Jozef Siroka

Archive, décembre 2009

Vendredi 25 décembre 2009 | Mise en ligne à 19h45 | Commenter Commentaires (128)

Mon Top 10 des années 2000

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1. Grizzly Man de Werner Herzog (2005, É-U)

Timothy Treadwell était un environnementaliste amateur qui a vécu treize étés auprès de grizzlys sauvages dans un parc national de l’Alaska, avant de se faire dévorer vivant par l’une de ces bêtes à qui il vouait pourtant le plus grand amour. Treadwell, qui se voyait comme un «gentil guerrier» à la rescousse de grizzlys prétendument persécutés, a laissé derrière lui quelque 100 heures de prises de vue filmées lors de ses cinq dernières expéditions. Entre en scène Werner Herzog (photo), grand spécialiste des aventuriers «fous» (Aguirre, la colère de Dieu, Fitzcarraldo) et lui-même explorateur chevronné des contrées les plus sauvages du monde et de l’esprit. Grizzly Man, un documentaire narré et monté par Herzog mais composé en bonne partie par les images de Treadwell, prend la forme d’un fascinant dialogue posthume entre deux hommes aux démarches similaires mais à la philosophie radicalement différente. Alors que Herzog s’est toujours méfié de la nature («Je crois que le commun dénominateur de l’univers n’est pas l’harmonie, mais le chaos, l’hostilité et le meurtre» dit-il lors d’une de ses nombreuses et savoureuses envolées métaphysiques), Treadwell y voue une admiration et une confiance aveugle. Certains intervenants dans le film font vite de le cataloguer comme mentalement détraqué, mais Herzog n’en a que faire de ces considérations cliniques et maintient que ces manifestations de «folie» sont en fait les catalyseurs d’une expression poétique achevée. Selon lui, Treadwell a réussi à composer des plans que les «réalisateurs de studio et leur équipe de syndiqués ne pourraient même pas concevoir». Grizzly Man est davantage qu’un documentaire animalier ou une enquête sur un fait divers, c’est un film profond qui se questionne sur le rapport de l’homme avec la nature et sur la signification de la création artistique. Il s’agit également, surtout pour les fans de Herzog, d’une sorte de synthèse de l’œuvre du légendaire cinéaste allemand. Treadwell n‘aurait pu rêver d’une meilleure personne pour rendre justice à son œuvre. Et même l’élever.

2. Yi Yi d’Edward Yang (2000, Taïwan)

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Le septième et dernier long métrage d’Edward Yang (il est décédé en 2007 à l’âge de 59 ans) est un magnifique portrait de famille à la fois épique et intime servi par des observations de mœurs d’une justesse remarquable. Toute la gamme des émotions y passe. Yi Yi est tour à tour drôle, sérieux, réjouissant, triste, angoissant. Et, malgré la considérable charge émotive du film, la méthode de Yang n’est jamais pesante: au contraire, sa mise en scène est très pudique et aérée (beaucoup de plans sont filmés à travers des cadres, des fenêtres). Yang rend compte de l’expérience humaine tel un observateur certes perspicace, mais poliment distant. Son regard, élégant, est empreint d’un humanisme des plus chaleureux, et contagieux.

3. Mulholland Drive de David Lynch (2001, É-U)

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Convenablement surnommé «l’usine à rêves», Hollywood prend dans Mulholland Drive des allures de cauchemar éveillé des plus exaltants et séduisants. Pratiquement tous les genres qui ont été inventés par l’industrie (film noir, western, comédie musicale, horreur) sont amalgamés en un casse-tête lynchien surréel et inoubliable dont on ressort difficilement indemnes, quoique pleinement satisfaits. Rappelons-nous quelques scènes d’anthologie: le monstre derrière Winkie’s; la scène de l’espresso; l’audition de Becky; la balle perdue du tueur à gages; Rebecca del Rio qui «chante» Llorando; et, ma préférée, l’avertissement inquiétant du cowboy : «Now, you will see me one more time if you do good. You’ll see me two more times if you do bad. Good night

4. The New World de Terrence Malick (2005, É-U)

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On peut argumenter avec conviction que The New World est la moins accomplie des oeuvres de Terrence Malick, il reste que la sortie de chacun de ses films (4 en 32 ans) demeure toujours une cause à célébrer. Malick, un poète et un philosophe dans le sens le plus pur de ces termes, a choisi le cinéma comme principal moyen d’expression. Et ce, pour le plus grand plaisir des cinéphiles. Lors de ses meilleurs moments The New World réussit, grâce à une combinaison magique d’images, de sons et de musique, à nous transporter dans une transe dont on ne veut pas ressortir de si vite. Malick pratique un cinéma qui s’attaque directement aux sens, un cinéma «total» que trop peu de cinéastes savent – ou osent – aborder. (J’ai récemment parlé du sujet ici).

