • J’ajoute que Leonard Cohen est le chanteur le plus drôle que je connaisse.

    • Pourrait-on être surpris par une pareille démonstration de suffisance et de condescendance par rapport à la culture au Québec.

      Ce type de cinéma se répand à l’échelle du globe. Il est inhérent à un genre plus qu’à une spécificité géographique.

      Ce type d’analyse est simple et il relève plus de la mauvaise foi, d’un manque de rigueur intellectuelle que d’une analyse de fond. De fait, cela tient plus du préjugé que du labeur intellectuel…

      Quel perte de temps !

    • Pas faux, Lachance. Même au Canada anglais, suffit de voir les films: pas vraiment la fête non plus.

    • Pourquoi la référence commune à Kieslowski, ici et par Cassivi, sur le même sujet? C’est drôle comme coïncidence.

      Et Curling n’a rien de dépressif. C’est très drôle et émouvant, même si le sujet est lourd. C’est près du Forcier des années 70, la direction photo l’évoque très directement. Route 132 aussi avait sa part d’humour et ce n’est pas déprimant.

      Je trouve ça un peu bête d’ailleurs de réduire des sujets difficiles à des films déprimants. Route 132, Curling et Incendies ont peut être des sujets difficiles, mais ils se terminent tous sur un espoir, une lumière (même si ce n’est pas convaincant dans Incendies). Bélanger et Côté proposent des films très humains, l’humain n’est pas très déprimant pour moi.

      J’ai lu la chronique de Cassivi après avoir écrit mon post. Drôle de coïncidence en effet. – js

    • J’aurais pus ajouter : venant d’un membre de la communauté journalistique du ROC …

      De fait, l’absence d’un cinéma canadien fleurissant à l’échelle internationale, alors que le cinéma québécois voyage très bien, les obligent à chercher une raison sociologique méprisante. En fait, elle aurait très bien pus écrire : « leur cinéma pogne, mais vous devriez avoir pitié d’eux, ils sont si déprimés.».

      Le ROC portent plutôt un regard envié sur notre culture, qu’elle soit déprimé ou déprimante. Ici, on creuse, on pousse l’introspection, l’autoanalyse, on se questionne, on se remet en question. Voilà pour notre cinéma national, un cinéma mature. Lorsque l’on se trouve parfait, on s’échine sur son nombril plutôt et on peste sur les autres, on peste sur la différence, un comportement qui tient plutôt de l’adolescent, voire de l’enfant.

    • Elle aurait dû se pencher sur la déprime de la plupart des auteurs-compositeurs-interprètes de la chanson.

      Quant au cinéma, nos humoristes monopolisent et la scène , et l’écran.

      À quand remonte la projection la plus pissante, réalisée au Québec sans humoristes ?

    • Chaque mardi je vais chez Renaud Bray où on y trouve de tout sur DVD. J’ai acheté “Agora” et “Robin des bois”, deux moutures primées à Cannes mais nulles pour moi. Cest en novembre que sortent les gros canons qui précèdent toujours le temps des fêtes.

      D’emblée le cinéma québécois m’attire + ou – comme bien des québécois(es) à mon avis. Au cours de l’été j’ai vu “7 jours” tout en évitant “de père en flic”qui ne ne mérite même pas d’en parler, même après tout ce que j’en ai lu. Pour finir, j’ai acheté aussi “Mon oncle Antoine” alors que “Le frère André (Bessette)” m’a laissé totalement indifférent.

      Le cinéma québécois est relativement jeune internationnalement. Les jeunes s’en sont accaparés; Xavier Dolan est l’étoile filante du moment sans être toutefois le messie. On adapte de plus en plus à l’écran les oeuvres écrites de Patrick Sénécal dont les sujets sont très noirs mais supers “in”. Je crois qu’il y a en ce moment une mode pour ce genre d’Halloween perpétuel, ce qui n’est pas risible ou mauvais en soi.

      Starmania de Plamondon est aussi noire que de l’encre noire et pourtant on l’a joue encore sur la planète. La preuve que ce qui est déprimant ou triste n’est pas nécessairement à déconseiller collectivement parlant.

