Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mercredi 21 juillet 2010 | Mise en ligne à 19h15 | Commenter Commentaires (38)

    Le piège du film biographique

    <i>Last Days</i>

    Last Days

    J’ai souvent recours à cette phrase d’André Gide pour exprimer ce qui représente pour moi l’essence de la création artistique : «Que l’importance soit dans ton regard, non dans la chose regardée.» En ce qui me concerne, le sujet d’un film est un élément quasi négligeable : c’est son traitement qui m’intéresse par-dessus tout.

    Et voilà le plus grand piège dans lequel tombent la plupart des films biographiques (ou biopics) : on se dit que la personnalité hors du commun mise à l’examen garantit à elle seule le succès artistique du film. On voue un tel respect au sujet qu’on n’ose pas le réinterpréter. On essaie d’insérer le plus de matière possible dans la trame narrative, en ayant recours au bon vieux moule éprouvé du biopic (parfaitement parodié dans Walk Hard*) : enfance difficile, rêves de gloire, succès timide, premier/vrai amour, gloire, déchéance dans l’alcool/drogue/sexe, problème de coeur, retour plus ou moins modeste de la gloire, rédemption. Le résultat est invariablement conventionel, révérencieux et fade.

    Dans un article sur l’émergence du cinéma biographique expérimental publié cette semaine dans le Guardian, François Girard, le réalisateur du biopic musical impressionniste Thirty Two Short Films About Glenn Gould (1993), suggère de trouver une «idée radicale» au lieu de tenter un portrait global.

    Je ne savais pas comment montrer le jeu au piano distinctif de Gould, alors j’ai décidé de ne pas le montrer du tout. Comment est-ce que vous réussiriez, disons, à faire jouer à un acteur du tennis comme Rafael Nadal? Vous ne pourriez pas. Mon conseil pour quelqu’un qui planifie de raconter l’histoire de Nadal : demeurez loin du court de tennis.

    Une autre maladresse commune qu’on retrouve dans les biopics traditionnels est le souci religieux de transmettre une vérité factuelle alors que, quand on parle cinéma du moins, c’est plutôt la «vérité poétique» qui compte. J’ai toujours eu l’impression que le cinéma n’a pas de compte à rendre à l’Histoire, qu’il s’agisse de pures oeuvres de fiction ou d’oeuvres basées sur des faits réels. Les films ne devraient pas être considérés comme source de documentation historique ou, pire, être utilisés à fins académiques. Ce n’est pas dire que le cinéma ne peut rien nous apprendre sur l’Histoire. Par contre, ce n’est certainement pas son but premier : les films qui trichent avec l’Histoire n’induisent pas le public en erreur.

    Le co-scénariste de I’m Not There (2007), le puzzle post-moderne sur la vie de Bob Dylan, appelle à une restructuration des conventions du genre :

    Les biopics s’accrochent à l’authenticité, mais notre film est constamment en train de mentir. Son nom n’est même pas mentionné. Je peux comprendre la frustration de quelqu’un qui se plaint qu’il n’a rien appris à propos de Dylan, mais cela fait partie de l’expérience d’essayer de comprendre Dylan. C’est ce que Dylan lui-même aurait voulu.

    Gus Van Sant, par exemple, a eu recours à cette même stratégie avec Last Days (2005), son lumineux poème sur les derniers jours de Kurt Cobain. À l’instar de I’m Not There, le film ne présente jamais son sujet de manière explicite (le protagoniste se nomme Blake) et met à l’avant-plan ses expérimentations formelles et narratives. Van Sant préconise un traitement particulièrement hermétique et déphasé qui sert à merveille les angoisses existentielles de la rock star insaisissable. Last Days rend en fin de compte un hommage plus honnête à Cobain que ne l’aurait fait une approche plus démonstrative.

    Ceci étant dit, il y en a qui continueront toujours de croire que la vie des gens célèbres/importants est dans certains cas trop sacrée pour laisser entre les mains d’artistes qui s’amusent à déconstruire leur sujet. Mais le fait est qu’il n’y a rien de tel qu’une interprétation «objective» d’une histoire. Pour reprendre les mots du scénariste de 24 Hour Party People (2002) : «C’est important pour les biopics de défier cette idée qu’il existe une interprétation fixe. Il y a peut-être une vérité définitive sur la partition de la Pologne, mais pas sur un être humain».

