Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 31 mai 2010 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (39)

    Tous les films sont-ils des oeuvres d’art?

    Oscars Needing Batman

    Dans son brillant billet paru il y a deux semaines, le nouveau blogueur de Séquences Sylvain Lavallée répond par l’affirmative :

    Pour élucider une telle question, il faut commencer par définir ce qu’est une œuvre d’art. Personnellement, je tends à préférer les définitions très ouvertes, comme celle de Frank Zappa, qui disait que la musique c’est n’importe quel son entendu (ou non) à partir du moment que quelqu’un dit « voici de la musique »; après, on jugera de la qualité de cette pièce. Il en est de même pour le cinéma : à partir du moment que quelqu’un assemble des images et des sons en disant « voici du cinéma », il est difficile de lui dénigrer son statut d’artiste. Pourquoi tous nos Spiderman, Batman et autres –man ne seraient pas dignes d’une œuvre d’art? Que l’intention des producteurs soit avant tout mercantile, que le film n’innove pas n’y change rien, d’abord parce qu’une œuvre d’art a bien le droit de faire de l’argent, et ensuite parce que de l’art inintéressant ce n’est pas impossible. Enfin, je vois mal en quoi un genre entier n’aurait pas le droit d’être de l’art.

    Une vision aussi absolue de l’art, si elle était acceptée, aurait au moins le bénéfice d’inciter un discours critique nettement plus démocratique : TOUS les films pourraient aspirer à la grandeur, pas seulement les «oeuvres auteuristes obscures». La notion suspecte et bassement charitable «C’est bon pour ce que ça vaut», également examinée dans le billet en question, serait ainsi reléguée aux oubliettes.

    Une telle utopie réjouirait en principe les fanboys et autres amateurs de films de superhéros, qui accusent régulièrement l’establishment de trop facilement discréditer leur passion et qui se vengent en désertant les médias traditionnels au profit de sites spécialisés. Mais appliquer les mêmes critères d’évaluation à un Batman qu’à un Bergman – qui selon moi constitue la seule et plus juste option pour les cinéphiles de tout ordre – pourrait provoquer certaines contrariétés, comme le soutient Sylvain Lavallée dans sa conclusion :

    On dit souvent qu’il faut évaluer une œuvre selon les termes qu’elle-même propose, qu’il ne faut pas se plaindre de ne pas pleurer durant un film d’horreur par exemple. Les films de superhéros ne prétendent peut-être pas être du grand Art (peu importe ce que cela veut dire), ils ont peut-être la modeste ambition de procurer quelques émotions fortes et c’est tout, mais, comme l’écrit Seitz, il y a rarement de grands moments dans ces films, seulement des « dazzling fragments of films that tend to be visually adept and dramatically inert or vice versa ». Les fans de films de superhéros s’efforcent souvent de légitimer ce genre, envers lequel les critiques tiendraient beaucoup de préjugés négatifs (on pourrait dire la même chose de la science-fiction), mais si ces fans veulent que l’on prenne ces films au sérieux, il faut aussi accepter qu’on les juge selon les mêmes paramètres que les films « sérieux ».

    Maintenant, il ne reste plus qu’à définir ces paramètres. Des suggestions?

    Note sur l’auteur – Sylvain Lavallée, qui aborde de manière éloquente des questions liées à la théorie, à la critique, au commerce ou à la philosophie du cinéma, publie tous les vendredis sur le site de Séquences depuis le 30 janvier 2010. Une nouvelle voix inestimable dans le milieu québécois, à découvrir absolument.

    Son plus récent billet, Films obscurantistes ou philistinisme?, qui traite de la réaction médiatique au plus récent lauréat de la Palme d’or, est à mon avis son plus beau texte jusqu’à présent.

    À lire aussi :

    > Le Onzième Commandement


    • “Maintenant, il ne reste plus qu’à définir ces paramètres. Des suggestions?”