    • J’ai travaillé pendant trois ans à Pittsburgh dans le Canton de Mariou Lemiu.

      De l’endroit, la société québécoise semble parfois excentrique et sophistiquée, admettons-le… souvent à cause de Montréal…

      En réalité, les comportements d’isolements d’ici me semblent ridicules, et ne traduisent pas la connaissance des gens qui devraient savoir que nous sommes en Amérique du Nord, autant qu’il faut savoir que la terre est ronde.

    • Même si l’insécurité identitaire et un certain repli sur soi des Québécois sont indéniables, je trouve ce genre d’analyse hasardeux. Au-delà des traits nationaux, il y a des individus qui font des films avec leur démarche propre. Une oeuvre d’art est souvent la négation d’une autre et n’est pas toujours l’expression du climat social à une époque donnée . De toute façon, pour chaque Curling il y a Un poil de la bête ou un Filière 13 alors…

    • Je suis d’accord avec votre constat. Il suffit d’avoir vu un peu de films étrangers pour se faire une bonne idée. Je pense qu’il y a plusieurs raisons possibles, autant celles invoquées par J.Siroka ou M.Cassivi que celles des commentaires qui ont suivi.

      Oui le Québec est replié sur lui-même. Il faut vraiment vivre et ne jamais sortir de Montréal pour ne pas le constater. Il y également cette influence sur notre cinéma (et notre culture) de notre climat et notre géographie nordiques. Tapez-vous quelques films danois, norvégiens, suédois ou russes, il y a un fonds thématique récurrent.

      Je trouve l’argument de Denis Côté, sur les facteurs budgétaires, comme étant intéressant. Je n’avais jamais vu la chose sur cet aspect mais ça fait un certain sens.

    • En fait, Filière 13 m’a pas mal plus déprimé que Curling. Comment peut-on produire de tels navets? Comment peut-on faire des images aussi laides? Comment a-t-on pu croire que ces dialogues étaient drôles? Ce sont des questionnements beaucoup plus inquiétants que le portrait d’un père qui apprend à mieux aimer sa fille.

    • En fait, ce qu’on pourrait souhaiter voir plus souvent dans le cinéma québécois, autant dans les films d’auteurs que dans les films populaires, c’est un peu de légèreté.

    • @ angel_eyes

      «Au-delà des traits nationaux, il y a des individus qui font des films avec leur démarche propre.»

      Ça se défend mais, personnellement, je n’y crois pas. Des individus qui vivent dans leur bulle, complètement imperméables à l’histoire, à la politique, à la société, à la langue, voire à la géographie dans lesquels ils baignent, je ne crois pas que ça existe. L’artiste le plus farouchement individualiste finira toujours, même malgré lui («par devers lui» comme dirait l’autre), par exprimer les doutes, les aspirations et les humeurs de la collectivité dont il est issu et à laquelle il appartient. Claude Gagnon a beau tourner au Japon avec des acteurs japonais, ses films restent profondément québécois.

    • De toute façon, le 21e siècle a beau être spirituel, puisqu’il est… on ne se tape pas sur les cuisses pour autant. Le groupe de l’époque s’appelle Radiohead ou Arcade Fire, pas Elvis ou les Beatles. Ça cadre bien les choses. En plus, on se tape une crise économique. Et les seuls “progressistes” qui veulent changer les choses sont des gogos de droite. Dehors novembre…

    • “C’est près du Forcier des années 70, la direction photo l’évoque très directement. ”

      Oui, Forcier, Mankiewicz, Carrière, Carles. Mais dans les années 70, les antihéros étaient bigger than life, ça sortait tout croche mais c’était des forts en gueule, ils s’exprimaient, un cinéma de la parole. Les héros d’aujourd’hui sont des taiseux résignés. Ça dit beaucoup. Astyanax n’a pas tort: deux référendums de suite, ça coupe le sifflet.

    • La légèreté n’est pas notre fort: nous sommes beaucoup plus protestants dans l’âme que latins à cet égard. Ce n’est pas le froid que nous partageons avec les Scandinaves, mais notre manque de latinité (qui fait retour, quand même). Nos cinéastes sont fascinés par Bergman, Kaurismäki, etc. Par contre, Jutra, Dolan et Sophie Deraspe ont cette légèreté artiste qui est le contraire de la superficialité.