    Le mot de la fin à mon héros Werner Herzog :

    Certes, j’accorde une certaine importance à l’histoire, mais j’essaie toujours d’aller au-delà et de trouver dans chaque film quelque chose qui illuminera le spectateur, quelque chose qui deviendra indélébile dans son esprit et que j’appelle «vérité extatique». Pour moi, il ne s’agit pas d’un simple jeu entre le vrai et le faux. Je m’applique au contraire à «intensifier» la vérité, à l’illuminer en quelque sorte.

    *Les dix premières minutes de Walk Hard :


    • “Le résultat est invariablement conventionel, révérencieux et fade. ”

      Effectivement, c’est souvent le cas.

      D’un autre côté, c’est souvent avec la permission de la personne concernée et/ou de la famille de la dite personne si ce genre de film peut se faire, donc les réalisateurs/scénaristes sont un peu pognés entre l’arbre et l’écorce.

    • Ce billet tombe à point avec la rétrospective Ken Russell à la cinémathèque. Lui qui entama, fin 60 et 70, sa propre refonte du film biographique en le faisant passer par un filtre excessivement personnel. Valentino, 1977, ce soir …

    • Parlant Herzog et bio, verra-t-on un jour ici son My Son, My Son, What Have Ye Done, son dernier film produit par David Lynch, une rencontre oh combien séduisante? L’histoire vraie d’un homme qui a tué sa mère avec une épée, on sent déjà dans le synopsis toute la folie des personnages extrêmes d’Herzog, placée apparemment dans un contexte de banlieue cauchemardesque, spécialité de Lynch.

      Le film sera présenté au Festival de Toronto et sortira en DVD le 14 septembre aux USA, selon IMDb. On se croise les doigts pour une sortie en salle au Québec. Herzog et Lynch, un duo de choc s’il en est un! – js

    • ”Les films ne devraient pas être considérés comme source de documentation historique ou, pire, être utilisés à fins académiques. ”

      Bien dit. Un film ne remplace pas une biographie officielle ou une leçon d’histoire. Et vice versa.

    • Sans que cela soit une règle d’or, je crois qu’une bonne biographie doit pouvoir dépasser l’anecdote pour tenter de donner un sens à l’histoire qu’elle raconte. C’est donc beaucoup une question d’angle. Ainsi ‘Amadeus’ est un film sur la jalousie autant sinon plus que sur Mozart. ‘Raging Bull’ parle du pouvoir auto-destructeur de la colère. ‘Frida’ est d’abord un grand film sur la résilience.

      Un contre exemple serait ‘The Aviator’. Supérieurement bien produit, joué et réalisé, c’est aussi un film un peu vain. On évoque quelques épisodes de la vie d’Howard Hughes sans jamais dépasser la simple reconstitution, aussi talentueuse soit-elle.

    • Les films ne devraient pas être considérés comme source de documentation historique ou, pire, être utilisés à fins académiques. ”

      C’est pas Spielberg qui avait accepter a ce que sa Liste de Shindler soit utiliser a des fins académiques dans les high school américains ?

      Pour ma part au CEGEP, dans les cours d’Histoire du Québec, on se servait de la série Duplessis avec Jean Lapointe pour nous enseigner cette période de l’histoire du Québec.

    • @m. siroka

      Je ne pensais pas revenir si vite sur ce point (votre dernier sujet sur un top 100), mais parlant de film biographique, j’avais cru que Gandi avait sa place dans un top 100. Comme c’est un film biographique, comment aviez vous apprécié ce film, notamment la performance de Kinsley?

      Je n’ai pas vu Gandhi, malgré sa réputation très favorable. Pour ce qui est de Kingsley, je le verrai toujours comme le psychopathe de Sexy Beast. Puisse il nous donner une autre performance de détraqué aussi jouissive. – js

    • Personnellement, si je vais voir un film qui se prétend BIOGRAPHIQUE, je veux du factuel.
      Je veux de l’information et je suis relativement insulté lorsqu’on utilise un personnage réel et que l’on prétend raconter sa vie en la fabulant complètement.
      J’ai la même attitude vis-à-vis la science et d’autres domaines et c’est la raison pour laquelle je passe mon temps à tenter de démystifier les superstitions, les fausses croyances, la désinformation, etc.
      Si un réalisateur ne veut pas raconter l’histoire RÉELLE d’un personnage RÉEL, alors il n’a qu’à monter son scénario sur un personnage fictif.

