Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mercredi 3 mars 2010 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (41)

    Shutter Island : Scorsese a-t-il abdiqué?

    L'affiche japonaise de Shutter Island

    L'affiche japonaise de Shutter Island

    Lorsque l’on sort de la séance de Shutter Island, un film long et lourd aussi absurde qu’insatisfaisant, une triste conclusion annoncée depuis quelques années déjà s’impose : Martin Scorsese n’a plus envie. Du moins, plus envie de se lancer dans ce cinéma personnel et cru qui a établi sa marque. Mais devrait-on le blâmer pour autant? Peut-être a-t-il dit tout ce qu’il avait à dire? À l’âge de 67 ans, il n’a peut-être plus envie de livrer des combats de tous les instants avec les studios afin d’imposer sa vision à l’écran? Il préfère peut-être naviguer en première classe sur son enviable réputation, sans heurter personne au passage, et faire don de son talent exceptionnel à la grosse machine hollywoodienne qui n’en demandait pas tant.

    Même s’il est considéré comme un auteur, Scorsese a toujours entretenu une passion pour le studio system, en particulier son Âge d’or (les années 1930-40). De cette époque, il tient en très grande estime Howard Hawks, un «réalisateur salarié» qui connaissait du succès dans pratiquement tous les genres (film noir, western, comédie, biopic, etc). Hawks n’avait certainement pas le contrôle sur le produit final comme l’ont eu Scorsese et ses collègues durant le second Âge d’or hollywoodien (années 1970), mais il parvenait néanmoins à imprégner chacun de ses films de sa touche personnelle. Il représentait la quintessence de l’artiste intègre qui excellait à l’intérieur d’un système foncièrement capitaliste. Un modèle que le réalisateur de Taxi Driver et Raging Bull espère désormais émuler.

    Avec Shutter Island, on a l’impression que le désir de Scorsese d’aborder de front le cinéma de genre s’est trop fait attendre (depuis 1991 et Cape Fear, pour être plus précis). Véritable cinéphile boulimique, Scorsese nous étourdit ici de références cinématographiques tout en nous servant une confluence de styles et de thèmes pour le moins déstabilisante. Il déploie une quincaillerie tellement imposante que c’en est pratiquement indigeste au bout du compte. Pour élaborer, je propose un passage de la critique à mon avis très juste du Globe and Mail :

    Alors qu’un Teddy apparemment fragile s’embarque dans les échauffourées, nous regardons soudainement plusieurs films à la fois. L’enquête policière est du polar noir. Les combines dans la maison des fous, intensifiées par la présence menaçante de Ben Kingsley et de Max von Sydow dans le personnel médical, est de l’horreur psychologique. La possibilité émergente que le gouvernement finance des expérimentations de cerveau pernicieuses est du thriller de conspiration, teinté d’une paranoïa de l’ère McCarthy. Les flash backs du passé militaire de Teddy – il a aidé à libérer Dachau – est du réalisme documentaire. Mais les périodiques séquences de rêve, où sa défunte femme continue à s’enflammer, est du surréalisme daliesque. Et lorsque l’action se déplace à l’extérieur des murs de l’hôpital, et que des centaines de rats commencent à se sauver des cavernes d’une falaise, ça devient de la camelote de série B.

    La propension de Scorsese à faire un film important, à transcender le roman hermétique et disjoncté de Dennis Lehane, finit par nuire à ce qui aurait pu être un ambitieux mais divertissant pastiche (couper une bonne demi-heure au montage n’aurait pas nui non plus). Scorsese fait ici du Tarantino, mais sans le détachement, sans cette indispensable complicité avec le spectateur : «Je fais du cinéma pour du cinéma».

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    La principale rupture entre le Scorsese de la belle époque et le Scorsese étroitement lié avec le studio system (à savoir, depuis Gangs of New York) est sa réconciliation avec le «film à récit». Il l’a lui-même maintes fois répété : il n’est pas très bon pour raconter une histoire, au sens classique du terme. Il est cependant admirable pour établir une atmosphère, camper un lieu, dessiner un personnage; son état d’esprit, ses frustrations, ses ambivalences, etc. En ce qui me concerne, Scorsese c’est une symbiose d’images et de sons, un rythme sans faille, des dialogues naturels et colorés, un sens de l’observation éloquent, des petits gestes de la vie quotidienne sublimés en art. Un homme qui se parle seul devant un miroir, une bataille impromptue dans un bar l’après-midi, une tache de sang sur la corde d’un ring, un couple qui rentre, tel la royauté, dans un club par la porte d’en arrière.

    En regardant les oeuvres supérieures de Scorsese, je ne m’intéresse que partiellement à l’intrigue, à ce qui va se passer après, ou à ce qui s’est produit avant; je savoure au contraire le moment présent. Et c’est ce que semble fuir Shutter Island, alors que les impératifs narratifs prennent le dessus sur le développement psychologique. C’est comme si la destination avait plus d’importance que le voyage. En effet, la longue et verbeuse «scène explicative» de la fin est censée justifier la raison d’être du film en entier, une sorte de récompense qui a assurément fourni des frissons à tous les amateurs de M. Night Shyamalan.

    Même si, comme je le soutiens, Scorsese a abdiqué son statut d’auteur, il n’en demeure pas moins qu’il continue d’évoluer dans une classe à part. Ses quatre derniers long métrages, quoique certainement moins profonds que ses légendaires chef-d’oeuvres, constituent néanmoins de magnifiques objets; riches en détails, techniquement irréprochables et habités par des acteurs formidables en pleine possession de leurs moyens. Et si Scorsese est effectivement devenu un réalisateur salarié de son plein gré, force est de constater qu’il est un employé modèle des plus enviables.

    ***

    Voici un texte critique à propos des trois premiers films que Scorsese a faits en collaboration avec Leonardo Dicaprio que j’ai rédigé pour Ciné-Bulles pour l’édition Hiver 2007.

