Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Vendredi 14 août 2009 | Mise en ligne à 12h30 | Commenter Commentaires (370)

    Dans une contrée sauvage

    ***
    Je dois stopper temporairement mon blogage en raison de vacances impromptues; je ne pourrai vous offrir un post à «consommation lente» comme la dernière fois. Départ imminent vers une contrée sauvage. De retour le 1er septembre.


    • Bonnes vacances!

      PS: Si vous passez dans mon coin pas si sauvage, faites-moi signe, on ira prendre une bière.

      Sur ce , moi aussi j’y vais, j’ai six dorés à arranger (y’a pas que le cinéma dans la vie)…

    • ça tombe bien, je vais faire la même chose la semaine prochaine! vous allez donc me manquer qu’à moitié! :P

      c’est que ça devient une vraie habitude de vous lire chaque jour! la meilleure qui soit évidement!

      bonnes vacances!

    • Bonnes vacances!

    • “Départ imminent vers une contrée sauvage”

      Un tout-inclus au Mexique?

      P.S.: Merci d’avoir mis cette scène plutôt que l’autre scène marquante plus loin dans le film. Le son du banjo est plus doux aux oreilles que le cri d’un cochon.

    • Malgré que les circonstances ne se soient jamais prêtées, permettez que je vous dise aujourd’hui que Anna Magnani est la plus grande actrice de tous les temps, autant du muet que du parlant. C’est une femme absolue qui brûlait l’écran. Elle aurait été parfaite pour le rôle principal de “Who’s afraid of Virginia Woolf” 1966 de Mike Nichols, mais elle l’a refusé. Pourtant son ami Franco Zeffirelli l’avait supplié d’accepter le rôle mais c’est finalement Elisabeth Taylor qui l’a obtenu.

      Ainsi le 7e art venait de rater un gramd moment dans son Histoire.

      Bonne vacances!

    • Quelle belle scène. Elle en dit beaucoup. Le moment où le jeune tourne la tête au lieu de serrer la main …… ourgh, ça va mal se passer.
      Je vous souhaite des vacances moins mouvementées!
      Par analogie, une scène de région sauvage, en canoe aussi avec musique enfantine, si c’est bien pour du canoe camping que vous nous quittez!
      http://www.youtube.com/watch?v=iFzTBPy7nl8

    • @ Jozef

      Ça y est? Un petit trip de canoe-camping entre chums de gars en Virginie Occidentale? Paraît que les gens sont HYPER SYMPATHIQUES dans ces régions reculées. C’était à tout le moins le cas dans les années 70, j’ai déjà vu un film là-dessus…

      Bonne vacances!

    • Bonnes vacances

    • La coincidence, je viens de voir Deliverance, pas plus tard que mardi. Excellent film, bien entendu. Et la scène du banjo, évidemment, elle en dit beaucoup.

      Bonnes vacances. Attention aux mauvaises rencontres…

    • Ah Delivrance. Le premier film Blu-Ray que je me suis acheté, à 9.99$ une vrai aubaine! :-)

    • UNE QUESTION ME TARAUDE DEPUIS HIER

      Après que l’inénarrable Tanya Lapointe de Radio-Canada ait gratifié Les Pieds dans le vide d’une “note parfaite”, “en un mot: génial” (le meilleur premier film depuis Citizen Kane?), je tombe sur une publicité d’un film qui disait “Après la légende, la vraie histoire du Roi Arthur”.

      La question: est-ce que le service cinéma de Radio-Canada est devenu fou? Existe-t-il encore un service cinéma?

    • Excellent ce post sur les meilleurs plans-séquence ; je ne l’avais jamais vu ; je vais le consommer avec modération…

    • Hahaha. J’avais jamais vu cette scène. NOFX parodie ce “duel” au début d’un de leurs premiers albums. À écouter ici si vous connaissez NOFX:

      http://www.youtube.com/watch?v=A7039ed8IaQ&feature=PlayList&p=4372C15CFB82633B&playnext=1&playnext_from=PL&index=35

    • Mon pauvre Ghost, c’est Radio-Canada tout court qui n’existe plus, pas seulement son service cinéma!

      Je suis sûr que si le Québec existe toujours dans 50 ans (rien n’indique qu’il faille parier là-dessus…) et qu’il y survit encore quelques personnes pour savoir penser et écrire (là non plus…), on reconnaîtra certainement Sylvain Lafrance comme l’un des plus actifs et des plus efficaces fossoyeurs de la culture dans le Québec du début du XXI siècle. Un vrai dur ce mec…

      Depuis plus de dix ans que ce travail de casse a commencé, et il va bon train. Pour ma part, j’ai supporté longtemps cet abrutissement progressif, mais j’ai flanché la première fois que j’ai entendu Rebecca Makonnen parler de «««««culture»»»»». Depuis, R-C et moi, c’est fini.

    • Tu exagères un peu (Denise Bombardier, sors de corps!), mais comme disait le Poète:

      Things are going to slide, slide in all directions
      Won’t be nothing
      Nothing you can measure anymore

    • Qu’est-ce que tu veux, j’ai pas eu la chance, moi, de passer dix ans dans un monastère bouddhiste en compagnie d’un maître zen amateur de «drinks»…

      Et ne me refais plus le coup de la Venise Bombardée, ça fait trop mal…

    • Mon cher Scamandrios, c’était pour te faire sourire…

      Avant, on avait des critiques qui étaient des bouffons, maintenant on engage directement les bouffons. Logique…

      Et TQS ne va pas s’arranger! J’ai entendu l’autre jour l’un des frères Rémillard, pas Stan Laurel mais l’autre, et à côté, même Guy Fournier est un monstre de subtilité. On aurait dit un sous-contracteur de gladiateurs…

      Sinon, je t’ai vu hier à la tivi, on dirait même qu’ils t’ont pincé pour te faire pleurer (comme un Allemand a redécouvert Troie, un autre peut bien la massacrer)…

    • « He got a real “purty” mouth, ain’t he! »

      Classique. ;-)

    • Je ne me souvenais même pas d’avoir joué là-dedans! C’est vrai que c’est pas moi qui ai droit au rôle le plus bavard de toute cette histoire…

      J’étais sans doute meilleur chez Robert Wise:

      http://arianworld.com/mkportal/modules/gallery/album/a_12923.jpg

      Ou même dans LA COLÈRE D’ACHILLE de Marino Girolami, dans lequel j’avais une maman rudement mignonne…

      http://www.cinemedioevo.net/Film/PS/sigfrido02.jpg

      Sinon, pour le sourire, c’est réussi…

    • Astyanax, et puis les forêts du Vermont? Je connais bien le Mont Kathadin dans le Maine, mais pas le Vermont à part Platsburgh.

      Quelqu’un me faisait remarquer qu’il n’y a rien qui commémorait la découverte de la Montérégie cette année. Pas un seule petite statue de cet homme en tous points remarquables sur le long du magnifique Richelieu. Rien, nada. Alors que les Vermontois (?) viennent de fêter la découverte du lac qui porte le nom du Brouageais et quelques statues le rappellent.

      Je suis pas fana des statues (elles meurent aussi…) mais une telle amnésie collective c’est troublant.

    • Pour ceux que ça intéresse, un gagnant du Pulitzer, David Hackett Fisher, vient de publier une bio de cet homme qui semble plus important pour les Américains que pour nous, intitulée Champlain’s Dream (il est vrai que les héros ça ne gêne pas les Yankees). Très pro façon anglo-saxonne, mais avec mon oeil intérieur très malickien, c’est le meilleur film que j’ai vu cette année.

    • Bonnes vacances M. Siroka

    • Cher Ghost,

      Je devine que ton érudition incontestable dans le domaine du cinéma ne constitue pas un indicateur très fiable de tes connaissances en géographie: Platsburg est situé dans l’état de New York…

      Cela dit, pour qui aime le camping et les randonnées en forêt, le Vermont, comme le reste de la Nouvelle-Angleterre aussi, demeure un lieu de choix. C’est d’ailleurs un peu frustrant, voire surréaliste de constater que tout juste de l’autre côté de la frontière, la nature devient soudainement plus spectaculaire, les routes plus intéressantes, l’architecture des fermes plus authentique qu’au Québec. Franchement bizarre…

      Et puis subsiste au Vermont une culture hippie et granole que je trouve plutôt sympathique. Les femmes ont du poil sous les aisselles et sur les jambes, chaque village a son barbu qui fait du fromage et c’est sans doute l’état où l’on trouve, per capita, le plus d’enfants en chandails de laine et cheveux longs. Ce n’est pas vraiment moi, mais j’aime ça.

      J’ai répondu hier à ton gentil message sur les bouffons, Oliver Hardy et la daube de Wolfgang Petersen, mais il ne s’est pas affiché, because, je crois, les hyperliens que j’avais ajoutés. Je pense qu’il faut éviter les hyperliens pendant les vacances de Jozef…

    • Ghost, en fait il y a un organisme fort avant-gardiste qui existe depuis plusieurs années maintenant qui commémore la venue de Champlain; le COVABAR. Ils entretiennent des liens avec la Poitoue-Charente pour valoriser la gestion des territoires par bassin versant.
      http://www.covabar.qc.ca/calendrier.html
      Les génies il faut creuser pour les trouver, mais ils sont là à se battre au fond des tranchées de la vulgarité.
      Notons aussi le magnifique livre publié chez Septentrion, Champlain.

      Pour ce qui est du cas Tanya Lapointe ….. c’est désolant au possible ce topo! Je suis exilé depuis un peu plus d’un an et mon contact télévisuel avec le Québec ne fut que par On Fait Tous du Showbuisness et 3600 sec. parce que disponibles en webdiffusion sur Radiocan.ca (et un épisode de Roxy, mais ça c’est une autre histoire). Makonnen et Vincent Bolduc (!) et autre n’importe qui qui balayent la poussière sur des communiqués de presse et qui jugent les circonstances de leur visionnement de film plus important qu’une réflexion critique …. c’est ça un intellectuel au Québec !!

      Il ne faut pas lâcher prise et perdre espoir pour autant. L’exil ne fait qu’attiser ma fierté et consolider ma reconnaissance devant notre richesse particulière et le rôle culturel important que nous DEVRIONS tous jouer au grenier de cette Amérique.

    • Rafc, je vois que l’on a les mêmes intérêts… oui, le livre de Septentrion, il faudra bien que je l’achète. En tous les cas, la vision de Fisher est décapante: il présente Champlain comme un humaniste, proche des cercles de Montaigne et d’Henry IV, profondément contre l’intolérance et pour le métissage.

      Et puis, un type qui ne sait pas nager et qui a traversé 35 fois l’Atlantique sans jamais perdre un bateau, affrontant chaque fois le dangereux St-Laurent, et qui possède tous les savoirs de son époque (dessinateur, cartographe, guerrier, botaniste, anthropologue avant la lettre, navigateur de génie, découvreur, fondateur, négociant, politicien, bon vivant, etc. etc.) ça force le respect. Maurice Richard peut aller se rhabiller.

      PS: Astyanax, je me disais aussi que Platsburgh était trop vulgaire pour le Vermont… Je réalise à l’instant que “Vermont”, nommé par Champlain, est en français (ce n’est pas Vermount ou Greenmount).

    • Astyanax, il y a aussi la censure: je me fais constamment refuser des posts par les pupitreurs (je les salue en passant)… Et puis, ces derniers ne sont pas forts sur les rapports humains (les “RH” comme disait Daney), il faut que ça parle culture sinon…

      Je m’empresse d’ailleurs de dire que je n’ai pas vu District 9 encore…

      PS: Ta description du Vermont donne le goût. Par contre, les femmes avec du poil sous les bras et sur les jambes, ça c’est pas possible, ça devrait être interdit…

    • Sinon, l’architecture devient plus intéressante aussi quand on va dans un village anglophone (dans l’Estrie ou ailleurs), pas seulement dans le Vermont. Plus qu’une composante culturelle, je dirais que c’est lié à la pauvreté historique des Québécois.

      D’ailleurs, il est plus que temps qu’au Québec il y ait une prise de conscience de l’architecture et de l’aménagement citadin comme il y en a eu une dans la gastronomie et dans le design. Ça commence un peu – voir justement la fameuse promenade Champlain – mais il faut une révolution complète.

    • Un bungalow en brique roses au milieu d’un champs il ya juste au Québec qu’on voit ça. L’architecture au Québec souffre d’un règlementation absente en ce qui concerne les matériaux utilisé en fonction du lieu de construction. Colonisés. Malheureusement, révolution et architecture s’agencent mal; les statues meurent comme les bâtiments mais à long terme …
      Un film comme l’Âge des Ténèbres portait ça en filigrane.

