Jozef Siroka

Archive, mars 2010

Mercredi 31 mars 2010 | Mise en ligne à 16h25 | Commenter Commentaires (38)

L’auteur du pire film de la décennie s’explique

BATTLEFIELEARTH

La moindre des choses que l’on puisse dire du scénariste de Battlefield Earth, récemment lauréat du Razzie du pire film de la décennie, c’est qu’il possède un sacré sens de l’autodérision. Dans une lettre désopilante publiée dans le New York Post dimanche dernier, J.D. Shapiro raconte ce qui l’a mené à écrire, en ses propres mots, «the suckiest movie ever».

Tout a commencé, comme c’est souvent le cas, par le cul. Ou, du moins, son anticipation. En effet, Shapiro avait lu un article dans Premiere vantant le Celebrity Center de l’Église de Scientologie comme étant la place de choix pour rencontrer des femmes à Los Angeles. Sa quête ne s’est finalement pas avérée des plus concluantes, mais il y a néanmoins rencontré la présidente du centre, une grande fan de son récent film Robin Hood : Men in Tights. Cette dernière lui a éventuellement proposé d’adapter pour le cinéma une oeuvre de L. Ron Hubbard, le fondateur de la Scientologie, qui a écrit de nombreux récits de science-fiction.

Avant d’accepter, Shapiro a effectué des recherches sur la secte pour s’assurer qu’il ne contribuerait pas à «endoctriner les gens». Il a même pris quelques cours, dont le Purification Rundown, qui consiste à se bourrer de vitamines et à suer dans un sauna. Sur son chemin, il a fait quelques rencontres, dont celle d’une jolie prêtresse qui a signé un contrat d’un milliard d’années moyennant une rémunération de 50$ par semaine (mais, étonnamment, sans possibilités d’avance sur paie). En fin de compte, malgré les rencontres avec les vedettes et les expéditions en yacht privé, Shapiro n’a jamais succombé à la Scientologie. On lui a quand même fait confiance pour mener à bien le projet.

Son adaptation du roman Batllefield Earth (le préféré de Hubbard parmi ses propres écrits), a été accueilli avec joie par John Travolta, qui surnommait le scénario «Le Schindler’s List de la science-fiction». Mais, malgré cet enthousiasme initial, les choses ont rapidement pris une tournure amère :

Mon scénario était très, TRÈS différent de ce qui a finalement abouti à l’écran. Il était plus sombre, réaliste et avait une histoire fascinante avec des personnages riches. Ce que mon scénario n’avait pas, c’était des ralentis à chaque recoin, des angles obliques, des dialogues affectés, des extra-terrestres portant des bottes KISS, et tout le monde portant des perruques de Bob Marley.

Shapiro s’est fait renvoyer du film lorsqu’il a refusé d’intégrer des notes venant du «camp de John». Son nom est cependant demeuré dans le générique, même s’il avait songé à le remplacer par son pseudonyme, Sir Nick Knack, ou carrément l’enlever, chose que son avocat lui a fortement déconseillée.

Avec les années qui ont passé, Shapiro retire maintenant une certaine fierté d’avoir participé au pire film de la décennie (et peut-être même de tous les temps). Bon joueur, il est même allé en personne accepter le Razzie lors de la cérémonie en mars dernier.

Et qu’est-ce qu’il en aujourd’hui de la raison initiale qui l’a amenée à s’embarquer dans l’avenure?

Est-ce que la Scientologie m’a aidé à tirer un coup? Qu’est-ce que vous en pensez? D’aucune manière ne pourrais-je obtenir de l’action en proclamant audacieusement à une femme : «J’ai écrit Battlefield Earth!». Bien au contraire, j’essaie d’embouteiller cela pour en faire un contraceptif. Je vais faire des affaires en or!

***
Voici Roger Ebert qui se fait un malin plaisir à descendre ce qu’il considère comme
«un des films les plus laids et incompréhensibles» qu’il a jamais vu :

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Mardi 30 mars 2010 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (18)

La citation du jour

Photo : Robert Skinner, La Presse

Photo : Robert Skinner, La Presse

[...] Pourquoi alors fallait-il qu’il entonne, comme l’aurait fait une vieille douairière snobinarde, l’antique refrain du cinéma «mercantile (…) imposant aux spectateurs et à l’industrie des standards qui sous-estiment notre intelligence et effacent notre identité»…

Pourquoi?

Est-ce devenu une obligation formelle que de débiter ce genre de clichés lorsqu’on a les médias devant soi et une statuette dans les mains?

Pour commencer, c’est faux.

Qui et quoi a gagné, dimanche?