    LE PRODUIT DE SON ENVIRONNEMENT

    Martin Scorsese dirige Leonardo DiCaprio et Matt Damon sur le plateau de tournage de The Departed (2006)

    Martin Scorsese dirige Leonardo DiCaprio et Matt Damon sur le plateau de tournage de The Departed (2006)


    «La question : “Qu’est-ce qu’un metteur en scène indépendant?”  n’a rien à voir avec le fait d’être dans ou hors de l’industrie hollywoodienne. Le seul problème intéressant est celui de la détermination et de la force; il faut avoir la passion de dire quelque chose de si fort que rien ni personne ne vous arrêtera. » - Martin Scorsese (1)

    La caméra s’approche d’une épicerie de quartier. À l’intérieur, un garçon émerveillé observe Frank Costello (Jack Nicholson), un caïd aussi charismatique que menaçant. Venu pour taxer le propriétaire, il en profite pour flirter avec la fille de ce dernier avant de croiser les yeux du garçon. Il n’en faudra pas plus (ça et une poignée de pièces de monnaie) pour que le caïd s’assure de l’allégeance à vie de sa toute nouvelle recrue.

    La première scène de The Departed, plus convaincante que n’importe quel moment des deux films précédents de Martin Scorsese, annonce une œuvre solide. Sur fond de Gimme Shelter des Rolling Stones (morceau déjà utilisé dans Goodfellas et Casino), ces quelques minutes peuvent se lire comme un condensé de certains thèmes prédominants de ses films de gangsters. L’attrait pour une vie de crime, garantissant richesse et autorité, est parfaitement exprimé à la vue de cette caissière qui, tout en tendant de l’argent sorti de la caisse, répond par un sourire complice aux paroles inaudibles de Costello. La séduction exercée par le côté obscur de la vie (le visage de Costello est d’ailleurs plongé dans l’ombre) est d’autant plus renforcée par la présence navrante de l’honnête homme : ce père impuissant qui indique tacitement à sa fille de se plier aux volontés du malfrat. La mise en scène minutieuse de Scorsese nous plonge dans une atmosphère d’oppression complexe et inquiétante.

    Pendant ce temps, l’amateur de cinéma, tout comme ce garçon rempli d’espoir en vue de sa liaison avec Costello, se prépare à renouer avec le Scorsese profond et provocant de la belle époque. Mais la désillusion ne va pas tarder à s’installer : The Departed, aussi compétent soit-il, ne dépassera jamais le produit de divertissement. Comme c’était le cas pour Gangs of New York et The Aviator, la touche Scorsese est sentie par bribes éparses, comme un lointain écho, mais ne suffit jamais à rompre le solide tissu industriel dans lequel ces projets sont désormais brodés.

    Le complexe Heaven’s Gate

    La récente affinité qu’entretient Scorsese avec le studio system fait surgir la question de l’indépendance de l’auteur. Le fameux réalisateur indépendant Spike Lee rapporte : « Quand Marty a décidé de tourner Gangs of New York, je lui ai dit : “Cette fois, tu as vraiment vendu ton âme au diable!” » (2). Le diable en question se prénommant Harvey Weinstein, co-fondateur de Miramax. Surnommé Harvey Scissorhands en raison de sa propension à remonter les films pour fins commerciales, ce producteur redoutable « retouchera » le film pas moins de 18 fois. Il faut savoir que Scorsese n’en était pas à ses premiers compromis avec les studios. Après la débâcle du mégalomaniaque Heaven’s Gate (1980) qui a porté le coup de grâce au pouvoir dont disposaient les auteurs sur les studios, Scorsese s’est vite adapté aux nouvelles exigences d’une industrie obsédée par les blockbusters. Afin de survivre artistiquement, il alternait commandes (The Color of Money, Cape Fear, Casino) et projets personnels (The Last Temptation of Christ, Goodfellas, Kundun).

    Les choses se compliquent une fois le nouveau millénaire franchi. Pour Gangs of New York, film auquel il a rêvé depuis plus de trente ans, Scorsese se retrouvera dans la situation ambivalente où il devra concilier ses qualités de réalisateur visionnaire et celles d’employé « banquable » simultanément. Film d’auteur le plus coûteux depuis l’échec commercial qu’a été Heaven’s Gate (qui, comme Gangs, évoque la création houleuse de la nation américaine), les financiers s’assureront de ne pas répéter les erreurs du passé en supervisant étroitement la production. Scorsese devra constamment lutter pour faire valider ses choix. Les victoires succéderont aux défaites. Il réussira notamment à conserver sa fidèle monteuse Thelma Schoonmaker mais devra se départir à la dernière minute de la partition d’Elmer Bernstein (The Age of Innocence); les dirigeants de Miramax lui préférant leur protégé Howard Shore (The Lord of The Rings).

    Le projet le plus ambitieux de la carrière de Scorsese sera malheureusement affecté par toute cette énergie sacrifiée à l’extérieur du plateau de tournage. Comme pour ses recettes au box-office, la réussite artistique de Gangs of New York est bien en deçà des attentes. Malgré une esthétique irréprochable d’un baroque éloquent, le film manque de cœur. Et si l’amour pour le cinéma travaille chacun des plans – à noter la référence à 2001 : A Space Odyssey lors du lancer de la hachette de Bill the Butcher – c’est le côté humain qui laisse à désirer.

    Pendant deux heures et demie, l’on observe des personnages peu attachants se promener dans une sorte de musée vivant. Alors que l’on s’attendait de la part de Scorsese à une leçon de conscience, le film procure au mieux une intéressante (quoique insolite) leçon d’histoire. Cette froideur est due en grande partie à la principale valeur marchande du film, Leonardo DiCaprio. Non seulement son allure de jeune premier cadre mal dans ce monde violent et dégénéré, mais en plus l’acteur ne fait nullement le poids face à l’extravagant Daniel Day-Lewis. Un défaut majeur quand on sait que dans toute aventure hollywoodienne la sympathie du public se doit de pencher du côté du héros et non de l’antagoniste. Pour donner plus de volume au personnage de DiCaprio, on lui attribuera une narration en voix off. Le résultat est triste à entendre. Le commentaire est terne, épars, platement descriptif et ne fait que ranimer notre nostalgie des procédés narratifs innovateurs des films précédents de Scorsese, qu’on pense à ce journal intime parlé de Taxi Driver, à la narration malicieuse à la troisième personne de The Age of Innocence ou à celle, délicieusement excessive, de Casino.