    • @unholy_ghost. Je constate que vous êtes pêcheur (au sens sportif du terme, j’entends!), que vous adorez la nature et que vous êtes un féru d’histoire. Ces passions sont miennes aussi. Pêche à la truite mouchetée principalement et les lacs poissonneux sont légion au Québec. Les Cantons de l’Est sont ma région préférée entre toutes au Québec, surtout pour des raisons toutes personnelles : des souvenirs impérissables de pêche en ruisseau avec mon père près de Knowlton et de Brome. Comme le Vermont est tout près, j’y séjourne au moins deux fois par année. Manchester et Middlebury sont mes deux villages préférés.

      Pour ce qui est de l’histoire, je souscris à vos propos. J’ai habité la ville de Québec pendant près de 15 ans, principalement dans la vieille ville. Pour une province dont la devise est Je me souviens (créée par l’architecte Eugène Étienne Taché), il est tout de même ironique que nous n’ayons encore aucune idée du lieu de sépulture du fondateur de la ville. Je reconnais qu’il existe quelques plaques ou marques ici et là qui visent à souligner un événement important (ex. : l’auberge dans laquelle est décédé le général américain Montgomery lors de l’invasion ratée de Québec en décembre 1775; le lieu de la première abitation (sans h) construite par Champlain qui est marqué d’un cercle bleu face à l’église Notre-Dame-des-Victoires; les fouilles du Château St-Louis face à l’actuel Château Frontenac), mais ces efforts pour mettre notre histoire en perspective ne sont que bien peu de chose comparativement à ce qui se fait ailleurs en Occident, y compris aux USA.

      Ainsi, nonobstant certaines plaques, l’Île d’Orléans est plutôt dénudée en termes de rappels historiques et pourtant il y aurait tant à dire. L’île compte quelques cimetières d’intérêt et certaines tombes datent même du XVIIIe siècle, avant la Conquête. À proximité de la route menant à l’île en partance de Québec, il existe de belles maisons construites au XVIIe siècle sur la Côte de Beaupré; malheureusement, on doit connaître l’endroit pour le savoir car je n’ai vu aucune plaque. On observe même de vieux fours à pain le long de cette route secondaire. Rue St-Jean à Québec, le cimetière St-Matthew est presque anonyme et pourtant des personnages intéressants y reposent, comme le jeune frère du célèbre écrivain Walter Scott ou encore un soldat anglais tombé lors de la bataille des Plaines d’Abraham. J’ai toujours aimé les cimetières pour la quiétude qu’on y retrouve et pour l’histoire (grande ou petite) qu’on peut lire sur les vieilles pierres.

      Malgré tout, je reconnais à Québec une volonté bien plus grande que Montréal de faire renaître l’histoire. Au début des années 70, la Place Royale à Québec tombait en décrépitude. Le ministère des Affaires culturelles et la ville de Québec ont consacré beaucoup d’argent pour restaurer les édifices et ravaler les façades. À Montréal, à quelques exceptions près (ex. : le musée Pointe-à-Callière), la restauration du Vieux-Montréal a été principalement motivée par des raisons commerciales et non historiques. Les condos de luxe semblent compter bien plus que l’histoire aux yeux des édiles de la ville. Un signe des temps, sans doute. Plus fondamentalement, je crois que ce pays en perpétuel devenir semble n’avoir rien à cirer de son histoire. D’ailleurs, combien d’heures obligatoires sont consacrées à l’enseignement de l’histoire dans les écoles du Québec? Je me souviens, mais de quoi au juste?

    • Ça me rappelle une phrase du L’Arbre le maire et la médiathèque:

      - Je suis contre la peine de mort, sauf pour les architectes.

    • Akhn, moi je sais précisément où est enterré Champlain (j’ai trouvé une carte rare)… mais j’ai trop la flemme de creuser!

      J’ai une amie qui a acheté une maison 70s. Sur son terrain, il y avait une petite maison de BS en clabarre. Son père et elle ont commencé à la démolir et, attend minute, les matériaux sous le gyproc était vraiment bizarres. Merde une cheminée en pierres des champs! Après recherche, ils se sont aperçu que c’était l’une des plus vieilles maisons (1635) au Québec. Ils l’ont rénové parfaitement, mais refusent de la faire classer (trop de tracasseries). Personne à la ville n’a encore remarqué la maison… Il y a constamment des gens qui veulent l’acheter pour la déménager.

    • Sinon Akhn, je visiterais bien Québec en votre compagnie. Je viens de pêcher le doré et finalement je préfère la truite. Mon dernier voyage de pêche sur la Côte-nord, j’ai fait un tartare de truite un soir et un risotto de champignons sauvages à la truite mouchetée l’autre soir. Expérience inoubliable.

    • @unholy_ghost. Votre premier paragraphe me laisse fort dubitatif, pour ne pas dire très sceptique. S’il s’agit d’une forme d’humour pince sans rire, c’est joliment tourné, mais si c’est autre chose, vous devriez impérativement communiquer avec les autorités compétentes. Cependant, je penche pour la première possibilité car plusieurs archéologues se sont cassé les dents sur cette énigme et votre carte au trésor me laisse songeur. :-)

      À propos, Plattsburgh n’est pas tout mauvais. Point-au-Roche, à environ 10 minutes de la ville, est très beau et on y retrouve quelques résidences du XVIIIe siècle, mais surtout du XIXe. Une amie, qui enseignait à la State University of New York, possédait une belle maison à Point-au-Roche et elle était hantée! Je l’ai constaté par moi-même et je dois avouer que ce fut une expérience assez marquante.

    • Rien ne vaut un bon filet de doré, mais la truite indigène (i.e. non ensemencée) est succulente. Pour ce qui est de Québec, j’ai longtemps été guide pour des étudiants et professeurs étrangers. Je connais donc pas mal la vieille ville et son histoire. Un fait parmi d’autres : on pratiquait des tortures publiques place de l’Hôtel de Ville sous le Régime Français.

    • Ankh, c’est une blague à moitié. J’ai vu la carte et l’on voit bien un genre de caveau. Mais bon, la vieille-ville est trouée comme un gruyère et je ne crois que les autorités vont s’émouvoir du dernier fou avec sa théorie… Du reste, c’est une carte qui est publique mais rarement considérée. Alors je me contente de dire en blague à tout le monde que Champlain est sous telle boutique au cas où quelqu’un le trouverait – genre, je l’avais bien dit, nan! De toute façon, ma théorie c’est que le caveau fut là mais a été détruit ensuite (j’ai une autre théorie là-dessus).

      Tout ça est très amusant mais trouver Champlain ne changerait rien à notre inculture historique – par exemple, il n’y a aucune biographie française de Champlain…

      Ça me fait penser, j’ai sorti hier avec une amie, une beauté. Elle m’a raconté une soirée qu’elle a passée avec Werner Herzog.
      - Tu sais, le cinéma c’est très simple, lui dit-il.
      - C’est quoi?
      - Le cinéma c’est la légende du Loch Ness. Il faut que les gens aient des attentes, s’imaginent des trucs et se racontent des légendes en regardant le lac. Que ça soit vrai ou pas, importe peu. Et, toi tu arrives, et tout ce qu’il te reste à faire, c’est de machiner pour faire apparaître le monstre.

    • @ Ghost

      Filmées par Jean Eustache, Bernadette Lafont et Françoise Brun me semblent bien désirables malgré leurs aisselles sombres. Mais c’est vrai qu’il s’agit d’une autre époque (toutes ces pattes d’eph, ces foulards et ces rouflaquettes sans fin dans le Paris de 1972, WOW!) et que ce désir de la pilosité féminine en est un, peut-être, d’anthropologue…

      Sinon, tu es de Québec alors?

      @ ankh

      Middlebury, j’y étais la semaine dernière. Le secteur de Marble Works, l’American Flatbread, la brasserie Otter Creek… J’adore! Et je retiens Manchester, que je ne connais pas. Merci du tuyau!

    • Astyanax

      À la limite, des aisselles duveteuses, claires de préférences, oui, ça pourrait le faire, mais des jambes poilues, même en citant Eustache ce n’est pas envisageable…

      Tu es anthropologue!

    • Il est vrai que la découverte du tombeau de Champlain (j’ai quelques théories là-dessus aussi – de mon crû ou proposées par des archéologues) ne changerait rien à notre inculture historique qui camoufle mal un manque d’intérêt réel pour notre histoire, ce qui est encore plus grave. L’inculture peut être corrigée s’il existe une volonté d’apprendre ou une véritable curiosité intellectuelle, mais le manque d’intérêt est fatal.

      Champlain représente une énigme même en France et aux USA. Les historiens en savent très peu sur ses origines, sur ses convictions religieuses (Catholique ou Protestant? Ce débat restera sans doute ouvert à jamais), sur les raisons de son aisance relative ou sur ses rapports avec Henri IV. Une grande partie de sa vie est comme un long point d’interrogation et les historiens, comme l’Américain David Hackett Fischer (auteur de Champlain’s Dream), n’ont pas les moyens d’apporter des réponses définitives à toutes ces questions. Même son portrait nous reste inconnu! Du moins, aucun historien ne peut avec certitude soutenir à quoi Champlain ressemblait.

      Sur votre anecdote d’Herzog, je dirais simplement que jamais je ne tiendrais à ce que le monstre se montre! Car ce qui est suggéré ou implicite est encore plus effrayant. Exemple : le remarquable The Haunting de Robert Wise (1963).

    • Officiellement, je suis prof de lettres dans un cégep, mais qui n’est pas un peu anthropologue à ses heures?

    • @astyanax. Si vous décidez un jour de vous rendre à Manchester, je vous suggère de séjourner au Reluctant Panther Inn. Un peu chérant, mais ça vous laissera un souvenir impérissable de ce beau village; à tout le moins, allez au resto de l’auberge.

      Du côté du Maine, Mount Desert Island vaut le détour. Quand je vivais à Québec, j’ai entretenu des liens d’amitié avec le professeur Yvon Bernier, le seul Québécois à avoir signé la préface et la bio d’un auteur (Marguerite Yourcenar dans le cas qui nous intéresse) aux éditions de La Pléiade. Il m’a montré, entre autres, le manuscrit original de l’œuvre au Noir écrit de la main de l’auteure et il possédait l’usufruit de la maison de Mme Yourcenar sur cette île. La visite de la petite maison en sa compagnie fut un pur enchantement. Il y avait des livres partout même dans les portes!

    • Étymologiquement parlant, un monstre ne peut que se montrer, mais il est vrai que c’est toujours décevant. Même chose si on trouvait la tombe de Champlain. Même chose pour les réponses définitives: les questionnements sont plus intéressants.

      Pour ce qui est du portrait de Champlain, le connu est un faux. Mais il a fait son autoportrait dans le dessin où il tue les chefs iroquois au Lac Champlain. C’est lui au centre: http://www.historiclakes.org/S_de_Champ/champlain_battle700.gif

      On pense aussi qu’il s’est dépeint dans le visage du soleil de l’une de ses cartes.

      Pour moi, Champlain est le fils d’Henry IV, c’est l’hypothèse la plus logique. Fisher amène plusieurs preuves indirectes. Tout mène à cela. Alors je l’imagine avoir une ressemblance avec Daniel Auteuil dans La Reine Margot: petit et maigre, mais musclé et nerveux.

      Et puis, faisons un peu de montage (cette observation est de moi): dans l’image précédente, il y a une ressemblance frappante avec les portraits d’Henry IV dans la posture et l’allure: http://images.google.ca/imgres?imgurl=http://fr.geneawiki.com/images/thumb/d/d5/Henry_IV.jpg/250px-Henry_IV.jpg&imgrefurl=http://fr.geneawiki.com/index.php/Henri_IV_de_France&usg=__BO7QmLoTfqbBPJf30Dv4uhp5Jzw=&h=394&w=250&sz=30&hl=fr&start=42&tbnid=UJ3GOc56V-gONM:&tbnh=124&tbnw=79&prev=/images%3Fq%3DHenry%2Bde%2Bnavarre%26gbv%3D2%26ndsp%3D20%26hl%3Dfr%26client%3Dfirefox-a%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official%26sa%3DN%26start%3D40

    • Étymologiquement parlant, un monstre ne peut que se montrer, mais il est vrai que c’est toujours décevant. Même chose si on trouvait la tombe de Champlain. Même chose pour les réponses définitives: les questionnements sont plus intéressants.

      Pour ce qui est du portrait de Champlain, le connu est un faux. Mais il a fait son autoportrait dans le dessin où il tue les chefs iroquois au Lac Champlain. C’est lui au centre.

      On pense aussi qu’il s’est dépeint dans le visage du soleil de l’une de ses cartes.

      Pour moi, Champlain est le fils d’Henry IV, c’est l’hypothèse la plus logique. Fisher amène plusieurs preuves indirectes. Tout mène à cela. Alors je l’imagine avoir une ressemblance avec Daniel Auteuil dans La Reine Margot: petit et maigre, mais musclé et nerveux.

      Et puis, faisons un peu de montage (cette observation est de votre serviteur): dans l’image précédente, il y a une ressemblance frappante avec les portraits d’Henry IV dans la posture et l’allure (malheureusement, je ne peux coller les liens).

