Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 30 mars 2010 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (18)

    La citation du jour

    Photo : Robert Skinner, La Presse

    Photo : Robert Skinner, La Presse

    [...] Pourquoi alors fallait-il qu’il entonne, comme l’aurait fait une vieille douairière snobinarde, l’antique refrain du cinéma «mercantile (…) imposant aux spectateurs et à l’industrie des standards qui sous-estiment notre intelligence et effacent notre identité»…

    Pourquoi?

    Est-ce devenu une obligation formelle que de débiter ce genre de clichés lorsqu’on a les médias devant soi et une statuette dans les mains?

    Pour commencer, c’est faux.

    Qui et quoi a gagné, dimanche?

    D’abord, J’ai tué ma mère. Dolan aura du mal à nous convaincre que son film n’est qu’une tentative (mercantile) de faire du fric sur le dos du public (sous-estimé) qui est allé le voir! Ensuite, Polytechnique de Denis Villeneuve. Film léger, n’est-ce pas, qui ne propose à ce même public aucune espèce de réflexion, bien sûr… Enfin, Dédé à travers les brumes (et la transcendante performance de Sébastien Ricard). Oeuvre culturellement faible, tout le monde l’a constaté, destinée à effacer notre identité, c’est évident…

    - Mario Roy, dans un éditorial intitulé Cinoche et fric publié aujourd’hui dans La Presse.


    • Le refrain est peut-être snobinard, mais comporte sa part de vérité. Dolan, Villeneuve et les autres snobinards ont peut-être remporté des prix, mais toujours est-il que ce ne sont pas les productions qui ont trouvé le pls facilement grâce auprès des bailleurds de fonds. Parlons-en à Villeneuve et Karine Vannasse qui ont dû orendre au moins deux ou trois ans avant de finalement bénéficier d’un certain financement pour leur projet. Parlons-en encore plus à Xavier Dolan qui a dû utiliser ses propres deniers pour son film. Pendant ce temps-là, Téléfilm Canada, la Sodec et autres n’hésitent pas à donner leur aval sur le champ à des Bon Cop Bad Cop et autres Père et Flic. Money talks, baby !!!

      Les Jutra (comme les Césars et-plus ou moins-les Oscars) évaluent les candidatures d’après le potentiel et le mérite ARTISTIQUE, et on sait que art et populisme ne font pas nécessairement bon ménage. Il faut savoir lire entre les lignes…

    • Sans vouloir défendre Dolan, je dois dire que les arguments de Mario Roy sont faibles, car il se limite à dire que le jeune se trompe parce que les films des Jutras ne sont pas commerciaux, que c’est normal que le cash soit au coeur du processus de création en cinéma et qu’on peut faire du commercial de haut niveau artistique.

      Tout d’abord, peut-être bien que les gens des Jutras ont du goût et qu’ils ne choississent pas n’importe quel navet commercial, mais allez vous asseoir dans un cinéma ou arpenter les rangée des clubs vidéos franchisés et vous verrez quelle place on réserve au cinéma d’auteur au Québec.

      Ensuite, l’argent est peut-être nécessaire, mais je crois que ce n’est pas cela que Dolan critique, mais plutôt l’inégalité de la répartition. Je n’ai pas de problème avec le fait que faire des films coûte cher, mais on s’entend que si on donnait l’argent aux scénarios complexes et bien fignolés et qu’on laissait sécher les projets hyper convenus et insipides, l’offre de films de qualité serait meilleure et on aurait moins de navets du genre Nouvelle France.

      Enfin, c’est peut-être possible de faire un succès commercial avec une valeur artistique forte, mais pas si facilement que cela. Et si j’ai bien compris son argument (car ce n’est pas très clair et cela semble de mauvaise foi), Roy considère que Truffault et Eisenstein c’est du bon potentiel commercial mais qu’on leur reconnait aussi une valeur artistique alors pourquoi pas des films actuels…

      Je crois encore que M. Roy devrait aller se promener au plus proche Blockbuster et regarder si on loue beaucoup de DVDs de Sergei et François… J’ai récemment été louer un film au Superclub Vidéocon à Blainville et j’ai été TRÈS DÉÇU de voir que toutes leurs 22 copies du Cuirassé Potemkine étaient sorties! Qu’est-ce que vous voulez: depuis qu’il est sorti, ce film attire toujours le grand public!