      Votre analogie entre le cinéma et la science ne tient pas du tout. La science c’est un ensemble de lois naturelles, mathématiques, démontrables. «2+2=4» est une formule qui vaut pour tous et chacun.

      Tandis que l’art, et par extension le cinéma, c’est l’interprétation personnelle de la vie. Par exemple, les notions d’amour et de beauté varient de personne en personne. – js

    • Il faut s’assurer de bien connaître la différence entre un documentaire, une docu-fiction (ou biographie romancée) et un film d’auteur à propos d’une personnalité connue (le fameux “biopic”).

    • M. Siroka,

      Je vous cite: “Le mot de la fin à mon héros Werner Herzog.”

      En tout respect de votre personne et de votre excellent travail d’analyse sur le cinéma, je dois toutefois partager avec vous un sentiment que vous faites rejaillir ici. J’en ai soupé de ce snobisme à peine dissimulé qui consiste à proclamer des héros parmi l’élite de la communauté cinématographique internationale, celle qui n’existe malheureusement qu’à travers les cercles de cinéphiles. J’ai entier respect pour l’oeuvre de Herzog, mais j’en ai moins pour cette tendance à se toiser en se proclamant des héros auxquels on affiche son allégeance comme on porte des médailles. Allez-vous également nous citer Deleuze, un autre héros je présume, pour couronner votre argumentaire?

      P.S.
      Soyez certain, M. Siroka, que je n’ai aucun désir de vous agacer par mes propos ni de vous attribuer l’attitude à laquelle je fais référence, peut-être même partagez-vous mon opinion, mais je veux simplement verbaliser une irritation qui trouve ici son lieu d’expression.

      Voilà une drôle de réaction! Je vous assure, je ne «proclame» personne en héros, je fais simplement manifester de manière colorée mon appréciation envers un de mes réalisateurs préférés. J’aurais pu écrire en fait «Le mot de la fin à un de mes réalisateurs préférés, Werner Herzog.” Est-ce que cette formulation aurait été plus appropriée selon vous?

      D’ailleurs, on entend souvent cette expression accolée à des personnalités marquantes de divers pans de la société : Nelson Mandela est mon héros, Jaroslav Halak est mon héros, Donald Trump est mon héros, etc. S’agit-il là également de marques de snobisme? – js

    • @Jozef Siroka
      Je ne saurais vraiment vous contester sur ce point car il s’agit en effet d’art. Et l’art par définition, c’est la création alors que la science, c’est la description la plus factuelle qui soit. Et je suis parfaitement conscient de l’énorme différence séparant ces deux mondes.
      Je suis aussi parfaitement conscient qu’il est impossible de dépeindre rigoureusement la vie d’un individu en moins de deux heures sans en soustraire, accentuer et/ou «synthèser» (vous m’excuserez mon néologisme) grossièrement certains aspects. De plus, je suis aussi parfaitement conscient que l’artiste (écrivain, scénariste, réalisateur ou autre) imprégnera naturellement son oeuvre «biographique» de sa vision très personnelle de l’individu/sujet en question. Et cela ne me choque pas vraiment.
      Je crois par contre que si l’on utilise la vie d’un être réel comme sujet, une certaine rigueur factuelle devrait être de mise sur les aspects les plus importants.
      Ainsi, je me fous éperdument de l’endroit où John Lennon faisait son épicerie, par contre je trouverais parfaitement farfelu et ridicule qu’on nous le montre couvert de piercings… ou encore que l’on invente une enfance d’abus sexuels pour Albert Einstein ou même que l’on fasse parler Félix Leclerc tout en vers d’un bout à l’autre d’une série télé…

    • @m. siroka

      Merci pour votre réponse.