    • @astyanax. Prof de lettres, vous dites? Cette anecdote vous intéressera sûrement. M. Bernier était intarissable quand il parlait de « Madame ». À l’époque, je travaillais comme conseiller principal au cabinet du ministre des Affaires intergouvernementales, Gil Rémillard. Quand il était prof à l’Université Laval, il avait organisé des conférences. Lors de l’une de ces conférences, il avait invité Mme Yourcenar à prononcer une allocution sur l’environnement, un sujet qui intéressait beaucoup l’auteure.

      Or, Yvon Bernier m’a raconté que Mme Yourcenar n’en avait rien à cirer du prof Rémillard ou de cette conférence pour laquelle on la rétribua grassement. La raison de son séjour à Québec était d’ordre personnel : elle tenait à revoir son ami Yvon et une grande amie, la comédienne Françoise Faucher. Quand Mme Faucher et M. Bernier allèrent la cueillir à l’aéroport de Québec, Mme Yourcenar demanda à Françoise Faucher de lui réciter les deux premiers vers de Phèdre. Pendant toute la durée du trajet entre l’aéroport et la résidence de M. Bernier face aux Plaines d’Abraham (comptez au moins 35-40 minutes), Mme Yourcenar a récité les vers de Racine sans interruption. De l’avis de M. Bernier, Françoise Faucher en fut ébahie. Une femme d’exception que Marguerite Yourcenar et une grande écrivaine. Son essai, Mishima ou la vision du vide, m’a aidé à me plonger dans l’œuvre de cet auteur.

    • Luc Brisson n’a pas signé la préface de Platon dans la Pléïade?

    • Tu vas me donner envie de lire Yourcenar.

    • @unholy_ghost. Vrai pour ce monstre pas montrable; de là mon point d’exclamation en forme de clin d’œil. L’autoportrait de Champlain? Vous reprenez la théorie avancée notamment par l’historien québécois, Marcel Trudel, qui n’est de fait qu’une théorie et non un fait avéré. Le mystère persiste et nourrit certains scénarios (la vie de Champlain ferait un sacré bon film dans lequel on suggérerait davantage que l’on ne verrait! Je crâne un peu, là.), y compris celui qui le dépeint comme l’un des innombrables enfants illégitimes du Vert Galant. Un mystère aussi insondable que L’Homme au masque de fer qui aurait été le frérot de Louis XIV ou encore le trésor présumé des Templiers. Tout cela alimente le sentiment du merveilleux qui sommeille en chacun de nous et sans doute aussi notre insatiable curiosité. Plus fondamentalement, ces mystères nous intéressent vivement car ils plongent au coeur même de notre humaine condition i.e. nos origines et notre finitude qui resteront les plus grands des mystères.

    • Complément d’information à propos des québécois et la Pléiade : Paul-Hubert Poirier, qui enseigne à l’Université Laval, est co-directeur de l’édition des Écrits gnostiques – La bibliothèque de Nag Hammadi paru en 2007.

    • Le visage du soleil est hypothétique mais l’autoportrait au Lac Champlain est authentique, il n’y a aucun doute là-dessus, même si le visage reste imprécis. C’est un portrait psychologiquement parlant: il se dessine vraiment comme un noble, sinon comme un roi. Aussi, c’est une hypothèse non avérée mais extrêmement plausible: il y a tellement de mystères dans la vie de Champlain qui s’expliqueraient s’il était un bâtard d’Henry de Navarre, à commencer par le besoin de fonder un peuple nouveau et d’en être en quelque sorte le “roi”.

    • Merci Fred, précis comme toujours!

    • @ Ghost

      Luc Brisson est responsable de la réédition (remarquable) des oeuvres de Platon chez GF Flammarion. Il serait étonnant qu’il soit aussi en Pléiade…

      @ ankh

      Il y a longtemps que je ne me suis pas plongé dans l’oeuvre de M.Y. Peut-être l’ai-je lue trop jeune, mais je l’avais alors décrétée «pas ma tasse de thé». Je me souviens d’un style somptueux mais aussi comme pétrifié, sec. Mais l’idée me taraude depuis quelque temps de lui donner une autre chance. Aussi ferai-je peut-être comme Ghost et je retournerai bientôt aux MÉMOIRES D’HADRIEN ou à L’OEUVRE AU NOIR. L’anecdote avec Françoise Faucher est par ailleurs savoureuse. On aurait voulu être un tableau de bord ou une banquette arrière ce jour-là…Je n’ai que peu de réserves sur Mishima par contre. Peut-être pas mon auteur japonais préféré (Tanizaki? Oe? Murasaki Shikibu?), mais quel artiste, et quel style! On ne se relève pas facilement de son PAVILLON D’OR…

    • @unholy_ghost. François Châtelet est l’auteur de la préface de l’œuvre de Platon aux éditions de La Pléiade; du moins, dans la version que je possède. Je ne crois pas que la préface fut modifiée par un autre exégète, mais je puis me tromper.

      Je t’invite à plonger dans l’œuvre de Yourcenar et à commencer par les Mémoires d’Hadrien qui se présentent comme une longue chronique à la première personne (Hadrien). Mme Yourcenar disait qu’avec cette œuvre, elle avait cherché à faire de l’intérieur ce que les historiens avaient fait de l’extérieur. L’œuvre au noir ensuite. Puis Chronique d’un homme obscur qui pourrait s’intituler : Comment écrire la vie d’une personne qui ne passera jamais à l’histoire i.e. la grande? L’essai sur Mishima est à lire si tu aimes cet écrivain hors normes; les derniers mots de cet essai évoquent une image saisissante. Et aussi la traduction de Negro Spirituals.

      Ceci pourrait vivement t’intéresser en guise d’introduction à l’œuvre de Mme Yourcenar. Je soupçonne que tu seras épaté et presque sans voix devant cette femme admirable : http://www.youtube.com/watch?v=LpX5elgUdwQ

    • Fisher a retrouvé des traditions orales amérindiennes (très précises) qui décrivent un explorateur qui ne pouvait être autre que Champlain. Or dans ces récits, le personnage se décrit comme le fils du roi de France à la tribu. Champlain était un enfant d’un capitaine de Brouages, avec une protection occulte qui lui a fourni l’éducation la plus à la pointe de son époque dans tous les domaines, et il se comportait comme un prince, portant l’épée (privilège des nobles) et ajoutant la particule “de” à son nom, alors qu’il n’y avait absolument pas droit. Même phénomène avec le casque qu’il porte dans son autoportrait, casque à plume que portait aussi Henry VI (comparez l’autoportrait aux Iroquois avec le portrait d’Henry IV par Frans Pourbus: mêmes armures royales, même casque, même posture: merde, c’était un marin roturier!!!).

      Bon, on ne le saura jamais et c’est peut-être tant mieux.

    • @frederic_clement_qc. Merci pour ce correctif. Je n’ai pas ce livre, alors ce pourrait être un achat avisé. :-)

      @astyanax. Je me rappelle qu’en lisant les Mémoires d’Hadrien, j’avais l’impression d’épier l’empereur ou d’être à côté de lui. Un sentiment que j’éprouve rarement à la lecture d’une œuvre où j’observe généralement une certaine distanciation critique.

      Pour ce qui est de Mishima, Le Pavillon d’Or m’a vivement ému quand je l’ai lu il y a déjà plusieurs années. Confessions d’un masque avait suscité presque la même réaction. Je n’ai jamais lu sa tétralogie La mer de la fertilité. Un jour, peut-être. Autrement, j’aime beaucoup Kawabata Yasunari (j’ai lu Snow Country en anglais, entre autres) et Shiga Naoya, un auteur de nouvelles (entre autres) que je chéris particulièrement – l’auteur comme les nouvelles. À découvrir absolument.

    • Mishima était l’écrivain préféré de Dédé Fortin. Ce dernier s’est d’ailleurs donné la mort par seppuku, comme lui. C’est bizarre le besoin de dépolitiser la mort de Fortin. Encore un symptôme de ce que l’on disait sur le Québec.

    • Ankh, je crois que Labaume va réintroduire les tortures publiques en place de l’hôtel-de-ville pour attirer les touristes…

    • @unholy_ghost. Dans le cas de Dédé Fortin, je ne sais pas s’il s’agissait d’un seppuku intégral. Si oui, ce serait terrifiant, d’autant plus qu’il était seul. Suicide politique? Le saura-t-on jamais? Car il y a la personne dans son amère solitude que ses amis décrivaient comme un être qui avait un profond mal de vivre et il y a l’indépendantiste meurtri.

      Mishima avait créé la Société du Bouclier, un groupe paramilitaire composé de jeunes Japonais qui tenaient à rétablir l’empereur dans son statut de droit divin. Les Japonais se moquaient des convictions politiques de Mishima. On le considérait comme un homme d’extrême-droite à la vision passéiste même si l’auteur était encore très respecté. Son seppuku se fit dans les règles de l’art avec l’aide d’un assistant qui lui trancha la tête au moment venu. Mishima planifia sa mort avec une rare minutie. Le jour même, il fit parvenir à son éditeur le dernier livre de sa tétralogie. Suite à sa mort, sa femme avoua qu’après le 25 novembre 1970, il n’y avait aucune entrée inscrite à son agenda. Saviez-vous que Mishima admirait beaucoup l’œuvre de Cocteau et de Genet?

      Dédé Fortin? Je ne sais même pas s’il a laissé une lettre. Si oui, sa famille ne la diffusera jamais. Je crois bien humblement que son suicide, tout comme le seppuku de Mishima, a pu être motivé en partie pour des raisons politiques, ce qui n’est pas sans rappeler le suicide tout aussi violent d’Hubert Aquin (un revolver, je crois) pour des raisons notamment politiques et peut-être même surtout politiques. La mort d’Aquin a laissé un vide plus grand dans le paysage culturel québécois que celle de Dédé, mais dans les deux cas, il s’agit de tragédies sans doute à la fois personnelles et politiques. Mourir pour le Québec? Cela n’en vaut pas la peine, à mon avis

    • Gérald Tremblay ou plutôt Alain Simard? Pourquoi pas! :-) Le maire Labeaume pourrait même nous proposer une reconstitution de la Bataille des Plaines où les Anglais perdraient! Ça ne coûterait pas trop cher, viande à chien, car cette bataille a duré à peine 20 minutes.

      En passant, que ce blogue fait changement de la foire d’insultes que je lis quotidiennement dans un autre blogue auquel je participe plus activement. Un blogue qui a d’ailleurs été verrouillé durant les vacances de celui qui le préside et c’est tant mieux.

    • Aquin aussi devait aimer Mishima. Je crois que c’est lié en littérature mineure: la vie amoureuse et la vie collective. L’intime devient politique et inversement car on se cogne la tête sur des impossibilités dans toutes les directions. C’était déjà le sujet du Chat dans le sac. On dira que ce n’est pas politique, mais plutôt une dépression, mais la dépression est liée aussi à la politique, à cette impossibilité d’inscrire sa vie dans une dimension symbolique et collective. Il est vrai que depuis 1995, plus personne ne s’intéresse vraiment à la question; Dédé Fortin aura simplement été plus sensible que nous autres. Tu dis vrai: plus personne ne mourra jamais plus pour le Québec. Chacun a plus à coeur de réussir son cours de feng shui. La question est celle-ci, de quoi avons-nous fait le deuil en tant que sujet en même temps que de nos rêves collectifs et dont Marois et le PQ sont devenus la triste comédie?

    • Excellente remarque de Ghost sur Dédé Fortin.

      Je crois que l’on peut dire sans trop se tromper que la politique est un élément culturel peut-être plus important ici qu’ailleurs. Cela tient à notre statut particulier, bien sûr, mais aussi au fait que la politique a longtemps été l’un des seuls champs d’activités où pouvait s’épanouir notre élite, les portes de la sphère économique nous étant en grande partie fermées. Plusieurs grands hommes politiques sont issus de cette tradition. Dans ce contexte, il est étonnant de constater l’extrême pauvreté de notre regard politique sur les choses. Il semble que l’on refuse d’accepter que le politique puisse aussi s’exprimer hors de ses institutions légitimes. C’est absolument vrai en ce qui a trait au suicide de Dédé Fortin dont la charge symbolique n’a jamais, à ma connaissance, fait l’objet d’une véritable lecture. Ce phénomène m’a encore frappé récemment au moment de la sortie du film de Xavier Dolan, qui a pourtant fait l’objet d’une couverture médiatique imposante. Pas un mot (encore une fois à ma connaissance) sur la dimension politique foncièrement québécoise de cet adolescent incapable de se débarrasser une fois pour toute de cette mère qui le ramène sans relâche à sa médiocrité. J’ai été en ce sens profondément troublé (froid dans le dos, vraiment) par la scène de réconciliation finale. Mais pas un mot dans les médias pour faire écho à ce trouble. Bizarre…

      @ ankh

      La fin de PAYS DE NEIGE de Kawabata est pour moi l’une des plus belles de toute la littérature universelle, merci de l’avoir rappelée à ma mémoire. Je suis aussi d’accord pour Shiga Naoya, écrivain très important au Japon et pourtant assez peu traduit en français. Il y a quelques années, j’ai visité sa maison de Nara. J’ai pris le thé dans son jardin, là même où se sont tenues, il y a un siècle, certaines des réunions de l’École du Bouleau blanc. Celui ou celle qui s’intéresse à la littérature japonaise comprendra facilement l’émotion qu’il y avait à se trouver là! Saviez-vous que Shiga Naoya était très ami avec Ozu (dont j’ai aussi visité la maison de campagne, mais ça, c’est une autre histoire)? Amitié qui n’a rien d’étonnant, n’est-ce pas?