    Le cas de cette narration peu inspirée est symptomatique de cet alliage entre cinéma d’auteur et vaste entreprise commerciale. Gangs of New York prouve que, pour quelqu’un de la stature de Scorsese, la vision personnelle ne peut consentir la compromission. Le réalisateur s’est difficilement remis de cette expérience. Si Heaven’s Gate a fait tomber l’Âge d’or d’Hollywood, Gangs of New York a assuré la chute du dernier de ses ambassadeurs.  En effet, jusqu’à nouvel ordre, l’auteur Scorsese a abdiqué.

    Cinéma pour tous

    Pour son prochain film, Scorsese tend l’autre joue et refait affaire avec les requins de Miramax. L’histoire de Howard Hughes, celle d’un homme incommode soumis à des passions autodestructrices, semble taillée sur mesure pour le réalisateur de Raging Bull. Par contre, le cinéaste met au rancart ses obsessions personnelles et s’aventure à peine dans les terrains sombres de la conscience du magnat. Après le patchwork barbare qu’a été Gangs of New York, son nouveau projet prend les allures d’une apologie des valeurs chères du studio system. Aussi lisse et calculé que ses images générées par ordinateur, The Aviator est principalement rempli de bons sentiments où priment dépassement de soi et courage face à l’adversité.

    Le portrait édulcoré de Hughes est soutenu par une représentation, sinon malhonnête, du moins sélective de sa relation avec les femmes. Le côté plus déviant de l’homme, notamment ses nombreux mariages simultanés avec des mineures, sera à peine abordé. Cette caractéristique se voit condensée dans une brève scène à l’esthétique surréelle où une adolescente fraîchement débarquée de l’autobus se livre à une audition avec Hughes dans un hangar. Pour accommoder les sensibilités du public d’Oprah ou de MTV, The Aviator privilégie une facette plus accessible et glamour des romances. Voir la pimpante chanteuse pop Gwen Stefani (qui joue Jean Harlow) marcher au bras de DiCaprio est définitivement plus vendeur!

    Loin d’être un romantique, Scorsese n’a jamais été à l’aise avec les histoires d’amour, en particulier avec le point de vue féminin de la romance. Ses films se déroulant dans des univers virils, les protagonistes féminins sont toujours plus ou moins retranchés. Exception faite de Alice Doesn’t Live Here Anymore, la femme scorsesienne sert exclusivement à définir le héros mâle, n’existe qu’en relation à la subjectivité de ce dernier et symbolise diverses préoccupations masculines propres à l’auteur. Par contre, dans le triptyque DiCaprio, les portraits de femmes sont soumis aux exigences d’un marché soucieux de plaire au plus grand nombre possible. Caractérisées plus rondement, ces «nouvelles femmes» ont pour principale fonction d’alimenter la sentimentalité des films en question. Manifestement, cette approche sommaire des relations amoureuses sort Scorsese de son élément et affaiblit la crédibilité psychologique des principaux protagonistes mâles. Une mention spéciale aux triangles amoureux de Gangs of New York et de The Departed; tous deux issus du même moule et complètement superflus.

    Cette ligne de conduite hollywoodienne, imposant l’accessibilité à tout prix, ternit le pouvoir de révélation du langage visuel de Scorsese. Le final de The Aviator où le héros se regarde dans la glace pour tenter d’en venir à une certaine paix avec soi-même, est calqué sur celui de Raging Bull. Par contre, l’inclusion d’un flash-back présentant la première scène du film entre Hughes et sa mère vient inutilement forcer l’interprétation d’un moment déjà assez éloquent. La redondance d’information se trouve tout autant dans Gangs of New York qui assure son quota de flash-backs explicatifs. Venu infiltrer le gang de Bill the Butcher, Amsterdam revoit les divers personnages qui étaient jadis liés au gang de son père mais, pour s’assurer que le public ne soit pas déstabilisé, l’on ressasse les images de ces mêmes personnages pourtant présentés quelques minutes plus tôt!

    Les dialogues aussi subissent cette loi sur la clarté. De métaphores douteuses : « Perdre ma raison serait comme voler aveugle » (The Aviator) au martèlement de leitmotiv : « Le sang reste sur la lame » (Gangs of New York), les récents films de Scorsese découragent de plus en plus la participation active du spectateur. Muni de scénarios coulés dans le béton, le réalisateur n’improvise plus, se fie moins à son instinct. Fini le temps où, à partir d’une brève ligne de scénario, il pouvait créer une scène d’anthologie comme ce fut le cas pour la scène du miroir de Taxi Driver. Est-il utile de rappeler que l’imprévisibilité et l’ambiguïté demeurent les plus grands ennemis d’un produit de consommation?

    Le secret est dans la sauce

    Impitoyable film de gangsters (irlandais), The Departed a généralement été célébré comme le retour aux sources tant attendu de Scorsese. L’argument est quelque peu précipité. Ce qui fait la singularité de sa trilogie de gangsters n’est pas tant le sujet de la criminalité, mais la familiarité qu’entretient le cinéaste vis-à-vis les milieux dépeints. Mean Streets est largement autobiographique tandis que Goodfellas et Casino, écrits en étroite collaboration avec Nicholas Pileggi, traitent en majeure partie de la communauté italo-américaine de laquelle Scorsese est issu. De plus, ces films parlent de la vie criminelle du point de vue des protagonistes, contrairement à The Departed qui n’est l’histoire de personne en particulier et verse davantage dans l’exploitation du genre.

    Si retour aux sources il y a, ce serait plutôt du côté des procédés narratifs de la tradition hollywoodienne classique où, comme le définit l’académicien David Bordwell, « le récit se base sur des conflits vigoureux, des enjeux dramatiques ascendants et un climax conduit par une course contre la montre » (3). Le récit hermétique de The Departed, où se bousculent suspense, action et revirements de situation marque une rupture avec la structure fragmentée et anecdotique de la trilogie de gangsters qui favorisait le développement des personnages.