D’abord, J’ai tué ma mère. Dolan aura du mal à nous convaincre que son film n’est qu’une tentative (mercantile) de faire du fric sur le dos du public (sous-estimé) qui est allé le voir! Ensuite, Polytechnique de Denis Villeneuve. Film léger, n’est-ce pas, qui ne propose à ce même public aucune espèce de réflexion, bien sûr… Enfin, Dédé à travers les brumes (et la transcendante performance de Sébastien Ricard). Oeuvre culturellement faible, tout le monde l’a constaté, destinée à effacer notre identité, c’est évident…

- Mario Roy, dans un éditorial intitulé Cinoche et fric publié aujourd’hui dans La Presse.

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Lundi 29 mars 2010 | Mise en ligne à 20h15 | Commenter Commentaires (36)

Kevin Smith à la ferme des opinions

copout-poster

Kevin Smith est sur la défensive par les temps qui courent. Il y a d’abord eu sa tentative – infructueuse – de financer son film d’horreur Red State par des dons du public, initiative accueillie plutôt froidement. Il y a ensuite eu ce malheureux épisode où il s’est fait sortir d’un avion en raison de sa corpulence. Et maintenant, c’est au tour des critiques de lui faire la vie dure!

Cop Out, son premier film de studio, a obtenu la maigre note de 19% sur l’agrégat Rotten Tomatoes. Le réalisateur de Clerks et de Chasing Amy ne l’a vraiment pas digéré. Sur son compte Twitter, où il est suivi par pas moins de 1,6 million de fidèles, il s’est lancé dans une violente dénonciation des critiques, ces élitistes déconnectés qui détestent les divertissements légers :

Le titre a-t-il vraiment l’air si ambitieux? Vous voulez VRAIMENT chier dans la bouche d’un film qui ne fait ÉVIDEMMENT qu’aspirer à rien de plus que quelques rires. Est-ce que ça s’appelle Schindler’s Cop Out?… Écrire une mauvaise critique de Cop Out c’est comme martyriser un enfant retardé. Tout ce que vous avez fait c’est se moquer de quelque chose qui ne vous a fait aucun mal et qui ne voulait que vous amuser.

Une séance de défoulement somme toute très compréhensible, et même drôle pour ceux qui aiment ce type d’humour. Mais il n’a pas fini. Et ce qu’il dit par la suite est beaucoup plus contestable et, en ce qui me concerne, assez enrageant :

Pourquoi donnerais-je à 500 personnes au hasard du pouvoir sur ce que je fais. Pour mon prochain film, je préfère choisir 500 suiveux sur Twitter et les laisser le voir gratuitement à l’avance, et ensuite mettre en ligne LEURS opinions, bonnes ET mauvaises. Même différence. Pourquoi est-ce que l’opinion [des critiques] a plus de valeur? C’est un système arriéré. Fuck this Animal Farm bullshit.

Donc, pour paraphraser Orwell, tous les critiques sont égaux mais certains sont plus égaux que d’autres, reproche Smith…

Pour être franc, à toutes les fois qu’on attaque mon travail, j’ai beaucoup de difficulté à me défendre. Écrire sur le cinéma est probablement l’activité intellectuelle la moins valorisée aujourd’hui (à titre d’exemple, un chroniqueur politique ne verra jamais sa crédibilité remise en cause parce qu’il n’a jamais fait de politique, contrairement à un critique qui n’a jamais fait de film). La grande majorité des gens appuient les propos de Smith. En effet, une opinion c’est une opinion et qui sont ces critiques «officiels» pour NOUS dire qu’ils sont plus égaux que les autres?!

Mais il y a peut-être un moyen de contrer cette philosophie à la mode friande du nivellement par le bas. Dans sa chronique sur MCN, Kim Voynar renvoie à Smith sa logique en pleine figure :

Je pourrais très bien faire l’argument que, au lieu de regarder et d’évaluer un film de Smith – au fait, l’œuvre de tout «cinéaste professionnel» – je n’ai rien qu’à cueillir au hasard 500 abrutis sur Twitter pour qu’ils tournent un film avec leurs Flipcams et critiquer ceux-là à la place. Après tout, l’habileté de viser avec une Flipcam et d’appuyer sur le bouton «On» ne rend-elle pas n’importe qui aussi qualifié pour le métier que Smith et ses 17 solides années d’expériences? Oublions Kevin Smith, même Scorsese tant qu’à y être, et allons placer ce gars avec la vidéo YouTube des marionnettes en chaussettes sur le grand écran!

L’analogie est peut-être tordue et caricaturale, il n’en reste pas moins qu’elle force Smith, et tous les autres défenseurs du relativisme absolu, d’accepter le raisonnement suivant : si les grands savants qu’on peut lire sur Cinécruche représentent l’équivalent des critiques professionnels, tout ce qui sort d’Hollywood a donc exactement la même valeur que la vidéo du Star Wars Kid. Mais quelque chose me dit que Smith et consorts auraient un petit problème avec ce concept particulier «d’égalité»…

À lire aussi :

> Le critique, ce tyran
> La pertinence des critiques (suite)
> Le critique a (presque) toujours raison

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