      Je pense qu’un de ces critères devrait être d’apporter quelque chose de nouveau, qui n’a jamais été fait auparavant. Soit par le contenu directement, soit par le contenant, soit par la perspective.
      Sinon, quel but à vouloir refaire ce qui a déjà été fait ? Si ça sent la récupération commerciale facile, ca devrait être rejeté. Film “sérieux” ou pas.

      Bien entendu, la recherche de nouveauté à tout prix peut être un piège. Mais c’est le risque à prendre pour continuer à évoluer. Tous les coups ne peuvent être bon. Il faut, aussi, des échecs… Sinon comment reconnaitre les réussites ?

    • Bytheway, l’exemple des Batmans de Nolan en dit beaucoup. Ces films sont pris au sérieux…Parce qu’ils le sont, sérieux. L’aspect cartoon tient plus du fardeau pour le réalisateur et les interprètes qu’autre chose. Je me souviens au visionnement de ces films (dark knight surtout) que j’avais souhaité voir ce film débarrassé de l’aspect comics qui, à mon sens, limitait désormais l’ensemble. Comme si le prétexte (superhéros) n’était tout à coup plus nécessaire du tout pour faire tenir le tout, au contraire.

    • Tous les films ne sont pas des oeuvres d’art, mais la vaste majorité sont à tout le moins des oeuvres de création. Pour l’art, on tombe en partie dans la subjectivité. La conception de ce qui est artistique change avec le temps, la société…

    • @ jon8

      Excellent commentaire. Nolan a insufflé à Batman une “humanité” qui apporte une dimension toute autre au personnage. Le côté sombre que son Chevalier Noir n’a rien de “cartoonesque”, il est simplement un reflet de la réalité de plusieurs êtres humains.

    • Selon le petit Larousse, l’ART: “Création d’objets ou de mises en scène spécifiques destinés à produire chez l’homme un état de sensibilité et d’éveil plus ou moins lié au plaisir esthétique.”

    • Tout film peut-être jugé pour sa valeur artistique, mais seul un consensus critique en sa faveur va décider si un film est accepté socialement en tant qu’oeuvre d’art. Rien n’empêche l’individu de concevoir n’importe quel film comme oeuvre d’art, mais si il est le seul dans le monde à le voir comme cela, personne ne va le croire.
      Cette intention “d’y voir de l’art” commence très souvent par le créateur lui-même.

    • Je voulais dire, l’intention par le cinéaste de vouloir faire de l’art avec son film n’est pas l’assurance que celui-ci sera perçu comme tel. La plupart du temps, cette intention est indicatrice, mais elle n’est pas absolue.

    • @sultitan

      Mais où trace-t-on la ligne ?

      Est-ce qu’il faut qu’un minimum de 1% de la population voit une création comme “artistique”.. 5% ? 20% 51% ?

      Aussi, le facteur temps joue un rôle primordial dans l’acceptation sociale. Historiquement, beaucoup d’artistes maintenant reconnus comme des génies ont eu peine à se faire reconnaitre en leurs temps. Les exemples ne manquent pas, dans beaucoup de domaines artistiques.

      Donc une création artistique considérée comme nulle au cube en 2010 peut être vue comme géniale dans 200 ans… Ce qui rend le jugement encore plus difficile, voire impossible.. ou en tout cas aussi subjectif que fragile et éphémère.

      Je suis plutôt d’accord avec Sylvain Lavallée, même si c’est un peu plate de ne pas pouvoir “filtrer” plus que ça… Par contre c’est un bel exercice d’humilité; notre pouvoir critique n’est pas si puissant, après tout.

    • Je pense que tout ce qui inclut une intention de beauté pour la beauté, d’intelligence pour l’intelligence et de vérité pour la vérité peut être de l’art.

      Ce qui suppose qu’un production dont le but le le cheminement serait purement et uniquement mercantile n’est pas de l’art.

      Mais ces coquilles vids sont rares et même une “daube” comme Independance Day procède d’une certaine intenion artistique.

      Le seul problème est que lorsque que l’intention mecantile domine l’intention artistique, la valeur artistique baisse dramatiquement à mes yeux.