    • On peut toujours faire la comparaison avec le cinéma canadien. Est-il plus tourné vers l’Autre, plus comique, moins mélancolique? La réponse : je ne sais pas. Pourquoi? Parce qu’une très faible couche de la population les voit. Moi, je m’en fous royalement. La seule chose qu’on peut dire, c’est qu’au moins ces films mélancoliques, pas comique et tourné sur lui-même gagnent des prix. C’est déjà ça de gagné!

    • Le peuple québécois se meurt, voilà la réponse à toutes ses questions. 60 000 personnes ont sorti dans les rues pour réclamer un aréna et un club de hockey, alors qu’à peine deux ou trois milliers ont manifesté à Montréal contre la régression du français. Un peuple qui a à ce point perdu sa conscience politique court un grave danger, et je crois que tous ces réalisateurs de films sombres l’ont, consciemment ou non, saisi. Nous ne sommes pas des êtres auto-suffisants, l’époque dans laquelle nous vivons peut faire une énorme différence, en bien comme en mal. Il y a eu la première guerre, les années folles, la grande dépression, le seconde guerre, le baby-boom et, maintenant, un retour au conservatisme le plus dégoûtant.
      Mais bon, bonne ou mauvaise époque, faut continuer à se battre.

    • «Par contre, Jutra, Dolan et Sophie Deraspe ont cette légèreté artiste qui est le contraire de la superficialité.»

      C’est, bien sûr, de cette légèreté là dont je parlais.

    • Je suis allé voir Dom Juan de Molière au Grand théâtre. Pas léger du tout, on aurait dit par moment un drame scandinave…

    • @ danielolivier
      “Le cinéma c’est pour décrocher et me faire rêver. Pas pour me faire pleurer sans arrêt ou me choquer. Point.”

      Vous devez alors probablement aimer les peintures de clowns en velours.

      @ vlrglqqf
      “chez Renaud Bray où on y trouve de tout sur DVD. J’ai acheté “Agora” et “Robin des bois”, deux moutures primées à Cannes mais nulles pour moi.”

      Je ne sais pas ce qui est indiqué sur les boîtes de ces DVDs, mais il y une différence entre “présenté à Cannes” et “primé à Cannes”.
      http://www.imdb.com/title/tt1186830/awards
      http://www.imdb.com/title/tt0955308/awards

    • Excellent!

    • Astanax, t’as mis le doigt dessus. Comme Denys Arcand, il y a une trentaine d’années, avec son Québec perdu dans LE CONFORT ET L’INDIFFÉRENCE…

      Le Québec est passé de QUELQUE CHOSE COMME UN GRAND PEUPLE de René Lévesque à… QUELQUE CHOSE COMME UN TI-PEUPLE, dixit Pauline Marois, qui implore le parti de collabo-libéral de Jean Charest de ne pas débrancher le respirateur.

      (copie d’un post pour Cassivi, hier)

      Une excellente mise à jour de notre cinéma, Marc Casivi.

      Pour paraphraser Sagan: Bonjour Grisaille (tristesse)! En phase avec l’automne, la dérive partisane et identitaire de nos très chers Libéraux. Peut-être tout simplement la tristesse d’un peuple qui réussit pas, ou veut pas, se mettre au monde et qui préfère déléguer sa destinée à la Chambre de commerce libérale.

      Le cinéma québécois oscille entre la comédie (et le monde des humoristes qui l’a envahi — pour l’aider à oublier sans doute), et le pathologique tristounet des films cités plus haut… quand ça le rattrape. Malheureusement, au cinéma, les humoristes s’effoirent, et les pathologiques eux restent par terre devant la caméra. Ça semble difficile de faire rire, plus en tout cas que de faire brailler. et le registre entre les deux n’existe pas.
      Le pays et ses habitants sont bipolaires.

    • Content de ne pas avoir vu Filière 13.

