Jozef Siroka

Archive, mai 2010

Lundi 31 mai 2010 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (39)

Tous les films sont-ils des oeuvres d’art?

Oscars Needing Batman

Dans son brillant billet paru il y a deux semaines, le nouveau blogueur de Séquences Sylvain Lavallée répond par l’affirmative :

Pour élucider une telle question, il faut commencer par définir ce qu’est une œuvre d’art. Personnellement, je tends à préférer les définitions très ouvertes, comme celle de Frank Zappa, qui disait que la musique c’est n’importe quel son entendu (ou non) à partir du moment que quelqu’un dit « voici de la musique »; après, on jugera de la qualité de cette pièce. Il en est de même pour le cinéma : à partir du moment que quelqu’un assemble des images et des sons en disant « voici du cinéma », il est difficile de lui dénigrer son statut d’artiste. Pourquoi tous nos Spiderman, Batman et autres –man ne seraient pas dignes d’une œuvre d’art? Que l’intention des producteurs soit avant tout mercantile, que le film n’innove pas n’y change rien, d’abord parce qu’une œuvre d’art a bien le droit de faire de l’argent, et ensuite parce que de l’art inintéressant ce n’est pas impossible. Enfin, je vois mal en quoi un genre entier n’aurait pas le droit d’être de l’art.

Une vision aussi absolue de l’art, si elle était acceptée, aurait au moins le bénéfice d’inciter un discours critique nettement plus démocratique : TOUS les films pourraient aspirer à la grandeur, pas seulement les «oeuvres auteuristes obscures». La notion suspecte et bassement charitable «C’est bon pour ce que ça vaut», également examinée dans le billet en question, serait ainsi reléguée aux oubliettes.

Une telle utopie réjouirait en principe les fanboys et autres amateurs de films de superhéros, qui accusent régulièrement l’establishment de trop facilement discréditer leur passion et qui se vengent en désertant les médias traditionnels au profit de sites spécialisés. Mais appliquer les mêmes critères d’évaluation à un Batman qu’à un Bergman – qui selon moi constitue la seule et plus juste option pour les cinéphiles de tout ordre – pourrait provoquer certaines contrariétés, comme le soutient Sylvain Lavallée dans sa conclusion :

On dit souvent qu’il faut évaluer une œuvre selon les termes qu’elle-même propose, qu’il ne faut pas se plaindre de ne pas pleurer durant un film d’horreur par exemple. Les films de superhéros ne prétendent peut-être pas être du grand Art (peu importe ce que cela veut dire), ils ont peut-être la modeste ambition de procurer quelques émotions fortes et c’est tout, mais, comme l’écrit Seitz, il y a rarement de grands moments dans ces films, seulement des « dazzling fragments of films that tend to be visually adept and dramatically inert or vice versa ». Les fans de films de superhéros s’efforcent souvent de légitimer ce genre, envers lequel les critiques tiendraient beaucoup de préjugés négatifs (on pourrait dire la même chose de la science-fiction), mais si ces fans veulent que l’on prenne ces films au sérieux, il faut aussi accepter qu’on les juge selon les mêmes paramètres que les films « sérieux ».

Maintenant, il ne reste plus qu’à définir ces paramètres. Des suggestions?

Note sur l’auteur – Sylvain Lavallée, qui aborde de manière éloquente des questions liées à la théorie, à la critique, au commerce ou à la philosophie du cinéma, publie tous les vendredis sur le site de Séquences depuis le 30 janvier 2010. Une nouvelle voix inestimable dans le milieu québécois, à découvrir absolument.

Son plus récent billet, Films obscurantistes ou philistinisme?, qui traite de la réaction médiatique au plus récent lauréat de la Palme d’or, est à mon avis son plus beau texte jusqu’à présent.

À lire aussi :

> Le Onzième Commandement

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Samedi 29 mai 2010 | Mise en ligne à 14h05 | Commenter Commentaires (67)

Dennis Hopper (1936-2010)

Dennis Hopper dans «Easy Rider» - (Everett Collection)

Dennis Hopper dans «Easy Rider»

TMZ nous apprend il y a moins d’une heure la mort de Dennis Hopper, qui luttait depuis plusieurs mois avec le cancer de la prostate.

En cette triste occasion, je reprends un billet que j’ai rédigé à son sujet en avril :

DANS LE NOIR AVEC DENNIS HOPPER

L’anecdote est relativement célèbre : après avoir lu le scénario de Blue Velvet (1987), Dennis Hopper téléphone David Lynch pour lui dire : «Tu dois me laisser jouer Frank Booth. Je suis Frank Booth!». L’acteur, dont la carrière était au plus bas, et qui venait de sortir d’une longue cure de désintox, a obtenu son salut en incarnant un des psychopathes les plus inquiétants de l’histoire du cinéma.

