Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Jeudi 29 juillet 2010 | Mise en ligne à 16h45 | Commenter Commentaires (19)

    La mélancolie de Lars Von Trier

    Kirsten Dunst et Lars Von Trier en conférence de presse à Trollhättan, en Suède.

    Kirsten Dunst et Lars Von Trier en conférence de presse à Trollhättan, en Suède.

    L’enfant terrible du cinéma européen est de retour derrière la caméra. «Il y a un mariage et de la mélancolie, mais je ne veux pas en dire plus», a déclaré lundi Lars Von Trier lors d’une conférence de presse à propos de Melancholia, son nouveau «film catastrophe psychologique».

    Ce qu’on sait sur le récit : Charlotte Gainsbourg – qui renoue avec le cinéaste après Antichrist (2009) – joue la soeur de Kirsten Dunst, qui vivra un court mariage au dénouement tragique. Pendant ce temps, une énorme planète menace la Terre… Von Trier parle d’un «film magnifique sur la fin du monde» et assure que, contrairement au reste de son oeuvre, il n’y aura pas de happy end cette fois-ci.

    D’un point de vue esthétique, le producteur Peter Aalbaek Jensen promet «une combinaison d’imageries cinématographiques spectaculaires et de caméra à l’épaule dans le style du Dogme». Le film déploiera également des effets spéciaux, «mais rien comparé à Hollywood» (le budget est estimé à 5 millions €). Von Trier, quant à lui, se montre moins enthousiaste sur l’aspect visuel : «Ça a l’air merdique. Enfin, j’espère pas. Mais c’est certainement plus laid que mon précédent».

    La distribution de Melancholia est pour le moins impressionnante. Outre Gainsbourg et Dunst, on retrouve Stellan Skarsgård et son fils Alexander (le mari), John Hurt, Udo Kier, Charlotte Rampling et Kiefer Sutherland. La vedette de 24 est manifestement heureuse de changer radicalement de registre : «Von Trier a certainement été un catalyseur pour moi. Nous avons eu une conversation rapide avant que je reçoive le scénario et j’ai dit que je ferais n’importe quoi – du service de traiteur – pour seulement regarder».

    Pour Sutherland, qui apprécie le style direct de Von Trier, son personnage «représente ce qui est bien, alors que Kirsten Dunst représente ce qui reste. Il y a un important équilibre dans le film».

    La célèbre actrice américaine, qui ne semble nullement intimidée par l’idée de se faire diriger par le bourreau de Björk (Dancer in the Dark) ou Nicole Kidman (Dogville), accueille l’expérience avec sérénité : «Il y a une poésie dans sa manière de tourmenter les femmes». En voilà deux qui sont faits pour s’entendre!

    Le tournage de Melancholia, qui a lieu en Allemagne et en Suède, doit durer jusqu’au 22 septembre. Le film devrait être prêt pour le Festival de Cannes, en mai prochain.

    Wasington, pas pour tout de suite

    Toujours pas de nouvelles concernant une éventuelle mise en chantier de Wasington, le troisième volet de la trilogie sur les États-Unis composée jusqu’à maintenant de Dogville (2003) et de Manderlay (2005). En octobre dernier, Lars Von Trier a employé un ton humoristique à ce sujet au New York Film Festival :

    Le problème avec les trilogies, c’est qu’il doit y en avoir trois. Voyons voir. Je suis ouvert, mais je n’ai pas une idée exacte. Quand elle viendra, je ferai le film si possible.

    - Via The Playlist et The Guardian

    À lire aussi :

    > Antichrist, le jeu vidéo


    • Peut-être faire meilleur (ou pire) que le violent, narcissique et intérieur Antichrist? Dans la mouvance visuelle de Dancer in the Dark? Dans la théâtralité de Dogville? Von Trier semble vouloir jouer dans la dichotomie, ce qui beau de ce qui est laid, ce genre de tableau lui sied si bien, maniant les ruptures de ton avec diligence. Dressera-t-il une peinture manichéenne de la « belle fin du monde »?

    • “Von Trier parle d’un «film magnifique sur la fin du monde» et assure que, contrairement au reste de son oeuvre, il n’y aura pas de happy end cette fois-ci.”

      Effectivement, moi aussi je suis pas mal tanné des “happy end” dans l’oeuvre de Von Trier, tsé genre Dancer in the Dark ou Dogville…

      Moi les petites fins mielleuses dans ce style-là, plus capable…

    • @ kurtz

      Ehh… des happy end dans Dancer et Dogville?

      C’est évidemment du gros sarcasme, tant de la part de kurtz que de Von Trier. -js

    • C’est bien de ranger pareillement le sarcasme de Kurtz au côté de celui de Von Trier… D’un côté, il est très implicite et, de l’autre, pas du tout…

    • Je ne suis pas certain que LVT ironise beaucoup à propos du happy end de DOGVILLE. Pour lui, le massacre d’Américains dont «la disparition ferait de la terre un monde meilleur» semblait effectivement une bonne nouvelle…

    • J’abonde dans le même sens : Von Trier n’est pas si sarcastique que ça. Ici, on parle d’une «fin» du monde… Donc, il confine au «happy end» ses Dogville et Dancer, par voie de comparaison.

      Et, du côté de Kurtz, la figure de style employée est plutôt celle de l’ironie et non du sarcasme. Le sarcasme se veut méchant. Rien de tel dans le commentaire de Kurtz.

      Si vous le dites. Je demeure néanmoins persuadé que Von Trier cultive jusqu’à un certain point le sens de l’auto-dérision. Il est conscient de l’impact de ses films sur le public, il est un provocateur professionnel. – js

    • @ Astyanax

      Tout-à-fait! Malgré tout le respect que je dois à Von Trier, disons qu’il a parfois la misanthropie sélective.

