Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mercredi 18 novembre 2009 | Mise en ligne à 13h40 | Commenter Commentaires (15)

    Cormac McCarthy discute cinéma

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    - Cormac McCarthy en 2007 (Photo : The Wall Street Journal)

    Lorsque Cormac McCarthy, un des auteurs américains vivants les plus respectés, a cogné à la porte d’Hollywood avec un scénario intitulé No Country for Old Men sous le bras, on la lui a vite refermée sur le nez : «Ça ne marchera jamais».

    Quelques années plus tard, le même McCarthy, qui a fini par transformer son scénario en roman, se retrouvait attablé avec les frères Coen lors de la cérémonie des Oscars. Quand Ethan Coen est redescendu du podium avec le Prix du scénario adapté dans les mains, il a indiqué à son invité d’honneur : «Eh bien, je n’ai rien fait, mais je le garde quand même».

    Cette anecdote typiquement hollywoodienne – ce n’est certainement pas la première fois qu’un producteur a manqué de flair à ce point – est contenue dans une passionnante entrevue menée par le Wall Street Journal avec Cormac McCarthy, le romancier de 76 ans prisé et reclus qui a rarement l’habitude de se confier aux médias.

    À l’occasion de la sortie prochaine de The Road, le film de John Hillcoat basé sur son roman du même nom, McCarthy discute de sa relation avec son plus jeune fils (qui a été la principale source d’inspiration du livre en question), de ses projets littéraires futurs et passés, de science, de religion et, bien sûr, de cinéma.

    «Un roman est un roman et un film est un film». McCarthy préfère ne pas se mêler des adaptations cinématographiques de son oeuvre. Au sujet des Coen : «On s’est rencontré et on a bavardé à quelques reprises. Ils sont intelligents et très talentueux. Comme John [Hillcoat], ils n’avaient pas besoin de mon aide pour faire leur film.»

    Si McCarthy se garde loin des plateaux de tournage, il ne se gêne pas pour formuler une opinion sur le résultat final. En ce qui concerne All the Pretty Horses (2000) de Billy Bob Thornton :

    Ça aurait pu être meilleur. Le réalisateur avait cette notion qu’il pouvait placer le livre en entier dans le film. On ne peut pas faire ça. On doit choisir l’histoire qu’on veut raconter et la placer sur l’écran. [Thornton] a donc fait un film de quatre heures et il s’est rendu compte que, s’il voulait qu’il soit distribué, il devait en couper la moitié.

    McCarthy parle également du projet d’adaptation du plus célébré de ses romans, Blood Meridian (1985), qu’on dit inadaptable en raison de sa violence :

    C’est des conneries. Le fait que l’histoire soit lugubre et sanglante n’a rien à voir avec le fait qu’on ne puisse la porter sur grand écran. Le problème n’est pas là. Le problème c’est que le film serait très difficile à faire et exigerait quelqu’un avec une abondante imagination et beaucoup de couilles. Mais le résultat pourrait être extraordinaire.

    Blood Meridian est pour l’instant entre les mains de l’excellent Todd Field (In the Bedroom, Little Children). IMDb indique une sortie en 2011.

    Attentes élevées pour The Road

    Après avoir vu sa sortie repoussée à quelques reprises, The Road prendra finalement l’affiche le 27 novembre. Le film de l’Australien John Hillcoat, qui avait impressionné avec son western brutal The Proposition (2005), entretient des attentes très élevées. En particulier auprès des fans de McCarthy (et des fans de littérature en général) qui songent à apposer l’étiquette «roman de la décennie» à The Road.

    Les critiques sont très divergentes pour le moment : certains parlent du film le plus important de l’année tandis que d’autres y voient une adaptation ratée à pratiquement tout point de vue.

    Enfin, pour tous ceux qui, comme moi, demeurent bouleversés par la puissance de The Road et qui comptent voir le film, je conseille d’appliquer le credo combien simple mais juste de McCarthy avant de franchir la porte de la salle de cinéma : «Un roman est un roman et un film est un film».

    À lire aussi :

    > Cormac McCarthy en entrevue au New York Times en 1992


    • Je suis persuadé que l’adaptation sera manqué! C’est une bonne prémisse de départ avant daller voir le film!

      En fait j’ai une image du film que ca pourrait être : un minimum de texte, des plans sales, dans le détail de l’horrible du vide et de la mort qui est partout et sans les flash back(Cette histoire là peut facilement être mis de côté, à moins de vouloir ploguer un gros nom pour vendre film, bien sure). Une estétique des images pour remplacer l’estétique des mots. Un film minimaliste ou le minimum est un maximum de désespoire et d’absence de signification, de sens a donner a une vie qui se résume a survivre dans l’horreur pour survivre…. On verra si Hillcoat et moi somme sur la même longueur d’onde…

      Bref un film est un film, mais c’est impossible de faire abstraction de qui a été imaginé et vécu dans le roman….

