Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Jeudi 7 janvier 2010 | Mise en ligne à 16h20 | Commenter Commentaires (20)

    Un générique comme il ne s’en fait plus

    Vu Seconds (1966) de John Frankenheimer hier soir, la troisième partie de sa «trilogie sur la paranoïa», après The Manchurian Candidate (1962) et Seven Days in May (1964). Le film raconte l’histoire d’un fonctionnaire banlieusard souffrant de mal de vivre qui, comme Faust, finira par faire un pacte avec le diable (dans ce cas-ci, une compagnie clandestine) et héritera, littéralement, d’un corps nouveau et grandement «amélioré».

    Évoquant davantage les drames existentiels européens de l’époque que les thrillers américains à vedettes, Seconds est dérangeant, sombre et particulièrement déprimant. L’atmosphère de cauchemar claustrophobe qui habite tout le film est réussie grâce à la collaboration de plusieurs techniciens/artistes de premier plan. On pense bien-sûr à Frankenheimer et à sa mise en scène moderne et nerveuse; à Rock Hudson qui ne s’est jamais montré aussi vulnérable; au vétéran directeur photo James Wong Howe, reconnu pour son approche innovatrice de la profondeur de champ et du noir et blanc; au prolifique compositeur Jerry Goldsmith, qui a marqué le cinéma d’horreur (je parle ici de son travail sur Chinatown); et, enfin, au concepteur de génériques Saul Bass.

    On dit que l’histoire des génériques de début est séparée en deux parties : l’avant-Saul Bass et l’après-Saul Bass. Avant l’arrivée du légendaire graphiste, les génériques remplissaient une fonction strictement administrative. Bass a révolutionné le concept en faisant de ces séquences de courts métrages artistiques intégrés à la narration du film.

    Il dit au sujet de son travail :

    Mon idée de départ était qu’un générique pouvait mettre dans l’ambiance et souligner la trame narrative du film pour évoquer l’histoire de manière métaphorique. Je voyais le générique comme une façon de conditionner le public de façon à ce que, lorsque le film commence, il ait déjà un écho émotionnel chez les spectateurs. J’étais convaincu que le film commence vraiment dès la première image.

    Cette philosophie s’applique à merveille et de manière complètement satisfaisante à Seconds.

    Pour revenir aux choix de mots de mon titre, je ne dis pas que les génériques d’aujourd’hui ne sont pas bons. Je crois cependant qu’ils ont perdu – surtout depuis l’implantation massive des images synthèse – de leur qualité crue, organique et tangible. C’est aussi un fait que beaucoup de films, depuis la fin des années 1970, ont maintenant recours à une séquence pré-générique (ou «intro James Bond») pour donner le ton, ce qui diminue inévitablement l’impact ainsi que la pertinence du générique traditionnel.

    > Davantage d’analyse et la bande-annonce de Seconds chez Films Cultes. Je tiens d’ailleurs à remercier l’admin du site pour la suggestion du film.

    > Pour ceux qui s’intéressent aux génériques de films, je recommande chaudement le site The Art of the Title Sequence. (Une entrevue avec les curateurs ici). Une capsule que j’aime bien : le DP de Raging Bull commente la magnifique séquence d’ouverture du chef-d’oeuvre de Scorsese.

    > 30 génériques inoubliables selon Smashing Magazine.


    • Le générique au début du Déclin de l’empire américain n’est pas mal non plus, avec le début abrupt en fondu sur Rémi dans son cours et ensuite, la longue séquence de générique sur la musique de Handel.

      Par ailleurs, je me souviendrai toujours du début de Dancer in the Dark, avec son orgie couleurs:ce n’est pas un générique à proprement parler, car la seule information donnée à la fin de la séquence est le titre et le réalisateur, mais c’est quand même un prélude au film qui marque et qui vaut la peine d’être vu:

      http://www.youtube.com/watch?v=KT4SJfap52Q&feature=PlayList&p=8115EB67307E0329&playnext=1&playnext_from=PL&index=12

    • En parlant de Scorsese….voici l’intro de Casino!

      http://video.asterpix.com/v/10457571/casino-by-laterna-magica/

    • @ manu

      Absolument magnifique. Saviez-vous qu’il s’agissait du dernier générique de Saul Bass? (j’ai modifié votre lien pour montrer la séquence intégrale).

    • Excellent billet Jozef! Là je vous reconnaît.
      Il semble bien que vous avez apprécié autant que moi ce film magnifique qu’est Seconds.
      Le grain de sel que j’ajouterais à cette liste de génériques mémorables serait celui du Kwaïdan de Kobayashi dont je ne trouve pas de lien. Ces gouttes d’huile de couleurs qui s’osmosent dans un bassin d’eau sont d’une abstraction magnifique.