      C’est sûr que c’est fatiguant de se faire faire la morale par un kid de 20 ans qui vient de gagner un trophée, mais la réalité qu’il dénonce avec la naïveté de la jeunesse n’en est pas moins vraie. Et pour qu’il y ait une avant-garde, il faut bien qu’il y ait une grosse industrie sclérosée à décrier…

    • Est-ce qu’on peut dire, sans choquer M. Roy, que les organismes subventionnent également des navets décérébrants qui nous vendent le savoir-faire du vide à l’américaine (plutôt que Ford ou Kubrick)?

      Est-ce que l’on peut dire qu’il y a plus de navets à la Cadavres subventionnés que de J’ai tué ma mère?

      Est-ce que l’on peut dire que les trois films québécois à Cannes cette année ont été commencé/fait, si ma mémoire est bonne, sans Téléfilm? Beau palmarès! Deux ont fini récompensés par les pairs et non par Téléfilm.

      La Presse – elle aussi une vieille douairière snobinarde? – nous a appris que Téléfilm finance des films qu’il considère lui-même comme des navets pour la simple raison qu’ils pourront être un succès. On appelle cela du populisme. Cela ne sous-estime pas l’intelligence du spectateur?

      L’argument des films qui ne remportent pas d’argent peut se retourner à l’envers. Si on considère que la quasi-totalité des films ne rapportent aucun fric (à cause de l’exiguïté du marché), pourquoi ne pas arrêter ces faux-fuyants de la prime au box-office en encourageant seulement les bons films, l’audace, la créativité, que cela vienne d’un film au potentiel populaire ou non?

      Du reste, pour ce qui est des clichés, Mario Roy se pose là.

    • Eisenstein est un grand cinéaste mercantile… Je crois même que Staline lui a donné des enveloppes à la performance quand il faisait vendre beaucoup de pop-corn ukrainien…

    • Je trouve qu’il est difficile de juger du bien-fondé de ces critiques de notre point de vue de spectateur. Une vingtaine de longs métrages de fiction québécois prennent l’affiche par année, et il me semble que notre cinématographie a tout de même une bonne moyenne au bâton. Je suis prêt à croire que du côté des artisans, qui doivent sans cesse justifier leurs projets, il y a une certaine pression pour mettre de l’avant les aspects les plus “vendeurs”. Mais, au final, il me semble que l’on met en garde d’une certaine tendance plutôt que de dénoncer un problème réel.

    • Ce qui me fait rire surtout dans ce genre de déclaration, c’est que toute la salle applaudit alors que 90% d’entre eux sont visés. C’est pas seulement la faute de Téléfilm s’il y a des mauvais films qui se font, il y a quand même quelqu’un qui les propose ces mauvais projets. Je suis d’accord avec Dolan, mais je trouve que ce genre de discours passe toujours mal dans un gala, surtout quand ça vient après deux heures d’autocongratulation niaise. Me semble que cette année c’était pire que tout, on l’a tellement dit qu’il est bon notre cinéma, qu’il peut être “populaire” et “d’auteur” (la pire distinction qui soit, fausse en plus). Juste de faire un gala pour remettre des prix, c’est implicite qu’on célèbre un “bon cinéma”, faut-il le rappeler à chaque minute en plus? Il faudrait apprendre à en rire un peu de ce “bon cinéma” pour finir par faire un gala au moins correct.

    • Dolan ne réussit qu’à se brasser plus de broue dans le toupet en causant de la sorte.

      Fils de comédiens généreux, comédien lui-même, et tombé dedans quand il était petit, il partait assurément avec une longueur d’avance. Davantage que, disons, un Marc-André Forcier, qui à son époque squattait les appartements et les maisons de production pour tourner ses bouts de film.

      Le cinéma est un medium d’expression artistique qui va de pas cher à scandaleusement dispendieux (si on met dans la balance la faim dans le monde). Mais il est toujours économiquement logique, offre et demande, etc… Il y a une trentaine d’années, Guy Laliberté essayait de se tenir sans tomber sur deux échasses à Baie St-Paul et, si ton produit trouve preneur, tu peux finir à las Vegas et adapter les Beatles.

      C’est la nature de la bête. Et c’est dans la nature de l’être humain de se plaindre, même si la plupart du temps il a raison. D’où la création, les révolutions, ou simplement l’évolution…

      Il y a déjà eu un paquet de films sur la rébellion de la jeunesse, dont NOBODY WAVED GOOD-BYE, au Canada anglais (1964), REBEL WITHOUT A CAUSE de Nic Raya us USA. Et ici, les premiers films de Jutras, Groulx ou Chabot. Tous des films pas chers, mais avec une urgence de dire des choses. Plus proche, Philippe Falardeau a fait son excellent COTÉ GAUCHE DU FRIGO pour pas cher. Plus tard il fera son CONGORAMA (pour un peu plus cher) encore meilleur, etc…

      Il faut noter ici que les nouvelles technos de prise de vues sont incroyablement abordables. Tu peux tourner un long métrage avec une REFLEX numérique de 2000 dollars, du temps et des amis… et surtout avec de quoi à dire. Si c’est pas le cas, au pire, tu vas finir sur YOU TUBE avec ton vidéo.