    Invité par Roger Ebert à une émission spéciale où il était question de classer les dix meilleurs films des années 1990, Scorsese affirmait ne pas comprendre le « plot based movie », les films qui basent leur trame narrative exclusivement sur l’intrigue. Il fit ainsi allusion à l’importance de la préparation d’une sauce tomate dans une scène de Goodfellas lorsque Henry Hill (Ray Liotta) est surveillé par la police qui le traque à l’extérieur de sa maison. L’insistance sur cet aspect quotidien de la vie du personnage vient enrichir ce qui s’annonce comme une simple chasse à l’homme. Dans cette séquence culminante, la facette intime de Henry (la préparation d’un dîner pour la famille) se heurte à sa facette publique (sa situation de criminel recherché). La paranoïa du héros qui voit ses deux mondes, qu’il a toujours su séparer, s’écrouler simultanément est illustrée par une réalisation rendant aussi menaçante la préparation de la sauce que la filature policière. Comme dans ses films les plus réussis, Scorsese fait ici preuve de sa maîtrise à superposer l’action et l’introspection.

    Cette idée de dualité est absente de The Departed. La scène où Costigan (DiCaprio) vient rendre une visite surprise à son supérieur (Martin Sheen) rappelle pourtant un moment mémorable de Goodfellas lorsque, après avoir achevé brutalement quelqu’un, Nicky (Joe Pesci) et sa bande viennent sans avertissement chez sa mère qui leur offre de la nourriture et une conversation. Mais lorsque les deux hommes se préparent à avoir un échange – Sheen invite DiCaprio dans sa cuisine pour parler – le film coupe abruptement pour passer à une autre scène. On n’approfondira jamais la nature de leur relation, pourtant déterminante pour la charge émotive du film. Le Scorsese d’aujourd’hui nous refuse ces « moments de cuisine » qui ont fait sa gloire.

    Certains aspects de The Departed indiquent que Scorsese tente de se rapprocher d’une conception cinématographique dans le vent où le discours ironique aplatit les préoccupations sérieuses. Le dénouement du film est d’un tel grotesque qu’on ne sait plus si l’on doit rire ou se troubler. Pour une première fois dans l’œuvre de Scorsese, le cynisme semble prendre le dessus sur l’existentialisme. Tarantino ne pourrait faire mieux. D’ailleurs, comme dans les films de ce dernier, The Departed perce le quatrième mur et fait des clins d’œil au public de diverses façons. Que le cabotinage de Jack Nicholson ait été désiré ou non par le réalisateur, il reste que son interprétation disjonctée de Costello fait parfois penser à ses rôles dans Batman et The Shining, effet qui rappelle un Travolta se servant de sa notoriété d’icône disco pour mousser son personnage dans Pulp Fiction. Toutefois, le sommet de cette déviation formelle survient en plein milieu du film lorsque Costello, interrogeant Costigan dans un restaurant et le suspectant d’infiltrer son gang, s’applique à littéralement dessiner le dernier plan du film.

    Dans le prologue, Costello dit : « Je ne veux pas être un produit de mon environnement; je veux que l’environnement soit un produit de moi-même ». Cette déclaration commente sur la situation même de Scorsese. Ayant remodelé le cinéma à son image à ses débuts dans les années 1970, il se voit aujourd’hui dans la situation de simple exécutant, signant des produits pour le compte de l’environnement hollywoodien. Pourtant, contrairement à la réflexion de Costello, rien n’indique qu’il se déplaît dans ce nouveau rôle. Depuis qu’il a « vendu son âme au diable », sa situation prend les allures classiques de la transaction faustienne : The Aviator et The Departed sont à ce jour ses plus grands succès commerciaux. Ce dernier est d’ailleurs en voie de lui assurer la fameuse statuette dorée. Il est encore trop tôt pour sauter aux conclusions, mais si Scorsese maintient son statut d’employé banquable, une partie de l’âme du septième art sombrera.

    ***

    (1) Recueil d’entretiens avec Martin Scorsese parus dans les Cahiers du Cinéma, Mes plaisirs de cinéphile, Paris, Éditions de l’Étoile/Cahiers du Cinéma, 1998, p.108

    (2) BISKIND, Peter, Sexe, Mensonge et Hollywood, Paris, Le Cherche Midi, 2006, p.469

    (3) BORDWELL, David, The Way Hollywood Tells It, Berkeley, University of California Press, 2006, p.13


    • Personnellement j’ai beaucoup apprécié Shutter Island

    • Il n’a plus rien à prouver, alors il s’en promet plus, un peu dans le même genre que Spielberg. Les deux ne se complaisent plus à produire du cinéma de « grande qualité » : le premier vise un cinéma plus dur, noir, glauque par moment, contre l’autre qui se commet dans le populaire… chacun à leur sauce.

      Shutter Island renferme de grande qualités cinématographiques (réalisation, musique, montage, direction photo) au détriment de qualités scénaristiques déjà vues… La direction photo est assurément ce qu’il y a de plus marquant dans ce film, une référence directe à Citizen Kane!

    • Le terme “abdiquer” est dur et n’est peut-être pas le bon. Avoir 67 ans ne veut pas simplement dire qu’il a moins d’énergie, ça veut aussi dire que sa personnalité s’est modifié. Pourquoi un grand-père aurait-il les même goûts, la même sensibilité qu’un jeunôt de de 20 ans? Les artistes d’avant-garde d’hier vieillissent tous un jour ou l’autre, même si leur nom est McCartney, Bowie ou Coppola.

      Scorsese s’en tire mieux que d’autre même si j’espère aussi qu’un jour il reviendra à des projets plus modestes. Les films à gros budgets sont souvent plus complexes et demandent probablement plus d’énergie qu’un homme de son âge peut en donner (ce qui expliquerait que ses derniers films mélangent éclairs de génie et moment peu inspiré).

      Mais peu importe la suite de sa carrière, elle ne devrait pas entâcher sa place dans l’histoire du cinéma. Dans ce domaine comme dans les autres, les jeunes doivent un jour remplacer leurs aînés.