      C’est comme achete une auto neuve et la rvendr le lendemain: un peu inutile et une perte de temps et d’argent.

    • Si un urinoir dans un musé est de l’art, j’ose croire qu’un Batman l’est aussi. Peu importe les intentions mercantiles. Mozart avait aussi des intentions mercantiles et personne ne remetterait en doute son art pour cette raison… Et tant qu’a y être, les jeux videos aussi peuvent être de l’art. De toute façon cette question est futile puisque personne ne s’entend sur la définition de l’art. La plupart du temps, il s’agit de gens à estime fragile qui tente de se discocier de la masse en s’accordant de l’importance, en mettant de fausse barrières entre eux et la plaibe.

    • Enfonçage de portes ouvertes. Qu’un film hollywoodien de divertissement puisse être une oeuvre d’art, et même une grande, c’est une chose acquise depuis au moins 60 ans. Devoir le rappeler démontre à quel bas niveau la cinéphilie se trouve désormais.

      Du reste, dans tous les genres, l’art est l’exception, la culture la règle, dirait Godard.

    • “Si un urinoir dans un musé est de l’art, j’ose croire qu’un Batman l’est aussi.”

      Vous on peut dire que vous amener le débat au niveau de la pissotière.

    • unholy_ghost a écrit :
      « Enfonçage de portes ouvertes. Qu’un film hollywoodien de divertissement puisse être une œuvre d’art, et même une grande, c’est une chose acquise depuis au moins 60 ans. »

      En effet. Poser la question de la légitimité artistique, par exemple, des jeux vidéo, serait déjà moins dépassé (Lavallée aborde furtivement le sujet). Mais bon, quand on voit la façon dont Roger Ebert s’y prend pour dire que les jeux vidéo ne seront jamais un art, c’est à se demander si le débat peut profiter d’un point de départ comme le cinéma pour se faire.

    • @ masterh

      personne ne s’entend sur la question palestinienne et cela n’en fait pas une question futile…

      Quant à dire que la plupart des artistes (?) sont des prétentieux “à l’estime fragile” qui se drapent dans le mépris de la plèbe, je ne vous suis pas du tout dans ce jugement gratuit.

      Quand je parle d’intention mercantile, je parle d’intention UNIQUEMENT mercantile et ça n’existe pratiquement pas, sauf peut-être pour le design d’une boîte de Big Mac, et encore.

    • mais si on doit établir des critères, il faut selon moi chercher dans l’intention ou la réception, car l’analyse du contenu ne peut être que subjective, puisque fondée sur la beauté ou la vérité.

      Donc, est-ce qu’une oeuvre contenant une intention artistique est automatiquement de l’art? Oui, même si le seul à pouvoir en témoigner est l’auteur.

      Du côté de la réception, est-ce qu’on peut dire que toute oeuvre apréhendée/consommée avec un regard investigateur de la beauté ou de l’intelligence pour elles-mêmes devient de l’art? oui également.

      Le fameux urinoir en témoigne: tant dans la création que dans la réception se trouvent une recherche d’art.

      C’est donc la quête de l’art qui fait l’art.

      Si cette quête échoue ou n’est pas entreprise ni dans la création, ni dans la réception, à ce moment, je crois qu’on peut exclure l’oeuvre de la catégorie ART.

      Et de fait, c’est tout le génie d’un Warhol, qui est parti d’objets du quotidien n’incluant aucune intention artistique, mais leur a insufflé une vie artistique et a de fait transmis sa perception artistique au public.

      On peut donc créer de l’art dans créer d’oeuvre, simplement en travaillant la perception d’une production quelconque.

    • À ceux qui situent la valeur artistique du côté de l’intention de l’artiste (ou de l’auteur) :

      À quel point peut-on faire confiance à l’auteur d’une œuvre pour en évaluer le mérite artistique? Comment s’assurer que l’auteur est sincère dans ses affirmations? Comment mesurer la part de conscient et d’inconscient dans sa création et dans son « intention »?

