Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 4 octobre 2010 | Mise en ligne à 20h15 | Commenter Commentaires (80)

    The Social Network : quand la fiction dépasse la vérité

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    «Je ne veux pas être fidèle à la vérité; je veux l’être à la mise en récit.» – Aaron Sorkin, scénariste de The Social Network.

    Le débat sur la responsabilité des cinéastes est revenu en force avec The Social Network, le film de David Fincher sur l’ascension extraordinaire d’un jeune geek asocial de Harvard qui est devenu le plus jeune milliardaire du monde en créant le site de réseautage Facebook. Le problème, selon certains détracteurs, est que Fincher et son scénariste Sorkin ont abusé de leurs libertés artistiques, et ce, tout en employant dans leur fiction les noms de personnes bel et bien réelles.

    Dans sa chronique, Patrick Goldstein du L.A. Times s’interroge : «Est-ce que The Social Network est vraiment à propos de Mark Zuckerberg? Ou s’agit-il d’un personnage fictif que Sorkin a décidé de nommer Zuckerberg?». Selon l’auteur du livre The Facebook Effect, cité dans cet article de la BBC qui sonde des proches et sympathisants de Zuckerberg, «le film est seulement 40% vrai». (On se demande quel pourcentage serait nécessaire pour atteindre une légitimité acceptable).

    La malhonnêteté intellectuelle des concepteurs du film ne s’arrêterait pas à la seule représentation des personnages, mais aussi à celle du lieu. Nathan Heller, un voisin de dortoir de Zuckerberg à l’époque, affirme dans Slate : «Le film dépeint un monde culturel qui est aussi noir et blanc qu’il est désuet. J’ai reconnu leur Harvard, mais seulement celui de Love Story ou de The Paper Chase, pas celui de mon expérience.»

    Que tous ceux qui espéraient apprendre sur le phénomène Facebook et son fondateur se le tiennent pour dit : évitez à tout prix ce ramassis de mensonges qu’est The Social Network! Quand c’est rendu qu’on ne peut plus se fier sur Hollywood pour nous enseigner l’Histoire, on peut vraiment dire que le monde est en déroute… Sans vouloir choquer trop de gens, je tiens à rappeler que le cinéma (et l’art en général) n’est pas tenu à respecter une quelconque éthique journalistique, chose qui semble avoir échappé aux journalistes qui ont parti le débat en premier lieu.

    Doit-on sincèrement croire que la majorité des gens qui vont voir un film «basé sur une histoire vraie» s’attendent à sortir de la salle objectivement informés? Quelle vaine présomption! On parle de responsabilité des cinéastes, mais n’oublions pas non plus celle des spectateurs, auxquels il incombe de distinguer le cinéma de la documentation historique. Associer un film à un cours d’histoire est une erreur impardonnable. (Pour en savoir plus sur Zuckerberg, je vous conseille ce récent portrait «autorisé» paru dans le New Yorker).

    Le rôle d’un cinéaste est de donner une impression d’une personnalité, d’un temps et d’un lieu. De réemballer la réalité – et non pas la calquer – pour l’accorder au discours et aux thèmes globaux de son film. A-t-on déjà reproché à Monet de faire de la fausse représentation avec ses tableaux «flous» de la gare Saint-Lazare ou du Parlement de Londres? Pourtant, Fincher/Sorkin et le légendaire peintre impressionniste ont exactement la même vocation : présenter le monde tel qu’ils le voient, en espérant que leur vision puisse rejoindre, stimuler, émouvoir les gens. Pas les informer!

    On peut blâmer Fincher et Sorkin d’avoir utilisé l’identité de vraies personnes sans tenir compte de leurs version des faits, tout ça dans le but de faire un film davantage divertissant et commercialement viable. Mais ces considérations devraient-elles de quelque manière que ce soit diminuer leur création artistique intitulée The Social Network? Aucunement. Pour reprendre la conclusion de la critique de Kenneth Thuran : «Tout ce qui importe c’est que The Social Network soit convaincant d’un point de vue cinématographique, et il l’est beaucoup».

    On retrouve en effet beaucoup d’éléments admirables dans le film, comme l’habileté du scénariste à rendre fluide et engageant le langage informatique, juridique et entrepreneurial qui parsème le récit, sans jamais avoir recours à de lourds procédés explicatifs. On lève également notre chapeau au metteur en scène qui réussit à infuser d’une bonne dose de suspense un scénario aussi verbeux, à l’aide de cadrages millimétrés et dramatiques, d’une équipe de monteurs au sommet de leur forme, et d’une direction d’acteurs d’une sobriété exemplaire (remarquez à quel point tout se joue dans les yeux).

    Ce qui fascine le plus dans The Social Network c’est d’observer une frénétique partie de ping-pong créative et intellectuelle entre deux brillants artistes aux forts contrastes. Dans sa critique magistrale, David Denby remarque :

    Le portrait de Zuckerberg, j’assume, a été produit par une heureuse tension, même une opposition, entre deux hommes – un tir à la corde entre l’appréciation joyeuse de Fincher pour un outsider qui renverse l’ordre social et le dégoût vieux-jeu et humaniste de Sorkin pour l’amitié électronique et l’émotion virtuelle.

    Si vous tenez absolument à voir un biopic fiable sur Zuckerberg, The Social Network n’est peut-être pas le film pour vous. Si, par contre, vous désirez apprendre sur l’art du cinéma, courez le voir.

    ***

    Enfin, les fans de musique d’ambiance apprécieront certainement la bande originale, composée par l’ancien de Nine Inch Nails Trent Reznor et son collaborateur Atticus Ross. Ci-dessous, la saisissante pièce Hand Covers Bruise, qui ouvre le film avec un ton résolument mélancolique. Une entrevue audio de 50 minutes avec Reznor à écouter ici.

    À lire aussi :

    > Le piège du film biographique


    • “Quand c’est rendu qu’on ne peut plus se fier sur Hollywood pour nous enseigner l’Histoire, on peut vraiment dire que le monde est en déroute…”

      QUOI!?! J’espère que c’est du sarcasme! Depuis QUAND peut-on se fier à Hollywood pour nous enseigner QUOI QUE CE SOIT?! Voyons donc… je me croise les doigts… j’espère que c’était du sarcasme.

      Les films est excellent. C’est romancé. Ce n’est pas une biographie. C’est un film. Un f-i-l-m.

      Ah, le plaisir des gens qui commentent sans avoir lu le texte en entier… – js

    • Je ne crois pas que personne ne s’est dit: “HeiN!! Je savais pas qu’Hitler avait été assassiné dans un cinéma!!” en sortant d’Inglorious Basterds.

    • Je n’ai pas de problème a ce qu’un film comme ‘The social network’ ne soit pas fidèle a la réalité mais il y a quand même certains faits qui doivent être exacts. Surtout au niveau du personnage de Zuckerberg.

      Je ne m’attendais pas a voir un film sur Zuckerberg mais c’est important que le personnage ait ses principales caractéristiques. Exemple, tu ne le dépeins pas comme un asocial si en réalité il était social et qu’il avait des amis.

      Je n’ai pas vue le film et je n’ai jamais lu sur Zuckerberg (et je ne sais pas s’il est asocial ou non) mais pour moi c’est le genre de fait qu’il est important de respecter.

      C’est correct de faire une œuvre ‘inspirée de’ et de prendre certaines libertés mais c’est important de ne pas changer la nature des principaux acteurs et évènements.


      En fait, Zuckerberg souffrirait du syndrome d’Asperger, comme Bill Gates d’ailleurs, ce qui le rendrait effectivement très asocial. Par contre, contrairement à la version du film, Zuckerberg avait une copine au moment qu’il a développé Facebook (la même qui est avec lui à ce jour). – js

    • Mais non ! , vous n’avez rien compris ; de nos jours, tout comme la réalité, la vérité peux être virtuelle, c’est tout.

      ( R’gardez, je suis même pus sûr que c’est moi qui vous écrit …. ).

    • Que le scénariste identifie ses personnages par le nom réel à qui il réfère n’a rien à voir…Il aurait aussi bien pu changer les noms, on pourra toujours faire l’association de notre côté. Quand je regarde Michael Pitt déambuler dans Last Days, je ne vois pas vraiment un dénommé Blake mais plutôt Kurt Cobain…

      Et de tout de façon, on nous raconte toujours des histoires, je suis pas certain que l’article du New Yorker (que je n’ai pas encore lu) est 100% authentique (ni même 90 ou 80%), après tout il a été approuvé par Zuckerberg non, c’est biaisé d’avance…

    • La beauté du cinéma réside dans le fait qu’il ne se doit de respecter aucune règle stricte. Il est, il me semble, tout à l’honneur des concepteurs de « The social network » d’avoir, d’AVANCE, annoncé haut et fort que le film ne consistait pas en une autobiographie mais bien en une fiction BASÉE sur QUELQUES ASPECTS de la réalité.
      Il est où, le problème? Serait-ce que notre société est devenue voyeuse au point de devoir se retrouver devant des autobiographies fidèles ou des téléréalités pour être satisfaite?
      Personnellement, j’ai bien aimé le film et je ne me préocupe pas trop de ce qui est vrai et de ce qui est faux, le but n’était pas de connaître LE Mark Zuckerberg, mais bien de découvrir une oeuvre cinématographique présentant un phénomène relativement nouveau et d’envergure internationale, qui est plus ayant été créé par un garçon âgé, à l’origine, de 19 ans.
      Ceci étant dit, excellent billet, m’sieur Siroka!

