
Rémy Couture, alias RemyFX, est un maquilleur montréalais spécialisé dans les films d’horreur. Il s’est fait arrêter en octobre 2009 par le SPVM et comparaîtra demain en cour pour répondre à des accusations de «corruption des mœurs». Son délit? Une série de courts métrages de fiction jugés trop explicites. Couture, qui plaidera non coupable, risque deux ans de prison. (Détails sur l’affaire sur InnerDepravity).
Le milieu artistique québécois, estomaqué, crie à la censure. Richard Desjardins, qui a récemment apposé son nom à la Lettre ouverte en support à RemyFX, a déclaré : «Cette histoire m’écoeure bien plus que l’horreur que le cinéaste peut évoquer. Qu’ils ouvrent les cercueils des soldats canadiens morts pour rien en “Agonistan”. On va voir c’est quoi l’indécence. La vraie.»
Le scénariste de La liste Noire, Sylvain Guy, remarque que l’Histoire se répète : «Vous savez que Baudelaire et Wilde ont aussi fait face à des accusations similaires (outrage aux bonnes mœurs, etc.) en leur temps. Je vous en parle non pas pour faire un rapprochement entre leur œuvre et les films de Rémy Couture (qui ne me disent pas grand-chose pour être franc) mais bien entre toutes ces âmes bien pensantes qui, à travers les âges, ont cherché et cherchent toujours à faire taire les créateurs au nom d’une morale infantilisante qui voudrait éradiquer tout ce qui dérange. »
D’autres personnalités du milieu, dont les réalisateurs Simon-Olivier Fecteau et Éric Tessier, le comédien Julien Poulin et l’écrivain Patrick Sénécal ont également manifesté leur soutien à la cause de RemyFX.
Robert Morin, quant à lui, a choisi de directement interpeller le constable du SPVM chargé de l’affaire. Dans une lettre portant essentiellement sur la liberté artistique, le réalisateur de Yes Sir! Madame…, Le nèg’, et Petit Pow! Pow! Noël aborde l’éternelle question de l’influence de l’art sur le comportement des individus.
Montréal, le 1er octobre 2010
Lettre au constable Fournier
SPVMCher monsieur,
Je sais bien que vous ne faites pas les lois, mais que vous êtes plutôt responsable de les faire appliquer. Et c’est pour ça que je vous écris : parce que c’est dans l’application des lois qu’il faut faire preuve de jugement et faire la différence entre le règlement et le bon sens.
Mon propos porte sur l’art. Et j’espère qu’il pourra vous aider en ce qui a trait au dossier de Remy Couture.
L’art avant tout sert à distraire. Il permet de nous évader momentanément du quotidien, au même titre que le sport. Il peut nous faire réfléchir à des sujets que le sport n’aborde pas. Mais la réflexion en soi, sérieuse ou légère, est toujours une forme d’évasion. En aucun cas, il ne peut influencer les masses. L’Histoire n’a pas retenu de mouvements sociaux ou politiques dus à l’art. Certes, il accompagne les peuples dans leur évolution respective. Il corrobore les frustrations et les questionnements des sociétés, comme le fait le sport de masse à sa façon. Rarement, en revanche et contrairement aux partisans des sports de masse, les amateurs d’art poussent-ils l’enthousiasme jusqu’à déferler dans les rues des villes en saccageant parfois le bien privé ou public au passage.
Il faut bien le reconnaître : s’il est impensable de punir les sportifs en fonction des dommages causés par certains de leurs partisans, pourquoi devrions-nous punir des artistes en fonctions des dommages que certains admirateurs détraqués pourraient causer inspirés par leurs œuvres?
Si telle est la logique, les autorités devraient en priorité s’attaquer à des secteurs de l’activité humaine qui offrent beaucoup plus de matière aux détraqués potentiels. Le secteur de l’automobile pourrait ainsi facilement faire l’objet de censure.
J’essaie ici d’expliquer, constable Fournier, que l’art est un canal entre un auteur unique et un spectateur unique. Une activité intime qui peut conforter ou déranger. Chaque spectateur exerce de ce fait sa propre censure en ce qui a trait aux sujets qui lui déplaisent ou qui lui sont indifférents. En aucun cas, cette responsabilité ne doit lui être enlevée, ne serait-ce que pour respecter sa liberté et son intelligence. Et puis les tueurs en série n’ont pas besoin de voir des tueurs en série à l’écran pour tuer en série; ils ont cette déviation en eux et depuis la nuit des temps, bien avant l’invention du cinéma et des effets spéciaux. C’est même simpliste de supposer que leur déviation puisse être le produit d’une œuvre d’art.
Pour voir les choses en face et dans les normes de nos constitutions, l’acharnement des autorités dans le cas de Rémy Couture est injustifié et inutile, une perte d’énergie totale. Aussi je vous demanderais d’intercéder auprès de vos chefs de manière à ce que la poursuite dont il fait l’objet soit abandonnée le plus tôt possible.
Veuillez agréer, monsieur, à l’expression de mes sentiments les meilleurs,
Robert Morin
Cinéaste
La population est invitée manifester son appui à RemyFX – en costume, si désiré – devant le palais de justice demain à 13h. Plus de détails sur FaceBook.
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