      Entre l’intention de l’auteur (inatteignable et non digne de confiance) et l’intention de l’observateur (variable d’une personne à l’autre et d’un moment à l’autre), je préfère encore me pencher sur l’œuvre elle-même et voir ce qu’ « elle » a à dire.

    • Je m’interroge sur la pertinence d’un tel effort conceptuel.

      Il ne s’agit plus d’art à partir du moment où on applique une recette. C’est tout simple, et ce n’est pas valide que dans le monde du cinéma : pour faire de l’art, ça prend un artiste, c’est-à-dire, un individu, une personne. Il y a des films qui se passeraient bien “d’auteur”. Ça ne veut pas dire que personne de compétent ne l’a produit. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de talent à l’origine. Mais ça ne veut pas dire non plus que ça mérite le titre d’oeuvre d’art. Ce que l’on reproche aux films de superhéros ou aux blockbusters n’est pas d’être inintéressants (pourquoi le seraient-il?) mais de demeurer dans les sphères les plus faciles du divertissement humain. D’être, en gros, des produits d’un capitalisme un peu abrutissant. De diriger les populations vers les pensées les plus banales, les débats les plus futiles, les raisonnements les plus superflus. Mais surtout d’être le résultat d’un procédé un peu facile, prévisible ; d’être le fruit d’une somme d’intrants assez conventionnels qui sont mis en oeuvre dans le seul but de toucher du pognon.

      Je ne vois rien de mal à rechercher une formulation plus démocratique de la critique artistique ; peut-être patauge-t-elle trop souvent dans une attitude circonscrite ; fait-elle preuve de complaisance envers le propos inaccessible, nébuleux, scandaleux, etc. Mais je ne vois rien de profitable à tirer une définition de l’art à si grands traits.

      Il y a derrière cette idée la réfutation d’une autre idée, celle que l’on ne peut juger du goût d’autrui. Qu’il existe des intouchables. Que le divertissement n’a pas à se mesurer aux mêmes échelles critiques que l’art. Elle semble fournir à Mr Lavalle, en outre, un raccourci utile lui permettant d’outrepasser l’argument du “fine for what it is” et de lui permettre de juger une oeuvre (The Dark Knight, en l’occurence) sans avoir à supporter l’epithète de snob fini. Or, il n’est pas impossible de s’opposer à cette idée sans verser dans un relativisme terminologique. Il n’est pas impossible de juger une oeuvre pour ce qu’elle est, d’en exprimer sa compréhension, de la démystifier en partie, de l’évaluer, de la peser selon les critères qu’affectionne tel ou tel critique sans que l’on ait à se défendre d’utiliser de telles techniques.

      Mr Lavallé semble exiger le droit de formuler sa critique envers The Dark Knight. Fine!

      Est-il pour autant pertinent de modeler la notion de “réalisation artistique” de façon à ce que n’importe quel navet puisse y comparaître, dans le but d’ouvrir à toute oeuvre cinématographique la perspective du succès esthétique? -et de permettre, dans le cas contraire, q’une critique négative, provocatrice, acerbe, soit formulée? Permettez-moi d’exprimer un doute.

      Ce n’est pas en poussant des cornichons dans une canne de tomates qu’on en fera des tomates. Il y a l’art, et il y a ce qui n’est pas de l’art… qui est… autre chose.

    • @ frederic clement qc

      ok, mais vous faites partie de cette foule aux intentions observatrices variables. Une oeuvre ne parle qu’à travers notre perception alors on ne sort pas de la subjectivit, même si des critères d’objectivation basés sur l’expérience commune peuvent être établis.

      Vous ne faite spas confiance à l’auteur, mais on pourrait aussi ne pas fair confiance au spectateur…

      C’Est pourq cela qu’on n’a pas le choix de faire confiance aux deux, car il n’y a rien d’autre qui existe vraiment. Vous savez: si un arbre tombe et que personne ne l’entend, est-ce qu’il produit vraiment un son?

      Eh bien l’art c’est un peu la même chose: l’oeuvre ne parle pas d’elle-même, elle n’est que l’humain derrière ou l’humain devant.