      Geneviève Ménard

    • Votre argumentation est irréprochable dans un monde idéal.. malheureusement, il ne s’applique aucunement à notre contexte.
      1) À moins d’être cinéphile ou d’être renseigné, lorsqu’on lis les mots “basé sur des faits réelles”(ou “sur une histoire vraie”) on aura tendance à croire que plus de 40% du film visionné est vrai.
      2) Une grande proportion de la population nord-américaine ne fait partie d’aucune des catégories mentionnées.
      3) Si l’on peut mettre un classement sur la maturité requise pour voir un film, je ne vois pas pourquoi l’on ne pourrait pas préciser au début de ce type de film les faits réelles.. un peu comme les textes sans fin qui protègent les producteurs de tous les opinions émis..
      Je n’accuse pas les réalisateurs et je les loue (dans les deux sens) pour le divertissement dont ils nous réjouissent ..
      C’est plus”ce” système perfide, calculé entourant ce type de film qui me répugne.. Ce floue volontaire adressé à une population non instruite qui croit en l’écran plat.
      Pour toutes ces raisons, j’ai fort malheureusement l’ingénuité de croire que les réalisateurs, tout comme les producteurs, ont en effet une part de responsabilité sociale.

      Avertissement: Je me décharge de tous les opinions émis s’ils ont pu choquer qui que ce soit mais m’engage à les vendre à celui qui aura le sou.

    • Je n’ai pas vu le film…

      Mais la bande annonce laisse entendre qu’il s’agit d’un film sur le créateur de Facebook.

      Et là, votre article démontre que les gens qui pensent ça sont des … (mettez le mot qui vous convient.)

      Je vous trouve bien suffisant.

      Tant qu’à moi, ce sont les créateurs du film, sinon les producteurs, qui ont induit les gens en erreur.

      Comme si un réalisateur tournait un film sur la vie de Marc Bellemare et la Commission Bastarache, mais avec seulement 40% de vrai…

      Come on.

      C’est ben beau, l’art pour l’art, mais faut aussi être honnête.

    • @ ceux qui accrochent au 40%

      À combien de % les amis de Zuckerberg devraient évaluer la “véracité des faits” pour que vous vous dites: “ha, c’est correct, j’ai suffisamment de “faits véridiques” pour apprécier l’œuvre de Sorkin et Fincher…”?

    • “Doit-on sincèrement croire que la majorité des gens qui vont voir un film «basé sur une histoire vraie» s’attendent à sortir de la salle objectivement informés? Quelle vaine présomption!”

      M. Siroka, j’ai peine à croire que vous écriviez ce passage au premier degré.

      Évidemment qu’une bonne part du public tient pour acquis qu’un film ou une émission de télé qui traite d’événements réels fait oeuvre de vérité historique rigoureuse. Les notions de type “réinterprétation artistique” sont à cent coudées au-dessus de la tête du spectateur moyen.

      Quant au film lui-même, il m’a paru très correctement fait et intéressant, mais le scénario de Sorkin ne se distingue pas par sa subtilité et n’évite pas les effets massue grossiers. Un très bon divertissement, mais si c’est vraiment ça le chef-d’oeuvre cinématographique de notre époque… nous vivons vraiment à une misérable époque pour le 7è art.

    • Les cinéastes de fiction n’ont aucun devoir envers le réel; ils ont des devoirs envers leur art. C’est triste de devoir rappeler des évidences. Une oeuvre de fiction est par sa nature même en dehors du vrai et du faux, au contraire du documentaire.

      Rappelons que Shakespeare a créé des chef-d’oeuvre immortels sans se soucier de la véracité historique. Même chose pour Citizen Kane qui s’inspire de la vie de Randolph Hearst.

      Le but d’une oeuvre d’art c’est sa vérité humaine (ce qu’elle dit sur la nature humaine) et sa force plastique, pas la vérité vérace des faits. La véracité n’est qu’un effet de l’oeuvre.

      De toute façon, dans cinquante ans, les gens verront le film en soi, avec ses qualités et ses défauts, et ne se souviendront probablement plus de Zuckerberg. Ou alors, si ce type est devenu un icône qui traverse les décennies, il y aura plusieurs films sur lui qui donneront chacun une facette de ce personnage complexe.

      Par ailleurs, il y a quelque chose de brillant à jouer avec la vérité sur la personnalité de quelqu’un qui a créé un réseau où justement on a l’illusion de connaître l’intimité de soi-disants “friends”. Welles et Proust ont bien montré que l’être public n’est jamais l’être réel, quand bien même vous rendriez public vos photos intimes.

      J’exclue certains faits réels très précis comme un génocide où toute erreur factuelle apporte de l’eau au moulin des négationnistes.

    • @Plusieurs…

      Vous savez pas lire. Allez. Un petit effort.
      Faites bougez vos quenœils jusqu’à la fin avant de s’offusquer du premier degré de l’auteur…

      @Autres

      Le commentaire sarcastique de elorio est intéressant… Un pavé dans la marre, donc.
      Le billet de M. Siroka est plein de bon sens, mais tout de même, n’est-il pas de mauvaise foi de comparer le cinéma d’aujourd’hui à la peinture du XIXe siècle? N’incombe-t-il pas une plus grande responsabilité sociale aux réalisateurs et artistes ‘de masse’ d’aujourd’hui du fait qu’ils ont une tribune aussi grande, et qu’ils ont de leur côté un potentiel d’impact (destructeur ou constructif, artistique ou de simple divertissement, éditorial ou complaisant) inégalé dans l’histoire humaine (sur les réputations des gens, notamment)? À une époque où tout est vraisemblables sans être vrai ni faux — et sans vouloir censurer qui que ce soit — ne serait-il pas intéressant qu’on parle, parfois, de la responsabilité des artistes et des cinéastes plutôt que de leur liberté sans borne (souvent comprise comme absolue négation de toute responsabilité, justement)?

      Comme le dirait Jonas (ou Spider-Man, comme vous voulez): “À grands pouvoirs, grandes responsabilités?”

    • @unholy_ghost

      C’est drôle comment nos commentaires se répondent à l’inverse. :)

      Enfin. Vous avez en pratique raison.
      Mais vos dernières lignes sur les génocides (et pourtant, Tarantino…) démontre bien qu’il y a des limites à ne pas franchir. Quelles sont-elles?

      C’est trop facile de comparer à Shakespeare pour omettre de se poser des questions d’ordre moral. Ça ressemble aux chefs d’entreprises qui disent: “Je n’ai de responsabilité qu’envers mes actionnaires.” Non, l’artiste n’a pas de responsabilité qu’envers sont art.

      Il est responsable de l’impact qu’il a sur la société dans laquelle il vit.
      Obtenir cet impact est d’ailleurs sont but, le plus souvent.
      Après, il est trop facile de s’en laver les mains lorsque ça ne nous plaît plus…

    • (Mon Dieu… les fautes… horrible… désolé…)

    • Les libertés que prend Fincher avec son sujet sont d’autant plus intéressantes qu’il s’agit d’une histoire très récente. Au cinéma, normalement, ce genre d’écart par rapport à la vérité historique se produit autour d’un sujet plus ancien.

      Et puis la littérature contemporaine aime bien inscrire des personnages bien vivants et bien réels dans de pures fictions, comme c’est le cas dans le dernier Houellebecq par exemple. Je ne vois pas pourquoi le cinéma ne pourrait pas faire pareil.

    • Au tout début de Fargo, on nous apprends que le film est basé sur une histoire vrai, que les noms ont été changés, mais que les faits sont demeuré intact. Et bien il s’agissait d’un “mensonge” des Coens, le film étant fictif du début à la fin. Le but étant d’augmenter l’impact du film, croyant qu’on voyait quelque chose qui s’était réellement passé.

      Donc selon ces journalistes, j’imagine qu’on devrait oublier l’existence de ce film, et arrêter de l’élevé au rang d’un des plus grand film des 90’s. Ouais… sure.

      Excellent point Steve. Je pensais justement parler de Fargo, mais je ne voulais pas trop m’éparpiller en fin de compte. Il y a aussi l’exemple Usual Suspects, mais la «trahison» scénaristique est cette fois-ci diégétique : le personnage sur lequel on se fie pour savoir ce qui s’est «réellement passé» nous a en fait monté une histoire de toutes pièces, apprend-on à la fin. Pourtant, on a adoré son histoire «fausse», et c’est tout ce qui devrait importer au cinéma : la manière avec laquelle est racontée le récit, non pas sa véracité. – js

    • Je ne comprends pas du tout ce débat (il faut dire que Goldstein a déjà maintes fois prouvé son idiotie). Qui se soucie de qui Zuckerberg fréquentait ou non au moment de créer Facebook? Qui veut vraiment connaître la vie privée de ce mec? Elle est sans intérêt, alors Fincher et Sorkin la traite comme tel, l’aspect biographique de Social Network est si loin en arrière-plan dans le film qu’il ne m’est jamais venu à l’esprit que j’étais en train de voir la vie réelle de quelqu’un. Ce serait un problème si les auteurs prétendaient donner une représentation juste de Zuckerberg, mais même sans savoir ce qu’ils disent en entrevue il est évident que ce n’est pas le cas. Le film montre clairement qu’il n’est pas possible de savoir qui est Zuckerberg, on additionne les perspectives, vraies ou fausses on ne le sait pas, l’indécision importe. C’est un portrait de société, à partir de l’un des plus importants phénomène du moment, on utilise une figure réelle parce qu’elle permet d’y arrimer une foule de thèmes (chers à Fincher d’ailleurs). C’est le meilleur usage que l’on peut faire d’une bio, prendre une personnalité publique et l’inclure dans une réflexion plus large que sa simple personne.