    • @ Ghost

      Il y a un assez bon dossier sur Henri IV dans le Point de cette semaine. J’écris «assez bon» à dessein puisqu’il n’y est pas question de Champlain…

    • @ ankh

      Puisque vous ne semblez pas trop certain(e?) des circonstances de la mort d’Hubert Aquin, je vous invite à lire le livre d’entretiens SIGNÉ HUBERT AQUIN de Gordon Sheppard et Andrée Yanacopoulo. Un livre très, très, TRÈS dérangeant…

    • @astyanax. Merci pour la suggestion de lecture. Vous conviendrez sans doute que les circonstances de la mort de Dédé sont beaucoup moins claires que celles entourant la mort de Mishima. Dans le cas de ce dernier, l’intention politique était très transparente. Pour ce qui est de Dédé, il ne fut pas un militant révolutionnaire indépendantiste au même titre qu’Aquin (l’époque était bien différente, c’est vrai) même si je sais que l’échec référendaire de 1995 l’a beaucoup meurtri. La mort de Mishima fut spectaculaire et presque publique. Dédé est mort seul.

      Sans doute peut-on y voir une métaphore du Québec : we will go out not with a bang but with a whimper. Notre patrie mourra dans l’anonymat complet. Seule dans l’antichambre des nations.. On la regrettera un temps puis on oubliera. Je pense qu’au Québec, nous souffrons non seulement de la pauvreté de ce regard politique, comme vous le soulignez, mais d’une forme de modestie particulière ou d’un genre de pudeur collective qui fait en sorte que nous trouvons sans doute inconvenant ou même vulgaire de saluer avec des symboles tangibles certains des grands de notre histoire collective. Gilles Villeneuve me vient à l’esprit : un modeste musée et un circuit automobile qui porte son nom, alors qu’il est encore un Dieu en Italie avec rues en son nom et même une statue.

      Nous avons aussi la propension de nier l’importance des idées. Combien de fois ai-je entendu des intellectuels québécois pratiquement s’excuser d’être des intellectuels. De pratiquer le noble métier des idées. Je pense qu’il y a toujours un vieux fond d’anti-intellectualisme dans notre belle société. Une société de valeurs molles qui hésite à s’affirmer de peur de brimer ce qu’elle conçoit comme étant des libertés fondamentales (ex. : port du voile islamique). Une société qui se voudrait laïque, mais qui autorise souvent ce qui va dans le sens contraire. Une société dont les élites sont aussi éloignées qu’on puisse l’être du peuple, ce qui engendre cynisme et désaffection démocratique. Une société divisée politiquement et qui a toujours choisi en définitive de jouer ce qu’elle pensait être la bonne carte, alors qu’en fait – démographie oblige – elle se condamne à disparaître peu à peu. Une société tiraillée entre pré-modernité et post-modernité sur le plan des valeurs, et qui est passée en coup de vent dans la modernité dont elle n’a jamais su maîtriser et expérimenter les fondements. Le philosophe Charles Taylor a beaucoup écrit sur cette thématique.

      Si Dédé pensait à tout cela et à plus encore, il n’y a sans doute rien d’étonnant qu’il ait choisi cette porte de sortie car, dans son esprit, l’avenir du Québec était sans issue. La vie est une phrase interrompue, écrivait Hugo. Étrangement, notre propre phrase comme société pourrait s’interrompre sans qu’on ne l’ait jamais écrite nous-même.

    • Pour les lecteurs de ce blog, je sais que plusieurs d’entre vous ont hâte de voir Avatar, le nouveau film de James Cameron. Et bien voici la chance d’aller voir 20 minutes du film en IMAX 3D ce vendredi au cinéma Banque Scotia. Aller sur ce lien

      http://rsvp.foxfilm.com/signup/1?screening=195

      et choisissez Montréal.

      Moi j’ai mes deux billets !!!

    • Ankh, Dédé Fortin c’est fait seppuku en plein coeur. Il a laissé un texte de chanson, la Comète, où il lit son existence à celle du Québec.

      Et dans la solitude de ce nouveau désert
      J’aurais tout à construire pour accueillir la paix
      Et tout mon temps aussi pour prévenir l’univers
      Que la joie est revenue et qu’elle reste à jamais… mais…

      Condamné par le doute, immobile et craintif,
      Je suis comme mon peuple, indécis et rêveur,
      Je parle à qui veut de mon pays fictif
      Le coeur plein de vertige et rongé par la peur

      Et dans la solitude de ce nouveau désert
      J’aurais tout à construire pour accueillir la paix
      Et tout mon temps aussi pour prévenir l’univers
      Que la joie est revenue et qu’elle reste à jamais…

      On pourrait bien dire que son suicide est lié à sa dépression, mais celle-ci est causée en partie par la situation politique à laquelle Fortin était plus sensible que quiconque (voyez sa volonté d’ouverture à l’autre qui anticipe Bouchard-Taylor). On peut dire que c’est lié aussi à sa vie amoureuse, mais dans une situation de littérature mineure (Deleuze et Guattari), l’intime et le politique sont interreliés car le microcosme est le signe des impossibilités sur lesquelles on se cogne la tête dans toutes les directions au niveau collectif.

      Après 80, l’ensemble des intellectuels (dont Aquin par anticipation) ont fait une dépression qui a duré dix ans. Après 1995, j’ai comme l’impression que Dédé Fortin, suicidé de la société québécoise, fut fin seul.

      Maintenant, on peut bien se concentrer sur sa vie amoureuse, ses REER et réussir ses cours de cuisine japonaise, mais de quoi a-ton fait le deuil en tant que sujet en même temps que nos rêves collectifs?

    • Oui, Astyanax, le Québec a été une pépinière de grands politiciens. Quand on lit sur les Patriotes, on se rend compte de la stature de ces gens. Mais je crois que ça finira avec la “best generation” (Lévesque, Trudeau, Parizeau, Landry). Quand on voit les chefs d’aujourd’hui, ce n’est plus que mascarade. La Politique est devenue taboue.

      Merci pour le Point.

    • en même temps que DE nos rêves collectifs*

    • Gilles Villeneuve est un bon exemple. Même son fils. En France, il y a un respect incroyable pour Alesi qui a gagné… une course, alors que l’on se fout de Jacques qui a été Champion du monde, Champion d’Indy, vainqueur d’Indianapolis et qui a essayé d’être à la hauteur du mythe!

      Ne pas oublier que c’est Aquin qui a fondé le Grand prix du Canada…

      PS: Je n’ai pas vu le film sur Fortin, il faudra que je me rattrappe, même si j’en attends peu.

    • Je me souviens d’avoir lu de superbes textes d’Aquin sur la course automobile, vraiment superbes, mais je ne saurais plus les retrouver. Quelqu’un peut aider?

    • On peut vraiment regretter ce que Aquin aurait écrit sur Gilles Villeneuve!

    • Si je ne m’abuse, dans Mélanges Littéraires II : Comprendre Dangereusement, on retrouve des textes d’Aquin sur la course automobile. Mais surtout, sa Fatigue Culturelle du Canadien Français où il évoque la lente et inévitable dissolution du québécois.
      On est tant fatigués qu’une dépression post-référendaire nous demande trop d’énergie !! belle analyse du Hara-Kiri de Dédé Fortin plus haut.
      Un lien pour le film de Godbout sur Aquin:
      http://www.onf.ca/film/Deux_episodes_dans_la_vie_d_Hubert_Aquin/

    • @unholy_ghost. Ce texte, en forme de testament politique et artistique si on veut, se termine pourtant sur une note d’espoir. D’une part, Dédé disait avoir tout son temps, mais d’autre part, il ajoutait qu’il était seul pour construire ce qui était sans doute le pays réel (celui dont il rêvait) qui lui donnerait enfin la paix. Pour reprendre les mots de France Brel, « Jacques avait mal aux autres ». Je pense que Dédé avait mal en lui-même parce qu’il avait mal aux autres. Indécis et rêveur comme son peuple pour lequel il éprouvait visiblement un attachement sincère.

      Tu comprendras que je n’aime guère les conclusions définitives. Qui peut réellement comprendre ce qui était dans sa tête et les raisons qui l’ont poussé à commettre ce geste irréparable? Nous sommes des observateurs extérieurs. Des étrangers à sa vie. Même si on peut croire volontiers que son suicide est indissociablement lié au contexte politique d’alors (je ne le nie pas), je ne me hasarderai pas à en tirer un jugement définitif.

      Il est vrai que le référendum de 1980 a réduit pendant longtemps les artistes au silence. Cependant, cette défaite fut non seulement amère, elle fut aussi très nette. Cruelle, mais elle ne laissait subsister aucun doute. Tu sais où je travaillais en 1990 avant et après l’échec de l’Accord du Lac Meech. J’étais aux premières loges et après ce camouflet qui nous a été infligé par le reste du Canada, nous sommes presque tous devenus souverainistes. M. Bourassa a refusé son rendez-vous avec l’histoire qui aurait pu et aurait dû avoir lieu en 1990 ou une année plus tard. Pour la première fois dans l’histoire du Québec, le peuple québécois appuyait massivement l’option souverainiste. Il y avait une symbiose réelle entre le peuple et ses élites politiques. Faisant fi de sa déclaration solennelle de ne négocier dorénavant qu’à deux (Québec et reste du Canada), M. Bourassa est monté piteusement dans le train déjà en marche de l’Accord de Charlottetown en 1992, une véritable auberge espagnole de compromis accordés à tous et chacun.

      Finalement, l’échec de Meech a connu son aboutissement 5 années plus tard avec ce second référendum. C’est celui-là qui nous a fait le plus mal : 50 000 votes d’écart seulement et des majorités plutôt fragiles dans la grande région, pourtant francophone, de Québec. C’est avec cet échec qu’on doit vivre maintenant. Cependant, tôt ou tard, à la faveur de certaines circonstances politiques, le dossier constitutionnel reviendra sur le tapis. C’est inévitable. Pensez un peu : le Québec n’a toujours pas signé l’Accord constitutionnel de 1982. 27 années ont passé et le Québec politique, tous partis confondus, estime toujours que cette constitution est entachée d’illégitimité même si le Québec y est légalement assujetti.

      Perso, je garde espoir car je sais qu’au sein de ce pays, le poids démographique du Québec ne cessera jamais de diminuer. Et qui dit poids démographique dit aussi pouvoir politique dans notre système parlementaire. Jusqu’à présent, le poids relatif du Québec a empêché Harper d’aspirer à gouverner avec un gouvernement majoritaire. Mais ce n’est qu’une question de temps avant que le reste du Canada ne fasse sans nous. J’espère simplement que nous saurons, comme société, nous montrer proactifs en devançant une échéance qui est incontournable. Cependant, comme tu le dis, les politiciens québécois d’aujourd’hui font durs. Le dernier grand politique que nous avons eu, je crois, c’est Lucien Bouchard dont l’entrée lors du référendum de 1995 fut à mon sens trop tardive; une entrée plus hâtive aurait pu faire la différence, qui sait.

    • @ rafc

      Merci pour la référence, je vais vérifier.

      Oui, son fameux texte «La Fatigue culturelle du Canada français», que j’ai relu il n’y a pas si longtemps, n’a pas pris une ride. Au contraire: la fatigue dont parlait Aquin est lentement devenue une sorte de coma… Très certainement l’un des textes les plus forts de notre littérature, par celui qui est peut-être notre plus grand écrivain.

    • Aquin , oui Astyanax, probablement notre plus grand écrivain. Neige Noire est pour moi une oeuvre féroce et complètement québécoise dans ses tissages de similitudes et d’allégories. Une oeuvre qui se fonde sur une hésitation formelle entre scénario et roman, où on recrer le meurtre fondateur d’un peuple perdu tel la créature de Frankenstein esseulée dans les montagnes de Suisse, l’échec de ce meurtre qui n’en est pas un (serait-ce un suicide?) … enfin tout ce besoin de re-fondation exprimé par les tabous les plus originels (inceste, meurtre, pornographie …).

      J’ai toujours aimé aussi les références aux concepts du père Theillard de Chardin dans la Fatigue… aussi fantaisistes peuvent-ils être, il me semble qu’ils ont encore un aspect visionnaires à certains niveaux!

