Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mercredi 27 janvier 2010 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (25)

    Clint Eastwood, le préféré des Américains

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    Clint Eastwood a été nommé la vedette de cinéma préférée des Américains en l’an 2009, selon un sondage Harris publié annuellement depuis 1994. L’acteur et réalisateur de 79 ans, qui a connu la gloire dans les années 1960 en incarnant «L’homme sans nom» dans la Trilogie du dollar pour ensuite se tailler une place dans la mythologie américaine avec son portrait de l’impitoyable inspecteur Dirty Harry (1971), déloge Denzel Washington qui trônait au sommet durant les trois dernières années.

    Voici le Top 10 :

    1. Clint Eastwood
    2. Johnny Depp
    3. Denzel Washington
    4. Sandra Bullock
    5. Tom Hanks
    6. George Clooney
    7. John Wayne
    8. Meryl Streep
    9. Morgan Freeman
    10. Julia Roberts

    - Via The Guardian

    Même s’il continue à réaliser (son Invictus est en salle et il tourne présentement Hereafter avec Matt Damon), Eastwood a probablement fait sa dernière apparition devant la caméra avec Gran Torino, sorti à la fin 2008.

    Malgré un succès considérable au box-office, ce magnifique chant du cygne a été très mal compris par le public en général à mon avis. Je vous propose donc un long extrait de l’excellente analyse du film par le Cinématographe, à ma connaissance le blogueur cinéma le plus pertinent du Québec :

    Gran Torino, peut-être moins réussi que d’autres, reste son plus personnel et sûrement le plus important dans sa propre mythologie. Il termine ici son parcours d’acteur avec une grâce et une élégance rare. Eastwood retravaille le même personnage depuis les westerns de Leone, personnage qu’il peaufine de rôle en rôle, ou plutôt qu’il fait cheminer moralement : de tueur sans nom, il apprend peu à peu à se distancier de cette violence qui a fait sa marque, jusqu’à Unforgiven où la violence finale n’est employée qu’à regret.

    Gran Torino, c’est une réplique à Unforgiven, Eastwood corrige une dernière fois son œuvre : la situation est la même, il faut faire acte de vengeance parce que l’ennemi est allé trop loin, il y aura duel. Dans Unforgiven, Eastwood s’abandonne à la violence qu’il avait repoussée jusque-là, mais dans Gran Torino, enfin, il fait le bon choix, il refuse tout acte violent.

    La finale de Gran Torino est extrêmement émouvante dans le contexte de l’œuvre d’Eastwood et en ce sens le symbolisme assez appuyé (figure christique, l’acteur qui se sacrifie) n’est pas caricatural : ce n’est pas seulement au jeune vietnamien qu’Eastwood lègue son vieux char, c’est aussi à nous spectateur; ce n’est pas simplement Kowalski qui se sacrifie, c’est Eastwood lui-même qui nous signifie ainsi son don, qui tue officiellement son personnage puisqu’il est rendu au bout de sa course, qui nous lègue de la sorte son dernier enseignement.

    ***

    (Photo : The New York Times)


    • Oula Jozef, un gros gros merci!

      Vous auriez pu vous nommer aussi comme blogueur cinéma le plus pertinent du Québec.

    • Désolé, mais pour ma part, j’ai trouvé que Gran Torino était le film le plus faible d’Eastwood depuis longtemps. À des années lumières de ses Million Dollar Baby, Mystic River, Unforgiven et même The Changeling qui m’a agréablement surpris.

      Surtout la fin… non, trop simpliste, j’ai pas accroché du tout.

    • 4. Sandra Bullock

      Trouvé l’erreur.

    • Le grand Clint Eastwood est aussi le préféré de certains Québécois dont je fais partie.

    • Oui vedette et tant mieux pour lui. Excellent acteur et réalisateur. Les autres aussi ne sont pas des mauvais choix.

      Il serait aussi parmi mon top 10 des acteurs et réalisateurs vivants américains je crois bien. Pour vedette cela m’est pas tellement important.

      Est-ce que des Américains ont considéré Woody Allen pour figurer au moins dans le top 25 ou top 50 ?