      Par ailleurs, l’auteur n,a pas besoin “d’affirmer” ou d’indiquer une intention artistique, il n’a qu’à produire son oeuvre et c’est le spectateur qui perçoit l’art.

      Et à l’inverse, si le spectateur ne voit pas d’art, cela reste de l’art pour le créateur.

    • L’art, ce n’est qu’un mot. Un mot qui a autant de définition qu’il y a d’humain sur terre. Si est art tout ce que l’auteur veut art, alors tout est art. Si tout est art, alors rien n’est art.

    • Jozef, je cherche votre email, mais il est introuvable, il y a un moyen de vous joindre?

    • jozef.siroka@cyberpresse.ca

    • @ unholy_ghost

      très bien dit!

    • Ouais! Frank Zappa disait aussi:

      “Most people wouldn’t know good music if it came up and bit them in the ass.”

      La plupart des gens ne saurait reconnaître la bonne musique même si elle arrivait et leur mordait les fesses!

    • Franchement, monsieur Josef (désolé, j’ai pas pu m’empêcher — ça fait tenancier de bordel… et celui-ci est bien de votre faute) voilà bien une grande question!

      Il n’y a qu’une réponse sans doute: il y a l’or, et il y a la merde .

      Et de tout temps, on a essayé de nous faire passer de la merde pour de l’or, et occasionnellement l’inverse était de la merde finalement.

      Mais même cette merde, cette mal-aimée a ses fans: parlez-en aux mouches se ruant sur un étron. Elles ne peuvent pas TOUTES avoir tort. Et cette belle rose qui pousse sur le tas voisin pourrait difficilement s’en passer…

      Et cette machine à merde fonctionnelle, récemment exposée au musé d’art contemporain, était-elle de l’art… ou juste ce qu’elle faisait?

      Bref, pas facile…

      Peut-être qu’on peut y comprendre quelque chose en regardant cela uniquement sous l’angle de la NÉVROSE COMPLÉMENTAIRE?

      Hollywood nous arrive avec une XIème mouture de sa franchise BATMAN. Pourquoi quelqu’un, soudainement, trouve-t-il intéressant que BATMAN, un héros de cartoon américain déguisé en chauve-souris qui vole, et son antagoniste de clounne, THE JOKER, soient dépeints sous des dehors sombres — quasiment thérapeutables et attendrissants… sans automatiquement partir à rire, se ruer hors du cinéma et aller se soûler au beer-joint du coin?

      Peut-être a-t-il été une mouche dans une vie antérieure?

    • Avec la quantité d’intervenants nécessaires à la construction d’un film ou d’un jeu vidéo, il y a, de mon point de vue, presque toujours quelque chose susceptible de stimuler mon esprit, peu importe le genre.

      Je n’ai qu’à penser à ce fameux masque du ”Jocker” dans l’image du haut. En l’admirant, je ne voyais plus le masque mais un tableau expressionniste génial!

      Pour l’ensemble de beaucoup de films qui se résument à des ”beding bedang” ”T’é juste un ostie d’ostie…” et de l’autre côté le bon, c’est vulgaire et grossier mais ça fait marcher une industrie.

      Je dirais que même si j’ai une préférence pour l’art qui explore et qui risque, un navet payant, c’est mieux qu’un navet prétentieux supposément avant-gardiste qui est un masque à une certaine médiocrité et incompétence.

      Pour moi, tout ce qui est fabriqué dans le but d’explorer l’esprit humain et la place de l’homme dans l’univers, est de l’art et j’inclus ici, la science qui à un certain niveau, est plus de la poésie que de la science! L’élaboration d’un nouveau vocabulaire artistique comme pour ce qui ce passe présentement avec les jeux vidéos, est aussi de l’art.

      Tout ce qui est l’aboutissement d’une compilation de recettes bien connues, d’analyses comptables et de stratégies de ventes est du domaine des affaires ou de la politique. C’est certain qu’il y a une part de créativité mais son but dénature celui que j’attribue à l’art.