    • Akhn, je ne trouve pas que le texte termine sur une note d’espoir. C’est la paix du repos éternel. Une forme d’exil comme Nelligan dans l’abyme du rêve. Une comète annonce un mauvais présage, c’est lié explicitement au fait que le Québec est un dés-astre…

      Le texte complet, baudelairien au possible (proche de “Paysage” que chante aussi les Colocs):

      La Comète

      Comme le temps est pesant en mon âme escogriffe
      Un grand ciel menaçant, un éclair qui me crie
      Ton coeur est malicieux, ton esprit dans ses griffes
      Ne peut rien faire pour toi et tu es tout petit

      Les nuages voyageurs font des dessins abstraits
      Ils me parlent de bonheur que jamais je n’entends
      Je pourrais faire comme eux et partir sans délai
      Léger comme une poussière transporté par le vent

      Et dans la solitude de ma danse aérienne
      Le courage revenu, je trouverais les mots
      Je réciterais sans cesse des prières pour que vienne
      La douceur du silence d’un éternel repos, mais…

      Épuisé que je suis je remets à plus tard
      Le jour de mon départ pour une autre planète
      Si seulement je pouvais étouffer mon cafard
      Une voix chaude me dirait : tu brilles comme une comète

      Comme la lune est moqueuse quand elle s’empare du ciel
      Elle me regarde aller comme une lampe de poursuite
      Je voudrais la détruire ou me poser sur elle
      Étourdi par son charme qui jamais ne me quitte

      Je suis comme une loupe que le soleil embrasse
      Ses rayons me transpercent et culminent en un point
      Allument le feu partout où se trouve ma cuirasse
      Et après mon passage il ne reste plus rien

      Et dans la solitude de ce nouveau désert
      J’aurais tout à construire pour accueillir la paix
      Et tout mon temps aussi pour prévenir l’univers
      Que la joie est revenue et qu’elle reste à jamais… mais…

      Condamné par le doute, immobile et craintif,
      Je suis comme mon peuple, indécis et rêveur,
      Je parle à qui veut de mon pays fictif
      Le coeur plein de vertige et rongé par la peur

      Et dans la solitude de ce nouveau désert
      J’aurais tout à construire pour accueillir la paix
      Et tout mon temps aussi pour prévenir l’univers
      Que la joie est revenue et qu’elle reste à jamais…

      André DÉDÉ Fortin

      La sixième strophe fait penser à la phrase de Neil Young que cite Kurt Cobain dans sa dernière lettre: “it’s better to burn out than to fade away”.

      PS: Le Québec fait une mononucléose, mais je suis assez confiant qu’il a encore du ressort.

    • @unholy_ghost. Les mots échappent souvent à leur auteur et suscitent alors des interprétations diverses pour plusieurs raisons, y compris la sensibilité de chacun. Je partage l’interprétation que fait Alexandre Vigneault de cette chanson (prends note que j’ai lu son texte après avoir écrit mon commentaire) : http://www.cyberpresse.ca/arts/musique/200906/26/01-879050-une-nouvelle-chanson-signee-dede-fortin.php

      Extrait de l’article : « La comète, dans sa version publiée dans La Presse en mai 2000, se terminait sur une note sombre. Dédé Fortin évoquait son « peuple, indécis et rêveur », son « pays fictif » et se disait « le coeur plein de vertige et rongé par la peur ». Or, la version qu’il a enregistrée s’achève au contraire sur une note d’espoir. Plutôt que de se taire après le dernier quatrain, il reprend le précédent et conclut: « Et dans la solitude de ce nouveau désert/J’aurais tout à construire pour accueillir la paix/Et tout mon temps aussi pour prévenir l’univers/Que la joie est revenue et qu’elle reste à jamais. » »

      Oui à ton P.S., mais dans la mesure où nos politiciens, du moins un parmi eux, se posera en phare de l’opinion publique et non comme son pâle reflet.

    • Bonjour chers amis ( je me permets de vous considérer en amis)

      je vous lis avec intérêt et même si je n’ose participer tant votre éloquence me paralyse, sachez que je suis d’accord en général.

      J’aimerais cependant être aussi optimiste que Ghost pour l’avenir du québec, mais malheureusement je ne le suis pas…

      Mononucléose, vous dites? Je dirais sclérose… Mais bon. L’histoire le dira…

    • @jimbojones. Ne nous privez pas de vos commentaires, cher ami. À mon sens, votre voix est aussi importante que celle de chacun d’entre nous.

    • Le moins que l’on puisse dire c’est que la note d’espoir est ambigüe et que l’on pourrait faire la lecture inverse. Il y a une répétition de structure dans la deuxième et troisième strophe qui indique que le repos et le départ sont la mort. De toute façon, son suicide prouve qu’il n’a pas donné raison à la “note d’espoir”, malheureusement.

    • Cher Jimbojones, j’ai toujours trouvé tes posts intéressants, alors laisse faire la paralysie, ça ne sert à rien.

    • Spécifiquement, je ne peux qu’être d’accord avec Ghost pour son interprétation : on y parle d’éternel repos, de solitude dans le désert, de mort, non?
      De plus, il s’agit de sa note de suicide (!!) ce qui dans la symbolique Dédé Fortin-esque, laisse peu d’espoir, au contraire.
      Au contraire de Dehors Novembre, la chanson qu’il avait écrite en référence au combat et à la mort de l’harmoniciste Di Napoli, il s’agit ici de son interprétation de la mort… Je trouve. Et les références à Beaudelaire… non, j’y vois une lettre de suicide. Et le suicide n’est pas un geste portant une note d’optimisme…

    • il remet constamment son départ pour une autre planète.
      Ne voila pas une autre allusion à la mort?…
      Définitivement en lien avec la dernière strophe, qui est supposément optimiste…

    • (diantre que ca fait du bien de parler poésie!!)

    • Imprécis: je voulais dire que le troisième et quatrième strophe sont répétés structurellement dans la septième et huitième strophe (avec le “mais…” à chaque fois).

      Si on regarde le champ lexical des strophes troisième et septième (courage/à contruire, éternel repos/joie à jamais)) et le pas en arrière des quatrième et huitième strophe (doute/craintif, départ pour une autre planète/pays fictif) c’est très labile. Je crois qu’il nous dit que le peuple québécois n’a pas eu le courage de son utopie et tout ce qu’il lui reste personnellement c’est de choisir avec courage la mort (un seppuku, c’est cela même) plutôt que de mourir à petit feu comme son peuple lâche.

    • Ce qui est merveilleux avec toutes les formes d’art, c’est qu’elles autorisent des lectures diverses ou distinctes et même différents niveaux de lecture. Elles constituent des œuvres ouvertes qu’on accueille avec notre propre conception des choses et notre sensibilité particulière. Quand je lis un roman, quand je visionne un film ou que je regarde un tableau, il importe moins pour moi de savoir ce que l’artiste a cherché à dire que de voir comment, moi, je réagis face à cette œuvre. Ce qu’elle représente à mes yeux. Ce qu’elle apporte dans ma vie. Et cela n’a rien de prétentieux. Je crois que c’est affaire de sensibilité.

      Quand il m’arrive de revoir un grand film ou de relire un grand roman, je constate que le spectateur ou le lecteur que je suis a parfois une toute autre vision de l’œuvre. Ça m’est arrivé quand j’ai relu L’Étranger ou Wilhelm Meister. Cette dernière représente une œuvre de maturité parfaitement achevée que j’avais visité trop jeune et qui eu un impact tout autre des années plus tard. C’est toujours réconfortant de savoir que quand tu franchis le seuil d’une œuvre remarquable, la porte restera toujours ouverte.

    • @ ankh

      je sais que Ghost et vous êtes d’enthousiastes partisans de la lecture personnelle d’une oeuvre artistique, mais je reste quand même un peu en désaccord. L’interprétation d’une oeuvre, c’est bien, mais j’adore confronter mon interprétation avec les intentions de l’auteur…
      Dans ce sens, j’aime beaucoup les oeuvres de K. Vonnegut et son rapport à l’art. (je n’ai malheureusement pas le temps de m’étendre la dessus…) Bref, ca reste parfois naïf, mais bon… je vous soumets mon idée…

    • unholy_ghost a écrit :

      « Merci Fred, précis comme toujours! »

      Merci du compliment. Il y en a au moins trois qui disent ça! [/fin de l’inside]

      À propos de Dehors Novembre, je vous invite tous à visionner, si ce n’est déjà fait, le superbe court-métrage d’animation de Patrick Bouchard disponible sur le site de l’ONF.
      http://www.onf.ca/film/Dehors_novembre/

      Je l’ai découvert lors des Sommets du cinéma d’animation il y a quelques années et j’en suis resté bouleversé pendant des nuits, n’étant pas familier avec le côté sombre de l’œuvre des Colocs à l’époque.

    • “Le Québec fait une mononucléose, mais je suis assez confiant qu’il a encore du ressort.” Ghost.
      “Mourir pour le Québec? Cela n’en vaut pas la peine, à mon avis.” Ankh.
      Il faut être confiant en nos pouvoirs guérisseurs sinon à quoi bon même discuter ou vivre …
      La phrase de Ankh m’a littéralement empêché de dormir … ceci dit, je vous lit avec beaucoup de sérieux et reconnais votre pertinente clairevoyance Ankh.
      Le Québec peut encore être un exemple mondial de prise en main nationnale pacifique. Ce serait une merveilleuse boucle nouée avec les idéaux rassembleurs et inclusifs dont rêvait Samuel de Champlain!

    • Akhn, je suis tout à fait d’accord que une oeuvre valable ouvre une multiciplicité de lectures possibles, mais ici la note d’espoir ne me semble pas possible pour les raisons que l’on sait.

      Fred, le court de Patrick Bouchard est pour moi un chef-d’oeuvre. Absolument boulversant.

      Rafc, je suis d’accord avec ta conclusion. La nostalgie de l’origine et le nationalisme flirtent souvent avec le fascisme, à moins que l’on inverse les signes et que l’on parle de républicanisme ouvert, métissé, tolérant, comme l’idéal de Champlain, des Patriotes et de Lévesque.

    • Bon, Champlain n’était pas républicain bien sûr, mais vous comprenez ce que je voulais dire…

    • Ouverture, métissage, tolérance, pacifisme …. le travail consiste à démontrer que ces idéaux sont à la base de tout le fatras lexical du mouvement indépendantiste québécois.

      Ce court est en effet troublant. Scénarisé par Marcel Jean.

    • John Saul fait le travail de l’autre côté de la clôture en tous cas, pendant qu’on ne le fait pas.

    • @rafc. Je suis sincèrement désolé d’avoir été indirectement la cause de votre manque de sommeil. Si on tient à construire ce Québec inclusif et distinct de demain, il ne suffira pas d’être optimiste, mais d’ancrer cette option dans la réalité. Celle du Canada dont on devra prendre bonne note et aussi celle du Québec. Le déclin démographique du Québec par rapport au reste du Canada représente déjà en soi un signal d’alerte. Une réalité qui nous interpelle. Comme je l’écrivais plus haut, le temps viendra bien assez vite où le reste du Canada pourra faire sans nous sur le plan politique.

      En outre, le Canada a changé du tout au tout sur le plan économique. C’est là une autre réalité. Qui aurait imaginé qu’un jour, la très riche province de l’Ontario recevrait des paiements de péréquation du gouvernement fédéral, alors que la jadis très pauvre Terre-Neuve ne recevrait rien? Pourtant, c’est devenu réalité cette année : http://www.lesaffaires.com/article/0/gouvernement/2009-04-14/491720/premier-paiement-de-peteacutereteacutequation-pour-lontario.fr.html

      Cependant, il faudra que nos politiciens fassent preuve de vision politique à long terme pour rendre possible ce qui deviendra au fil du temps de plus en plus nécessaire. De ce côté-là, c’est le désert.

      Par ailleurs, peut-on imaginer être souverainiste sans être nationaliste? Le regretté André Belleau avait soulevé cette question dans un texte qui fut publié chez Boréal avec d’autres textes. Malheureusement, je ne me souviens plus du titre. Comme on le sait, le Québec est devenu une société pluriculturelle et, sauf exception, un beau modèle d’inclusion, mais le nationalisme agit souvent comme repoussoir auprès des communautés de langues autres que le français au Québec.