      Lars Von Trier a fait BREAKING THE WAVE (1996), un de ses meilleurs films sur le plan de l’écriture et de la mise en scène, pour pas cher (dont un 5000 dollars d’effets spéciaux probablement les mieux utilisés de toute l’histoire du cinéma). Pas besoins de tourner un gros bonbon calorie vide du genre AVATAR pour que ce soit bon.

      Tu ne peux pas tourner 2001, A SPACE ODYSSEY (1968) pour des pinottes bien sûr. Mais encore là, Stanley Kubrick n’a pas commencer sa carrière en tournant 2001. Il a fait des documentaire s et des courts métrages de fiction pour pas cher lui aussi, lesquels étaient tous sans exception excellents. 2001 n’aurait jamais vu le jour sans ses petits films.

      Et si ça peut encourager le petit Dolan, Orson WELLES avait son âge lorsqu’il a réalisé CITIZEN KANE (1941).

    • Fruitloops, tu enfonces des portes ouvertes. Ce n’est pas parce qu’il y a eu des petits films fauchés excellents que ça doit justifier le sous-financement de Téléfilm Canada. Sans sa réputation, Lars von Trier n’aurait pas pu présenter ses films dogme à travers le monde; Robert Morin fait la même chose, avec autant de génie, depuis plus longtemps et n’a pas autant d’exposure.

      Il y a un bon bout que les organismes subventionnaires ont l’aiguille plus penchée vers la quantitatif que le qualitatif. Il faut questionner cet état de fait qu’un Mario Roy considère comme normal.

      Le système en ce moment est plutôt confortable pour les producteurs. Dans le débat, on entend davantage ces derniers revendiquer le statu quo (euh, non, pas le statu quo, ils veulent plus d’argent bien sûr). Qu’on entende le ti-cul Dolan ruer dans les bracards au nom de cinéastes qui pensent la même chose (demandez à Denis Côté, Bernard Émond, etc.), c’est une excellente chose. Dans notre système, le cinéaste est la cinquième roue du carrosse.

    • Ce que Mario n’a pas compris c’est que Téléfilm a eu les scénarios de ces films à l’étude et leurs brillants lecteurs leur ont préférés les Cadavres, Détour, Doigts croches, Bonheur de Pierre et co. Ils sont passés outre J’ai tué ma mère et Poly. Et Téléfilm se nargue de sélectionner en fonction du goût du public. L’équation est simple pour faire un bon film il faut savoir se passer de cette glorieuse institution au service d’une idée hollywodienne du cinéma qui ne nous ne appartient pas. La déculturation elle est là. C’est un peu le mandat politique du fédéral, surtout avec le parti conservateur au pouvoir.

    • Excellent!

    • Cela dit, il y a peut-être aussi de ces navets qui ont eu recours au enveloppe à la performance et donc n’ont pas eu besoin de présenter leur “scénario”. Je ne connais pas le détail.

    • Je veux bien que l’on mette en compte l’expérience et la réputation du cinéaste dans la balance. Financer des cinéastes qui ont une bonne réputation au lieu d’une mauvaise. Mais il y a aussi un principe qui dit que la nouveauté et l’énergie vient aussi des jeunes cinéastes (parmi les meilleurs films depuis dix ans, il y a beaucoup de premiers films: Les états nordiques, Tout est parfait, Continental, À l’ouest de Pluton, Rechercher Victor Pellerin, J’ai tué ma mère). Alors il faudrait financer aussi les cinéastes qui n’ont aucune expérience si le projet est fort.

      Juste une image, peut-être pas une image juste: Godard a fait grosso modo trois films par an dans les années 60; après avoir fait A tout prendre avec un prêt bancaire, commencé en 1961, Jutra s’est endetté pour dix ans et n’a pu faire un autre film avant 1970, Mon oncle Antoine. Si Jutra avait fait trois films par an, il y aurait une vingtaine d’oeuvres du Jutra sixties.