    • Selon un certain point de vue, l’art consiste à libérer nos regards des terreurs obsédantes de la nuit, à nous guérir des douleurs convulsives. Elle est le reflet que renvoie l’âme humaine éblouie de la splendeur du beau or, dans cette perspective, on peut certes affirmer que beaucoup de films sont des oeuvres d’art en cela qu’ils s’élèvent de la grisaille, qu’ils nous forcent à observer quelque chose de grandiose et d’infiniment agréable mais l’exercice n’est pas le même pour tous. En fait, chacun est libre d’interpréter selon sa propre vision et ce, autant pour le réalisateur que pour le spectateur bref, tout est dans l’oeil de celui qui regarde mais si le cinéma porte le titre de 7e art, il faut croire qu’en définitive, ce médium offre en général des créations dignes d’intérêts bien qu’à tout prendre, certains films versent dans la facilité et donc, ce ne sont pas tous les films qui réussissent à se hisser à un certain niveau. Cela étant, beaucoup se démarquent par leur intelligence et sur ce plan, nul doute que même les longs-métrages de super-héros peuvent prétendre à cette qualité qui font d’un film une oeuvre d’art mais hélas, ce n’est pas le cas pour tous…

    • La ligne peut être difficile à tracer. De nos jours, il faut des centaines de personnes pour produire un film. À ce niveau, un film est-il de l’art ou un simple produit de consommation à plus ou moins grande échelle?

      Si c’est de l’art, est-ce qu’un produit, par exemple un téléphone révolutionnaire, fruit du travail de centaines de personnes, serait de l’art?

      Et si c’est un produit, les cinéastes sont-ils des artistes?

    • Ce n’est le sujet, petit ou grand, qui fait la grandeur d’un film mais la singularité de sa mise en scène propre à exprimer une façon de voir et penser le monde. Donc un film sur Batman peut tout aussi bien être un chef-d’oeuvre de l’art cinématographique – ou de l’art cinochique, si vous préférez – qu’une adaptation d’un roman de Jane Austen.

      C’est ça le critère, non pas le réalisme de l’adaptation ou que sais-je. Quand on regarde les deux Batman de Burton, ceux de Nolan, les premiers Spider-man de Sam Remi, Sin City de Frank Miller, on sent une patte singulière, des obsessions, un vrai travail sur la forme cinéma qui traduit l’invention d’une monde propre à chaque créateur, alors que lorsqu’on regarde les films de Super-man, il n’y a rien, que du travail de tâcheron sans talent.

      Je vais vous donner un exemple. Cela fait 116 ans, depuis The Kiss d’Edison, que les couples s’embrassent au cinéma. Inventer une nouvelle mise en scène de cet acte est presque impossible. Hitchcock y est arrivé dans Vertigo mais c’est rare. L’autre jour, ma copine était couchée sur le divan, les yeux fermés, j’arrive derrière elle et je l’embrasse, tête-bêche par rapport à elle. Elle ouvre les yeux et dit “hey, l’homme-araignée!”… Remi a inventé une figure du baisée singulière qui reste en mémoire, à la fois aérienne et déstabilisante. C’est ça de la mise en scène! Une façon de filmer les corps dans l’espace qui ouvre la pensée. On pourrait écrire un article complet juste sur ce baisée qui traduit en une image forte tout un monde où le héros adolescent se sent à l’envers des autres, transporté par la grâce de son amour.

    • J’ajoute le Hulk d’Ang Lee qui est une réflexion dense sur l’adaptation d’une BD au cinéma.

    • Euh, erreur, 114 ans pour Kiss d’Edison (1896)…

    • @ kurtz

      Je maintiens que la question est futile. Dans votre comparaison, il est question d’un conflit armé et injuste qui cause la mort d’un nombre important de gens. Un tel conflit n’est pas futile.