    • Selon moi, Shutter Island est un film extraordinaire. Il est d’une maîtrise hors du commun et transpire une passion contagieuse.
      Voici une critique qui rejoint ce que je (et quelques autres) pense du film.

      http://panorama-cinema.com/html/critiques/shutterisland.htm

    • C’est bien dommage mais j’ai deviné le “punch” du film en regardant la bande-annonce. Non pas qu’elle soit trop explicite, mais parce que c’est exactement le genre de lapin que les scénaristes sortent régulièrement de leur chapeau en ce début de 21e siècle. C’est presque original.

      ps: J’ai vu récemment la bande-annonce d’un film indien calqué sur “Memento”. Le 21e siècle est aussi celui du recyclage. Les pages culturelles deviennent des cartons d’oeufs, “The Story of Helen Keller” devient “Black” et Memento devient “Ghajini”.

    • Que de mépris…enfin heureusement que des critiques comme vous sont là pour nous apporter la lumière, et nous dire que ce qu’on aime est nul et de la bouse…

    • Vous avez certainement plus de culture cinématographique que moi, qui ne suis qu’une “très bon public” mais je ne partage pas votre avis.

      Moi j’ai bien aimé ce film pour le jeu d’acteur de Léonardo. Et je maintiens qu’il vaut la peine d’être vu ne serais-ce que pour cela.

    • @ gofrankiego

      La culture cinématographique ne devrait avoir aucune incidence sur le plaisir que nous procure le cinéma. Et pour ce qui est de SI, comme j’ai dit à la fin, il s’agit d’un film très beau, très bien produit, mais qui ne m’a simplement fait aucun effet.

      Que j’aurais aimé voir ce que Polanski en aurait fait! Une histoire faite sur mesure pour le maître de l’angoisse.

      D’ailleurs, c’est son compatriote polonais Penderecki qui assure une bonne partie de la trame musicale (Symponie n. 3, 3e mouvement). Une musique qui se marie si bien au cinéma, je ne comprends pas pourquoi on l’entend pas plus souvent (Dernièrement, Lynch a beaucoup utilisé Penderecki dans Inland Empire. Et, bien sûr, Kubrick dans The Shining).

    • @ jozef

      johnny greenwood s’en est aussi fortement inspiré (de la musique de penderecki) pour quelques passages de there will be blood…

      par ailleurs, la b.o. de shutter island est vraiment très intéressante, je n’ai pas vu le film encore mais j’ai déjà écouté l’album trois ou quatre fois et c’est très bon!

    • J’ignore si c’est parce que je me suis tapé récemment l’imbuvable Departed, j’ai trouvé ce dernier film de très bon niveau, est-ce son meilleur, définitivement pas. Mais bon. ceci dit, faudrait que je le revois une seconde fois pour savoir si ça colle.

      Pour le manque d’effets émotifs, peut-être que c’est un effet voulu compte tenu de la volonté de jouer sur deux tableaux.

      J’évite de commenter davantage afin de ne pas ruiner le film pour les autres

    • Je commence à comprendre pourquoi vous n’apprécier pas le film. Vous avez joué dedans et on ne vous a pas payé. Vous personnifiez Glen Miga ( regardez sur IMDB). Non, je comprend votre déception mais, il est évident que le commun du mortel (y compris moi) ne voit et ne comprend pas toute les subtilité des films. On dirais que les gens n’accepte qu’on critique leurs goûts. Dommage…Oui j’ai aimé ce film mais vous aviez le droit d’avoir vos attentes. De toute façon, il y aura toujours une guerre entre les intellectuels et le monde populaire. D’ailleurs, dans le films, les propos du personnage de M.Von Sydow me faisait voir ce que je déteste des intellectuels méprisant. Les vôtre? Toujours appropriés et respectueux (bien que ne comprend pas tout de vos référence). Bravo M.Sikora! Vous et Mathias Brunet avez d’excellent blogues, nuancés, respectueux mais cela n’empêche pas que vous n’étes ni complaisant ni mièvreux…

    • Si vous le dites… je suis disposé à vous croire sur parole !

      Et pour continuer dans cette veine, imaginez alors ce qu’en aurait fait Alfred Hitchcok (est-ce bien comme ça que cela s’écrit ??) !!

      N’était-ce pas Polanski qui avait fait ke film ‘Le locataire’ ? Un genre qu’on a pas revu bien souvent si j’ai bonne mémoire… En tous cas à l’époque je trouvais que ça frisait la terreur froide celui-là.

    • Je comprends ce que vous voulez dire Jozef et je suis d’accord avec vous, à part sur le terme “abdiquer”, que je trouve un brin péjoratif. Je dirais plutôt qu’il est “usé”.

      S’il jouait au hockey, on dirait: “regarde le vieux, il est fini et il s’obstine à vouloir jouer, même s’il commence à être l’ombre de lui-même”.

      Peut-être qu’il n’a plus rien de neuf à dire, mais ça ne veut pas dire qu’il n’a plus rien à faire. Entre nous, ça doit être trippant d’être Martin Scorcese, de faire des films avec les meilleurs acteurs, les meilleurs techniciens, les meilleurs cascadeurs, etc.

      Ça doit être assez pour vous garder dans métier encore quelques années malgré une certaine fatigue intellectuelle.

      Ce que je déplore, c’est plutôt que le cinéma américain (pas seulement Scorcese) se cache de plus en plus derrière la qualité technique et l’expérience acquise pour produire quelques bons films de temps en temps, mais rien qui nous jette par terre comme le ciné des années 1970.

    • @ veridik

      Abdiqué son statut d’auteur, comme j’ai dit à la fin de mon post. Il demeure un réalisateur de très haut niveau.

    • À mon humble avis, cela fait déjà quelques films que Scorsese a abdiqué. Je n’ai pas vu Shutter Island et je n’ai pas vraiment envie de le voir, sauf peut-être en DVD. Je n’avais pas aimé The Departed, un film convenu. Scorsese s’était même permis de rater une scène, celle de la chute d’un édifice, à peine mieux réussie que celle du film The Untouchables qui, lui, remonte à une vingtaine d’années, c’est dire! Je n’avais pas non plus aimé The Aviator, film anecdotique et encore une fois convenu. Le réalisateur s’est assis sur ses lauriers. C’est tout.