    • @ghost

      Vrai que les createurs de fictions n’ont aucun devoir envers le reel mais l’approche d’un film comme Social Network n’est pas la meme que celle d’un Citizen Kane ou d’un Last Days.

      Social Network fait reference directe a Facebook et Zuckerberg, il ne fait pas juste s’inspirer des reseaux sociaux en general.

      C’est ca qui semble porter a confusion, c’est un film qui a ete presente comme l’histoire de Facebook et ensuite Sorkin qui affirme ne pas vouloir etre fidele a le realite.

      S’il voulait faire quelque chose qui ne correspondait pas a la realite il aurait ete mieux de ne pas faire de reference Facebook et Zuckerberg pour garder une distance avec le sujet.

      Et quand Shakespeare reinventait l’histoire (ou meme Tarantino dans Inglorious Basterd) il le faisait d’une facon ou c’etait evident que ce n’etait pas factuel.

    • @stevevallee

      J’ai toujours considere l’avertissement au debut de Fargo comme etant de l’ironie des freres Cohen.

      De la facon dont les choses degenerent dans le film avec des scenes comme celle du woodshipper ca devient evident que ce n’est pas base sur une vraie histoire. C’est plus comme une joke des freres Cohen que d’avoir ecrit que c’etait base sur une vraie histoire.

      Beaucoup plus qu’une joke, ça se moque du concept voulant que les films «basés sur des faits réels» acquièrent par le fait même du prestige. – js

    • @ _renaud

      Oh je n’ai absolument rien à redire de ce que les frères Coen on fait, c’était brillant. Mais ce n’était pas juste une “blague” car elle aurait été évidente au début. Elle sert d’artifice, de leurre afin de mettre le publique en position d’angoisse, pour augmenter l’effet du film. Bien sûr une fois le film terminé on est à même de se demander si tout ça s’est vraiment passé. Mais on est jamais vraiment certain durant l’écoute du film, et donc l’effet fonctionne brillamment. :-)

    • Ça fait longtemps que j’ai vu Fargo, mais il me semble que cette histoire de faux fait vécu est plus qu’une joke, que les frangins s’amusent avec la crédulité du spectateur en la mettant en parallèle avec le comportement de leurs personnages trop naïfs.

    • @stevevallee

      J’ai trouve le film brillant mais je n’etais pas plus angoisse parce que je pensais que c’etait peut etre arrive pour vrai. D’ailleurs je ne pense pas que c’etait le but des freres Cohen que de rendre les gens plus angoisses avec cette annonce.

      @joseph

      C’est un peu ce que je voulais dire. C’est de l’ironie des freres Cohen. Une facon de tourner le concept des films base sur des faits reels en derision, c’est leur genre d’humour.

      Ils ecrivent que c’est base sur une histoire vraie pour creer un effet dramatique mais apres quelques minutes on se rend compte que c’est un film completement eclate qui n’est clairement base sur une histoire vraie.

      La policiere enceinte jusqu’au coup. Le plan qui foire. Les personnages dejantes. Le woodshipper.

    • «Tout ce qui importe c’est que The Social Network soit convaincant d’un point de vue cinématographique, et il l’est beaucoup»

      J’applique le même raisonnement pour défendre certains films d’Oliver Stone, dont JFK, qui a toujours été critiqué d’un point de vue historique et non d’un point de vue artistique.

    • Est-ce que le Last Days de Gus Van Sant est réellement fidèle ”à 40%” à la vie de Kurt Cobain ? Plus ? Moins ?

      J’éprouve personnellement un malaise avec ces ”fausses histoires vraies” (sic) et j’ignore si c’est plus à cause du pattern désinformatif que celà provoque inévitablement ou à cause de l’arrière-goût d’opportunisme commercial…

    • De toute façon je n’ai pas le temps d’aller le voir, je dois jouer à Farmville!

    • Enfin! Non le film n’est pas à 100% véridique c’est vrai. Par contre j’ai vu le film et à aucun moment le film stipule qu’il est inspiré de faits véridiques ou que c’est une histoire vraie. C’est une oeuvre de fiction magnifiquement menée par David Fincher, très divertissante et bien jouée. Merci M.Siroka de me confirmer que ce ne sont pas tous les journalistes qui s’en prennent à ce film. Les critiques québécoises du film sont désastreuses à comparaison avec les critiques américaines… et la seule vraie faille invoquée par les dits “critiques” est l’invraisemblable du scénario… non mais!

    • Commentaire un peu tendancieux non ? Inglorious Bastards adopte un ton résolument ironique en rupture évidente avec un contenu historique hyper-documenté. The Social Network prétend raconter une biographie inédite (d’ou les noms réels) et, en ce sens, pèche par fausse représentation à mon avis. Je suis, respectueusement, en désaccord avec JS : du moment qu’un film se présente et se vend comme un biopic, il existe une limite aux libertés que peut prendre le cinéaste avec la réalité. Cette limite est difficile à établir, mais quand des inexactitudes grossieres, voire des mensonges, sont introduits dans le récit à propos de dimensions centrales de l’individu (par exemple, ses relations sentimentales pour fiare du personnage un être plus rejet que nature) on est dans la malhonnèteté intellectuelle. Ce n’est pas un crime, mais ca ne vole pas tres haut à mon avis…

    • @melio

      D’accord avec ton message.

      S’ils voulaient prendre des libertés ils auraient du faire comme Gus Van Sant dans Last Days. On sait que le film inspiré des derniers jours de Cobain mais il a eu l’intelligence de donner des noms fictifs aux personnages et de garder une certains distance par rapport au sujet.

    • C’est quand même moins pire que “The Perfect Storm” qui nous disait être basé sur une histoire vraie dès le départ et on apprennait à la fin qu’il n’y a eu aucun survivant. Peut-être que le capitaine a perdu les pédales et tuer tout les membres de l’équipage avant de couler son bâteau…qui sait? Celui-là, je le trouvais insultant, sinon, je ne veux pas qu’Hollywood m’enseigne l’Histoire.

      Josef,
      Trent Reznor n’est pas “l’ancien” de Nine Inch Nails, il est encore Nine Inch Nails.

    • On ne peut en effet se fier à Hollywood pour nous raconter l’Histoire. On ne peut peut-être même pas se fier à Eisenstein pour nous raconter la Russie. Et on ne doit surtout pas se fier à Pierre Falardeau qui, dans son film “Octobre”, veut nous faire croire que Pierre Laporte est mort d’un “accident” en s’étant ouvert les veines alors qu’il a été assassiné.

      Bref, on ne doit jamais se fier aux cinéastes (ni à aucun artiste), car ce sont des être humains et, par ce fait même, ils sont donc imparfaits. L’idolâtrie envers les artistes, c’est comme croire au pape et à tout ce qu’il dit.

      Pour ce qui est du film The Social Network, allez le voir. Regardez-le simplement comme une histoire humaine, rien de plus.

    • “Ah, le plaisir des gens qui commentent sans avoir lu le texte en entier… – js”

      J’ai lu le texte en entier… imaginez vous donc. J’ai réussi à faire ca. Et le monde n’est pas en déroute… S’il l’est, ce n’est surement pas à cause d’hollywood. Même pas 2 secondes.

    • Il me semble qu’on pardonne tout à un artiste aujourd’hui s’il a du talent.

      Je trouve que plusieurs interventions qu’on a fait jusqu’à présent sont complaisantes et/ou interchangeables. On pourrait les utiliser dans n’importe quelle situation, elles servent plutôt à justifier un artiste quelles que soient les circonstances qu’à argumenter sur le cas présent :

      “Doit-on sincèrement croire que la majorité des gens qui vont voir un film «basé sur une histoire vraie» s’attendent à sortir de la salle objectivement informés?”
      Non. Cela n’empêche pas que l’artiste a un devoir de respect envers les faits. Qu’est-ce qui m’empêcherait, selon cet argument, d’écrire un roman sur la vie de Martin Luther King le dépeignant comme un maniaque sexuel? “Quoi? je suis un artiste… Vous ne vous attentiez tout de même pas à avoir devant vous une biographie objective?!”

      “Tout ce qui importe c’est que The Social Network soit convaincant d’un point de vue cinématographique, et il l’est beaucoup”
      Tout ce qui importe? – Quelle prétention.