Dans un très beau portrait paru la semaine dernière dans le New York Times, Manohla Dargis parle du courage de sa démarche :

Si le plaisir de sa performance est teinté de malaise, c’est parce que M. Hopper n’a apparemment jamais eu peur d’avoir l’air ridicule – une qualité importante pour tout interprète. Peu d’acteurs peuvent naviguer sur la ligne entre la terreur et la comédie de manière aussi déconcertante, comme le démontre son hypnotisante exécution dans Blue Velvet de David Lynch. Où est-ce que ce personnage se termine et M. Hopper commence? On ne le sait pas, et cet état de fait est l’espace dans lequel travaille M. Hopper.

Aujourd’hui, Dennis Hopper est âgé de 73 ans et souffre d’un cancer en phase terminale. Il sera intéressant de voir quel aspect de sa carrière sera souligné avec le plus de vigueur lorsque viendra le temps des hommages. Artiste multidisciplinaire (il est aussi réalisateur, photographe et peintre), Hopper aura laissé une trace dans divers pans de l’univers du cinéma sans toutefois jamais s’établir dans un courant en particulier. On l’a vu aux côtés de légendes comme James Dean (Rebel Without a Cause, Giant) et John Wayne (The Sons of Katie Elder, True Grit). Il a fait la fête (et des films) avec Andy Warhol et a commencé sa légendaire collection d’art en achetant pour 75$ une des premières versions de ses Boîtes de soupe Campbell. Il a été L’ami américain pour l’Allemand Wim Wenders. Il a récité avec maestria les mots de Quentin Tarantino…

Et, surtout, il a été présent à la naissance et à la mort de la belle période des movie brats. En effet, en réalisant (et en jouant dans) Easy Rider (1969), un road-movie sur des motards hippies à la recherche de l’Amérique perdue, il lançait le «Nouvel Hollywood» et ses cinéastes-garnements qui ont eu libre cours pour faire des films artistiques à l’intérieur du studio system. Cette utopie commença à s’effriter au milieu des années 1970 avec la nouvelle ère de blockbusters (Jaws, Star Wars) pour finalement s’effondrer définitivement en 1980 avec le désastre commercial Heaven’s Gate. Une année plus tôt, cependant, on pouvait voir Hopper faire une apparition dans un des derniers chef-d’oeuvres de cette génération d’auteurs, Apocalypse Now, dans lequel il jouait un sympathique tripeux avec une ribambelle d’appareils photo accrochés autour du cou. «Où est-ce que ce personnage se termine et M. Hopper commence?»

Revenons pour terminer au rôle définitif de sa carrière d’acteur, celui de Frank Booth. S’il y a un «moment Dennis Hopper» qui restera gravé à tout jamais dans ma mémoire, c’est bien lorsqu’il dit «Now it’s dark». Ces quatre mots sont, en ce qui me concerne, les plus significatifs que j’ai entendus dans un film. Il me serait difficile d’expliquer exactement pourquoi. Disons que cette citation fonctionne à plusieurs niveaux. D’abord, dans le contexte de la scène, le noir tient pour la terreur que Booth inflige à sa victime, Dorothy (Isabella Rossellini). Ensuite, il représente une facette d’un des thèmes prépondérants dans l’oeuvre de Lynch, à savoir le contraste entre le côté lumineux et le côté obscur des gens. Enfin, et c’est là le plus intéressant, «Now it’s dark» parle à tout cinéphile qui entre dans une salle et qui attend que les lumières s’éteignent pour pouvoir pénétrer dans un monde où tout est possible.

Ah oui, parlant de dialogues mémorables, il y a aussi ça :

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Vendredi 28 mai 2010 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (5)

Le court du week-end : Pixels

pixels-zeutch1

Voici un film qui propose une manière décidément innovatrice d’annihiler notre monde : à travers l’invasion de personnages de jeux vidéo des années 1980. Dans Pixels du réalisateur français Patrick Jean, les figures pixellisées de Tetris, Space Invaders, Frogger, Pac-Man ou Donkey Kong se dechaînent avec furie sur la ville de New York (et, par extension, la planète Terre, comme nous l’ont si bien enseigné tous ces films catastrophe post 11 septembre).

Le concept est mignon et fait sourire durant les quelque 3 minutes que dure le court. Mais en faire un long métrage? C’est pourtant ce qu’envisage Adam Sandler, dont la compagnie de production Happy Madison a conclu une entente avec Jean pour «une comédie d’action de type Ghostbusters dans laquelle des personnages sortis d’un jeu vidéo mettent à sac le monde réel».

Le nouveau Pixels est en développement chez Columbia et on prévoit une sortie fin 2011.

- Via Heat Vision

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