
- Barry Lyndon
Dans son nouveau livre Screen Epiphanies, le journaliste britannique Geoffrey Macnab demande
à plusieurs réalisateurs de renom quel est LE film qui a scellé leur passion à jamais et qui les a influencés à choisir le cinéma comme carrière (voir extraits plus bas).
En ce qui me concerne, mon épiphanie cinématographique n’est pas survenue après un seul film, mais bien après plusieurs films marquants que j’ai vus en une très courte période de temps, pendant que j’étais adolescent. Tout a commencé alors que je me retrouvais dans la section des «vieux films» au Blockbuster (c’est-à-dire tous ceux qui n’ont pas été produits dans l’année en cours). J’ai été captivé par la couverture d’un boîtier VHS : on y voyait une policière agenouillée au-dessus d’un corps inanimé, tout le reste inondé d’un désert blanc de neige. Le titre, en grandes lettres rouges : Fargo.
Ce qu’il y a de bien avec les «vieux films» du Blockbuster est qu’on peut les garder sept jours, et ce, à une fraction du prix de la nouveauté qui, elle, doit être rapportée le lendemain. Une promotion très intéressante considérant que je n’ai pas voulu quitter de sitôt l’univers fascinant de Fargo après l’avoir vu une première fois. J’y ai replongé à de nombreuses reprises durant cette semaine qui a, pour ainsi dire, changé ma vie. Le film des frères Coen réussit l’exploit d’être complètement original tout en se servant d’éléments très familiers. Il s’agit d’un triomphe créatif qui démontre que le cinéma de qualité ne nécessite pas de moyens financiers importants pour frapper l’imagination avec autant de jouissance.
J’ai vu par après Nashville (1975) de Robert Altman, qui m’a fait réaliser le potentiel phénoménal d’une caméra pour enregistrer le comportement humain. Il y eut ensuite 2001 : A Space Odyssey (1968) de Stanley Kubrick où j’ai compris que le cinéma c’est d’abord des images en mouvement et que, si l’on accepte l’adage «une image vaut mille mots», un film peut se montrer une source de plénitude intellectuelle, en plus de fournir d’évidents agréments esthétiques. Enfin, j’ai vu (ou, plutôt, vécu) Andrei Rublev (1966) d’Andrei Tarkovski. Le film le plus marquant de ma vie, une expérience cinématographique totale. Comme le dit si bien J. Hoberman dans son essai : «Andrei Rublev projette un monde complet ou, plutôt, le monde lui-même essaie de forcer son chemin à travers l’écran».
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Pour revenir au livre de Macnab, le Independent a publié quelques extraits. J’en traduis une sélection :
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