      Toutefois, le Québec offre un espoir. Comme l’écrivait le linguiste Claude Hagège dans son beau livre, Le français et les siècles (Éditions Odile Jacob, 1987) : « À l’illusion de la langue universelle dont l’anglo-américain incarne l’avatar moderne, la francophonie oppose le réalisme d’un espace culturel où sont assumées les différences, à travers l’idéal qui les transcende et les réunit. La défense du français signifie aussi celle des autres langues. S’efforcer d’assurer son rayonnement, c’est du même coup offrir un modèle d’alternance, en même temps qu’un espoir de promotion, à toutes les langues qui subissent elles aussi la pression d’un moyen de communication laminant les individualités. Un sain réalisme fait vite apercevoir que l’engagement actif au service des différences contribuerait dans le monde d’aujourd’hui, à l’équilibre des langues, c’est-à-dire des pouvoirs » (page 251)

      Je crois que le Québec représente le modèle auquel aspire Hagège. La langue française est l’assise ou le ferment qui permet aux autres langues de s’exprimer. Le rayonnement du français ici offre ce modèle de promotion à d’autres langues à l’intérieur même des frontières du Québec. Qu’on regarde un peu notre paysage musical qui s’exprime librement dans de nombreuses langues, y compris l’innu. À mon avis, aucune autre province canadienne (où l’anglicisation est la norme) n’offre un respect comparable pour les droits des minorités et les droits des Nations autochtones (même si ce n’est pas jojo pour chacune des 11 nations) et ne manifeste une telle ouverture à l’altérité. Le Québec dispose objectivement de tout ce qui est nécessaire pour exprimer pleinement son caractère distinct autrement que depuis 142 ans.

    • Merci ankh pour ce développement ….. je doit quitter mon clavier …. mais

      c’est Bertrand Tavernier qui disait (dans un autre contexte) “il faut maintenant passer d’un optimisme désanchanté à un pessimisme actif”, pas mal, mais allons pour l’optimisme actif si possible.

      (t’en fais pas, la chaleur y était pour beaucoup cette nuit …)

    • @ ankh

      Vous parliez d’un vieux fond anti-intellectuel au Québec. Je vous trouve indulgent!

      Quant à Dédé, je crois que lui et Aquin ont en commun un volonté très Nietzchéenne de dépasser les limites du monde tangible, l’un par la chanson et l’autre par l’écrit, mais tous deux dans la démesure émotive.

      Cependant, à mon sens, Aquin est plus Européen que Dédé. C’est peut-être ce qui explique sa conscience collective plus développée et son, alors que Dédé était peut-être plus américain (individualiste) dans son spleen et dans ses “highs”. Mais c’est difficile à dire, puisque je n’ai connu Aquin qu’à travers ses écrits.

      Quand est-ce qu’un cinéaste de qualité s’attaquera aux oeuvres d’Aquin? J’aimerais beaucoup voir Prochain épisode, Trou de mémoire ou L’antiphonaire sur grand écran.

    • Veridik, Aquin a fait lui-même trois films dont un (Le sport et les hommes) a une voix off signé Roland Barthes.

      Godbout a signé un docu sur Aquin.

      Et puis, je me souviens d’avoir entendu qu’un jeune cinéaste avait fait un truc sur Neige noire, mais je ne me souviens plus c’est quoi, probablement un essai en court métrage.

    • J’ai l’impression que La Presse a mis ce blogue sur une voie de garage… Échanges trop sérieux, j’imagine. En attendant que M. Siroka revienne.

    • Akhn, hier nous avons parlé d’architecture et d’aménagement urbain, ainsi que de la promenade Champlain et des vestiges de Beauport. Aujourd’hui dans le Soleil, drôle d’adon, un article de Lise Fournier (Ces architectes qui façonnent le paysage) parlait de ces quatre sujets.

    • Sinon, Veridik, si Prochain Épisode est adapté, je peux déjà te prédire que Lucie Laurier ne jouera pas dedans…

    • @ unholy_ghost

      Oui merci, je savais pour les films d’Aquin et le documentaire.

      Que diriez-vous de Trou de mémoire adapté par David Lynch?

      Laura Dern ferait une Joan superbe (et légèrement plus crédible que Lucie Laurier!)

    • Pour Roland Barthes, par contre, je suis surpris. merci de l’info

    • Le texte de Barthes fut publié. Aquin par Lynch, ça affole mes compteurs…

    • @unholy_ghost. Je t’invite à lire ce texte puis à lire le roman si ce n’est déjà fait : http://www.erudit.org/revue/vi/1990/v16/n1/200886ar.pdf

      C’est superbe! Et je vivais à Québec quand je l’ai lu. Car c’est à Québec que la mémoire des pierres est la plus présente et la mieux préservée. Ce qui est fascinant, c’est que l’auteur, Jacques Folch-Ribas, a une formation d’architecte (il a même travaillé avec Le Corbusier!) et un grand talent d’écrivain. Les vieilles pierres parlent et se racontent sous sa plume.

    • @ Jozef

      Bonnes vacances et bon repos.

    • unholy_ghost a écrit :
      « J’ai l’impression que La Presse a mis ce blogue sur une voie de garage… Échanges trop sérieux, j’imagine. En attendant que M. Siroka revienne. »

      C’est la coutume sur Cyberpresse de mettre les blogues « en vacances » sur la voie de garage, ce n’est pas une punition suite aux échanges trop sérieux ;)

    • Ankh, au moment où je lisais ton post sur Folch-Ribas, Jacques Poulin entra dans le café où je suis…

      Le Corbusier? Mouais… Frank Lloyd Wright, Mies van der Rohe, oui, mais Le Corbusier, non merci.

    • Curieux de savoir ce qui te repousse chez Le Corbusier, l’homme en soit ou son oeuvre (?). Y vois-tu le développement de l’habitat impersonnel et ghettoisant, genre de fascisme déguisé en architecture ? une aversion de l’angle droit?
      Lloyd Wright est définitivement le génie du siècle. On peut voir une exposition de ses projets non réalisés au Guggenheim cet été. Son projet Visions of Bagdad est époustouflant. (on imagine que tout ça auraut probablement été détruit aujourd’hui !)
      J’ai une copie du Folch-Ribas à la maison, faudrait bien que j’y plonge …

      Qui pourrait bien réaliser Aquin au cinéma ? ? ?
      peut-être que Bernard Émond pourrait faire un Invention de la Mort assez juste. Sinon un européen pourrait s’y aventurer (Tavernier avec sa fascination de l’Amérique pour Prochain Épisode, Louis Malle si il vivait encore, …) un québécois ? je vois pas, Villeneuve dans 15 ans après 3-4 autres films …?

    • D’accord (une fois de plus, cibole!) avec Ghost: Mies et FLW, sublimes et éternels. Mais Le Corbusier? Tous ces pilotis, ce béton sans âme (on est loin de celui, vibrant, de Tadao Ando…) et cette esthétique à la Fernand Léger, c’est terriblement vieilli, non? Toutefois, sa chapelle de Ronchamps reste assez belle à mon avis.

      Je me souviens d’avoir vu un bout de film proprement hallucinant montrant Le Corbusier en train de donner une conférence sur l’avenir urbanistique de Paris. Tirant soudainement un store sur lequel était collée une carte de la Ville Lumière, le voilà qu’il balaie d’un grand geste du bras tout le coeur de la ville (l’Île-de-la-cité, l’Île Saint-Louis, Saint-Germain, le Marais, etc. en disant, avec un calme qui faisait froid dans le dos: «Ça, il faudrait tout raser et remplacer par ça!» Et, toujours avec brusquerie, il descend un autre store qui présente des alignements réguliers de tours à logement et d’autoroutes. Vision pour le moins saisissante! Et le vieux avait l’air d’y croire! Sacré Corbu!

    • Ghost, si on nous tasse parce qu’on est trop sérieux, tu crois qu’ils nous laisseront tranquilles si on se met à faire des blagues de pet?

    • Tiens, Playtime de Tati serait-il en partie un réquisitoire contre l’architecture démesurée à la Corbusier. En tout cas, à la jonction architecture-cinéma, ce film est dans les pôle positions.

    • Réaliser Aquin au cinéma? Je vais vous faire sursauter : Pierre Falardeau. Je crois qu’il dispose de plusieurs atouts : (1) Il a lu Aquin et il est bien possible qu’il l’ait connu, ayant adhéré au RIN dès 1962; (2) Falardeau est non seulement familier avec l’œuvre d’Aquin, mais il l’est tout autant avec la période trouble des années 60 de même qu’avec les Felquistes dont Aquin était proche; (3) Sous des dehors de personnage vulgaire et mal dégrossi, Falardeau est un lettré. Exemple : dans 15 février 1839, cette lecture d’un texte de La Boétie par Charles Hindelang, l’un des 12 patriotes qui seront pendus; (4) Falardeau est aussi capable d’émotion dans ses films. Exemples : la scène d’adieu déchirante entre Sylvie Drapeau et Luc Picard dans 15 février 1839 ou la scène dans Octobre où les Felquistes doivent décider qui d’entre eux tuera le ministre Laporte.

      En somme, pour réaliser un tel film, le réalisateur devrait, à mon avis, combiner deux forces : littérature et engagement politique i.e. connaissance de l’œuvre d’Aquin (au fait, pourquoi faire un film sur un seul roman?) et connaissance de son engagement politique, les deux étant intimement liés, un peu comme chez Malraux. Je ne vois que Falardeau pour rendre compte de la vie et de la mort d’Aquin.

      Autre belle bataille en perspective avec Téléfilm Canada! :-)

    • Pas si fou que ça ton idée Ankh. La déclinaison de tes arguments se tient. Toutefois, le film dont Falardeau accoucherait, il me semble qu’il ne me surprendrait pas tant que ça. Les deux forces combinées (littérature et engagement politique), leur connaissance précises pourrait faire aboutir un cinéaste à un film sclérosé au total et hermétique, un peu comme les éditions sur-anotées des livres d’Aquin chez BQ! Je vois mal Falardeau transposer Neige Noire (l’ultime roman qui demande presque Lepage ou Girard) ou l’Invention de la Mort (le premier roman tout simple et subtil qui plonge dans des profondeurs humaines dignes de Émond). Parce que oui, un seul roman peut suffir, souvent lorsqu’on veut trop mélanger oeuvre et vie de l’artiste on aboutit à des patchwork incongrus, à des dédales pour initiés.
      Mais bon, pourquoi pas une autre bataille de 10 ans avec téléfilm; un peu de piquant dans les médias!

    • Cher rafc, je ne connais qu’une seule adaptation pleinement réussie d’un roman québécois : le Kamouraska de Jutra et, en passant, Anne Hébert adorait ce film non seulement parce qu’il était fidèle à son œuvre (ex. : tout ce sang rouge du cruel seigneur de Kamouraska qui n’en finit plus de se répandre sur la neige blanche), mais aussi parce que Jutra a injecté dans ce film son propre imaginaire de créateur. Pour moi, Kamouraska est le plus grand film jamais réalisé au Québec. C’est, bien sûr, un choix tout personnel.

      Pour en revenir à Aquin, je dois avouer que je n’ai lu que Prochain Épisode (et encore, il y a longtemps) et Neige Noire il y a quelques années. Disons que Falardeau serait un choix plus naturel pour Prochain Épisode et que Lepage ou Girard pourraient être des choix plus avisés pour Neige Noire, comme tu le dis, d’autant plus que la dernière œuvre d’Aquin est un mélange de genres qui incorpore roman, scénario de film ou réflexions existentielles.

      Cependant, Aquin est un personnage en soi et sa vie est au moins aussi intéressante que son œuvre. Sa vie est représentative d’une partie du Québec d’alors et il y aurait aussi tant à dire ou à faire voir sur l’écrivain et l’homme modernes qu’était Aquin par rapport à un Québec qui n’est jamais vraiment entré de plain pied dans la modernité. Si ce mélange de l’œuvre et de la vie de l’artiste pourrait aboutir à ce que tu dis i.e. un patchwork pour initiés, l’inverse pourrait être tout aussi vrai en ne se concentrant que sur un seul roman. Quand je vois Aquin, je pense aussitôt à Malraux et, en cela, j’aimerais beaucoup voir un réalisateur qui pourrait autant s’attarder à l’œuvre qu’à la vie de cet écrivain car les deux chez Aquin sont, à mon sens, indissociables.

    • Kamouraska, quel film! Incompris et massacré!

      Sinon, pendant que le loup Siroka n’y est pas, on pourrait jouer à inventer des films.

      Ma proposition:

      L’amour d’âme à âme, pudique et sublimé, incestueux comme le sont les rois et les enfants terribles, plein d’envoûtements et de drames secrets, de jeux et regards dans le temps, entre les cousins Anne Hébert et St-Denys-Garneau, avec le drame de la mort sur la jeune fille, ça ça ferait un grand film, disons par Stéphane Lafleur, Denis Côté ou Bernard Émond.

      PS: Falardeau qui adapte Aquin, ça ne me dit rien qui vaille. Deux caractères diamétralement opposés. Aquin était un Prince. Jutra aurait pu. Non, aujourd’hui, je ne vois personne au Québec. Mais Godard?

    • Je ne crois pas que l’on devrait adapter Neige noire, ni même que ce soit possible.

    • Astyanax, j’ai vu ce document sur Le Corbusier et ça fait froid dans le dos. Pire que Hausmann… À la Cité universitaire, il y a avait un Le Corbusier: mieux que tous ses épigones, c’est sûr, mais franchement pas glop. Alors que le Seagram Building, je peux le regarder une journée de temps, c’est la transe.