      “le cinéma (et l’art en général) n’est pas tenu à respecter une quelconque éthique journalistique”
      Journalistique, peut-être pas. Ce qui ne veut pas dire que l’art n’a pas sa propre éthique. Disons tout de suite qu’un artiste peut faire ce qu’il veut comme il veut.

      “Les cinéastes de fiction n’ont aucun devoir envers le réel”
      À partir du moment ou on utilise des noms réels, on a quitté la fiction.

      Il y a une différence entre accepter le fait qu’une oeuvre artistique ne sera jamais un documentaire objectif, et tordre la réalité à sa guise et aux convenances artistiques de n’importe qui. À partir du moment ou on utilise des noms réels dans des contextes réels, je dis qu’il n’est pas permis de raconter n’importe quoi.

      Fincher aurait pu nommer son personnage autrement, et s’éviter tous les problèmes d’interprétation qui sont maintenant inévitables. C’est le cas pour Citizen Kane il me semble (vous me corrigerez). On ne peut tout simplement pas voir un film comme The Soc. Network et l’apprécier comme une simple critique de la société ou quelque chose d’universel ou de métaphorique; c’est un film sur Mark Zuckerberg et sur son ascension avant tout.

    • @teamstef

      Ce n’est pas nécessairement une question de se faire enseigner l’histoire par Hollywood (ou même d’avoir une vision objective des évènements en écoutant un film). C’est juste que quand tu fais un biopic c’est important de respecter certains faits.

      Exemple, quand Soderbergh a fait ses films sur le Che il a été assez fidèle au personnage et aux évènements marquants de sa vie tout en ayant un film fort artistiquement.

      Évidemment il a pris certaines libertés mais en bout de ligne il a été assez fidèle a la réalité. Et c’est ce qui rend le film intéressant. Si les films du Che de Soderbergh avaient été truffés d’erreurs ils auraient perdu beaucoup d’intérêt.

    • Fincher, à ce que je sache, n’a jamais parlé de son film comme d’un documentaire. C’est plutôt une fiction alimentée par un fait véridique. Cette histoire est un faux débat rappelant la saga de ‘La vraie histoire des Lavigueur’ qui avait fait jeter les hauts cris à une bande de vierges offensées ;)

    • Changer le nom du personnage, c’est aussi ce qu’a fait Godard dans “À bout de souffle” si je me rappelle bien. Le nom “Michel Poiccard” et son histoire étaient inspiré d’un fait divers. Godard (Truffaut) a pris des libertés mais n’a pas gardé le même nom…

    • Hollywood est une formidable machine de propagande !

      Normal qu’ils déforment la réalité !

    • Tout ça est quand même délicat, puisque ça traite un sujet qui s’est rendu en cour, mine de rien.

      Changer le nom des personnages eût été la moindre des choses par souci d’honnêteté intellectuelle.

      Le ‘anything goes c’est de l’art’ à la Siroka et Ghost, c’est bien beau mais… Le jour où quelqu’un tournerait un film les dépeignant eux sous leur vrai nom comme je sais pas moi, (insérez la pire infamie ici), bref, de la pure calomnie, je suis pas sûr qu’ils tiendraient ce discours idéaliste.

      Hé, t’as vu le film ? Il paraît que Siroka est un….

      D’ailleurs, y’a pas longtemps, ici même au Québec, une femme a eu des problèmes en publiant une autofiction calomnieuse sur des collègues à elle (U Laval, non ?). Y’a des lois sur la diffamation, l’atteinte à l’image, etc., et l’art pour l’art n’est pas au-dessus de ça, la jurisprudence de la Charte est bien étoffée à cet égard.

      Je vais tourner un film dépeignant un tycoon d’ici (insérez le nom) comme le pire des dépravés, voir combien de temps je tofferais sans procès…

      En passant, la bande-son est effectivement écoeurante, surtout les passages de vrai mini-moog main gauche avec du piano satiesque. Le house avec les filles dénudées aussi, bien que ça repose sur une vision un peu idéalisée de la haute vite intellectuelle de Harvard…

    • Oui, s’il y a diffamation, oui, mais ça regarde la justice, pas l’art. Si le type était mort, on s’en fouterait. D’ailleurs, soyons honnête, ce qui dérange Zuckerberg, ce n’est pas que les murs de Harvard ne soient pas pareils ou même qu’il a une copine qui le laisse, mais bien que le film ne fasse pas son hagiographie ou sa publicité. Hypocrite. De toute façon, tu as raison, il aurait pu changer le nom (pour Suckerberg?), mais tout le monde aurait quand même fait le lien. Il y a l’idée ici du droit à parler des puissants en mal. Hearst a fait interdire le film de Welles pendant un an, sans vraiment d’arguments, genre une sorte de poursuite-baîllon qui n’a pas empêché le film d’être ce qu’il est.

    • Trent Reznor, satiesque? Je n’avais jamais vu ça comme ça, mais c’est drôlement bien vu.

    • Si on suit cette idée de responsabilité de l’artiste telle que décrite ici par certains, il faudrait s’en prendre aussi à ces films qui embellissent la vie réelle de leur personnage, ce qui est aussi malhonnête que la diffamation. Est-ce que le mathématicien de Beautiful Mind s’est opposé au projet de Ron Howard sous prétexte que ce dernier omettait ses adultères fréquents, ou qu’il rendait sa schizophrénie beaucoup plus sympathique qu’elle ne l’était réellement?

      Ce film est à mon sens beaucoup plus malhonnête, pas parce qu’il embellit, mais parce qu’il prétend représenter fidèlement la vie de Nash. Howard ne remet jamais en question l’image qu’il nous en donne, alors que Fincher nous rappelle constamment que ce que nous voyons est une simple perspective, un point de vue qui en vaut bien un autre. C’est aussi ce que faisait Welles dans Citizen Kane, tout son film est basé sur une quête de l’identité dans un monde d’image, ce qui est aussi la question au centre de Social Network. Le fait de garder le vrai nom de Zuckerberg n’en est que plus intéressant.

    • J’ai vu le film dimanche et je suis en total désaccord avec vos propos.
      Il s’agit bel et bien d’un film à ce que je sache. Qui raconte l’histoire «romancée» du fondateur de Facebook et du réseau, mais qui va plus loin que ça aussi.
      à mon avis, c’est le constat sur une génération qui a manifestement chambardé les relations humaines dans leur ensemble.
      À travers le personnage de Zuckerberg et aussi des gens qui furent en relation avec lui, chacun est motivé par sa volonté de reconnaissance, que ce soit auprès des amis, de la famille, de la copine, quitte à s’en remettre à la vengeance pour gagner son point… Fincher et son scénariste ne font pas dans la dentelle envers les 20-35 ans ! Zuckerberg (très bien joué par Eisenberg en passant) n’est qu’un filtre, une allégorie de la sacro-sainte image qui nous est si importante aujourd’hui.
      Si vous n’y avez vu que la simplification du language informatique et juridique ainsi que le réel ou non-réel portrait de Zuckerberg (et en fait, qui le sait ??? Personne ne peut affirmer ou infirmer le portrait de cet homme secret !), vous devriez retourner voir le film, question d’en découvrir un nouvel angle.
      Pourtant, nous sommes de cette génération tous les 2, non ? J’ai 38 ans, et vous M. Siroka ?

      N’importe quoi comme commentaire. Premièrement, contrairement à ce que vous soutenez, j’APPUIE la démarche romancée, comme vous dites, de Fincher/Sorkin. Ensuite, bien sûr qu’il y a plus dans ce film que «la simplification du language, etc.». Je n’ai jamais prétendu écrire une critique du film. – js

    • cinematographe

      Pour ma part, je considère la responsabilité éthique de l’auteur plus que sa responsabilité juridique. C’est une question de principes et non de poursuites. Je trouve le film très efficace dans sa capacité à parler d’un tel personnage, dans sa présentation de cette réalité, dans cette image d’un monde superficiel, rapide, explosif, mais pourquoi être si habile à peindre une image de Mark Zuckerberg si ce n’est pas la bonne? Je suis d’accord qu’au point de vue cinematographique, le maintient du nom de Zuckerberg est intéressante et qu’elle peut ajouter à la signifiance du film, mais c’est un usage qui selon moi n’est pas moral. Le simple fait de changer le nom aurait soufflé au spectateur qu’il ne s’agit pas premièrement d’un film sur Zuckerberg mais sur la quête d’identité, comme vous dites, ou sur une époque, un phénomène social, ainsi de suite. Un artiste doit faire des choix, qui sont souvent des renoncements. Et à partir du moment où un nom est authentique, le film ne peut se détacher d’une prétention à la réalité. C’est inévitable, selon moi.

      unholy ghost

      Critiquer les choix de Fincher ne relève-t-il pas aussi de ce droit de parler des puissants en mal? Sans rire, ce n’est pas la réaction de Mark Zuckerberg qui me fait me questionner sur le bien-fondé du choix de Fincher, mais le problème que ce choix soulève. Je ne suis pas d’accord pour dire que si le type était mort, tout le monde s’en fouterait. Ça voudrait dire que le problème vient de la sensibilité du personnage, alors qu’il est de mon point de vue au niveau éthique.