      Mais je crois qu’il est surtout un peu fatigué de se faire accuser d’être sombre et triste. Quant à moi, malgré mes blagues sur la fin de Dancer, j’ai trouvé ce film lumineux et apaisant, d’une certaine façon, comme si la caricature cauchemardesque de Von Trier faisait ressortir en surbrillance les petits (et rares)moments de bonheur qu’il accorde à ses personnages.

      Peut-être au fond qu’il croit vraiment que sa fiction est plus belle et positive que la réalité?

      En tout cas, j’ai hête de voir comment la belle Kristen va relever ce défi à la hauteur de son talent, sous-estimé selon moi.

    • Je dis bien : n’est pas «si»… Il l’est, oui, en effet. Seulement, dans la manière, son commentaire implicite laisse sans doute savoir que cette fin du monde va nous en mettre plein la gueule! ;)

      C’est Von Trier…

    • @kurtz
      J’abonde dans votre sens concernant Kirsten Dunst. Probablement parce que j’ai un souvenir très vif de ses performances dans les films de Coppola (fille), de savoir qu’elle jouera sous la tutelle de Lars Von Triar, et dans un film qui traitera de la mélancolie en plus, m’enthousiasme beaucoup.
      Lorsqu’elle est bien dirigée, elle est capable d’une vraie profondeur et arrive à la transmettre d’un seul regard.

      Vous avez vu Cat’s Meow? Elle est sublime dans ce film méconnu de Peter Bogdanovich. – js

    • Encore enfant, Dunst était déjà bonne dans Interview with the Vampire… Virgin Suicides et Eternal Sunshine ont à mon avis confirmé son talent (faudra maintenant que je me procure la suggestion de M. Siroka). Même dans des films plus banals elle s’en tire bien (ex. Little Women). Cette fois, avec les Gainsbourg, Rampling, Hurt, Skarsgård(s), Kier et Sutherland, ça promet.

      C’est dommage que Wasington demeure non-développé par contre… Dogville est un chef-d’œuvre; et même si Manderlay est quelque peu passé inaperçu, il m’a tourmenté tout autant, sinon plus que le précédent… Il y a quelque chose de particulièrement machiavélique dans ce film…

    • Von Trier est visiblement un maniaco dépressif, un satiriste mondain et un cinéaste de talent. Tiens… comme Woody Allen!

      J’ai bien aimé ses films du début, en particulier BREAKING THE WAVE, où il y avait pour cinq mille dollars d’effets spéciaux. Mais alors là, quelle utilisation!

      Et j’ai vu récemment THE FIVE OBSTRUCTIONS (2003), un auto-documentaire fascinant basé sur son mentor, Jørgen Leth. Un must pour apprécier ce créateur pété et talentuex.

    • J’ai bien hâte de voir ce mélange Von trier/Dunst. Bon, j’adore Von trier et je trouve Dunst sublime et sous-estimée. Il est clair qu’elle a un peu sombré dans la drogue, l’alcool et donc l’oubli ces dernières années, mais son retour me ravi (aussi en tournage à Montréal + On The Road). Sa perfomance dans Marie Antoinette était excellente et très touchante, dommage qu’elle n’ait pas reçu plus de reconnaissance pour ce rôle.

    • Saviez-vous que Lars Von Trier se lançait dans la publicité?
      http://www.theonion.com/video/denmark-introduces-harrowing-new-tourism-ads-direc,14403/

    • Jozef

      Est-ce que vous avez une idée du moment où le DVD de Antichrist sera disponible au Canada?

      Non, je crois que ça prend autant de temps parce qu’ils préparent simultanément le jeu vidéo inspiré du film. – js

    • @js
      Un jeu vidéo?? Mon Dieu, quelle idée étrange. Le concept sera de parcourir la forêt en cherchant les démons intérieurs?
      J’ai vu le film au Danemark dans une salle pleine d’amoureux de Von Trier. Assez étrange comme expérience.

    • Je viens de réaliser que je mentionne «Antichrist» dans mon 666e post…

    • @ Jozef

      666 Je m’en vais de ce pas faire le signe de croix à l’envers devant mon miroir et psalmodiant “Candyman” frénétiquement.

      En tous cas, félicitations pour l’atteinte de ce chiffre diabolique. Vous êtes certainement un des rares blogueurs qui gagnent à être lus et qui génèrent autant de qualité dans les posts que dans les interventions des participants.

    • “Dogville est un chef-d’œuvre; et même si Manderlay est quelque peu passé inaperçu, il m’a tourmenté tout autant, sinon plus que le précédent… Il y a quelque chose de particulièrement machiavélique dans ce film…”

      Même impression pour moi.

      D’ailleurs, j’ai trouvé Bryce Dallas Howard tout simplement magique en “remplacement” d’une Nicole Kidman qui semblait être dépassée par le projet un peu farfelu du cinéaste.

      Mais il faut accepter le concept de ces films pour les apprécier et surtout en saisir le paradoxe/ironie en tant que spectateur. C’est dans mes films les plus marquants à vie.

      Je pense que de crier au génie en parlant de Von Trier n’est pas exagéré.

    • Le 666è envoi; c’est du boulot!! Lenombre 666 est souvent associé au diable ou encore de l’antichrist, mais en fait c’est le numéro de la bête sauvage. Juste pour un peu de culture biblique, les bêtes de la bible représentent des puissances politiques, le chiffre 6 symbolise l’imperfection et le fait qu’il apparaît 3 fois marque l’accentuation. Donc la bête avec le nombre 666 symbolise les gouvernements humains dans toute leur imperfection. Voilà.

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