      À bien y penser, ça ne me rajeunit pas… presque 30 ans que ce film a été tourné. J’ai bien essayé de le faire écouter à ma fille, mais c’est peine perdu. Sans connaître votre âge, et malgré votre profession, je comprends qu’il faut faire des choix et je dirais même un effort pour regarder des films appartenant à une autre époque, encore que je crois que Gandhi a bien vieillit.

      Ah, j’aimerais bien vous convaincre de le regarder et je crois qu’après, vous auriez dès lors de la difficulté à voir Kingsley autrement qu’en Gandhi. Mais si ça n’a pas été fait, c’est assez peu probable. Enfin, qui sait, voici un petit « teaser » au cas où ça pourrait piquer votre curiosité.

      Le film débute par l’assassinat suivi des funérailles de Gandhi. Depuis une estrade le long du défilé dont la foule fut estimée à plus de 2 millions de gens, un commentateur anglais décrit ainsi la cérémonie en prenant soin de détacher chaque mot :

      « Et l’objet de cet hommage massif est mort tel qu’il avait mené sa vie : simplicité absolue, pas de fortune, pas le moindre bien, ni position officielle, ni titre honorifique. Le Mahatma Gandhi n’était ni un capitaine d’armée, ni le souverain de vastes contrées. Il n’aurait pu se targuer de n’être ni un grand savant, ni d’être un artiste. Néanmoins, des hommes, des gouvernements, des dignitaires du monde entier sont venus aujourd’hui rendre hommage au petit homme basané vêtu d’un pagne qui a mené son pays à la liberté. Selon le général Georges Marshall, secrétaire d’état américain, le Mahatma Gandhi est devenu le porte-parole de la conscience de l’humanité. C’était un homme qui avait rendu l’humilité et la simple vérité plus puissante que des empires. Et Albert Einstein a ajouté : les générations à venir auront peine à croire qu’un tel homme ait jamais existé en chair et en os sur cette terre. »

      Le ton était donné. Un train siffle, et on retourne plus de 50 ans en arrière, alors que le jeune avocat qu’était Mohandas K. Gandhi débarque en Afrique du sud pour y découvrir la ségrégation et les inégalités qu’il combattra toute sa vie. Un film magistral avec des images de grandes beautés qui me rappelle l’Inde que j’ai eu la chance de visiter bien après avoir vu ce film. Ben Kingsley y incarne si bien Gandhi que j’avais de la difficulté à l’imaginé dans un autre registre, comme ça arrive aux acteurs marqués par un grand rôle. Mais non, il est étonnamment polyvalent cet acteur.

    • J’aurais peut-être un petit parallèle pour illustrer mon point:

      Je suis un gros fan de films de science-fiction.
      Mais dans ce domaine, on trouve trois écoles:
      celle avec une certaine rigueur scientifique et logique (2001 A Space Odyssey, Contact, Deep Impact…);
      celle du farfelu ayant certaines prétentions scientifiques (Armageddon, Independance Day, Red Planet…);
      et celle du fantastique qui assume pleinement le côté imaginaire(The Abyss, Star Wars, Avatar, Intelligence artificielle, Matrix, Alien, Inception…).

      Si j’affectionne la première catégorie et que je prend un plaisir maniac avec la troisième, j’ai une énorme difficulté avec la deuxième qui prend manifestement le public pour des cons.

      Inventer est une chose, mais à mes yeux tordre, déformer, nier et niveler vers le bas en est une autre.

      Vous voyez, un film comme I’m not there ferai manifestement partie de ma troisième catégorie et ne semble pas prétendre à la rigueur factuelle.

    • Bonne question, M. Siroka. Il ne s’agit probablement pas de snobisme dans le cas d’un héros populaire dont la renommée s’étend sans distinction de classe. Le snobisme dont je faisais mention précédemment concerne davantage l’utilisation du mot héros dans le cas de personnages dont la réputation s’étend seulement à des cercles d’érudits d’un domaine particulier, ici le cinéma.

      Il est tout à fait normal d’admirer une personne dont l’oeuvre est venue nous bouleverser le coeur et la tête, mais le mot “héros” est souvent utilisé à des fins esthétiques, surtout lorsqu’il est attribué à un artiste dont on soupçonne que le nom fera sourciller nos interlocuteurs probablement incultes.