    • @aldoushuxley

      Oui, mais il y a quand même une prétention à la réalité. Les scènes de déposition, par exemple, sont tirées directement des enregistrements de celles-ci, la principale source d’information qu’a utilisée Sorkin. Quant à moi, 40% c’est déjà énorme. La principale plainte de Zuckerberg n’est même pas qu’il a l’air d’un salaud, mais qu’il ne s’est pas fait largué par sa petite amie. Il est apparemment vraiment aussi froid et borderline autiste. Si ça c’est vrai, le reste à mon avis est secondaire. Et le film est assez éclaté dans sa structure, dans son alternance entre divers personnages et temporalités, avec aucun point de vue fixe, avec tous ces montages en parallèle, pour démontrer par lui-même qu’il n’est pas un film sur Zuckerberg mais sur un phénomène de société.

    • J’abonde dans le sens de ceux qui croient que même les artistes sont responsables devant la société. L’artiste ne créé pas en vase-clos, même si une bonne partie du processus créatif peut se dérouler loin de tout. L’art s’enracine dans un contexte social et a des impacts sociaux indéniables.
      L’art qui ne doit rien à personne sauf à celui qui le produit (l’artiste), c’est d’un idéalisme et d’un absolutisme complaisant et inaceptable. Chacun, artiste, jardinier, gestionnaire, professeur (ajoutez qui vous voulez…) devrait être sensible aux conséquences de ses actes sur ses pairs, ses concitoyens, etc. Impossible de tout prévoir, bien sûr. Et l’on ne devrait pas chercher à plaire à tout le monde, bien sûr. Et peut-être l’artiste, à ce niveau, est-il un peu plus exempté que les autres, puisqu’une partie de son rôle (s’il en est un ou plusieurs), consiste à déranger, à changer les perceptions, à sortir les gens de leur zone de confort. Mais de là à pouvoir dire et faire n’importe quoi, a diffamer, à insulter, à être démagogique? Le cas de Social Network et de la diffamation possible me semble un aspect du débat sur la responsabilité de l’artiste vis-à-vis de la société.
      Si l’artiste, comme l’approche idéaliste-absolutiste le voudrait, était au-delà du vrai et du faux, du bien et du mal, bref complètement nietzschien, j’ose à peine imaginer tous les dérapages qu’il serait légitime de commettre.
      Suis-je du côté d’une police artistique? Ce serait mal me comprendre. Mais entre une caution sans condition octroyée à l’artiste et un rigorisme moral rigide, il y a un juste milieu. Ëtre sensible aux conséquences sociales de ses actes, ne pas être soustrait au jugement de ses paires, de la société et de la justice, c’est déjà un début…

    • @cinematographe

      Tu affirmes que Social Network n’est pas un film sur Zuckerberg mais sur un phénomène de société.

      L’affaire c’est qu’on entend parler du film depuis des mois comme étant le film sur Facebook et sur la pochette on voit un gros plan de la face du gars qui joue le personnage de Zuckerberg.

      Promouvoir un film portant sur les réseaux sociaux et leur impact sur la société ce n’est pas du tout la même chose que de promouvoir un film comme étant le film sur la création de Facebook.

      C’est surtout pas mal moins vendeur.

    • Est-ce que Welles a choisi un nom fictif uniquement pour éviter les poursuites judiciaires ou n’est-ce pas plutôt que ce choix lui permettait d’avoir les coudées franches et de mener son récit comme il le voulait? Il serait intéressant de le savoir.

    • N’importe quoi comme commentaire. Premièrement, contrairement à ce que vous soutenez, j’APPUIE la démarche romancée, comme vous dites, de Fincher/Sorkin. Ensuite, bien sûr qu’il y a plus dans ce film que «la simplification du language, etc.». Je n’ai jamais prétendu écrire une critique du film. – js

      Ben nous ne sommes probablement pas allé à la même école de cinéma M.Siroka. Cependant, moi je suis en désaccord avec vos propos sans dire que c’est n’importe quoi, alors gardez-vous une petite politesse svp :)

      Le «n’importe quoi» ne s’applique pas à vos arguments, mais au fait que vous me reprochez exactement le contraire de ce que je dis. -js

    • “Critiquer les choix de Fincher ne relève-t-il pas aussi de ce droit de parler des puissants en mal? Sans rire, ce n’est pas la réaction de Mark Zuckerberg qui me fait me questionner sur le bien-fondé du choix de Fincher, mais le problème que ce choix soulève. Je ne suis pas d’accord pour dire que si le type était mort, tout le monde s’en fouterait. Ça voudrait dire que le problème vient de la sensibilité du personnage, alors qu’il est de mon point de vue au niveau éthique.”

      Non, ce n’est pas la même chose: un cinéaste, tout hollywoodien soit-il, empêche rarement un critique de parler contre ses choix. Le ferait-il qu’il s’exposerait à la même opprobre qu’un puissant comme Zuckerberg.

      Sinon, aucune bio, aussi obsessionnel soit-elle dans le rendu des détails véraces (genre, les biographes américains qui nous expliquent quelle lessive utilisait Marylin Machin), ne dit la Vérité sur quelqu’un. Toute biographie, sans parler des autobiographies, est une fiction. D’une part, parce que les vérités sur un être sont infinis et que biographer revient à faire une sélection arbitraire, et d’autre part, parce que le choix est toujours pour imposer une certaine Image de la personne, sans parler des biographes hagiographes ou calomnieurs.

      En cet ère du soupçon, les seules biographies qui vaillent sont celles qui problématisent leur rapport à la vérité, ce qui semble le cas ici.

    • “aucune bio, aussi obsessionnel soit-elle dans le rendu des détails véraces (genre, les biographes américains qui nous expliquent quelle lessive utilisait Marylin Machin), ne dit la Vérité sur quelqu’un. Toute biographie, sans parler des autobiographies, est une fiction. D’une part, parce que les vérités sur un être sont infinis et que biographer revient à faire une sélection arbitraire, et d’autre part, parce que le choix est toujours pour imposer une certaine Image de la personne, sans parler des biographes hagiographes ou calomnieurs.”

      Peut-être est-il impossible de complètement cerner une personne, une situation, une époque, un lieu. L’infini du détail et la richesse des perspectives invitent à une lecture perpétuellement ouverte. Mais est-ce dire pour autant que tout nous échappe et que nous sommes systématiquement impuissants à comprendre et à représenter quoique ce soit? On aime bien les dichotomites: fait/valeur, bien/mal, vrai/faux, réalité(vérité)/fiction… Comme si ces dualités sémantiques correspondaient littéralement à des réalités ontologiques. Je suis d’avis que ces distinctions sont la plupart du temps affaire de degrés. Bien sûr, pour donner un exemple, Hitler nous échappera toujours un peu. On aura beau multiplier les documentaires, les biographies, les recherches historiques, l’individu qu’il était, dans toute sa complexité, passera toujours un peu à travers le tamis de nos filtres analytiques. Mais est-ce dire que rien de vraisemblable ne puisse être dit sur Hitler, sur ses origines, son histoire, sa personnalité, ses démons, ses penchants? Non. La Vérité (chose mystérieuse et mystique) est peut-être hors d’atteinte voire inexistante, mais des vérités (recoupements de perspectives, faits avérés) sont toujours possibles.

    • @renaud

      On ne juge pas un film à partir de sa campagne publicitaire, mais à partir de lui-même. De toute façon, regardez la comme il faut cette affiche: c’est le visage de Jesse Eisenberg, mais il est enterré sous les mots, pas tout à fait visible. C’est tout le propos du film, l’enterrement de l’individu derrière un langage, un code, etc.

      @aldoushuxley

      Welles a toujours dit qu’il n’avait pas fait un film sur Hearst, et qu’il s’agissait de coïncidences. Son scénariste, par contre, avait apparemment des comptes à rendre à Hearst, son ancien employeur. C’est plus lui qu’il faudrait interroger. Si Citizen Kane est sur quelqu’un de réel, quant à moi, c’est sur Welles lui-même, son rapport à l’art et sa propre image.

      @philomuzi

      Ce que vous dites est exact, c’est bien pourquoi ces doutes doivent être intégrées à toute biographie digne de ce nom, ce qui est le cas ici. C’est du cas par cas, on ne peut pas parler dans l’absolu de responsabilité de l’artiste car tout ça passe avant tout par des choix esthétiques qui sont singuliers à chaque oeuvre.

    • Tout est question de lucidité et de naïveté. Une biographie qui a la prétention de dire qu’elle affirme la vérité sur un être d’une façon positive, objective, m’intéressera toujours moins qu’une autre qui me dit voici mon propre point de vue sur un être dans la mesure où on ne peut atteindre une vérité globale. Par ailleurs, la vérité des faits m’intéresse moins qu’une vérité profonde sur le biographé. Par exemple, je me fous de savoir quelle journée et quelle heure Hitler a pris telle décision, c’est comme qui dirait le minimum syndical; plus intéressant est de comprendre la décision dans un plus large contexte.

      Par ailleurs, ce souci des faits véraces, perd toute importance dans une fiction, même “basée sur des faits réels”. Ce n’est vraiment pas la fonction de l’art. Sa fonction est, entre autres, de nous rappeler justement que ce qu’on appelle le “Réel” est une farce. Selon Claude Régy: “La poésie, c’est la seule réalité. Ce qu’on nous vend pour le réel n’existe pas.”

