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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 27 septembre 2010 | Mise en ligne à 16h20 | Commenter Commentaires (5)

    Quand Herzog nous fait rêver en 3D

    Werner Herzog, son directeur photo Peter Zeitlinger et un personnage qu'on a bien hâte de découvrir, pendant le tournage de <i>Cave of Forgotten Dreams</i>.

    Werner Herzog, son directeur photo Peter Zeitlinger et un personnage qu'on a bien hâte de découvrir, pendant le tournage de Cave of Forgotten Dreams.

    Après les vastes paysages singuliers et glaciaux de l’Antarctique d’Encounters at the End of the World (2007), l’infatigable cinéaste allemand Werner Herzog plonge sa caméra dans les espaces contigus et humides de la grotte Chauvet-Pont-d’Arc, dans le sud de la France, pour y filmer des peintures et gravures datant de 32 000 ans, les plus anciennes jamais découvertes. Présenté en première mondiale au Festival de Toronto le 13 septembre dernier, Cave of Forgotten Dreams a la particularité d’être probablement le premier long métrage d’art et d’essai tourné en 3D (suivra dans la même veine le docu de Wim Wenders sur Pina Bausch, la légendaire chorégraphe allemande décédée l’année dernière). Herzog, qui admet d’entrée de jeu ne pas être le plus grand amateur de cette «nouvelle» technologie – il s’est plaint de l’expérience inconfortable d’Avatar, alors qu’il s’est vu contraint d’enlever fréquemment ses lunettes – a justifié ainsi sa surprenante décision en entrevue au Los Angeles Times :

    Une fois qu’on voit la grotte avec ses propres yeux, on réalise qu’elle doit être filmée en 3D. Je n’ai jamais utilisé ce procédé avec les 58 films que j’ai faits avant et je n’ai pas l’intention de le faire à l’avenir, mais c’était important pour capturer l’intention des peintres.

    Fonctionnaire français

    Comme pour la plupart de ses projets, Herzog semble être né pour raconter l’histoire de Cave of Forgotten Dreams. Alors qu’il était un garçon sans le sou dans l’Allemagne d’après-guerre, il est devenu fasciné par un beau livre sur les peintures préhistoriques exposé derrière la vitrine d’un magasin. Il a vite trouvé un emploi – ramasseur de balle sur un court de tennis – et en six mois a épargné les fonds pour se payer l’objet rêvé. «La profonde stupéfaction que [le livre] m’a inspiré reste avec moi jusqu’à ce jour. Je me rappelle avoir été saisi d’un frisson d’effroi alors que j’ouvrais ces pages.»

    L’idée de filmer l’intérieur de la grotte Chauvet – où figurent des dessins deux fois plus anciens que ceux de la fameuse grotte de Lascaux – a été initiée par le vétéran producteur de documentaires Erik Nelson, qui a été intrigué par un article de Judith Thurman publié dans le New Yorker en juin 2008. Après s’être assuré les services du cinéaste idéal, Nelson avait un autre défi de taille devant lui : négocier un accès à la grotte, où ne sont admissibles qu’une poignée de scientifiques et de personnalités haut placées. Coup de chance : le ministre de la Culture français, Frédéric Mitterrand, est un fan invétéré de Herzog. Les rêves oubliés allaient enfin pouvoir devenir réalité.

    Le réalisateur d’Aguirre la colère de Dieu et de Fitzcarraldo, qui n’a pas l’habitude de faveurs privilégiées, a rendu la politesse au gouvernement français en se portant volontaire comme fonctionnaire de l’État, moyennant un salaire symbolique de 1 Euro, afin de rendre tout le monde «confortable avec l’arrangement». «J’ai vraiment livré le film gratuitement à la France», affirme-t-il.

    Malgré l’aide inestimable du ministre, le tournage n’a pas été une partie de plaisir pour autant. Pour préserver l’écosystème fragile de la grotte, Herzog n’a eu droit qu’à 24 heures d’accès répartis en six jours. Il ne pouvait descendre qu’avec trois autres personnes (le directeur photo, le preneur de son et un assistant), chacun transportant un équipement minimum. Son espace de travail se résumait à une passerelle large de deux pieds… Mais Herzog en a vu d’autres et le résultat final semble des plus prometteurs.

    Cave of Forgotten Dreams a obtenu un accueil public très chaleureux au TIFF, des critiques pour la plupart élogieuses (voir ici, ici ou ici) ainsi qu’un contrat plus qu’honnête avec un distributeur – IFC – qui promet de mettre tout l’effort nécessaire pour trouver des salles répertoire munies de projecteurs 3D, en plus d’assurer une mise en nomination en vue de la prochaine cérémonie des Oscars. Voilà une belle occasion pour l’Académie de pardonner leur inexcusable rejet de Grizzly Man il y a cinq ans.

    En attendant la sortie de Cave of Forgotten Dreams, prévue au courant de l’année 2011, on a bien hâte de voir son My Son, My Son, What Have Ye Done, le thriller d’horreur produit par David Lynch qui n’a bizarrement jamais trouvé le chemin des salles au Canada. Le DVD est officiellement disponible depuis le 14 septembre aux États-Unis, mais il faudra attendre le 26 octobre pour une sortie nationale. Voici la bande-annonce :

    Sur le front documentaire, Herzog s’est associé avec le réalisateur russe Dmitry Vasyukov pour monter une nouvelle version plus courte de son film sur des chasseurs en Sibérie, Happy People : A Year in the Taiga, à laquelle il ajoutera son inimitable voix pour les besoins de la narration. La bande-annonce est très intrigante et on espère avoir accès un jour à ce documentaire sous une forme ou une autre!

    À lire aussi :

    > La conquête de Werner Herzog


    • Si c’est Herzog, c’est du sérieux. Je ne sais pas si on aura l’occasion de voire au Québec mais du Herzog en 3D, ça pique la curiosité.

      “Herzog en a vu d’autres (…)”
      C’est ce qu’on appelle un euphémisme…

      “Mais Herzog en a vu d’autres (…)”

    • “être né” plutôt qu’ “avoir été né”…

      Merci pour votre vigilance, c’est corrigé. – js

    • Je trouve intéressant que Herzog nous fasse un vrai film avec du 3D et je trouve tout aussi intéressant que Lynch choisisse de traiter d’un sujet à la fois tabou et hypermédiatisé: le meurtre de membres de la famille.

      J’ai hâte de voir le point de vue que les deux vont adopter.

    • Je prie le ciel pour voir ce film au Québec mais je vois difficilement où mis-à-part un setting exceptionnel dans un festival (peu-être au prochain FNC à l’impérial, j’ai déjà vu Hitchcock en 3d là).

      J’ai vu “My Son, My Son…” et c’est de loin le Herzog le plus bizarre que j’ai vu depuis longtemps!

    • Là où Cameron nous donnait à voir en 3D un monde extra-terrestre et fictif aux fausses images, Herzog nous donne à voir un monde souterrain et réel avec des images préhistoriques vues dans les exactes même conditions de leur création, soit avec deux yeux, en 3D. Très grande idée (mais qui toutefois semble presque commandée par le succès d’Avatar).

      L’oeuvre documentaire d’Herzog est bel et bien fascinante. Ça me semble être en continuité avec le travail documentaire de Louis Malle où par le filtre personnel (sujets collés au cinéaste, mobilité exacerbée, voix-off du cinéaste dominante…) ont atteint de façon encore plus embrassée l’universel. Je n’ai par contre pas vu les premiers documentaires d’Herzog; sont-ils semblables, ou bien y a-t-il un style qui s’est développé chez lui ces récentes années?

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