      D’ailleurs, tu sais que Kubrick et Clarke ont scénarisé 2001 dans un hôtel de New York, le Holyday Inn si je me souviens bien. Et bien, je me dis que Kubrick a dû se souvenir du Seagram en construisant son monolithe. Intertexte imaginaire.

    • Lepage vient de passer devant moi, après Jacques Poulain ce matin.

      Astyanax, je viens de lire le Point sur Henri IV. Intéressant. Avec la fin de sa vie très Illiade (tu aimerais). Et puis, il a eu 23 enfants de ses maîtresses légitimes, on n’a pas de misère à imaginer un 24ème avec Champlain.

    • @unholy_ghost. Je n’ai jamais lu aucune critique sur Kamouraska, le film (de toute manière, quelle importance!) que j’ai vu au moins trois fois. Et Michel Brault était le directeur photo; ça se voit. Et Geneviève Bujold ne m’a jamais paru aussi belle, aussi lumineuse. Une œuvre d’art que ce film.

      Neige noire contient pourtant de beaux éléments potentiellement cinématographiques (car l’œuvre se présente comme un scénario) qui pourraient être judicieusement irrigués par un cinéaste de talent. Cependant, je reconnais volontiers qu’une telle adaptation serait une mission périlleuse. Pourtant, il existe ailleurs des adaptations fort réussies d’œuvres littéraires : Mort à Venise de Visconti; A Clockwork Orange; Doctor Zhivago; The Godfather (mais pas le troisième volet); Rebecca d’Hitchcock; East of Eden; The Grapes of Wrath; How Green was my Valley (l’un de mes films préférés); et j’en passe.

      Seul un cinéaste de grand talent pourrait adapter l’œuvre d’un écrivain de grand talent. Je reconnais que mon choix de Falardeau était sans doute un peu hasardeux ou même mal réfléchi même si je le verrais bien adapter Prochain Épisode. Je sais qu’Anne Hébert tenait mordicus à ce que Francis Mankiewicz adapte Les fous de bassan (superbe roman qu’on peut chercher à analyser avec une bible à la main), mais les producteurs ont finalement opté pour Simoneau pour une raison que j’ignore.

      Je sais aussi que Mankiewicz fut très meurtri par ce choix. Il est mort presque oublié quelques années après cela. Et le film fut un ratage total; indigne du roman. Mankiewicz aurait sans doute pu réussir le tour de force d’adapter Neige Noire. En toute franchise, je suis d’accord avec toi : je ne vois aucun réalisateur au Québec actuellement qui saurait adapter ce roman pour le grand écran. Au Canada anglais (où l’œuvre d’Aquin est bien connue dans certains milieux)? Egoyan? Rozema?

      Bof, on parle pour parler car ce projet n’est sans doute même pas en gestation dans l’esprit d’un scénariste et encore moins dans celui d’un producteur. Il faudrait que le Québec devienne souverain ou que ça bouge en diable dans notre province politiquement catatonique pour qu’Aquin puisse s’imposer au cinéma.

    • Tu habites Québec, non? Je sais que Lepage aimait beaucoup prendre un café à l’Intemporel près du resto Serge Bruyère, rue Garneau, si ma mémoire est bonne.

    • Je goûte assez peu David Lean et pas du tout Rozema et je suis pas très loin de préférer le troisième Godfather, mais pour le reste je suis d’accord. Aquin par Cronenberg ou Egoyan, ça le fait en diable.

      Sinon, j’ai hâte de voir Le Monde de Barney que j’avais beaucoup aimé en roman. Mordecai c’est quelque chose.

    • Café Chez Temporel.

    • Akhn, toi qui connais la ville, où est située la maison où a habité Simon Bolivar pendant son séjour ici?

    • Euh, ce n’est pas une colle, je la cherche vraiment.

    • Comme tu dis Ghost, Aquin est trop aristocratique pour Falardeau. J’avais pensé aussi à Jutra, le seul ici qui aurait pu le faire.

      Sinon, Cronenberg peut-être, plus qu’Egoyan, quoique…

      Godard? Bien sûr, un Suisse!

      Qui d’autre pourrait faire ça aujourd’hui? Assayas? Pas vraiment…

      À mon avis, celui qui se serait peut-être senti le plus chez lui dans PROCHAIN ÉPISODE, par exemple, c’est l’Alain Resnais des seventies, celui de STAVISKY et de PROVIDENCE. Oui, à bien y penser, Aquin/Resnais, c’est le ticket gagnant.

      Sinon, peut-être un Allemand de la même période? Syberberg? Schroeter? J’imagine un peu Schroeter qui filme en pré-générique: «Cuba coule en flammes au milieu du lac Léman pendant que je descends au fond des choses.» Woooooo!

    • Seagram Building = Monolithe de Kubrick, c’est évident.

      Mais plus évident encore: VOICE OF FIRE de Barnett Newman = Monolithe!

      Tu l’as déjà vu à Ottawa? Un tableau vraiment stupéfiant, qui te saisit à la gorge, littéralement. Beau comme un ciel étoilé… Et impossible d’être planté devant sans penser à 2001. D’ailleurs, le film de Kubrick et le tableau de Newman ont été réalisés à peu près en même temps, vers 67-68…

    • Belle machine à fantasmes que cette idée d’un film sur les cousins Anne Hébert et Saint-Denys Garneau! Les années 20, les domaines seigneuriaux, le fleuve, des enfants poètes, des parents soucieux de préserver les apparences, dans ce pays impossible, d’une noblesse éteinte depuis longtemps. Mmmmm, tout cela sonne vraiment bien. Et si, oui, un Stéphane Lafleur était derrière la caméra…

      Ce pauvre Saint-Denys Garneau qui s’enferme pendant deux semaines dans sa chambre d’hôtel, complètement terrorisé, lors de son unique voyage à Paris! Qui a dit qu’il était facile d’être sensible et de vivre au Québec?

    • Astyanax, oui, j’ai vu Voice of Fire, et l’émotion que j’ai ressentie valait bien les quelques millions que le Canada a payé…

      En France, quand on est Québécois, on ne peut qu’être terroriste ou terrorisé… Nelligan aussi est resté enfermé dans sa chambre, si je ne m’abuse.

      Resnais, je n’y avais pas pensé, mais c’est parfait. Beaucoup de liens entre les deux univers. Et le Godard du Petit Soldat. Tu imagines Godard dire en voix off: “«Cuba coule en flammes au milieu du lac Léman pendant que je descends au fond des choses.».

      Arnaud Desplechin, ce serait pas mal non plus, style La Sentinelle.

    • Bonjour tous…

      J’admire encore une fois votre érudition…

      Par contre, bien que d’accord sur le lien entre Voice of Fire et le monolithe de 2001, je n’arrive pas à comprendre votre émotion vive envers cette peinture….

      Ca reste… un art qui me touche moins, disons…

    • jimbojones, je pense que c’est des oeuvres (celles de Newman) qu’il faut absolument voir en musée, et ainsi jouer lentement avec les distances et apprécier les grandeurs des cadres. Pour moi, encore plus qu’au monolithe, c’est au tunnel de visions hallucinatoire que renvoie certaines oeuvres de Newman, le mouvement qu’elles semblent contenir.
      J’adore toutefois votre lien fait avec le Seagram, dans le roman de Clarke la stelle est translucide et donc inmontrable; quand on pense que le Seagram s’est fait par collaboration (comme 2001) avec Philip Johnson, le mec de la Glass House, il y a tout un réseau de similitudes qui se tisse…

    • Jim, la première fois que j’ai vu Voice of Fire, il y avait une guide et une cinquantaine d’enfants. Les marmots piaillaient et la dame gueulait pour capter leur attention. Pas vraiment les meilleures dispositions pour découvrir un chef-d’oeuvre absolu. Puis la dame a demandé aux enfants de regarder les lignes dans le tableau, n’arrêtez de regarder, il y a quelques choses qui va apparaître, là, vous voyez la couleur jaune et le mouvement vers la droite (de mémoire). D’un coup, les cinquante enfants se sont tus. Et puis, ils ont fait woah!!!

      Je me suis dit que quelques millions pour que des milliers d’enfants s’initient aux mystères de l’art et de la perception, c’est peu cher payé.

    • Voice of Fire, c’est comme le monolithe: minimum de visibilité pour une maximum d’invisibilité.

    • Pour ce qui est de Neige Noire, effectivement, c’est foncièrement inadaptable, puisque l’impossibilité du discours filmique en est justement un des thèmes centraux. Mais comment ne pas résister à l’envie d’entendre en voix off toute ces parenthèses philosophiques sur des vues de paysages désolés de la Norvège du Nord qui, brusquement, seraient coupées par des plans du centre ville montréalais ….

      Des romans inadaptables jugés intouchables il y en a eu une bonne brouette qui sont passés au cinéma; Naked Lunch, qui, en fait, arrivait à mêler habilement oeuvre et vie de l’écrivain, c’est parfaitement possible. Par contre je pensait plus à des films comme Hammett de Wenders qui eux n’ont pu éviter le “dédale pour initiés”.

    • Anne Hébert et Aquin ont travaillé à l’ONF dans les années 50, avec Jutra, Brault, McLaren, Perrault, Lipsett et cie. Une telle concentration de génies au même endroit, ça ne s’était jamais vu et ça ne se verra plus jamais.

    • @ vous autres, la ;-)

      D’accord, je me promets d’aller voir Voice of Fire dès que je retourne à Ottawa (any decade, now)

      Ca me rappelle une discussion sur l’art et la place de l’art dans la société dans un livre de Vonnegut (Breakfast of Champion, il me semble…) ou un musée achète une peinture abstraite, et la population est scandalisée jusqu’à ce que l’artiste explique pourquoi il a peint une ligne rouge sur un fond vert… Mais bon, ca reste du Vonnegut, une oeuvre cynique et sarcastique, mais quand même…

    • Vous saviez que Kubrick avait une admiration pour Arthur Lipsett et les techniciens de l’ONF et qu’il voulait tourner 2001 dans les studios montréalais, mais que les dirigeants n’ont pas voulu, prétextant qu’ils aimaient mieux se concentrer sur le docucu.

    • “Mais comment ne pas résister à l’envie d’entendre en voix off toute ces parenthèses philosophiques sur des vues de paysages désolés de la Norvège du Nord qui, brusquement, seraient coupées par des plans du centre ville montréalais ….”

      Un peu maso, on pourrait aussi mettre les milliers de notes de bas de page de l’édition critique (insupportable à lire) en voix off…

    • bon j’arrête, de toute façon j’y crois même pas.

      mais de grâce ne comparez pas les parenthèses de Neige Noire aux infâmes notes en bas de page de BQ. on est pas dans le même masoshisme.

    • @ jimbojones

      Je ne saurais trop vous encourager à vous rendre à Ottawa pour admirer le puissant tableau de Barnett Newman. Cette oeuvre pourrait à elle seule justifier le voyage. Mais si vous y allez en vous disant que vous allez détester ce tableau ou qu’il faudra bien y «comprendre» quelque chose, alors oubliez ça et restez chez vous, la magie n’opérera jamais.

      Voilà le genre d’oeuvre qu’il faut d’abord vouloir aimer pour y arriver. Et si ça arrive, vous verrez comment les autres oeuvres contenues dans la même salle (et non les moindres, des Rothko, d’autres Newman…) sont comme écrasées, rendues insignifiantes par VOICE OF FIRE. Vraiment un des plus beaux tableaux du monde à mon avis.

    • astyanax a écrit :
      « Depuis plus de dix ans que ce travail de casse a commencé, et il va bon train. Pour ma part, j’ai supporté longtemps cet abrutissement progressif, mais j’ai flanché la première fois que j’ai entendu Rebecca Makonnen parler de «««««culture»»»»». Depuis, R-C et moi, c’est fini. »

      Incluez-vous la radio dans ce constat? Les plus récents changements ont été annoncé pour la programmation d’automne : Languirand déplacé (du dimanche au samedi), Charrette amputée (30 minutes de moins par jour), Giroux téléportée (sur Espace Musique, c’est fait depuis longtemps, mais son émission de musique francophone sur la Première est remplacée par une émission d’affaires publiques, je crois). Seule bonne nouvelle : retour de Jacques Bertrand, mais ce n’est une bonne nouvelle que si on fait abstraction de la disparition de son Macadam Tribu, ce qui m’a passablement irrité.

      unholy_ghost : Tu as vu District 9? C’est en plein dans tes cordes, même si dans un billet précédent, tu semblais redouter ses airs de V (à moins qu’on dise TQS, maintenant). J’attends tes allusions à la Shoah sur le sujet (héhé).