    • Est-ce qu’on peut accepter le fait que deux personnes peuvent voir le même film et en tirer des niveaux d’appréciation divergentes? À moins que j’aie mal lu Mr Siroka, il me semble avoir critiquer le film et son réalisateur, il n’a pas dit que ceux qui ont aimé le film sont des tatas…

      @Vanbastien: Vous devriez peut-être voir la version originale de The Departed, le film de Hong Kong Infernal Affairs. La version de Scorsese y est assez fidèle mais je le préfère au remake.

      The Aviator a été près de trois de ma vie que je ne retrouverai jamais. Gangs of New York n’a pas réussi a lié de façon convaincante l’histoire de vengeance du personnage de Di Caprio avec la trame de fond des émeutes de New York du 19e siècle.

      Il est a peu près temps que Scorcese travaille avec un autre acteur que Di Caprio. Il n’est pas sans talent mais selon moi, ce n’est pas un grand acteur de la trempe d’un De Niro ou Pacino à leur apogée.

    • @jSiroka

      Est-ce que Scorsese aurait dû ne pas réaliser Shutter Island?
      J’ai de la difficulté à comprendre ce qui aurait pû être fait. Oui, je ne suis pas sorti du film aussi ébranlé que je l’aurais cru en m’y rendant. Ma vision du cinéma n’a pas évolué à la sortie du film. Mon contentement de pop-corn par contre l’était. Mais reste que, malgré que cette réalisation soit une réussite populaire, est-ce que s’est Scorsese qui abdique, ou est-ce qu’il évolue dans un monde qui n’est plus le sien?

    • Quel auteur continue à faire des films d’auteur surprenants et originaux rendus à cet âge, après avoir fait du cinéma durant tant d’années? Il est déjà assez respectable que Scorsese puisse encore faire des films du niveau de Shutter Island, qui est quand même meilleur que l’énorme majorité des films provenant d’Hollywood de l’an dernier, en particulier ceux à très gros budget… Que des films comme Star Trek satisfassent la critique alors que celui-ci se fait ramasser est plutôt honteux pour le métier en ce moment…

      De plus, de complètement classer Shutter Island comme une oeuvre commerciale sans aucune caractéristique d’un film d’auteur est plutôt négligeant, compte tenu du bagage important qu’a le cinéma de Scorsese sur la culpabilité et le sujet de Shutter Island… Vous avez aussi complètement oublié que Scorsese ne fait pas du cinéma à la “Tarantino” que depuis les 10 dernières années : il en a toujours fait. Raging Bull est autant un film psychologique qu’un film sur les films de boxe, et il en est de même pour Goodfellas et les films de gangster, Cape Fear, etc… Taxi Driver y fait exception, mais c’est probablement une des seules oeuvres de Scorsese à ne pas être truffés de plaisirs cinématographiques et de références à d’autres oeuvres.

      Je suis sorti du cinéma pas entièrement satisfait (il y a quelques longueurs ici et là), mais il n’y a pas lieu ici de descendre ce film, qui est formellement ET thématiquement plus intéressant que la grande majorité des films qui sont présentés sur nos écrans.

      Désolé Jozef, mais t’es pas dedans sur ce coup-ci.

    • @ guillaumeh

      «Quel auteur continue à faire des films d’auteur surprenants et originaux rendus à cet âge?»

      Vite de même : John Huston, Bergman, Kubrick, Kiarostami, Woody Allen, Altman, Malick, Bunuel, Herzog, Miyazaki…

    • Vite de même, Herzog a fait Rescue Dawn (un film pas si mauvais mais loin de ce qu’il avait fait avant), Woody Allen un paquet de films très ordinaires qui répètent toujours la même formule, Kubrick mettait 10 ans entre chaque film tout comme Malick, et Altman est devenu relativement ennuyeux dans ses dernières années.

      Très bien pour les autres, mais vous n’avez pas répondu au reste de mon argumentation. Tous ces auteurs n’avaient aucunement la même propension à faire des films portés sur l’hommage. Que vous le vouliez ou non, Scorsese a toujours été un cinéaste de “movie-movie”, un De Palma plus apte à décrire des psychologies de personnages, un Tarantino moins cabotin. Il ne se rattache aucunement aux autres réalisateurs beaucoup plus “personnels” dans leurs approches que vous avez mentionnés.

    • @ guillaumeh

      Si vous ne considérez pas des films comme Mean Streets, Raging Bull, Last Temptation of Christ ou Goodfellas (pour ne nommer que ceux-là) comme des films hautement personnels, je ne crois pas qu’on puisse discuter très longtemps!

      Sinon, son côté cinéphile, qu’on le retrouve autant dans ses films des dernières années que dans ceux d’il y a trente ans n’est pas à mon avis un argument qui justifie un quelconque rapprochement par rapport à leur qualités artistiques respectives.

      Et pourquoi sortir le médiocre Rescue Dawn comme exemple par rapport à Herzog, et pas ses formidables documentaires des dernières années? Et le fait que Kubrick et Malick prennent du temps entre leurs films, c’est quoi le problème? Je préférerais nettement que Scorsese prenne plus de temps entre ses projets pour nous donner des meilleurs films, que vice versa.

    • Mis à part Temptation et peut-être Mean Streets, les autres films ne sont pas seulement des films d’auteur par leur caractère “personnel”. Ils le sont autant sinon plus par leur approche esthétique et leur caractère d’hommage. En quoi un homme aussi passionné et féru de cinéma que Scorsese ne pourrait-il faire un film personnel qui est en fait majoritairement constitué d’hommages au cinéma qui l’a formé? Goodfellas était carrément truffé de ces références, et Raging Bull aussi. De nier que ce côté “cinéphile” du cinéma de Scorsese fait partie de son caractère d’auteur, c’est, à mon avis, passer à côté d’une bonne partie de l’intérêt de son oeuvre.

    • Le problème de Shutter Island ne vient pas de Scorsese. Il vient du scénario pré-machouillé qui me rappelle une nouvelle fantastique au punch prévisible que j’ai écris en secondaire 4. Comme d’autres, j’ai deviné la fin avant même que le film commence.