    • J’ajoute aussi le générique de Inside Man (Spike Lee), qui fait une série de flashs de New York sur une musique de Bollywood…

      http://www.youtube.com/watch?v=wy81dVuS6oU&feature=related

    • @ veridik (et aux autres)

      Savez-vous qu’on peut embedder les vidéos directement dans la section commentaires?
      Par exemple, pour Inside Man :

    • @Josef

      Suggestion de terme français pour “to embed”: encapsuler. C’est ce qui est utilisé en informatique.

    • @ Josef

      oui je le savais, car vous et d’autres le font souvent, mais je n’avais pas encore cherché à savoir comment. C’est fait maintenant! (Il me fallait un coup de pied!) merci.

    • Si Saul Bass vous intéresse, c’est cet excellent et très complet dossier qu’il faut lire à tout prix, sur le formidable site Not Coming to a Theater Near You: http://notcoming.com/saulbass/index2.php

      Au cas où vous ne connaîtriez pas, Not Coming to a Theater Near You est un site de commentaire et de critique cinématographiques indépendant extrêmement bien fait, très pertinent et très intelligent, avec des articles sur certains films courants mais aussi pleins de films plus anciens. Un plaisir de lire les textes et les dossiers, si on comprend l’anglais. Leur dossier sur Saul Bass et ses génériques est remarquablement complet et passionnant, avec exemples à l’appui. Mais ne vous contentez pas de simplement regarder les génériques présentés, lisez aussi les textes qui accompagnent le dossier.

      Bonne lecture!

    • Un générique que j’adore est celui de Once Upon a Time in the West. Un film court en lui-même, qui met en scène 3 personnages, qui se développent, avec à peine deux ou trois lignes de dialogues, pour finalement mourir à la fin du générique qui dure DIX MINUTES.

      Épique.

    • Un peu hors propos…mais je veux vous dire que j’apprécie vraiment vos articles, votre écriture et votre style. C’est toujours très intéressant.
      Merci!
      Aussi, pour ce qui est des génériques j’ai souvenir de Spike Lee qui en général se force plus que la moyenne.

    • Pour revenir au propos final du billet, je ne sais pas si je suis d’accord avec vous Josef. Je trouve que l’utilisation d’une intro pré-générique souligne au contraire l’importance du générique en plaçant le spectateur en situation d’écoute et de concentration dès le départ (comme dans l’extrait de Inside Man ou encore celui de Casino). Le contraste entre le caractère concret de l’intro et le symbolisme habituel du générique fait que ce dernier est mis en exergue.

      Par contre, je suis d’accord avec vous sur le problème des images de synthèse, qui sont souvent une solution facile pour faire du spectaculaire en faisant l’économie d’une recherche dans la création d’une véritable cinématographie.

      Par exemple, même si j’en ai apprécié le symbolisme, je trouve bâclé le générique de Fight Club. On aurait pu arriver au même résultat dans utiliser l’informatique et donne une plus grande valeur artistique aux images de départ.

    • N’oublions pas le générique de Se7en, ou si on veut se concentrer sur le petit écran, Six Feet Under ainsi que True Blood.

    • Les génériques d’ouverture sont effectivement des oeuvres en soi. Ceux des James Bond (Maurice Binder) sont des classiques. Merci à tous pour les hyperliens que j’ajoute à mes favoris.

    • Le générique de CAPE FEAR… et vous saviez que Bass a réalisé un film de science-fiction fabuleux PHASE IV. Cameron aurait eu intérêt à s’adjoindre ce calibre d’artiste pour AVATAR.

      http://www.goofbutton.com/2008/09/saul_bass_phase_iv.html

    • CORRECTION: Une erreur s’est glissée dans l’hyperlien que j’ai donné hier dans mon commentaire, ce qui mène à une page d’erreur (d’ailleurs, j’avais soumis la correction mais pour une raison que j’ignore, mon commentaire ne s’est pas affiché). Voici à nouveau le bon lien, cette fois-ci. Désolée de la confusion. Et allez-y voir, ça vaut vraiment la peine.

      http://notcoming.com/saulbass/index2.php

    • @ sacha

      J’avais changé le lien lors de votre première correction. Et merci infiniment pour le site, très intéressant en effet.

    • @ fruitloops

      “Cameron aurait eu intérêt à s’adjoindre ce calibre d’artiste pour AVATAR.”

      Vous avez bien raison, ça aurait évité à Cameron que son film flop si lamentablement … ;-)

    • @ stevevallee

      En effet.

    • @ Jozef

      Ah! Désolée. Je n’avais pas réalisé. Merci beaucoup.

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