      Selon cette logique, votre utilisation du mot héros n’était pas tout à fait déplacée puisqu’elle faisait partie d’un texte destiné en majorité aux cinéphiles avertis, je présume, et que le nom Herzog devrait en principe sonner une cloche chez plusieurs de vos lecteurs.

      Vous savez, plus j’écris et plus je remarque un contraste gênant entre mes propos et la situation en Haïti… ;)

      Bien à vous.

    • @Josef Siroka

      Ben Kingsley: je penche de mon côté, dans un tout autre registre, pour sa performance éblouissante face à Jennifer Connelly et la magnifique Shohreh Aghdashloo dans House of Sand and Fog.

    • De la bio d’Émile Zola dans les années 30 à la “bio” de Bob Dylan dans les années zéro-zéro, en passant par les oeuvres du type Bonnie and Clyde et Amadeus et celles de Ken Russell, on peut dire qu’on a vraiment presque tout vu au cinéma. C’est vrai que le récit linéaire avec flashbacks irritants est fade et prévisible, mais le style “ceci n’est pas “la vie de…”, mais “Une évocation de la vie de…” a aussi ses pièges, y compris celui d’en dire beaucoup plus sur le réalisateur que sur son sujet. À notre époque, il est peut-être plus courageux de tenter un film plus conventionnel qui a au moins le mérite de devenir une sorte de document que de se livrer à un certain onanimse sur le thème de la vie de…. Le biopic n’est tout simplement pas un genre compatible avec le cinéma d’auteur. Et quand le sujet a son mot à dire, c’est encore pire. Bref, il est très difficile de faire un bon biopic comme il est très difficile de faire un vrai bon film d’action. Tout dépend vraiment du doigté du réalisateur.

      Malgré que je ne partage pas entièrement votre opinion, Jozef, je suis heureux de voir que vous avez des héros comme Herzog, l’un des miens également et depuis les années 70.

    • Tout à fait le Kingsley de “Sexy beast” (Malkovitch aussi dans ce registre).
      Celui de ” House of fog..” porte à lui seul le film sur ses épaules.
      Celui de Gandi me laisse un souvenir mémorable (le film a bien vieilli).

      N’oubliez pas son beau rôle plus en subtilité dans ce film de Polanski “Death and the Maiden”. Et son propre rôle plus en dérision dans “The Sopranos”

    • Petit rajout :

      Considérez-vous L’énigme de Kaspar Hauser comme un genre de biopic? Dans l’affirmative, j’aimerais bien savoir ce que vous pensez de sa structure.

      Quant à ceux qui persistent à voir du snobisme quand un critique déclare avoir un réalisateur comme héros parce que ledit héros est moins connu que, disons, Spielberg et Scorcese, c’est vraiment le comble. C’est peut-être le reproche qui est une sorte de snobisme populiste. En tout cas, moi j’en ai eu et j’en ai encore des tas, et je me contrefiche que ce soit snob ou pas.

    • @infernalcomedy

      Bien d’accord: j’ai revu Ghandi récemment et il a effectivement fort bien traversé le temps;

      L’analogie avec Malkovich est tout à fait pertinente;

      Quant à Death & the Maiden, je viens d’en recevoir une copie, achetée sur la recommendation d’un ami. Parlant de Polanski, avez-vous vu et aimé Ghost Writer?

      Dans un autre ordre d’idée, ajoutez mon nom aux inconditionnels de Nolan (je l’étais déjà de toute façon) et de INCEPTION, un régal cinématographique. Du très grand cinéma tant qu’à moi…

    • Pas sûr de comprendre tout à fait votre point sur la relation entre le cinéma et la présentation des faits historiques.

      Avez-vous aimé La Chute avec Bruno Ganz?