5. Parle avec elle de Pedro Almodóvar (2002, Espagne)

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Difficile de croire qu’Almodovar, malgré son immense réservoir de talent, saura dépasser un jour la quasi-perfection de Parle avec elle. Visuellement et thématiquement très riche, le film aborde avec originalité de nombreux sujets relatifs aux relations humaines, notamment l’amitié masculine. L’immense amour d’Almodovar pour ses personnages n’est égalé que par sa brûlante passion pour le cinéma. Conteur extrêmement habile, le cinéaste espagnol déploie de très belle manière son vocabulaire cinématographique typiquement coloré au service d’une intrigue mélodramatique jouissive et sans temps morts. Parle avec elle explore également la capacité du cinéma d’étirer les limites de ce qui est moralement acceptable en provoquant chez le spectateur – et c’était là un pari très risqué – de l’empathie pour un protagoniste dont le geste pervers serait promptement désavoué par le public dans la vraie vie.

6. In the Bedroom de Todd Field (2001, É-U)

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Avant qu’il ne se lance dans la réalisation, on pouvait voir Todd Field dans la peau du pianiste aux yeux bandés dans Eyes Wide Shut (1999) de Stanley Kubrick. Il semblerait que la compagnie du défunt maître lui fut des plus bénéfiques puisque son premier long métrage est une réussite à tous points de vue. À la manière de Kubrick, Field fait preuve d’une maîtrise formelle extrêmement rigoureuse : les cadrages sont millimétrés, le rythme des scènes est subtilement développé, le montage et la structure générale du film ont été savamment réfléchis. À la fois drame psychologique et thriller, In the Bedroom offre une fine méditation sur le désir de vengeance ainsi qu’un bouleversant examen sur un couple en deuil. Tom Wilkinson et Sissy Spacek, qui jouent le père et la mère d’un fils tragiquement décédé, forment ici un des duos d’acteurs les plus formidables de la décennie.

7. Printemps, été, automne, hiver… et printemps de Kim Ki-duk (2003, Corée du Sud)

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Cet ovni cinématographique du prolifique Kim Ki-duk (15 long métrages depuis 1996) propose une captivante parabole bouddhiste sur les âges de la vie. Comme son titre l’indique, le film est divisé en quatre sections distinctes, plus un épilogue. On y suit l’évolution d’un homme (depuis 10 ans jusqu’à environ 50) pris en charge par un moine solitaire qui réside dans un temple flottant au milieu d’un paysage paradisiaque. Dans ce film méditatif au rythme zen, mais non dénué d’humour, les grands thèmes de l’aventure humaine (Le Bien, le Mal, la Justice, la Rédemption) sont illustrés à l’aide de tableaux singuliers, en fusion avec la nature environnante, aussi simples qu’expressifs. Le dialogue est épars et souvent hyperbolique, du genre : «La convoitise suscite le désir de possession, et cela suscite le meurtre». La séquence finale, dans laquelle le protagoniste assimile toutes ses leçons de vie à travers une épreuve de force, est d’une puissance extraordinaire. Un film qui, s’il ne vous mènera pas au nirvana, saura certainement nourrir votre âme.

8. The Fog of War d’Errol Morris (2003, É-U)

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«I think the human race needs to think about killing. How much evil must we do in order to do good.» «If we lost the war, we’d all be prosecuted as war criminals. What makes it immoral if you lose, not if you win?» Ce sont là les paroles de Robert McNamara (1916-2009), secrétaire à la Défense sous John F. Kennedy et Lyndon Johnson et l’un des hommes politiques les plus controversés de la seconde moitié du 20e siècle. The Fog of War propose une des discussions les plus passionnantes et complexes sur les enjeux militaires, moraux et philosophiques de la guerre de l’histoire du cinéma. Il s’agit également d’un film qui repousse les limites formelles du documentaire. On est loin de la fade esthétique des «têtes parlantes». À l’aide d’un montage précis et artistique de documents d’archives, de petites vignettes filmées particulièrement inventives, et de la musique hallucinante de Philip Glass, The Fog of War se montre aussi envoûtant que le plus raffiné des films de fiction.