      Il y a un passage pas mal dans le dernier Houellebecq (où ce dernier dit beaucoup de mal d’un personnage appelé Michel Houellebecq)… Il dit que Van Eyck qui peint Ducon de la Guilde des marchands c’est très intéressant dans la mesure où le peintre ne s’intéresse absolument pas à Ducon mais, en arrière-plan, à la Gilde des Marchands.

    • “Mais vos dernières lignes sur les génocides (et pourtant, Tarantino…) démontre bien qu’il y a des limites à ne pas franchir. Quelles sont-elles?”

      Justement, Tarantino n’apporte aucune eau au moulin des négationnistes, d’une part parce qu’il ne représente jamais la Shoah, c’est-à-dire l’extermination dans la chambre à gaz (il ne met même pas les pieds dans un camp), et d’autre part, parce qu’à chaque instant il nous rappelle que c’est un conte (”Il était une fois en France”) au contenu allégorique, presque bédéesque.

    • @cinematographe

      Le ‘malaise’ avec Social Network vient en grande parti de sa campagne publicitaire qui est trompeuse. Peu importe si le visage d’Eisenberg est enterré sous les mots.

      Le lien est évident. On voit la face d’Eisenberg en gros plan qui joue Zuckerberg dans un film appelé ‘Social Network’ qu’on nous vend comme le film de Facebook depuis des mois. L’équation est facile a faire.

      Ca été vendu comme un biopic et maintenant qu’il est sur les écrans on dit que finalement ce n’est pas vraiment ca et qu’il y a peut être 40% de vrai etc. etc..

      D’ailleurs la pluparts des critiques se sont également fait prendre au jeu. Ils l’ont analysé comme un biopic et par la suite ils ont appris que ce n’était pas vraiment ca.

      Ca n’enlève rien aux qualités du film mais la-dessus Fincher et Sorking ont été opportunistes. Ils ont profités de la popularité de Facebook pour faire parler de leur film.

      La plupart des gens vont aller voir Social Network parce que c’est le film de Facebook alors qu’ils n’auraient surement pas été le voir si ca avait été un quelconque film sur les médias sociaux.

      C’est comme si Van Sant avait fait la publicité de Last Days en grande pompe en l’annonçant comme LE film sur les derniers jours de Cobain pour attirer les fans de Nirvana.

    • Si l’on en reste aux films, je ne crois pas qu’il n’y ait vraiment personne qui prétend représenter la réalité ‘objective’, en soi, pure. La plupart sont conscients des angles préconisés, des perspectives mises en jeu, des biais du films.
      Surtout, le film fera une référence plus ou moins fidèles aux faits historiques en fonction des buts qu’il poursuit. Un film onirique, expérimental ou autre utilisera ces faits de la façon la plus fivrole, avec une liberté potentiellement complète. Parfois des mélanges improbables de faits et d’imaginaire sont possibles (Pan’s Labyrinth, La vie est belle (Benigni)…). D’autres fois les faits prennent un peu plus de place, lorsqu’ils inspirent un drame d’époque basé sur une certaine masse de documents. Et plus les créateurs veulent être prêts de la réalité, plus cette masse sera volumineuse et importante dans la construction du récit, plus la vérité y sera au centre.

      Je conclus en proposant qu’il faudrait peut-être évaluer un film du point de vue des buts qu’ils se fixent, qu’il soient honnête envers nous: nous proposent t-ils une histoire délurée, pleine de sauts de l’esprit, ou bien quelque chose qui es veut plus près du document historique, ce qu’on pourrait appeller une fiction documentée (faute d’une meilleure expression), ou quelque chose ‘in between’? Une fois les buts clarifiés et présentés aux spectateurs, à eux maintenant d’évaluer si ces films, selon eux, sont à la hateur.

    • La véracité d’un film biographique est souvent défini par son époque. Rares sont les films biographiques qui sont totalement véridique. C’est romancé et ajusté en fonction des critères d’une époque et même en fonction des contradictions historiques. Si les historiens ne s’entendent pas, comment exiger une véracité sans failles d’un film?

      Lawrence of Arabia: Parfait exemple de contradictions historiques et le réalisateur a dû faire des choix.

      On peut en nommer plusieurs films biographique qui ne sont pas des récits historiques ou qui sont à tout le moins contestés au niveau de leur véracité:

      Goodfellas
      Braveheart
      Schindler’s list
      Malcom X (le nom est encore plus évident que pour The Social Network)
      Milk
      Ray (encore une fois, le nom est dans le titre)
      The Aviator

      Et ça, c’est ceux qui me viennent en tête. Imaginez si je prenais le temps de faire des recherches.

      Peut-être que le fait que The Social network soit un sujet récent et encore vivant, les gens sont plus sensibles….

    • @renaud

      La campagne publicitaire a insisté sur Facebook, c’est certain que c’est plus vendeur ainsi, mais ça c’est le distributeur, jamais Fincher et Sorkin n’ont parlé de leur film en ces termes. Dès qu’il a eu le projet dans les mains, Sorkin a dit qu’il ne connaissait rien à Facebook et qu’une bio de Zuckerberg ne l’intéressait pas. Ça fait plusieurs semaines que Fincher et Sorkin répètent en entrevue qu’il s’agit d’une fiction, ils le disaient bien avant la sortie du film. Et tout ça est très secondaire, je répète que l’on évalue un film par rapport à ce qu’il est et non par rapport à sa campagne publicitaire qui essaie de nous faire croire qu’il est autre chose. Et il très significatif que le visage d’Eisenberg soit caché, c’est l’un des aspects de la publicité sur lequel le réalisateur a son mot à dire, et justement il nous montre que ce n’est pas simplement un film sur Zuckerberg.

    • La question c’est de savoir si “The Social Network” est le point de vue de Fincher sur Zuckerberg ou s’il ne fait que s’inspirer de son histoire pour en faire une autre qui soit meilleure. On ne peut peut-être pas apporter de réponse définitive à cette question; par contre, le soin qui est apporté à la psychologie de Zuckerberg et sa singularité exceptionnelle nous empêchent de dire que la personnalité fascinante du jeune créateur est un point secondaire de l’oeuvre. Il me semble que le duo Fincher/Sorkin est très préoccupé par cet aspect du récit.

      De toute façon, on ne peut pas apporter de réponse absolue à un tel problème. Je crois comme cinematographe qu’on ne peut faire que du cas par cas. Ce qui ne veut pas dire non plus que l’oeuvre d’un artiste ne peut jamais être remise en question.

      unholy ghost
      “les vérités sur un être sont infinis”
      … tout comme le sont les faussetées.

    • “Ca été vendu comme un biopic et maintenant qu’il est sur les écrans on dit que finalement ce n’est pas vraiment ca et qu’il y a peut être 40% de vrai etc. etc..”

      Je crois que ces artistes ont simplement eu peur de la puissance de feu juridique de Facebook. Ce à quoi on a affaire ici c’est à une menace de poursuite-baîllon (ils sont déjà en cours?). Comme Facebook vient de poursuivre et gagner un milliard (!!!) contre quelqu’un qui envoyait des “Enlarge your pénis” sur son réseau (ça fait de belles mensualités).

      Imaginer ce qui arriverait si à chaque fois qu’un artiste représente un Président, Georges Bush par exemple, il recevait une mise en demeure pour non conformité de la fiction avec la réalité. On croit rêver. Art et morale ne font pas bon ménage.

    • @ghost

      Y’a des nuances du droit et de la jurisprudence qui t’échappent. Quand t’es un personnage aussi ‘public’ que Président des USA, ou même Bono, tu perds dans les faits une partie de ton ‘droit à l’image’ (tu ‘es’ cette image’). Sept-Jours n’a pas à payer personne pour avoir le ‘droit’ de mettre une photo de Obama ou de Tiger Woods à sa une. Ça vient avec la fonction, en quelque sorte. Mais surtout, avec le volume, leurs avocats enverront pas une mise en demeure au Lundi… Pareil pour les films, la vidéo, etc.

      C’est différent pour des personnes ‘privées’. Zuckerberg est-il ‘public’ ou ‘privé’ ? Dur a dire. Ça ferait un beau jugement. Par contre, être le Eduardo machin du film, j’appelerais mes avocats pronto. Le gars est dépeint comme un parfait couillon, et il a une blonde, des amis, en entourage pour qui cette image sera délétère et lui causera un préjudice moral.

      Art et morale. C’est pas de morale qu’il est question mais de droit. Y’a des lois là-dessus.

    • Il y a des nuances people qui t’échappe: Zuckerberg est à la une des magazines de potin depuis un bail. Quand on est le plus jeune millairdaire de la planète, qu’on pompe la vie privée des gens et qu’on se présente comme un gourou hi-tech, on est public.

    • La différence entre Inglorious Basterd et The Social Network, c’est qu’Inglorious Basterd n’a aucune prétention à décrire la réalité. Le récit est à ce point fictif que chaque élément pris séparément ne peut être interprété comme étant historique. Le danger avec TSN, c’est qu’il fournisse assez de détails véridiques pour que le tout puisse être interprété comme une proposition historique. Quand même il y aurait 80% de vérité dans ce film, le danger n’en serait que plus grand (à cause même du flou artistique).