      En gros, je dis que le cinéma c’est de l’art BIEN avant d’être une source de documentation. Que l’art est subjectif et que l’on devrait cesser de demander et de vanter les soi-disant biopics «objectifs», qui sont en fait des films à la structure et au discours très convenu. Les cinéastes ne devraient pas avoir peur de réinterpréter le sujet, d’utiliser un langage formel et narratif plus expérimental qui reflète la personnalité du sujet, au lieu de platement exposer les faits. Si on veut vraiment connaître la vie d’une personne connue, on est mieux de consulter une biographie autorisée ou un reportage à Canal D. – js

    • Si je pouvais retracer mes commentaires à propos d’un film sur Frank Sinatra en cours (?), je pourrais polémiquer encore mieux que sur ce que j’écrivais il y a quelques mois. Avec tout ce que je viens de lire ici concernant les “biopics”, Frank Sinatra ne répond absolument pas aux critères énoncés ici, noir sur blanc. J’ai eu raison de donner mon point de vue à ce moment-là, lequel sortait forcément de la marge. Raison de plus d’ajouter un addendum sur Frank Sinatra.

      Je m’excuse pour l’analogie, c’est sans malice, l’occasion était trop belle pour la laisser passer. Sans rancune aucune Monsieur Siroka.

    • Je suis totalement d’accord avec vous lorsque vous dites que “les cinéastes ne devraient pas avoir peur de réinterpréter le sujet, d’utiliser un langage formel plus expérimental qui reflète la personnalité du sujet, au lieu de platement exposer les faits”. La nuance que j’aimerais apportée en lien avec certains des commentaires émis plus haut est la suivante : le cinéma est un art, et à chaque art on peut associer une panoplie de techniques qui sont utilisées pour faire passer un message. Ces techniques peuvent être réutilisées dans d’autres contextes pour rapporter des faits, que ce soit sous forme de documentaire ou de film d’auteur. Or, ce médium qu’est le cinéma a ses limites (la plus évidente étant reliée à la durée du film). Ces contraintes obligent à faire des choix et donc à interpréter les faits. Au bout du compte, il y en a toujours pour critiquer la prise de décision.

      Sur une note plus personnelle, je crois moi aussi que le film d’auteur n’est pas le meilleur endroit pour exposer des faits avec une authenticité sans failles. Pour ça, on a les documentaires, les séries télévisées, ou encore mieux, les bouquins. Bref, au cinéma, une prise de décision ne devrait pas être une contrainte, mais plutôt une forme d’expression.

    • Nous n’étions pas nombreux hier à la cinémathèque pour voir Valentino, l’endroit était plutôt investi par des humoristes et autres participants au Juste pour rire; domage pour eux, le fun était dans la salle de projection.

      Ken Russel tombe dans le piège inverse que relève pierrea, mais comme c’est amusant et fascinant de voir la bête prise en filet, se débattre de toute ses propres forces … tellement que le piège s’en trouve ridicule. C’est avec tant de féroce personnalité que Russell aborde et façonne son Valentino que ce dernier n’est plus qu’une marionette narrative qui danse les fabulations de son auteur. Et quelles danses drôlatiques, même ankh apprécierait! La fin du film démontre la liberté créatrice de Russell: un vulgaire duel de combat de boxe entre Valentino, l’immigrant-américain, et un américain pure-laine. Parodie inversée de Rocky I; après s’être fait détruire, Valentino gagne mais accepte derechef un autre duel qui le perdra cette fois, un concours de “shooters”… Enfin, dans ce cas, ce sont justement les manières de présenter une vie qui rendent cette dernière effective au cinéma. Cependant, on peut vraiment dire que Russell atteind une sorte de limite, par exemple en recréant certaines scènes de film (Sheik, Blood and Sand) et en les tronquant à ses fins narratives. Incontournable en ce qui concerne le biopic!

    • @drstrange

      Je serais curieux de savoir dans quelle sous-catégorie de S-F vous classez les Star Trek (en général, pas les derniers films réellement, qui manquent résolument de “techno-babble”). Star Trek est considéré normalement comme le roi du “techno-babble”, c’est-à-dire expliquer pourquoi un phénomène fantastique (genre un phaser) existe selon les principes réels ou “réalistes”. Si l’on creuse un tant soit peu dans l’univers de Star Trek, on réalise que la grande majorité des technologies qui nous semblent fantastiques ont tous une base réelle. (regardez la téléportation: même si on est loin de se téléporter nous-mêmes, la téléportation de photons a déjà été réussie!) De plus, ST a une propension à servir de précurseur ou même d’inspiration aux technologies d’aujourd’hui: regardez les cellulaires, les padd ou les portables.

