
Dans son brillant billet paru il y a deux semaines, le nouveau blogueur de Séquences Sylvain Lavallée répond par l’affirmative :
Pour élucider une telle question, il faut commencer par définir ce qu’est une œuvre d’art. Personnellement, je tends à préférer les définitions très ouvertes, comme celle de Frank Zappa, qui disait que la musique c’est n’importe quel son entendu (ou non) à partir du moment que quelqu’un dit « voici de la musique »; après, on jugera de la qualité de cette pièce. Il en est de même pour le cinéma : à partir du moment que quelqu’un assemble des images et des sons en disant « voici du cinéma », il est difficile de lui dénigrer son statut d’artiste. Pourquoi tous nos Spiderman, Batman et autres –man ne seraient pas dignes d’une œuvre d’art? Que l’intention des producteurs soit avant tout mercantile, que le film n’innove pas n’y change rien, d’abord parce qu’une œuvre d’art a bien le droit de faire de l’argent, et ensuite parce que de l’art inintéressant ce n’est pas impossible. Enfin, je vois mal en quoi un genre entier n’aurait pas le droit d’être de l’art.
Une vision aussi absolue de l’art, si elle était acceptée, aurait au moins le bénéfice d’inciter un discours critique nettement plus démocratique : TOUS les films pourraient aspirer à la grandeur, pas seulement les «oeuvres auteuristes obscures». La notion suspecte et bassement charitable «C’est bon pour ce que ça vaut», également examinée dans le billet en question, serait ainsi reléguée aux oubliettes.
Une telle utopie réjouirait en principe les fanboys et autres amateurs de films de superhéros, qui accusent régulièrement l’establishment de trop facilement discréditer leur passion et qui se vengent en désertant les médias traditionnels au profit de sites spécialisés. Mais appliquer les mêmes critères d’évaluation à un Batman qu’à un Bergman – qui selon moi constitue la seule et plus juste option pour les cinéphiles de tout ordre – pourrait provoquer certaines contrariétés, comme le soutient Sylvain Lavallée dans sa conclusion :
On dit souvent qu’il faut évaluer une œuvre selon les termes qu’elle-même propose, qu’il ne faut pas se plaindre de ne pas pleurer durant un film d’horreur par exemple. Les films de superhéros ne prétendent peut-être pas être du grand Art (peu importe ce que cela veut dire), ils ont peut-être la modeste ambition de procurer quelques émotions fortes et c’est tout, mais, comme l’écrit Seitz, il y a rarement de grands moments dans ces films, seulement des « dazzling fragments of films that tend to be visually adept and dramatically inert or vice versa ». Les fans de films de superhéros s’efforcent souvent de légitimer ce genre, envers lequel les critiques tiendraient beaucoup de préjugés négatifs (on pourrait dire la même chose de la science-fiction), mais si ces fans veulent que l’on prenne ces films au sérieux, il faut aussi accepter qu’on les juge selon les mêmes paramètres que les films « sérieux ».
Maintenant, il ne reste plus qu’à définir ces paramètres. Des suggestions?
Note sur l’auteur – Sylvain Lavallée, qui aborde de manière éloquente des questions liées à la théorie, à la critique, au commerce ou à la philosophie du cinéma, publie tous les vendredis sur le site de Séquences depuis le 30 janvier 2010. Une nouvelle voix inestimable dans le milieu québécois, à découvrir absolument.
Son plus récent billet, Films obscurantistes ou philistinisme?, qui traite de la réaction médiatique au plus récent lauréat de la Palme d’or, est à mon avis son plus beau texte jusqu’à présent.
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