    • Je préfère de beaucoup ce discours à celui de Ricard avec la sempiternelle question du “Québec aux Québécois”. Sébastien, tu es en retard de 20 ans avec tes idées de séparatisme. Je suis un ancien militant du PQ et j’ai fini par comprendre : le Québec fera TOUJOURS partie du Canada. Point final. Dolan a parlé de cinéma; c’était le moment et le lieu pour le faire. Ces galas ne sont pas destinés à promouvoir telle ou telle allégeance politique ;)

    • Richais, ce n’est pas parce que tu renies tes idées que tout le monde doit être démissionnaire…

      Sinon, Ricard n’a pas dit le “Québec aux Québecois” mais le Québec à ses vrais propriétaires, les Québécois (inclusifs) et les Amérindiens. C’est la moindre des choses quand on incarne Dédé Fortin et ses idées… Le jeu de mot sur colocs était brillant.

    • Qu’il se produise 19 navets pour un bon film, c’est un ratio normal: tous les films prétendent être bons (et vendus comme tels) à la ligne de départ; ce n’est qu’à l’arrivée que les rares bons, et vraiment bons, sortent du peloton.

      Et la qualité étant relative, sans doute que les institutions d’état aussi — comme les producteurs d’Hollywood, se disent que 400 mouches autour d’un étron ne peuvent pas toutes avoir tort…

      Et SOUVENT (pas toujours), plus le budget est gros plus les films se formattent sur le succès précédent, avec comme conséquence qu’on finit par avoir les même films à l’écran. Industrie oblige, et c’est normal. La beauté de la chose est que, bien que je les subventionne via mes impôts, je ne suis pas obligé d’aller me les taper en plus.

      Alexandro Jodorowsky affirme que si tu attends d’avoir de l’argent pour faire de la création, tu n’en feras jamais. Une entrevue intéressante sur le sujet, ici:

      http://www.youtube.com/watch?v=qtgF8OZyYXA&feature=related

      Évidemment, si Dolan exige qu’il ne se finance que des bon films à partir d’aujourd’hui, il ne doit pas habiter le même système solaire que nous.

      Et, en le regardant aller, je le soupçonne de bientôt vouloir exiger sa caravane, son chauffeur personnel et des billets de première classe pour aller présenter son dernier film à Cannes, apparemment, c’est le trend chez nos cinéastes subventionnés (re: la montée de lait de Patrick Huard et de la tournée BON COP à Paris récemment).

    • Tout jury peut se tromper. Le problème n’est pas le choix mais les critères. Quand tu sais – tes “experts” te l’ont écrit – qu’un scénario est déficient, stupide, et que tu finances avec les deniers publics en te disant que ça va être un succès, ce n’est une question de choix plus ou moins bien ciblés, mais de critères qui s’alignent sur des considérations bassement néo-libérales.

    • … et j’ai aussi vu un paquet de petits films d’auteur et qui n’étaient que ça: des petits films. Pas très intéressants, ni très urgents, et, côté résultat pour nous collectivement, très dispendieux. Ça aurait coûté moins cher de payer aux auteurs(es) une thérapie.

      J’ai essayé de regarder BON COP BAD COP… pas capable. Par contre, une grande partie de la province l’a apprécié et ce succès relatif à permis à d’autres productions de se tourner, dont des films plus personnels ou dits d’auteur, dont J’AI TUÉ MA MÈRE, et d’autres…

      Steven Soderbergh affirme tourner un film pour Hollywood, ensuite il se tourne un film personnel. Chez lui, l’un permet l’autre.

      La nature de la bête…

    • Art et culture sont 2 univers qui parfois se recoupent très peu. Il est malheureux qu’au Québec, les milieux dits “culturels” (ils le sont,mais ne couvrent qu’une infime partie de ce qu’est la culture, tout en se présentant comme porte-étendard et porte-parole exclusif de la “culture”) et tous les médias en charge de la publicité ad nauseam du monde du spectacle , établissent souvent une quasi synonymie entre ces 2 termes.

      La réplique de Xavier Dolan à Mario Roy aura eu cette utilité: confirmer ce que toute la publicité faite aux artistes (quand on ne les interview pas sur leur oeuvre ou leur vie privée, on les interview sur leurs “projets” ou sur les dessous de leurs “projets”!) peut nous faire oublier: art et largesse d’esprit sont 2 mondes qui se recoupent encore moins qu’art et culture.

      Les artistes font un excellent travail dans leurs domaines respectifs. La publicité mur-à-mur dont ils sont cependant les bénéficiaires au Québec donne à certains d’entre eux, malheureusement, un nombrilisme, une arrogance ou un narcissisme qui mène souvent à des excès regrettables dans les domaines du commentaire, de la pétition ou de la manifestation.

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