      Ce pourquoi j’ai de la misère à classer Star Trek: si ST ne s’appuie pas entièrement sur des technologies existantes, ST n’est pas non plus totalement fantastique et repose sur un côté scientifique important. C’est donc la catégorie du milieu, mais j’ai de la misère à comparer Star Trek aux pseudo-films Armaggeddon et Independance Day (même si j’ai bien aimé Independance Day)… De plus, on ne peut pas dire que ST prend le public pour des cons!

    • J’ai bien aimé I’m Not There, mais disons que je ne crois pas que l’intention du spectateur est la même que quand on regarde Ray ou Walk the Line.

      Quand je regarde une bio, c’est habituellement pour mieux connaître la vie factuelle d’une personne et si le cinéaste peut en faire ressortir l’essence d’une jolie façon, tant mieux.

      Le films sur Dylan est réussi, mais un jeune de 16 ans qui ne le connait pas et qui regarde le film aura du mal à s’y retrouver.

      Selon moi, le meilleur juste milieu entre un récit biographique cohérent et une démarche artistique solide est Raging Bull, la meilleur bio de tous les temps et probablement un des 2 ou3 meilleurs films des années 1980.

    • @ M. Siroka

      Merci de votre réponse.
      Je crois qu’il y a de la place pour les 2 types de cinéma….disons le cinéma de faits et le cinéma artistique.
      Prenons les films de guerre par exemple.
      J’ai adoré, tout comme vous, The Thin Red Line, une approche artistique du sujet.
      Mais en même, j’aime beaucoup les films qui se donnent une mission davantage “historique”.

    • « Une autre maladresse commune qu’on retrouve dans les biopics traditionnels est le souci religieux de transmettre une vérité factuelle alors que, quand on parle cinéma du moins, c’est plutôt la “vérité poétique” qui compte. »

      Tout à fait d’accord. Je pense tout de suite à l’excellent Amadeus de Milos Forman, qui est une adaptation de la pièce de théâtre de Peter Shaffer. Le génie est d’avoir voulu présenter Mozart à travers les yeux de l’un de ses rival… Exagération évidente des traits de caractère et toute la latitude voulue concernant certains faits. C’est tout ce qu’on demande au cinéma!

      À une toute autre échelle, j’avais bien aimé Immortal Beloved également (sur la vie de Beethoven)… On part d’une hypothèse et pan… on développe! On s’en fout si c’est pas vrai… Vous imaginez, même quand un artiste fait sa propre autobiogrphie, il fait des choix et décide de ce qui est vrai et ne l’est pas… ;-)

      La môme (Piaf), ça aussi c’était bien… Aznavour avait dit qu’il ne verrait pas le film, car il n’y retrouverait pas — son — Édith. C’est sans doute vrai, mais on a aimé l’exagération du film, il prenait position, il donnait une vision des choses… J’ai bien aimé Coco aussi avec Tautou…

    • Il n’y a pas d’interprétation unique de la partition de la Pologne non plus. L’Histoire est objet d’interprétation, en conséquent il n’y a aucun mal à ce que les films historiques prennent le parti de l’interpréter. Pour interpréter l’Histoire, de la même façon que pour offrir une interprétation d’un personnage célèbre, ça nécessite néanmoins une grande compréhension de notre sujet. Inversement, en tentant de se coller à la vérité historique à tout prix (qui est insaisissable par nature) et en évitant à tout prix d’interpréter les faits, on se retrouve avec des «portraits» très fades et stériles. «Young Victoria» en est un bon exemple…

    • “enfance difficile, rêves de gloire, succès timide, premier/vrai amour, gloire, déchéance dans l’alcool/drogue/sexe, problème de coeur, retour plus ou moins modeste de la gloire, rédemption …” Ha ! Vous décrivez là de si nombreux films Hollywoodiens platement prévisibles (ex : RAY (bio de Ray Charles) Zzzzzzz)

      Mais comme le dit jon8, le besoin d’obtenir l’accord de la famille peut sérieusement limiter toute créativité ou “licence artistique”. La preuve : le génial CITIZEN KANE de Welles, tourné bien sûr sans l’autorisation de la famille Hearst (et même menacé de destruction par celle-ci après coup), qui demeure probablement l’exemple suprême d’une biopic portant un réel regard sur un personnage controversé … (entre autres choses)

    • MERCI de m’avoir fait découvrir WALK HARD, brillante parodie dont je n’avais jamais entendu parler !