    • Très intéressant article, M. Sikora.
      La question de la distinction entre littérature et cinéma vire souvent en dialogue de sourds, et je suis très heureux d’apprendre que McCarthy maintienne une position neutre et sensée.
      Les deux arts peuvent se nourrir mutuellement (adapter un livre, ou aborder – comme Paul Auster le fait avec brio – le cinéma dans un roman).
      J’attends impatiemment le film The Road depuis j’ai refermé le livre, il y a quelques mois.
      Petite anecdote : quand le personnage du vieil homme entre en scène dans le roman, j’avais instinctivement pensé à Robert Duvall. Et je ne m’étais même pas encore informé sur l’adaptation cinématographique! Une fois la lecture terminée, visite sur IMDb : intuition juste.

    • Merci pour ces liens intéressants.

      J’ai malheureusement de très hautes attentes envers ce film, et ce n’est jamais une bonne idée quand il s’agit d’adaptations. J’ai été renversée par le roman de Cormac McCarthy, et la distribution imposante du film me fait rêver. Je fais mes prières pour ne pas être TROP déçue.

      L’adaptation de romans au cinéma n’est peut-être pas toujours heureuse, mais j’ose espérer que ça contribue tout de même à faire découvrir aux amateurs de cinéma des oeuvres littéraires auxquelles ils ne se seraient jamais intéressés autrement.

      Ciné-Madame
      mon blogue : http://cine-madame.blogspot.com/

    • Ce livre est un chef-d’oeuvre. Demander au réalisateur d’accoter une histoire pareille est une mission presqu’impossible. En fait, il faudrait faire autre. Je pense à Wells avec Le procès de Kafka… Comme le premier intervenant de votre blogue, l’approche minimaliste avec plus d’allusions que des démonstrations trop explicites s’imposent. Mais les lois du cinéma sont autres. Avec une distribution aussi imposante, cela me surprendrait d’y retrouver ce genre d’approche. Et pourtant, il me semble pour en avoir apprécié chaque ligne que le mystère devrait rester entier. Mais l’art du cinéma est pris souvent avec des contigences marketing, mais, et c’est là que le bas blesse, le mystère est incroyablement difficile à retrouver sur grand écran. Il y’en a certes, je pense à 2001 de Kubrick, et quelques autres, mais la commande est titanesque et le désir de recréer une oeuvre majeure avec tout ce qu’elle exige sont des paramètres presqu’impossibles à réunir.

      Après avoir vu la bande-annonce, j’ai eu de très grandes réticences. Adapter un roman à l’écran c’est faire des choix. Or ces choix, à ce qu’il me semble après le visionnement ne me semblait pas très subtils….

      U

    • D’après moi, Clint Eastwood aurait pu (du?) faire «The Road». J’ai de très bons souvenirs de son «A Perfect World» et sa relation homme-enfant loin de tous les clichés.

      Peut-être PT Anderson. Son «There Will Be Blood» en a fait le légataire actuel le plus crédible de l’héritage monumental (écrasant?) de Stanley Kubrick. (Qui serait mon premier choix mais j’ai cru apprendre que SK est décédé…)

      Si j’ai bien compris le texte de Variety, si la chimie ne passe pas entre Mortensen et le kid, le film «The Road» va être long pas pour rire.

      J’ai lu le roman de McCarthy et j’en ai été bouleversé pendant des semaines. Les attentes sont fortes. Le potentiel de déception étant directement proportionnel à la grandeur du livre.

      Je me suis déjà exprimé sur ces questions (adaptation, apocalypse) dans votre blogue (17 et 23 avril et 19 mai 2009) What else can be said?

      Pour ce qui est de John Hillcoat, je n’ai pas encore vu «The Proposition» mais il est sur ma liste. Mettons que la commande est lourde pour «The Road». Mais le outback australien est un espace des plus cinématographiques. Je viens d’ailleurs d’acheter «Walkabout» chez Criterion. Wow!

      PS : Voici ce qui peut être dit de plus :

      1) Vous faites un excellent travail, M.Siroka. Si votre patron Desmarais met sa menace à exécution, vous allez être congédié dans 11 jours. Je suis contre!

      2) Votre blogue est un des rares sur Cyberpresse qui n’est pas censuré et pourtant je n’y ai jamais trouvé de propos inacceptables. Je tiens à saluer tous les contributeurs, même si je ne suis pas toujours d’accord avec leurs appréciations esthétiques ou idéologiques. Je me suis toujours retrouvé ici entre passionnés de cinéma qui pouvaient discuter sans s’insulter.

      Je veux que ça continue.

    • @ goupil

      Merci pour ces bons mots. Une précision toutefois : si les négociations n’aboutissent pas en date du 1er décembre, les employés de La Presse ne seront pas congédiés mais mis en lock-out.

    • Monsieur Siroka, comme goupil, je suis de tout coeur avec votre cause. Goupil a tout à fait raison et je trouve très délicat de sa part qu’il ait penser souligner votre utilité.

      u

    • Je peux comprendre que les producteurs d’Hollywood aient refusé le scénario de No Country for Old Men lorsque McCarthy le leur a proposé. C’est une histoire assez tordue et tous les réalisateurs tâcherons d’Holloywood se seraient plantés avec un scénario pareil. Ça prenait la «twist» particulière des frères Coen pour illuminer cette histoire et en faire un très bon film.