      Plusieurs ont souligné l’impossibilité faire une biographie intégralement véridique. Donc, si l’art ne peut en aucun cas prétendre à la vérité objective, pourquoi ne pas assumer la fiction qui émerge nécessairement de la subjectivité de chaque auteur, et éliminer du même coup toute prétention à la vérité? Pourquoi maintenir à tout prix ce penchant pour les détails, garder le nom, et surtout refuser d’insérer comme Tarantino des flèches qui indiquent la nature fictive du film, si ce n’est pour tirer profit de la manne qui surgira à coup sûr de la référence au créateur de Facebook?

      Je crois qu’il est impossible de dire que The Sociel Network assume cet aspect fictif qui va nécessairement de pair avec le travail artistique. Il le nie, et très souvent. Je ne parle pas de ce qui s’est dit en parallèle, mais de ce que le film suggère.

      Je suis surpris qu’il y ait si peu de monde pour souligner ce problème.

    • @cinematographe

      La campagne publicitaire a clairement été faite pour vendre le film comme celui de Facebook. Fincher vient du monde de la publicité, c’est certains qu’il était conscient de tout ca.

      D’ailleurs c’est peut être pour ca également que ses films vieillissent aussi mal. Comme pour une bonne pub les films de Fincher créent toujours un buzz a leur sortie on se rend vite compte que ce n’était pas si bon que ca finalement. Mais bon, c’est un autre débat.

      Pour la question de juger le film par rapport a ce qu’il est et bien t’a juste a aller voir les critiques sur Metacritic, il fait 91 jusqu’à maintenant. Les critiques ne semblent pas avoir tenus compte du niveau de véracité.

      Quoique la plupart d’entre eux n’étaient pas au courant du niveau de véracité avant de faire leurs critiques. Fincher et Sorking ont souvent répétés que c’était de la fiction mais ils ne donnaient pas de pourcentage a propos de ce qui est vrai ou non.

      Mais peu importe, Ebert et Travers l’ont nommés film de l’année jusqu’a maintenant et le NY Times lui a également donné 100. Fincher aura encore son billet pour les Oscar cette année.

    • “D’ailleurs c’est peut être pour ca également que ses films vieillissent aussi mal. Comme pour une bonne pub les films de Fincher créent toujours un buzz a leur sortie on se rend vite compte que ce n’était pas si bon que ca finalement.”

      !!! J’ai réécouté Seven il y a peu et ça reste sans doute un des meilleurs films américains des années 90. Fincher a une approche très originale au film de genre, qui est radicalement opposé à toute conception qui pourrait sortir du monde de la pub (Seven a un regard essentiellement distancié et presque contemplatif sur un monde en décrépitude). Qu’est-ce qui a mal vieilli? Même chose pour Fight Club, et Zodiac est sans conteste l’un des meilleurs films des dernières années. Les autres trucs de Fincher me laissent plus indifférent, c’est vrai, mais ils ont tous quelque chose d’intéressant et leur propos est toujours aussi actuel.

    • @cinematographe

      Les films de Fincher sont en général assez superficiels. Ils ont une facture visuelle intéressante et ils sont toujours dans l’ère du temps mais ils manquent de profondeur.

      Dans le temps j’avais bien aimé Seven et Fight Club mais ce ne sont pas des grands films.

      Le genre de films que tu vas aimer si tu es à la fin du secondaire ou début cégep mais que tu regardes quelques années plus tard en te disant que ce n’était pas si bon que ca finalement.

      Ensuite t’a des films comme The Game, Panic Room, Zodiac et Benjamin Button qui ont été bien accueillis par la critique a leur sortis mais qui n’ont pas très bien vieillis.

    • @renaud

      Superficiels? À vrai dire, c’est ce que je croyais aussi avant de revoir Seven, que j’associais justement à mon adolescence, où j’avais probablement aimé ce film simplement parce que c’était tordu, mais à mon avis c’est un grand film. La facture visuelle est plus qu’intéressante, elle est d’une rare beauté. La virtuosité chez Fincher est jamais tape-à-l’oeil, elle sert aux personnages: la représentation de la ville dans Seven représente le point de vue du personnage de Morgan Freeman, dont le regard guide subtilement le récit, la caméra passe-partout dans Panic Room est la représentation de la paranoïa de Jodie Foster, etc. Panic Room est d’ailleurs un bon exemple de petit film apparemment superficiel que l’auteur détourne: il y a tout un propos sur la paranoïa comme état de l’individu contemporain (ce qui est le thème fétiche de Fincher, jusque dans Social Network), avec un jeu sur le regard comme instrument de pouvoir. Ça fait trop longtemps que j’ai vu Game et Fight Club pour en parler, mais concernant ce dernier, je suis au moins certain que Fincher se garde de juger son personnage, qu’il le présente avec une certaine ambiguïté, ce qui est déjà pas mal. Quant à Zodiac, taper Zodiac et Nathan Lee dans google, ou Zodiac et Manohla Dargis, ça devrait suffire à vous convaincre qu’il s’agit bien d’un très grand film. Social Network est à mon avis dans cette lignée, en tout cas ce n’est certainement pas superficiel, et je ne crois pas exagéré de dire que c’est l’un des meilleur films de l’année, toutes nationalités confondues.

    • “Quand même il y aurait 80% de vérité dans ce film, le danger n’en serait que plus grand (à cause même du flou artistique).”

      Quel danger? Je veux bien croire qu’il y a diffamation contre Zuckerberg mais danger pour la population en général, je ne vois pas. Tout le monde sait ou devrait savoir qu’une fiction, même basé sur un fait réel, n’est pas 100% vrai (il y a les docus pour cela). Toute personne assez crétine pour croire le contraire devrait rester chex elle et ne plus mettre les pieds dans un cinéma, un musée, un théâtre.

      Oui, mais on me dira, il y a plusieurs crétins dans la société. Mais justement, un artiste n’a pas à s’en soucier, sinon il fera des oeuvres édifiantes visant le plus petit dénominateur commun. Que les choses soient ambigues, c’est justement l’intérêt: si on ne pouvait faire que des oeuvres claires, sans ambiguité, il n’y aurait plus d’art possible.

    • Je vais sûrement aller voir le film ce soir. Je ne suis pas sur facebook, ni sur twitter, je n’ai même pas de cellulaire et je trouve ça assez symptomatique d’apprendre que Zuckerberg est autiste. C’est peut-être le dernier horizon social: le devenir-autiste de tous.

    • Faire un film sur Facebook (une bête invention): nul doute , c’est houellebecquien.

      Parler d’un gars renfermé (ou autiste ?..) qui a inventé réseau social : c’est le portrait type de Houellebecq.

      Comparer ce film à un chef d’oeuvre de l’art ou du cinéma (apparemment un nouveau Citizen Kane ?): c’est parachever l’approche préapocalyptique d’Houellebecq. Jamais l’humanité n’aurait été si abrutie.

      J’adore Houellebecq ET le film en question. Il y a quelque chose qui ne va pas avec moi? -js

    • ghost

      Le danger de tromper les gens. Vous avez pleine liberté de croire que ce n’est pas important, je crois que ça l’est.

      Je ne dis pas cela pour protéger Zuckerberg, je me fous bien de Zuckerberg. Et Fincher peut bien faire les films qu’il désire, mais dire qu’il n’y a que les crétins pour tomber dans ce genre de panneaux, c’est selon moi justifier le travail du réalisateur peu importe le contexte (”les crétins ne comprennent pas mon oeuvre”, quel beau justificatif. Il ne s’agit pas toujours d’un artiste incompris, mais d’un artiste qui veut tromper). Il y a bel et bien un danger à mentir au spectateur tout en lui donnant l’impression d’être honnête. Un artiste peut mélanger la fiction à la réalité, mais il ne peut pas dire n’importe quoi sur n’importe qui, surtout si l’oeuvre contient assez de vérité pour être interprétée comme un portrait juste.

      Le problème n’est pas de se soucier des crétins, mais d’être honnête.

    • La vie réelle ne suive pas le rythme mesuré d’une intrigue littéraire, alors chaque histoire racontée par des cinéastes doit être modifiée au moins un peu pour plus plaire à une audience. Bien que les films soient une forme d’art et d’expression, ils ont aussi le but d’attirer des spectateurs pour générer un profit. Et les spectateurs, ils aiment le drame et des personnages commercialisés. Cela me fait penser au film Julie & Julia, et les divergences remarquées là. Les situations se ressemblent, il me paraît. Les deux gardent la structure de base de ces histoires, tout en ayant des modifications pour les « améliorer » pour l’écran.

      Alors quand un film est dit basé sur une histoire vraie, j’espèrerai que les spectateurs se rendent compte de ces choses. Mais je vois aussi que ce n’est pas toujours le cas. Je me souviens de visionner « Paranormal Activity » avec mon frère, et il insistait tout le long que c’était tout vrai à cause du style dans lequel il était filmé.