      J’ai cependant trouvé que l’ambiance était plutôt bien rendu, malgré peut-être une surabondance de flashback et de séquences de rêves. Avec un scénario mieux ficellé et plus surprenant, ce film aurait pu être vraiment excellent.

      D’un autre côté, j’ai adoré The Departed, qui fut mon film préféré de 2007. Le film réussit à merveilles ce qu’il tente d’être: un thriller policier qui nous tient haleine du début à la fin. Imprévisible, rythmé, joué avec brio. Certes, le film n’a pas la résonance existentielle d’un Taxi Driver, mais ce n’est pas ce qu’il cherche à faire.

    • Ah! Toutes ces analyses alors que la carrière de Scorceses s’explique exactement de la même façon que tous les autres grands génies, gr¸ace à la Grande Théorie Unifié de Sick Boy (Trainspotting):
      http://www.youtube.com/watch?v=pQD-dXfHrvk

      Pour une version textuelle:
      http://www.youtube.com/watch?v=_x8cOfXPI1Y

      :-)
      Bon sérieusement maintenant, merci Joe pour ce texte, lecture très intéressante!

    • ”Woody Allen un paquet de films très ordinaires qui répètent toujours la même formule”

      haha ce qu’il ne faut pas lire!

      Match Point et Vicky Christina Barcelona sont tout sauf des films ”très ordinaires”

      faut vraiment dire n’importe quoi :-/

    • @jon8

      As-tu vu Crimes and misdemeanors? Match point est calqué sur ce film avec une sauce 2000 mais sans la performance magistrale de Martin Landau. Allen a peut-être pas vendu son âme au système comme Scorsese l’a fait mais son cinéma d’auteur manque clairement d’originalité au 21e siècle. C’est pas parce qu’il vomit ses tripes annuellement que c’est nécessairement original.

    • Vous revenez en force, M. Siroka. Je vais aller voir le film, car j’aime Scorsese et j’ai envie de me faire ma propre opinion.
      Votre texte est très intéressant. L’avantage d’être critique, c’est qu’on a forcément une grande culture comparative dans son domaine et que cela permet d’ouvrir les yeux du simple spectateur sur des aspects qu’on ressent sans pouvoir se les expliquer de façon explicite.
      Par exemple, ce que vous dites sur Gangs of New York est exactement ce que j’avais ressenti en voyant ce film, sans pourtant pouvoir expliquer précisément ce qui m’avait manqué pendant le visionnage. Idem pour la scène de la sauce dans Goodfellas. Je comprends mieux maintenant combien Scorsese est génial d’avoir mis en parallèle la facette intime et publique de Liotta.

      En fait, ce que je n’aime pas chez les critiques, c’est lorsque leur idéologie transpire au moment de juger une oeuvre, ce que l’on retrouve fréquemment dans des magazines comme les Inrocks ou Télérama. Par contre, j’aime lire des textes comme ceux que vous venez de présenter car ils sont très instructifs, objectifs autant que faire se peut et même dans le négatif, on sent l’amour que vous portez au sujet (qui aime bien châtie bien).

    • Non Scorsese n’a pas abdiqué. Shutter Island contient plusieurs qualités cinématographiques indéniables. Effectivement, c’est bourré de références, mais Scorsese a toujours fait ça !

      Alfred Hitchcock n’a fait que des films de genre et ils étaient très personnels. Même chose pour Stanley Kubrick. L’un n’empêche pas l’autre.

      J’ai l’impression que Shutter Island est d’une plus grande profondeur qu’on le croit au premier visionnement.

      D’ailleurs le fameux punch que tout le monde se vante d’avoir vu venir dès le début. Bravo, vous êtes tellement intelligent ! Je ne pense pas que c’était vraiment un gros punch et Scorsese le savait. Le «véritable punch» c’est d’apprendre que tout a été mis en scène pour guérir un patient.

      Mais est-ce vraiment une mise en scène ? Est-il fou ou sein d’esprit ? Il y a une ambiguité qui subsiste jusqu’à la toute fin et même après le générique. C’est le comble de la paranoia ! Ça nous parle beaucoup de l’Amérique (et du monde) moderne à mon avis. Combien de gens croient que le 11 septembre est un complot ?

      En tout cas, je ne vois pas en quoi le fait que Scorsese fasse des films de genre enlève de la crédibilité à son statut de grand cinéaste…

      Je le répète… Hitchcock, Kubrick, Huston pour ne nommer que ceux-là, on tous excellé dans le domaine… Scorsese s’en tire haut la main jusqu’à date…

    • Les critiques sont des textes d’opinion au même titre que les éditoriaux. L’auteur fait état de ses impressions, mais ça ne veut pas dire que les nôtres sont moins valables pour autant. D’ailleurs, avec les blogues, il est maintenant facile d’exprimer nous aussi nos opinions.

      Pour ce qui est de Scorcese, je dois dire que ses plus récents films me laissent plutôt froide. Le seul que j’ai vu, c’est de Departed. C’était une oeuvre bien maîtrisée, mais trop explicative et trop longue, surtout si on la compare à Internal Affairs.

      Je n’ai pas encore vu Shutter Island, mais la photographie semble vraiment percutante. Par contre, en regardant la bande-annonce, j’ai eu peur que ça soit cousu de fil blanc. La critique d’A.O. Scott du New York Times – http://movies.nytimes.com/2010/02/19/movies/19shutter.html – n’a rien fait pour dissiper mes craintes. Je suis toutefois suffisamment intriguée pour voir Shutter Island quand il sera sorti en DVD.

    • En soi, le dernier opus de Scorcese est agréable et livre la marchandise, du moins en ce qui me concerne néanmoins, il est probablement exact d’affirmer qu’il emprunte beaucoup de références mais rien n’est parfait en ce bas monde et “Shutter Island” demeure un film interessant, trop peut-être puisque par moments, j’avais l’étrange impression qu’il calquait son récit sur mon bouquin. Curieux…

    • D’accord pour affirmer que Scorsese a abdiqué en tant qu’auteur. C’est quelque chose d’assez commun chez les réalisateurs dans son genre.