      Comment ne pas penser encore au potentiel mythique que la mort d’Aquin: juste au moment heureux d’une certaine prise en main des québécois, il ne peut faire fit de cette inévitable dissolution identitaire (comme le reconnait Astyanax aujourd’hui, et à qui je ne souhaite pas le même sort).
      Cependant, deux tendances ou deux idées se confrontent ici: cette dissolution par refus se place devant l’isolement, la morosité et la fermeture donc on parle. Mais cet isolement est-il culturel? Comme d’autres, je pense que non, enfin non pas national. De ne voir cette morosité de solitude qu’au Québec relève de l’aveuglement; il suffit d’aller voir ailleurs comme alain66 pour s’en rendre compte. Ce n’est pas un mécanisme protecteur que le replis mais une dynamique bien humaine; alors pour disparaître il faut un ailleurs, un solvant. La dissolution, elle, se joue sur le plan culturel; puisque comment me noyer si je sors de l’eau? alors que pourtant je m’y noierais toujours. Ce qui est culturel, c’est ce qui est contraire à notre isolement morose, c’est la place qu’on prend devant les autres. Sans chez-soi, c’est pas toujours évident de se présenter. Peut-être que ces cadrages vides et gris sont les reflets d’un chez-soi faible où la toiture est trouée. Enfin si l’eau rentre et qu’on se noie à petite gorgée, rien n’empêche de faire une petite nage avant la fin; comme on se sent léger à la nage et comme c’est beau soudainement autour; certains cinéastes québécois nagent en ce moment et qui sait, participeront-ils peut-être de notre redécouverte…

      Jai hâte de voir Curling.

    • Curling est le meilleur film québécois depuis dix ans.

      Si le climat est morose, la cinéma québécois est incroyablement en santé depuis 5 ans, esthétiquement parlant; c’est particulièrement prégnant cette année où Les Amours imaginaires et Curling font finir, je le prédis, dans le top 10 de plusieurs critiques à travers le monde, ce qui ne s’était jamais vu depuis longtemps (Pour la suite du monde/Un chat dans le sac?). En fait, le cinéma joue parfaitement son rôle: montrer la situation plutôt que chercher à la changer par des “messages”, des thèses, un “sujet”.

    • @kewl
      Oui j’aimerais bien vous voir en clown plutot que de voir une société qui ne parle que de baise, d’homosexuel, de sida ou de vieux babybommers qui baise de façon dégoutante. Il ne semble qui avoir du cul dans les films québécois. Et du cul répugnant presque sans amour et sans romatisme (très rarement).

      Le film que je viens de vous décrire est “Le déclin de l’empire américain”.

      A déprimer sur cette société québécoise qui ne reflete pourtant pas la réalité de tout les québécois. Ce n’est qu’un example parmis tant d’autre.

      Tant qu’a voir ça je préfère vous voir en clown et faire des cabrioles c’est plus rigolo.

      Daniel Olivier

    • Vous avez raison, Daniel, mais pour voir de la chasteté, de l’hétérosexualité, de la santé et le missionnariat de papa-maman, il vous reste toujours les Calinours ou Papa a toujours raison.

    • Les bouffons aussi sont tristes.

    • “Il ne semble qui avoir du cul dans les films québécois.”

      S’il y a une chose qu’il n’y a jamais eu dans le cinéma québécois, sauf exception, c’est bien du cul.

    • Il y en a du cul dans le cinéma québécois, mais c’est du cul d’ado pré-pubère.

    • S’il n’y a que du cul dans le cinema québecois et qu’en plus tout est toujours triste, ça fait du cul triste et je ne vois rien de plus triste que ça.

    • @ Rafc

      Oui, le suicide d’Aquin, par sa valeur prophétique, m’est toujours apparu comme l’un des événements les plus troublants de l’histoire québécoise, plus encore que la Crise d’octobre en ce qui me concerne.

      Sinon, tu as raison (et Ghost avec toi), la mélancolie québécoise semble en effet nourrir une nouvelle génération de cinéastes québécois extrêmement prometteuse, Denis Côté et Xavier Dolan en tête. Quand je dis que le cinéma québécois manque de légèreté, je suis loin de lui en faire le reproche. L’eus-je fait que je me serais placé du côté du mensonge et de l’hypocrisie: l’artiste n’a pas en effet à embellir la réalité, bien au contraire!