      Ça n’a RIEN a voir avec une question ridicule qui ne sert qu’à ériger des barrières. À quoi ça sert de dire que telle oeuvre est de l’art et tel autre ne l’est pas si ce n’est que pour en dénigrer une au profit de l’autre?? Il y a des films, un point c’est tout. Certains sont bons et d’autres mauvais. Tout ça est purement subjectif. Y ajouter le concept d’art n’ajoute rien à la question.

    • @ kurtz

      Aussi, je n’ai pas accusé les artistes d’avoir l’estime fragile, mais bien les gens qui tente de mettre des barrières entre ce qu’ils considèrent bon et ce que le peuple aime de façon à s’élever au dessus des autres. Ce phénomène est extrêmement répendu, ne vous en déplaise.

    • Si une toile de “peinture par numéros” n’est pas une oeuvre d’art, alors je connais beaucoup de comédies romantiques qui n’en sont pas non plus.

    • ps: Certains films s’apparentent aux ponts autoroutiers: des centaines de travailleurs, un plan général plutôt conventionnel, un gros chantier et un résultat en béton précontraint tout rutilant. Et tout comme le pont autoroutiers, ledit film sera emprunté par des centaines de milliers de personnes, qui n’en garderont aucun souvenir impérissable.

    • hdufort, excellente observation.

    • J’aime bien l’analogie avec la peinture à numéro. J’en ferais une aussi avec la cuisine.

      Le cinéma est un art de masse qui coûte cher et qui oblige à faire de la peinture à numéros, les numéros étant la multitude d’intervenants, plus ou moins doués ou justes mercantiles, à satisfaire pour que le film finisse un jour sur un écran dans une forme nécessairement copiée / collée.

      Le cinéma vise large et les archétypes sont très gros. Du point de vue de l’originalité, c’est sans doute un medium (un ramassis de mediums, devrais-je dire) qui oblige à l’être le moins dans sa finalité. Par contre, à l’occasion, il y a des fulgurances dans ses composantes qui donnent le ton pour des années à venir, voire des décennies. Exemple: l’univers et la bibite de Geiger utilisé par R. Scott pour ALIEN, ou les dialogues façon Tarantino.

      Au final, tout a été pas mal dit, raconté ou montré. Il demeure la manière, le style… l’assemblage final. La cuisine, quoi!

      Du McDo à l’ingénierie gastronomique!

    • Le cinéma est aussi original que les autres arts. La médiocrité du roman de gare et celle des croûtes du dimanche n’ont jamais disqualifié l’écriture romanesque et l’art pictural. En proportion, il y a autant de grands films que de grands livres ou de grandes peintures, c’est-à-dire très peu.

      Bien sûr, il se publie plus de livres et quand on entre dans une librairie, on trouve la plupart des grands classiques du passé, ce qui n’est pas le cas des grands films au Vidéotron du coin. Mais que restera-t-il des romans de l’année dans un siècle? Pas grand chose. Prenez par exemple: le roman que plusieurs critiques vont mettre dans leurs romans de l’année, le dernier Beigbeder. Agréable, c’est tout au plus un roman de plage écrit par un journaliste qui pique la plupart de ses idées à Proust et Sagan. On pourrait continuer comme ça: la plupart des “grands” romans d’aujourd’hui sont des compilations mal écrites de lectures passées. De temps en temps, un truc vraiment fort sort et probablement qu’on ne le réalisera que dans cinquante ans. C’est la même chose pour le cinéma. Les Américains font 500 films par année – et combien de roman? – et là-dessus il y a une dizaine de grands films (2%) et une trentaine vraiment bien. Même chose en France ou au Québec (sauf qu’ici on fait 20 films par année, on a intérêt à ne pas se tromper).

      Le cinéma est fait à plusieurs intervenants. Comme l’architecture, la musique classique, le théâtre, l’opéra… Ne sont-ce pas des arts?

    • et combien de romans?*

    • Merci pour m’avoir fait découvrir le blogue de M. Lavallée. J’y suis allé faire un tour et lire quelques articles et suis ravi de cette découverte. Un point de vue intéressant sur la cinéma, sur la critique cinématographique.

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