    • Moi le fait de dire star ou vedette est aussi un moins… Est-ce eux qui soumettaient les noms ou bien les gens nomment qui ils veulent ?

      Bien oui si on dit vedette… Adam Sandler fait partie d’un top alors ?

      Mais star à l’époque de l’âge d’or d’Hollywood à une autre époque c’était autre chose…

      Eastwood est UN GRAND peu importe les évaluations autant au niveau de la popularité que de l’EXCELLENCE.

    • Mais où est Xavier Dolan? :O

    • Merci Jozef.

      Vu comme ça, le film prend un tout autre sens à mes yeux.

      J’ai même pas envie de savoir si Eastwood serait en accord, je préfère me bercer dans le romantisme de la chose, advenant une illusion.

    • J’ai enfin regardé Gran Torino la semaine dernière. Je me disais que j’allais être déçu, mais non, en fait, j’ai vraiment beaucoup aimé. Je le concède, c’est une réalisation plus classique que ses films précédents… mais, personnellement, la fin m’a beaucoup touché. Elle arrive alors qu’on s’attend justement à une fin à la “unforgiven”. Eastwood y est vraiment très touchant.

      Au fait, le magazine “24 Images” offre présentement un très bon dossier dédié à l’acteur. Je l’ai acheté hier, je n’ai pas encore fini de le lire, mais ça rajoute déjà des films à ma liste! Je suis particulièrement curieux de voir Pale Rider. L’avez-vous vu M. Siroka? J’aimerais avoir vos impressions.

    • jon8, tu peux être certain qu’Eastwood est très conscient de sa démarche, et ce depuis le milieu des années 70. Tous ses films semblent répondre aux critiques qu’on lui adressait dans le précédent; quand il ne se filme pas lui-même, il se permet de réécrire son rôle pour qu’il fitte dans sa filmographie (pour In the Line of Fire entre autres); il y a des répliques dans Gran Torino qui sont des références directes à Unforgiven; etc.

      Le dossier de 24 Images m’a un peu déçu, je viens tout juste de l’acheter et la plupart des textes ne vont pas plus loin que tout ce qui a déjà été écrit sur le monsieur. Et tous les articles tournent autour de la même idée (réécriture du mythe) que l’on décline sous plusieurs thèmes. Eastwood me semble plus riche que cela.

    • J’aurais voté également pour lui. Ma journée est gâchée à l’idée que l’on ne reverra plus Clint devant la caméra.

      J’ai bien aimé la critique que vous avez proposée du Cinématographe, mais à mon sens, le message véhiculé par Gran Torino ne se limite pas à cela.

      C’est un film sur la fin de l’Amérique telle qu’on l’a connue jusqu’au début des années 80, avant l’ultra libéralisme des Chicago Boys, de Reagan et Clinton. Avant le “Wall Street” d’Oliver Stone (dans lequel on voit bien cette confrontation entre Martin Sheen l’ouvrier vs Charlie Sheen le dilapidateur).

      Cette Amérique industrielle qui avait réussi là où l’Union Soviétique avait échoué: faire accéder les classes ouvrières au statut de classes moyennes, leur permettre d’avoir une vie décente, des soins, une voiture, une maison et une retraite.

      La voiture de Kowalski, la Gran Torino, représente cela: l’amour du travail bien fait, du travail tout court, de la qualité. La puissance industrielle et innovatrice des USA, avant que la recherche de l’argent facile et les golden boys de Wall Street ne désindustrialisent le pays à leur profit et à celui de l’Asie, avec l’ouverture des frontières aux capitaux et à la main-d’oeuvre bon marché et exploitable à merci. Avant les délocalisations.

      À mon avis, personne n’a été dupe en voyant ce film. Pas même le Cinématographe, qui fait un lapsus révélateur en disant “ce n’est pas seulement au jeune vietnamien qu’Eastwood lègue son vieux char”. Vietnamien? N’est-il pas tout aussi Américain que Kowalski? La fin montre que l’avenir n’est plus vraiment entre les mains des descendants de cette Amérique d’avant 80, car pour Kowalski, ses fils qui vendent des voitures fabriquées en Asie, ou sa petite-fille, imprégnée de l’idéologie individualiste, relativiste et dénuée de toutes les valeurs qui ont fait la force de l’Amérique ne sera pas capable de reprendre le flambeau. La scène où Kowalski chicane le jeune blanc en mal d’identité va également dans ce sens.