      Les films sont pour le divertissement, mais les personnes vont les confondre avec des biographies, surtout avec un film avec autant de publicité à cause de son sujet tellement populaire.

    • L’argumentation n’a rien de bancale, mais elle est défendue avec une suffisance digne de l’indolence de l’auteur sûr de son talent, ce qui irrite forcément la sensibilité de certains qui semblent percevoir dans ce style presque cartésien de l’auteur, en l’occurence M. Blogue , une tendace utilitariste à vouloir rendre sa thèse «universelle» se bornant à des soupirs sardonico sarcastiques «ahhhh… » , «n’importe quoi…» lorsque quelques lecteurs empotés du dimanche se limitent à de bien trop succintes et erratiques tentatives de déconstruire son argumentaire… par ailleurs assez clairvoyant.

      J’ai par ailleurs disséminé subliminalement un message d’appui aux Roms dans cette brève missive égotiste.

      Magnétisme quand nous tient.

    • @aldous

      “Le danger de tromper les gens. Vous avez pleine liberté de croire que ce n’est pas important, je crois que ça l’est.”

      L’art est un mensonge qui dit la vérité (d’une époque, d’une situation). Votre moralisme est d’une certaine façon une forme de censure envers les artistes. Je le redis: si le portrait faux avait été une hagiographie, c’eut été très bien reçu du patron.

      J’ai vu le film hier et j’ai été passablement déçu. J’ai aimé la vivacité des dialogues mais le scénario est vraiment académique. Les faussetés que le scénariste ont intégré sont tous pour faire entrer la vie de Zuckerberg dans le scénario-type américain que j’ai décrit voilà quelques semaines ici même (en gros comment un self-made man égoïste finira par choisir la communauté, la famille, son pays plutôt que sa petite personne). Le personnage joué par Sean Parker est justement introduit pour créer un méchant et racheter in fine Zuckerberg. La façon qu’on fait de Parker un drogué parano et pédo est une procédé grossier.

      La chose la plus intéressante avec le film c’est qu’il est traversé de part en part par la paranoïa (celles des associés, celle de la petite amie d’Eduardo, celle de Parker, etc.) qui est vue comme définitoire de l’époque. Facebook est vu comme un phénomène parano: quand à la fin Zuckerberg pèse constamment sur la touche pour voir si son ancienne copine l’accepte comme Friend c’est le côté obsessionnel parano qui ressort. Cherchez à connaître la vie de ses amis et connaissances l’est aussi.

    • @Rafc

      Merci c’est gentil.

      Il y a une petite hypothèse qui vient de me traverser l’esprit. Le film répète plusieurs fois que Parker essaie de saboter ses anciennes cies qui l’ont viré. À la fin, il est dit qu’Edouardo a touché sa part et ne peut plus parler contre Facebook. Et si Edourdo avait fourni plusieurs anecdotes aux scénaristes sous le secret pour faire ch… Facebook.

    • “L’art est un mensonge qui dit la vérité (d’une époque, d’une situation)”

      Pas mal comme oxymoron mais c’est vite dit. Si The Social Network dit la vérité sur Mark Zuckerberg en passant par la fiction, ça reste à prouver. Quelle vérité est dite sur Zuckerberg, quelle fiction est utilisée pour révéler sa psychologie, son être? Les seules vérités sur Zuckerberg sont platement factuelles (il serait autiste, big deal!) alors que le fictif ne sert qu’à une chose, améliorer le récit. Le problème n’est pas tant l’invention que le droit que s’est octroyé Fincher de le faire sur la vie de quelqu’un de réel. De faire une bonne histoire (un coup lucratif?) sur le dos d’un personnage historique. The Social Network est une romance.
      Mon objection est très précise : le film multiplie les détails historiques. Il ne dit pas la vérité sur Zuckerberg mais joue constamment la carte du réalisme.

      Et puis, je trouve que vous parlez de censure un peu à la légère. Vous confondez peut-être les objections que j’ai avec les moyens hypotétiques qu’il faudrait prendre pour les faire valoir. La censure, c’est mettre un cadena pour faire taire les voix discordantes. C’est un raccourci, une absence d’argumentation. Souhaiter qu’il n’y ait pas de censure ne revient surtout pas à souhaiter une absence de débat ou de critique.

      Ce n’est pas non plus du moralisme que de demander aux artistes un minimum d’honnêteté intellectuelle. Rester là à ne rien dire serait trop facile.

    • Je crois que c’est dégoutant qu’un empire créé par le plus jeune milliardaire du monde va produire encore plus d’argent. Je ne serais pas surpris si à un moment ou un autre Mark Zuckerberg trouvera une façon pour se faire rembourser. Pourtant, la grande question est celle de l’objectivité des cinéastes. Je comprends le concept d’avoir la liberté artistique, elle est l’essence de l’art et ce qui nous fait humaine, mais il y a un point où la divergence de la réalité, quand on prétend de dévoiler un grain de la vérité, devient ridicule. Puisque le film n’est pas entièrement vrai il devait être la responsabilité du cinéaste d’au moins prévenir son audience que l’histoire qui suit n’est pas exacte. On a plusieurs méthodes pour l’en faire, notamment le démenti qui pourrait expliquer au tout début que le film est seulement basé sur une histoire réelle. De plus, j’ai déjà entendu plusieurs plaintes que le film est sexiste et quelques-uns des effets spéciales ne sont pas très bons.
      Si enfin je décide de regarder ce film il est certain que ce ne serait pas au cinéma.

    • @Aldoushuxley

      Votre position n’est que du moralisme, et à la petite semaine. Procès d’intention, Fincher serait accusé d’avoir voulu faire un coup d’argent sur la vie privée d’une personne réelle (en passant, n’est-ce pas comme cela que Zuckerberg est devenu milliardaire?). Big deal! La vérité n’est pas tant sur la personne que sur l’époque.

      N’importe qui ayant fait un biopic sait qu’il faut tricher avec la réalité (on prend deux personnes réelles pour en faire un personnage, on en invente un pour faire ressortir une idée, etc.). Tout le monde, sauf les fous et les imbéciles, connait la différence entre un biographie et une fiction documentée. Si votre principe morale normatif (il faut être vérace ou alors ne pas être réaliste) devait s’imposer (et il s’imposera facilement par jurisprudence si Zuckerberg poursuit et gagne contre Hollywood) ce ne serait rien d’autre que de la censure (et la pire, l’autocensure). Le danger de dire quelques demi-mensonges sur des personnages sommes toutes publics est beaucoup moindre que ce qui pèserait alors sur la liberté artistique. De toute façon, votre principe est inapplicable: d’une part parce que personne ne sait ce qu’est vraiment le réalisme et personne ne pourrait dire si la véracité est respectée. Qui le pourrait? Suckerberg? Jamais de la vie! On serait condamné collectivement à ne dire que du bon sur les puissants. Et puis, changer les noms des personnages ne changent strictement rien. Les spectateurs ont plusieurs autres sources d’information (dont le péritexte) pour se faire une idée du sujet. Hearst le savait en interdisant Citizen Kane. Les romans à clés ont toujours existé.

    • Je voulais dire paratexte*

    • Mais quand on y pense plus longuement, c’est mince comme scénario de film non ? Me semble que quelques années de recul de plus aurait été nécessaire ( pcq vous savez comme moi qu’il arrive assez souvent, ces années-ci, que les héros d’aujourd’hui soient les pauvres types de demain ).

    • @ghost

      Ton concept de la realite semble plutot abstrait. C’est n’est pas impossible de definir qu’est-ce qui est vrai ou non dans un film.

      Surtout pour un film comme Social Network dont les evenements viennent a peine d’arriver.

      Ce qui va plutot faire une difference ce sont les convictions et la vision du realisateur.

      Exemple, un realisateur pourrait depeindre Zuckerberg comme un fou asocial tandis qu’un autre va le depeindre comme un genie visionnaire et les deux auraient raisons.

      Les deux realisateurs parleraient du meme personnage et des memes evenements mais ils arriveraient avec des films completements differents. Ils ajouteraient quelques personnages, embelliraient certaines situations et feraient passer leurs messages editoriaux et c’est correct aussi. On s’attend a ce genre de chose quand on regarde ce genre de film.

      Par contre c’est important de garder un minimum de veracite sinon le film perd de son interet. Selon moi c’est le probleme de Social Network (que j’ai vue hier et qui m’a decu). Plusieurs des scenes cles du film sont completements fictives. Et on ne parle pas de scenes romancees pour embellir la realite.

      On parle de scenes importantes dont on sait pertinamment qu’elles n’avaient aucune chance d’arriver comme ca. Le ‘core’ du scenario est base sur des scenes fictives.

    • “Surtout pour un film comme Social Network dont les evenements viennent a peine d’arriver.”

      Au contraire, c’est plus difficile à connaître parce que ça vient d’arriver. Pour le reste, ce n’est pas la réalité que tu me décris mais la véracité. Savoir si quelque chose a vraiment arrivé de cette façon-là est pertinent dans un documentaire, mais dans une fiction, ce n’est pas intéressant. Aucun biopic ne montre les choses telles qu’elles se sont passés, sans parler que Dieu seul le sait vraiment (et le Diable s’en doute).

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