      Et bien sûr que le Québec n’a pas le monopole de la morosité. C’est tout l’Occident qui constate que l’âge d’or est passé et qu’il faut maintenant négocier l’inévitable glissade à laquelle aucune civilisation n’échappe. Le problème particulier du Québec, c’est d’être plongé dans ce déclin généralisé au moment même où il doit faire le deuil du pays qu’il n’a jamais su être.

    • Les comparaisons sont toujours boîteuses mais si pense au premier film “Aurore, l’enfant martyre”, le sujet lui-même n’était guère réjouissant. Je me souviens du premier cas de fille-mère et d’un microcéphale dans mon coin de pays. Il n’y avait pas de mots pour parler de la honte que de tels scandales pouvaient susciter. Ce fut pire lorsqu’un voisin fut trouvé pendu à une poutre dans sa grange! On s’est déculpabilisé en disant: un moment de folie*. Puis, il n’en fut plus jamais question, du moins à ma connaissance. Que rajouter de plus pour cette voisine qui se jeta dans un puits en plein redoux!

      Au Québec on a été trop longtemps rabroué et humilié à cause de notre ignorance et des tabous de toutes sortes. Les curés nous vargeaient dessus, personne n’était à l’abri. Il est bien normal qu’on ressente encore aujourd’hui les séquelles de ces drames sans cesse refoulés! Des secrets de famille comme ceux-là s’impriment forcément sur une société.

      Résultat: On a le cinéma qu’on mérite.

      _________
      *Des années plus tard on a apprit que le bonhomme sodomisait ses brebis à tour de bras.

    • @les amis

      Uncle Boomee, en numérique, projeté sur le grand écran de l’Impérial. C’est ça? En DVD? Caltore, ça va être impossible à regarder. Un film contemplatif dont on voit le grain, c’est terrible. Fuyez.

    • Le cinéma québécois, avec les moyens qu’il a est le meilleur au monde et de loin, faut être de mauvaise volonté pour pas savoir ça tellement c’est évident.

    • Flattage de bretelles, comme dirait Jean Perron.

    • … ou pétage de bedaine, comme dirait le même!

    • Naaa, j’y vais quand même, au cas où une copie 35 sort de nulle part… Si on voit le grain, tant mieux, c’est les pixels le problème. Au pire je me sauve après 10 minutes. Le cinéma du parc l’annonçait pour le 12 novembre, puis la date est disparue, c’est devenu À venir. Le Parc aime pas mal les dvd d’ailleurs, on verra bien. Ah, les mystère de la distribution!

    • Sur le site de Films We Like (le distributeur de BOONMEE), ils annoncent la projection au FNC et la fiche du film spécifie que la copie est en 35mm. Alors, vivons d’espoir…

      Par contre la sortie montréalaise semble remise aux calendes grecques.

    • Nul besoin d’argumenter à savoir si Curling (ou Contournant) est un film sur la situation du Québec, même si personne ne parle, tout parle dans le film de Côté qui surligne son propos avec art. Il est trop tôt pour en parler, ce ne serait que spoilers, mais il y a une image du film qui résume fortement tout ce qui vient d’être dit ici … nous y reviendrons à sa sortie en salle. Le plus grand film des dix dernières années au Québec ? peut-être, mais certainement un de ceux dont j’aimerais qu’on reparle le plus … cette oeuvre mûrit en nous de façon assez intriguante.

      Winslow. Bonjour. Êtes-vous comme moi dans la sempiternelle attente de la sortie du Phantom of the Paradise en version complète, où tout les Swansong seront restitués? En un mot, ête-vous Winslow Leach?

    • Phantom, quel film! Brian Wilson(anagramme de Winslow) meets Faust!

    • Je n’ai qu’un mot pour vous: PHOENIX.

      Bon dieu, me voilà démasqué (ou plutôt dirais-je… euh… décasqué?). J’attends effectivement le traitement Criterion de mon oeuvre fétiche, mes copies dvd / vhs étant pas mal usées (et c’est sans parler des vinyles).