      La fin en est une en forme de testament, de point d’interrogation sur l’avenir et peut-être d’espoir, puisque ce jeune “vietnamien” (comme dit le Cinématographe) est le seul à reprendre les valeurs de Kowalski.

      Ce film a d’ailleurs été traité par beaucoup de critiques de “réactionnaire”, ce qui explique sans doute pourquoi Eastwood a tout de suite embrayé avec Invictus, plus conforme à l’idéologie actuelle d’Hollywood et qui, selon des amies qui l’ont déjà vu (je n’y suis pas encore allé, mais ça ne saurait tarder), est rempli de bons sentiments.

    • “4. Sandra Bullock

      Trouvé l’erreur.”

      Elle a donné un million de $ pour Haiti.

    • You made my day!

    • Quelle justesse d’analyse!
      Je suis d’accord à 100% avec les propos du cinématographe.
      Cela rend la finale de Gran Torino beaucoup plus émouvante.

    • Wow.

      Je viens de voir que le bonhomme va avoir 80 ans au mois de mai prochain.

    • John “I’m the stuff men are made of” Wayne??

      Allo la nostalgie!!

      J’ai déjà lu quelque part que le bonhomme voulait le rôle principal dans *Dirty Harry* mais que le studio le trouvait trop vieux… Il avait 63 ans!

    • Totalement d’accord et j’ajouterais que rare sont les comédiens qui sont aussi doués devant que derrière la caméra et franchement, si j’avais à adopter une carrière cinématographique fructueuse, je me glisserais volontiers dans la peau du grand Clint qui a 80 bornes ou presque, peut se vanter de tenir tête à bien du monde grâce à un parcours exemplaire.

    • Selon vous, quels films/raisons expliquent la position de Denzel Washington qui trônait au sommet durant les trois dernières années ? Je la comprend pas trop celle la, c’est pas comme si le gars avait changé la face du cinéma américain ? En fait, j’oserais meme avancé que c’est un acteur de calibre moyen, pas plus.

    • Clint Eastwood numéro un? Parfait pour moi.

      Je suis surpris que Morgan Freeman ne soit pas plus haut dans le classement.

      Mais bien content que le “Duke” reste encore dans les mémoires.

      Que se passe-t-il avec les Tom Cruise, Nicole Kidman et surtout Gene Hackman?

    • Cinématographe:
      ”…ce n’est pas seulement au jeune vietnamien qu’Eastwood lègue son vieux char…” Je ne pense pas que ce soit mentionné, mais la majorité des Hmong habitant dans cette région sont en fait Laotien. Leurs habits traditionnels ainsi que certaines coutumes observés dans le film semblent également le confirmer…

    • Ouais… pis Xavier Dolan, hein?

    • J’aime énormément cette analogie entre Gran Torino et Unforgiven. Je n’avais pas vu ce lien, et je trouve que ça donne encore plus de poids à cette oeuvre. Oui, Gran Torino est une oeuvre un peu plus “mineure” que certains de ces autres films, mais il réflète tant de réalités à la fois que ça l’a un effet coup de fouet. La société qui change, la vieilesse (qui est rarement vu sous cet angle à Hollywood), le choc des valeurs entre les générations, et j’en passe…

      Il est non seulement un des acteurs les plus accomplis des dernières décennies, mais en plus il se démarque tout autant derrière la caméra. En plus on dirait qu’il travaille plus avec l’âge! Cet homme m’impressionne.

    • @ phazon

      Chez le barbier !

    • @fruitloops
      Ouais… pis Xavier Dolan, hein?

      lol :-) :-) :-) Mais laissons-lui sa chance: ce n’est pas tant lui qui est agaçant (même si un peu quand-même), mais le tapage messianique des bobos fait autour de lui :-)

    • Where is Brangie!

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