9. The Wind that Shakes the Barley de Ken Loach (2006, Irlande)

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LE film de guerre des années 2000 à mon avis. Le vétéran Ken Loach, au sommet de son art, met à contribution sa direction d’acteurs impeccable, sa mise en scène naturaliste, son sens éloquent du dialogue, et imprègne le tout de son implacable esprit d’activiste afin de nous offrir un des films les plus dévastateurs de la décennie. Le récit se penche peut-être sur la guerre d’indépendance irlandaise ainsi que sur la guerre civile qui s’ensuivit au début du 20e siècle, mais The Wind That Shakes the Barley est avant tout une réflexion sur la violence organisée et sur la bêtise humaine. Le film permet également à Loach de sévèrement critiquer, de manière plus ou moins voilée, les ambitions impériales qui ont marqué la présente époque.

10. The Bourne Supremacy/The Bourne Ultimatum de Paul Greengrass (2004/2007, É-U)

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J’aurais pu parler plutôt ici de Bloody Sunday (2002) ou de United 93 (2006), deux drames de premier ordre basés sur des faits réels réalisés par Paul Greengrass. Mais j’ai choisi son diptyque de la série des Bourne en raison de la contribution phénoménale que le cinéaste britannique a apportée au cinéma commercial hollywoodien. The Bourne Supremacy et surtout The Bourne Ultimatum ont établi le nouveau standard du blockbuster. La mise en scène de ces deux films absolument intenses et excitants est des plus habiles, et dégage une impressionnante fluidité malgré la complexité des séquences d’action et le flot gargantuesque d’information qui nous est communiqué. Un autre plaisir que procurent les Bourne de Greengrass est leur volonté d’aborder le genre de front, et non pas de s’en distancier ironiquement comme le font bien des films d’action contemporains. En cela, Supremacy et Ultimatum rappellent les thrillers classiques des années 1970. Matt Damon est un héros très pragmatique qui n’a que le succès de sa mission en tête; exit les one liners et autres sidekicks et female interests encombrants. La vie d’un tueur à gages n’a rien de drôle ni de romantique. Constamment risquer sa vie et tuer n’est jamais cool, même si cela procure une formidable montée d’adrénaline que le spectateur, dans ces cas-ci, n’a d’autre choix que de ressentir pleinement.

***

En bonus, 40 titres qui ont manqué de peu le palmarès :
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Mardi 22 décembre 2009 | Mise en ligne à 1h30 | Commenter Commentaires (104)

Avatar, un film anti-chrétien?

Japan 3D TV

Je n’ai malheureusement pas encore eu le temps de voir Avatar, mais je promets d’en faire éventuellement une critique ici-même. Entre-temps, j’aimerais vous référer à un point de vue assez inusité sur le sujet – un exploit en soi, considérant la quantité d’encre déversée à propos «du Citizen Kane du 3D».

Je parle de la plus récente chronique de Ross Douthat, le conservateur en résidence du New York Times (celui-là même qui a proclamé Judd Apatow comme le plus important porte-parole du conservatisme contemporain à Hollywood).

M. Douthat est certes un cinéphile averti et un fin analyste (pour s’en convaincre, voir son texte sur «Le retour des années 1970»), mais il prend sa religion très très au sérieux. Et il n’a pas apprécié «L’Évangile selon James». Loin de là. Selon lui, le film de Cameron est tellement nocif qu’il contribue à éloigner de plus en plus d’Américains de ce christianisme fondateur de la meilleure civilisation au monde.

Mise à jour : Pourquoi un film comme Avatar suscite autant d’interprétations?

Voici quelques extraits de sa chronique :
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Lundi 21 décembre 2009 | Mise en ligne à 9h00 | Commenter Commentaires (11)

Le court d’animation du jour (2)

Alma raconte l’histoire d’une fillette intriguée par une poupée exposée derrière la vitrine d’un magasin désert. Il s’agit du premier court métrage de Rodrigo Blaas, un animateur d’origine espagnole qui a travaillé sur tous les films de Pixar depuis Finding Nemo (2003).

À lire aussi :

> Le court d’animation du jour

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