      Leurs premières œuvres sont souvent imparfaites mais elles sont très personnelles et crues. Et c’est souvent ce qui fait leur charme.

      Ensuite ils laissent de côté l’auteur en eux et ils se concentrent plutôt sur la forme. C’est ce que Scorsese a fait. Et a ce niveau-la on ne peut rien lui reprocher, il est un grand maître de l’image.

      D’ailleurs c’est pour ca que j’ai bien aimé Shine a Light. Les images de Scorsese jouent un rôle d’avant plan dans le film. Elles ne sont pas juste la pour mettre en valeur les Stones. Elles se fusionnent a la musique des Stones. Le résultat est assez étonnant.

      Par contre c’est vrai que certains de ses derniers films sont plus ou moins intéressants. Techniquement ils sont irréprochables et les acteurs sont toujours dirigés de main de maitre mais le scénario laisse souvent a désirer.

      Faudrait que Scorsese se trouve des jeunes scénaristes talentueux pour mettre leurs visions sur pellicule. Des jeunes writers talentueux qui seraient prêt a écrire des scénarios originaux pour Scorsese. Me semble que ca doit pas être difficile a trouver.

    • Petit chef d’oeuvre de relativisme intellectuel :

      “Les critiques sont des textes d’opinion au même titre que les éditoriaux. L’auteur fait état de ses impressions, mais ça ne veut pas dire que les nôtres sont moins valables pour autant. D’ailleurs, avec les blogues, il est maintenant facile d’exprimer nous aussi nos opinions.”

      Lire des âneries pareilles, c’est à pleurer. Ben oui, je vais faire écrire un édito sur la guerre en Irak par le garagiste du coin (quoique). C’est sûr qu’au Québec, pour 40 courriéristes qui nous donnent leurs ‘opinions’ de matante qui a vu un film, on a un ou deux vrais critiques.

      Mon ‘deux cennes’ de pur dilettante est que Shutter Island, malgré ses faiblesses (notamment son éparpillement : j’aurais laissé tombé les nazis) est 4 bonnes coches au-dessus de l’output moyen ‘hollywoodien’, et s’en démarque très clairement. En somme Jozef, vous êtes un peu dur. Soit, on est loin de la maestria de ‘Vol au-dessus d’un nid de coucous’, surtout au plan de la direction des acteurs, mais quand même, c’est du diverstissement de luxe.

    • @Jozef Siroka
      et vous très cher,quand aurons nous l’honneur de visionner votre prochaine oeuvre???

    • @mikhail

      J’ai déjà lu un texte qui allait un peu dans le même sens ou la personne disait que dans la futur le métier de critique était appelé a disparaitre étant donné qu’ils étaient devenus inutiles avec tout les blogs disponibles sur le net.

      Au contraire. Avec tout les wannabes critiques qui sévissent un peu partout le métier de critique est plus pertinent que jamais.

      Pour Scorsese et bien il est victime de sa légende. Un Scorsese moyen demeure supérieur a 95% des films qui sortent a chaque année mais on va toujours comparer ses nouveaux films par rapport a ses anciens.

    • @ tiplon

      sérieusement, ton commentaire est de loin le plus insipide et impertinent de tous les commentaires que j’ai lu sur ce blogue jusqu’à maintenant…bravo!

    • tiplon : un bel exemple de troll qui croit planter les critiques parce qu’ils ne font pas de films. n’importe quoi; tant qu’à ça, pourquoi ne pas en faire autant pour les chroniqueurs sportifs ou politiques qui ne pratiquent pas les professions dont ils traitent?

    • Ouf, sacré bon post l’ami. L’article de Ciné-Bulles c’est de la qualité.

      Sans vouloir ”bitcher” personne, il y a en plusieurs qui devraient prendre des notes (en premier, toute l’équipe de l’émission Six dans la Cité qui ne semble pas avoir la moindre idée de ce qu’est une critique cinéma)

    • « … si Scorsese maintient son statut d’employé banquable, une partie de l’âme du septième art sombrera ». Euh, je ne veux pas péter la bulle de personne, mais le 7e art n’a plus d’âme depuis belle lurette!

    • Personnellement, j’ai adoré Shutter Island. Je trouve que c’est un très bon Scorsese.

      M. Siroka, vous dites qu’il a abdiqué son statut d’auteur. Vous confondez un peu littérature et cinéma. Hitckcock, cinéaste incontournable du 20e siècle, a élargi le vocabulaire de la langue du cinéma à lui seul. Il avait parfaitement compris la première dimension du 7e art, fondamentalement visuelle. Oui, il “écrivait” un film à sa manière en puisant dans les romans et les nouvelles. Mais pourtant, il était bien l’auteur de ses films, celui qui manipule les outils pour construire un plan.

      Shutter Island est très bien mis en images, très bien réalisé. Le seul choix artistique que je remettrait en cause est la redondance des apparitions de sa femme. Au fil de ses interventions, elle est de moins en moins au service de l’histoire.

      Dans l’extrait du Globe and Mail, l’auteur dresse le tableau de l’enchevêtrement de plusieurs intrigues relatives à différents genres, pourtant, je n’ai pas nécessairement eu l’impression qu’il les traitait comme des références directes. Il ne me semble pas avoir brisé l’unité de ton et de style de son film. Il ne s’est pas égaré. Je dirais au contraire qu’il les a très bien synthétisées. D’ailleurs, il sépare finement la réalité de la fiction, en fait, il les confond volontairement à l’écran. Ainsi, il provoque encore mieux l’identification du spectateur à la trajectoire émotionnelle du protagoniste. Cette confusion est finalement celle du héros.

    • Pour les intéressés, un lien vers les top 10 respectifs de Ebert et Scorsese: http://rogerebert.suntimes.com/apps/pbcs.dll/article?AID=/20000226/COMMENTARY/41219001/1023

    • J’ai trouvé Shutter Island forcé; justement, un genre de 6e sens ou Unbreakable trop lourd.

      The Departed m’as semblé largement supérieur.

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