      Petit post-scriptum pour dire que finalement BOONMEE a été présenté en 35mm à l’impérial hier.
      Monsieur Weerasethakul est vraiment, à l’image de son dernier film, un animal unique. Je vais faire de beaux rêves cette nuit…

    • “Si on voit le grain, tant mieux, c’est les pixels le problème. ”

      Oui, c’est ce que je voulais dire. Vous êtes chanceux de l’avoir vu en 35 mm. Pour le cinéma du Parc, c’est fichu?

    • Faut pas désespérer pour le Parc, le film est toujours annoncé sur le site, ils ont simplement enlevé la date. Ce sera peut-être pour plus tard que prévu. Il est possible par contre que Roland Smith se contente d’un dvd en dernier recours, ça s’est déjà vu. Mais les cinéphiles seraient pas très contents.

      Enfin, je rêve déjà à quand je le reverrai. C’est à la fois plus simple et plus complexe que ses précédents films, mais tout aussi envoûtant.

    • En tous les cas, au Cartier à Québec, ce sera en DVD, pas moyen de faire autrement. J’enrage.

    • Il semble que le distributeur ai décidé d’envoyer le film en tournée pan-canadienne avant d’arriver au Québec. Mais il n’y a toujours pas de dates prévues pour nous.

      J’espère simplement qu’il ne subira pas le même sort que Rosetta, pour rester dans les grandes Palmes d’or de la dernière décennie, qui avait eu une sortie au Canada mais pas au Québec.

    • «Plus je voyage, plus j’observe que le Québec est refermé sur lui-même.»

      Eh bien j’imagine que si le français dominait un peut plus en Amérique, nous serions certainement plus ouvert. Autrement dit: il n’y a que nous de francophone ici. Le reste des communautés anglophones canadiennes sont totalement effacées.
      Selon la même logique, si le Québec devenait subitement anglophone, gageons que nous serions beaucoup plus «interactif» avec les reste de l’Amérique du Nord.
      Remarquez, Les Américains possèdent un continent presqu’à eux seuls et je ne crois pas qu’ils soient particulièrement tournés vers le monde comme les Européens peuvent être forcés de l’être pour des raisons évidentes. C’est d’ailleurs la principale raison de leur narcissisme pathologique.

    • C’est d’abord et avant tout une question de budget. Point.

      Peu de moyens veut dire, peu de personnages, peu de montage, peu de figuration, nombre de lieux de tournage limité.

      Difficile de faire de la comédie dans ce temps là.

      Ceci dit, je suis surpris qu’il ne se fasse pas de tragie comédie plus souvent aussi.

      Et comme le financement se fait baser sur le scénario (une aberration!), qu’il est voté par des pairs (comme on l’a souvent dit, la comédie est considérée comme un genre mineur), et en fonction aussi de ses acteurs principaux (dont certains risquent de vouloir augmenter leur temps à l’écran), et que les $$$ du producteur sur la subvention ne doivent pas être amoindries si le financement est moindre, on se ramasse toujours avec le même type de film.

      La seule option, à court terme, pour de la comédie à moindre coût, serait de faire des huis clos, un peu comme Un Air de Famille en France. Mais là aussi, au Québec, notre dramaturgie fait peu de comédie, pour les mêmes raisons financières.

    • @timag

      Le meilleur au monde, tu ne trouves pas que tu charries!

      Moi je ne fait que regarder 2 minutes des téléséries québécoises qui sont la plupart en dehors de la réalité et de quoi ce couper les veines si c’était ca la réalité.

      Quand je vois des gens s’engeuler dans une école secondaires entre prof a chaque épisode, si c’était la réalité, le bureau des plaintes pour harcèlement serais pas débordé mais complètement mais complètement asphyxié.

      T’a le gout de regarder ca toi?

      Le cinéma c’est juste des filles toute nue et plein de vulgarité. Y en a marre.

      Ce qui manque pour moi c’est de la vraie science-fiction! Et quand il en a c’est quétaine.

      Pas une seule histoire d’amour a grand déploiement comme du Marcel Pagnole.

      Non juste du cul!

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