    • Quand j’avais terminé de lire The Road, il était clair dans mon esprit que je venais de lire l’un de mes romans préféré à vie. Sans nul doute LE meilleur roman post-apocalyptique.

      Après une recherche sur le web, je lisais sans cesse que The Road ne serait jamais porté en film compte tenu de sa nature TRÈS ténébreuse et déprimante. Alors du coup j’avais écrit le screenplay pour une adaptation en short movie (que j’avais appelé “The Lonely Road”). J’avais fait mon location scouting, etc. J’étais près à faire une sérieuse pré-production.

      Puis la tuile m’es tombé dessus. No Country for Old Men est sortis, a été un succès majeur, et aussitôt Hollywood a commencé à plancher sur The Road. Du coup je me suis désinteressé à ma “petite” version et l’ai laissé tombé :-(

      Bref j’ai hâte de voir The Road en sacrament, mais je sais que ça va me faire un petit pincement au coeur …

    • À cöté de Blood Meridian, The Road est un épisode des Simpsons! Et j’exagère à peine! Blood Meridian est le meilleur de tous les romans de McCarthy, et son adaptation cinématographique représente selon moi un défi inouï, un tâche titanesque où plusieurs se casseraient les dents. Qui osera?

    • @ tikobrahey

      comme la dit jozef, c’est todd field qui est attaché au projet pour l’instant et j’ai entièrement confiance en son talent et son intelligence pour “adapter” le roman de mccarthy. en fait je crois qu’il s’en inspirera plus qu’il adaptera, mais c’est une supposition et rien de plus…:)

      c’est vrai qu’un film est un film et un roman un roman. cela me rappelle (encore une fois) des conversations hitchcock-truffaut où la question y était abordée. ils s’entendaient tous les deux sur le fait qu’il était inutile de comparer un roman à son adaptation cinématographique parce que les deux médiums sont distinct, malgré leur apparante similitude. ils disaient que pour comparer l’oeuvre originale au film adapté, il faudrait adapter en roman le film tiré du roman…je suis aussi de cet avis.

    • @Steve

      C’est encore possible de faire une adaption made in Québec non? J’ai eu le même réflexe que toi les semaines qui ont suivit ma lecture du roman (que j’ai lu d’un coup, vive les romans court et les journées totalement libre!). J’me suis fait mon scénario. Ca sera tourné sur la route des montagnes et dans le parc des Grands Jardins. Et l’homme ca sera Julien Poulin!! haha!! Ne manque que le cash et l’accord de Poulin!!

    • J’ai adoré le film ”No Country for Old Men”, me conseillez-vous le livre?

    • @Josef
      Comme d’autres l’ont mentionné, j’espères que nous perdrons pas votre blogue de grande qualité à cause d’un lock-out!

      Sans connaître tout les détails, je vous souhaite bonne chance mais soyez prudent! En cette période de crise économique et de crise pour les médias traditionnels, il ne faudrait pas être trop gourmant ou trop solidaire d’un certain groupe. Voyez vos copains du JDM….Il faut parfois accepter de faire de gros sacrifices pour préserver quelque chose d’important. Mais comme je disais, je ne connais pas les détails du conflit.

    • S’il est un livre qui n’a aucune musicalité, aucune mélodie dans l’enchaînement des mots, c’est bien La Route (The Road).
      Son style minimaliste, haché menu, saccadé, bref et lourd comme une sentence de mort possède un rythme, une cadence, et rien d’autre : tambour syncopé pour décrire le monde agonisant dans l’horreur barbare ; un battement binaire pour les cœurs des personnages centraux, le père et le fils. C’est sa seule musique, un squelette de musique, sans chair autour.
      La Route – le film – nous propose de belles images grises, sales et cadavériques, telles que les évoque le bouquin. Mais la musique ajoutée ! Quelle erreur ! Du caramel sur le squelette !
      Les notes de piano gentillettes démentent – démontent – complètement le visuel. Le pathos est atrocement imposé, ce qui se traduit par un retrait du spectateur devant cette contradiction. On n’est pas dedans, on ne peut pas être dedans. L’ambiance est légère la plupart du temps, car la musique le demande. “Attention, le gamin crève de faim mais le piano gnan-gnan nous dit que c’est pas si grave, c’est beau la souffrance et de toute façon ce n’est qu’un film et vous êtes dans un cinéma au chaud la panse pleine”.
      La musique, c’est comme une voix off. Elle n’est pas toujours nécessaire, et parfois elle dit n’importe quoi, ou se contente de nous décrire l’évidence, au risque de nous agacer.
      Film merdique, donc, et pourtant ! Si on en enlevait TOUTE la musique, pour ne laisser qu’une trame sonore minimaliste – bruits de boue sous les pieds, craquements des arbres, grondement du feu, cris atroces dans la nuit, toux rauques, reniflements, gémissements, silences immenses comme les paysages – ce film prendrait une autre dimension. Comme le livre.
      http://denaturaredrum.blogspot.com/2009/12/la-route-road-ou-comment-foirer-un-film.html

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