    • Twolane, je ne sais pas si vous avez vu Valentino de Russell, mais c’est construit sur le modèle même de Citizen Kane: à ses funérailles, diverses personnes se souviennent de différents moments devants les journalistes qui reconstituent sa vie. La vie d’un personnage connu, et il n’y a pas d’alternative, nous sera toujours médiatisée, transformée et reconstruite. Les deux films en sont au fait chacun à leur manière. Russell échange même, par clownerie, le motif de la bulle de verre eneigée par … une orange (californienne)!

    • «Les cinéastes ne devraient pas avoir peur de réinterpréter le sujet, d’utiliser un langage formel plus expérimental qui reflète la personnalité du sujet, au lieu de platement exposer les faits.»

      Je suis tout à fait d’accord avec cette affirmation. Toutefois, cette orientation n’est pas pour autant un gage de réussite; ce n’est pas parce qu’un film présente la vie d’un artiste de façon subjective et expérimentale que le film sera nécessairement intéressant.

      Par exemple, I’M NOT THERE, film largement surestimé il me semble, ne m’a pas semblé si pertinent que ça au fond. Lourdeurs, esbroufe, confusion, maigreur du budget mal dissimulée en ont fait un des films les moins réussis de Todd Haynes, que j’aime beaucoup par ailleurs.

      En revanche, un film plus conventionnel, voire académique, comme AMADEUS par exemple, est un pur chef-d’oeuvre. Dans le genre biopic de base, WALK THE LINE était pas mal non plus.

      Ceci dit, pour moi la veine la plus intéressante du biopic est celle de l’autobiographie déguisée, i.e. quand le réalisateur se sert d’un personnage comme d’un écran sur lequel il peut projeter son propre regard sur lui-même. C’est pourquoi j’aime beaucoup des films comme THE AVIATOR (Scorsese), LUDWIG (Visconti) ou, biopic absolu, l’EDVARD MUNCH de Peter Watkins.

    • “ce n’est pas parce qu’un film présente la vie d’un artiste de façon subjective et expérimentale que le film sera nécessairement intéressant.”

      D’accord avec cela aussi. Les réussites peuvent être sublime, Lola Montès par exemple, mais d’autres peuvent s’égarer, certains Russell pour sûr, ou, le Mishima de Schrader, qui jouit pourtant d’une exellente réputation, mais dont j’ai eu peine à terminer le visionnement (?) peut-être mérite-t-il une deuxième chance. Qu’en pense Astyanax l’ami japonais?

    • Je pense que ” Im not there” est un excellent film malgré ses défauts.

      “I’m not there” se magnifie lorsqu’il est précedé par l’écoute de “No direction Home” de Scorsese ou de “Dont look back”.

    • Jozef,
      Votre texte explique très bien la raison pour laquelle j’ai bien aimé GAINSBOURG- Vie héroïque!

    • Astyanax,

      Si I’m Not There est “largement sur-estimé”, de façon égale, les films de Russell sont aussi largement sous-estimés pour cause des mêmes critiques que tu portes à Haynes: “Lourdeurs, esbroufe, confusion, maigreur du budget mal dissimulée”. Ces critiques sont peut-être le prix à payer lorsque nous vient l’idée de transposer une vie … de lourdeurs, d’esbroufe ….

    • Salut Rafc!

      J’ai vu le film de Schrader il y a trop longtemps pour t’en parler aujourd’hui. Je me souviens d’une oeuvre pour le moins exubérante, étrange et baroque; un film qui, effectivement, doit avoir assez mal vieilli. Je serais quand même curieux de le revoir maintenant que je connais beaucoup mieux Mishima et le Japon.

    • «Ces critiques sont peut-être le prix à payer lorsque nous vient l’idée de transposer une vie … de lourdeurs, d’esbroufe ….»

      Je suis (un peu) d’accord: Dylan n’est pas ma tasse de thé non plus. Mais j’ai l’impression qu’on touche là à une sorte de tabou…

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