    • @ frederic_clement_qc

      Mais c’est bien sûr que j’inclus la radio dans le constat que j’ai tiré à propos de Radio-Canada! La télé publique, il y a longtemps que ça n’existe plus! Quand même quelqu’un comme Patrick Groulx peut présenter son émission sur les ondes de la société d’État, c’est que l’idée traditionnelle d’une télévision publique au service du développement culturel est bel et bien morte. Désolé, mais il n’y a pas d’autre mot. J’ai la chance, depuis une décennie environ, de passer plusieurs semaines par année au Japon. Or, là-bas, la NHK propose CHAQUE SOIR des concerts de musique classique, des séries historiques (les Japonais ont une connaissance ahurissante de leur histoire…), des discussions sur l’art, la littérature, des cours de langues (le lundi soir c’est le français, le mardi l’italien, etc.) Par exemple, je me souviens, il y a quelques années, d’un long entretien avec le prix Nobel de littérature José Saramago, entretien présenté en plusieurs parties, chaque soir (à 20h., en prime time!) pendant toute une semaine! Et tout ça sans publicité bien sûr! Sans doute, la NHK ne jouit pas des meilleures cotes d’écoute, mais grâce à elle, pour TOUS les Japonais l’histoire, la philosophie et la musique classique sont choses sérieuses et respectables, ce ne sont surtout pas des sujets qui n’intéressent que quelques rares dinosaures excentriques et/ou snobs comme c’est le cas dans d’autres pays que je ne nommerai pas… Je me souviens d’un philosophe français (dont il m’écoeure d’avoir oublié le nom…) qui avait dit lors d’un entretien que c’est une adaptation de l’ODYSSÉE d’Homère qui l’avait mené à la philosophie, lui, un fils d’ouvriers qui avait grandi dans un désert culturel. Avec la télé de Radio-Canada actuelle, un tel miracle n’est absolument plus envisageable. Ça coûterait quoi à R.-C. de présenter un Renoir, un Antonioni, un Cassavetes par semaine? Et pendant ce temps, sur les ondes de TFO…

      Quant à la radio, le même phénomène de destruction de la culture s’est mis en marche, surtout depuis que Sylvain Lafrance en mène large dans l’édifice du boul. René-Lévesque. Il y a à peine 10 ans, on pouvait y entendre des gens comme Stéphane Lépine ou Jean Larose nous parler de Philip Roth, Montaigne, Ingeborg Bachman, Jacques Derrida, William Faulkner, Martin Heidegger, … Vous voulez vraiment que je tourne le fer dans la plaie en en nommant d’autres? À l’heure qu’il est, où pouvons-nous entendre ces noms? Qui nous parle de cette culture-là? NULLE PART ET PERSONNE! Aujourd’hui, pour la «littérature», nous avons droit à… Dominique Lévesque cibole! Et ce n’est guère plus reluisant au rayon de la musique. C’est quand la dernière fois qu’on a entendu Luigi Nono ou Karlheinz Stockhausen à la radio publique? Comment connaître (et aimer) cette musique si personne ne la diffuse, si personne n’en parle jamais?

      Parler de Radio-Canada me transforme systématiquement en (pas si) vieux grincheux vaguement réac, un rôle que je déteste. Quelqu’un aurait-il l’obligeance de m’offrir des arguments qui me permettraient d’être plus optimiste quant à la diffusion de la culture au Québec?

    • @frederic…
      “J’attends tes allusions à la Shoah sur le sujet (héhé).”

      Héhé! Ça commence à faire fond de commerce, je vais me garder une gêne…

      @Rafc

      Excuse-moi d’avoir donné l’impression que je foutais de ta gueule. Ce n’était pas du tout le cas.

    • Quelle horreur le V de TQS. Un peu plus conséquent, il aurait plutôt choisi le S…

    • En même temps, Astyanax, la grande culture a jamais été si disponible, la Grande bibliothèque déborde de monde. Quand on est inculte aujourd’hui, c’est vraiment qu’on l’a choisi.

    • @ Ghost

      Oui mais…

      La télé publique, tu allumes le poste et ça vient à toi, ça te prend par la main, ça fait ton éducation.

      Internet et la Grande bibliothèque, c’est génial, mais quand t’es un ti-cul qui connaît rien de rien et que tu entres dans l’un comme dans l’autre, tu commences par où? Tu vas où?

      Il y a encore l’école, mais…

    • Oui, ils auraient pu choisir le «S», mais il paraît que Laurel et Hardy sont antisémites! (inside joke)

    • Mais qu’est-ce que c’est que ce BORDEL ??!! Suffit que M. Siroka parte en vacances pour que ce blogue consacré (je vous le rappelle) au CINÉMA (!!) soit soudainement envahi par de longs débats sur l’avenir du Québec ?? ET CE, ALORS QUE LE DERNIER TARANTINO VIENT DE PRENDRE L’AFFICHE ??!!!

      N’ayant pas visité ce blogue depuis quelque temps, et revenant tout juste du visionnement de INGLORIOUS BASTERDS, j’avais hâte de lire les impressions des cinéphiles avertis qui peuplent habituellement ce lieu virtuel, mais je le trouve au contraire envahi de Trolls qui, tels des souris, dansent pendant l’absence du Chat Siroka !! ASSEZ !!! ;)

      Bon, je lance le bal et je note les emprunts/allusions tarantinesques les plus évidents :

      TOUTE la mise en scène du premier chapitre est directement inspirée de la scène d’ouverture du BON, LA BRUTE LE TRUAND où Lee Van Cleef rencontre un père de famille dont il veut obtenir des renseignements. Même façon de voir la menace venir au loin, même réaction du père (invitation à manger, dire aux enfants de s’en aller, gros plans qui s’éternisent, …) etc. Même conclusion explosive …

      Bien sûr je n’apprendrai rien à personne ici en disant que Tarantino est un fan du BON, LA BRUTE ! Vous vous souvenez de la séquence de torture de Eli Wallach au son de la musique de l’orchestre de prisonniers à l’extérieur (et Lee Van Cleef qui lui demande ‘Tuco, tu aimerais entendre de la musique en mangeant ?) Ça vous rappelle pas Michael Madsen qui demande au policier ligoté ‘Ever listened to K. Billy Superstars of the 70’s’ juste avant de le torturer ? Bref …

      J’arrete ici avant qu’on m’accuse de lancer des SPOILERS à ceux qui n’ont pas encore vu le film (mais je pourrais continuer comme ça pendant un bon bout, et vous aussi d’ailleurs, alors on se dit à bientôt pour une autre partie de ‘Nommez l’emprunt !’ ;-)

      P.S. On pourrait aussi jouer à CHERCHEZ LE WILHELM SCREAM, ce fameux cri utilisé à toutes les sauces depuis des années (voir lien ci-dessous) Il y en a bien un, entendu dans le dernier chapitre du film !

      http://filmscultes.blogspot.com/2009/08/le-wilhelm-scream.html

    • Wo, wo, wo, calmez-vous un peu le pompon Eraser, le film de Q.T. est sorti depuis à peine… cinq heures! On peut-tu avoir le temps de le voir avant d’en parler?

    • @unholy_ghost, astyanax et al. Tout d’abord, cher unholy_ghost, je n’ai pas souvenir de la résidence où Simon Bolivar a été accueilli ni même quand il aurait été reçu à Québec. Je sais qu’il a beaucoup voyagé en Europe dans les années 1799-1804 environ, mais je doute qu’il séjourna à Québec durant cette période car il était encore très jeune (moins de 20 ans) et inconnu. Je sais aussi qu’il fut un modèle pour les Patriotes. L’un d’entre eux, Amury Girod, aurait même servi dans son armée de libération.

      Je dirais que son séjour à Québec pourrait avoir eu lieu dans les années 1820, ce qui serait logique car il avait accompli le meilleur de sa destinée et le Parti canadien devint le Parti patriote en 1826, un changement de nom annonciateur de ce qui allait suivre. Je te suggère de prendre contact avec la Société historique de Québec. J’ai eu beau leur passer un coup de fil, mais ils n’ont jamais retourné mon appel. Tiens-moi au courant si tu fais des démarches; cela m’intéresse vivement.

      Par ailleurs, il est vrai que Radio-Canada n’est plus ce qu’il était (télé + radio). Il en va de même de Télé-Québec. Perso, j’avais plaisir à voir l’émission Il va y avoir du sport le vendredi soir; certains débats valaient le détour, mais cette émission n’existe plus. Côté télé, je ne vois que deux réseaux où je trouve un peu de quoi me nourrir intellectuellement : ARTV et PBS. Surtout PBS.

      Pour Charlie Rose que je considère un héritier assez digne du grand Edward R. Murrow. Pour Bill Moyers qu’on peut voir parfois dans des reprises de grandes entrevues (ah Joseph Campbell et The Power of Myth! Une extraordinaire série d’entrevues.). Pour le NewsHour with Jim Lehrer. Pour les remarquables séries documentaires de Ken Burns (Jazz, Baseball, Guerre de Sécession, War, entre autres). Pour les excellents spectacles de danse et de musique, souvent interrompus par les levées de fonds, mais bon, ça reste de la bonne télé.

    • @ ankh

      Bien sûr, je suis aussi un fan Charlie Rose. Je ne faisais le procès que de Radio-Canne. De la bonne télé, ça existe encore, mais de moins en moins en français.

    • Un fan DE Charlie Rose, aurais-je dû écrire…

    • A Charlie Rose fan! Vous vous anglicisez subrepticement. :-)

      Pour eraserhead : je commenterai assurément ce film quand je l’aurai vu et je n’ai certes rien d’un troll. Je ne trolle jamais (trop ennuyeux). Je préfère le lancer léger!

    • La meilleure émission de télé culturelle qui m’est été donné de voir fut Le Cercle de Minuit dans les années ‘90 sur tv5, animée par Michel Field et ensuite par Laure Adler. Jean-Marie Straub qui s’engueule et hurle contre le fait qu’on montre des images d’abatoires aux nouvelles télévisées; Julian Schnabel qui pleur quasi d’émotions par la profondeur des questions qui lui sont posées, comparées à celles qu’il recoit aux usa ….. enfin, c’était magnifique …. jamais rien de tel au Québec … seulement Contact (!).
      Vrai Astyanax, il faut un tout cuit dans le bec à un certain moment pour allumer des feux, pour soulever des rideaux.

      @Ghost. y’a pas de quoi et t’en fait pas. Tu sais comme moi que de la rancune de blogue, si on se permettait d’en avoir, ce serait une chimère complètement ridicule. Le débat peut se hausser un peu, prenons exemple sur Straub ! hey, on vient de se faire traité de troll ou pas!

      p.s. j’aime bein ton blogue Eraserhead, j’y vais de temps en temps.

    • @ rafc

      Oh oui, le Cercle de minuit avec Michel Field. J’y avais découvert, stupéfié, Dominique A et Katerine, réunis lors d’une seule et même émission. Et j’entends encore la superbe musique de Geoffrey Oryema qui accompagnait le générique…

    • Dis donc Ghost, pendant que moi je me fais pincer la joue par ce tâcheron de Wolfgang Petersen, toi tu te la joues beau gosse écossais chez Polanski. Eh ben!

      http://www.youtube.com/watch?v=smpply9kvYc

    • Sinon, il n’y avait pas que les bâtards de Quentin à se mettre sous la dent aujourd’hui. Il y avait aussi les premières images d’AVATAR. Vous les avez vues?

      J’irai très certainement voir le film, mais l’avant-goût me semble bien indigeste. En fait, cette esthétique très «fantasy» m’apparaît aussi laide qu’un film de Guillermo del Toro…

    • @astyanax. Wolfgang Petersen, un tâcheron? Il a été plutôt avare de films depuis le début de sa carrière et, même si ses dernières réalisations te portent sans doute à tirer cette conclusion (ses derniers films sont des navets, c’est vrai), il n’en reste pas moins qu’un tâcheron n’aurait jamais pu réaliser Das Boot ou encore In the line of fire qui constitue l’un des meilleurs thrillers des années 90. Un grand merci à Malkovich, mais cela n’en reste pas moins un très bon film.

      Tu sais, cher ami, je fuis comme la peste les jugements lapidaires sur un réalisateur ou un autre. André Forcier a déjà traité Charles Binamé de tâcheron. Pourtant, Eldorado est un beau film qui nous a permis de découvrir de jeunes acteurs prometteurs et, pour ma part, je considère que Binamé a fait une adaptation fidèle du roman de Claude-Henri Grignon. J’ai même beaucoup aimé Maurice Richard, surtout en raison de l’interprétation très convaincante de Roy Dupuis. Et l’époque est bien reconstituée.

      Il y a une couple de jours, unholy_ghost écrivait qu’il n’était pas loin de préférer le troisième Godfather (que, perso, je considère comme un film raté) aux deux premiers. Le personnage de Michael est central dans les trois films, surtout dans le dernier car aucun personnage de premier plan ne lui donne la réplique. Pacino est donc fin seul et il se plante par cabotinage et en sur-jouant. Michael est un monstre froid. Contrairement à son père, il n’a aucun sens de la famille. Aucune appartenance à la sienne, dont il a même fait assassiner deux proches. Dans les deux premiers films, Michael est tout en retenue et rarement il fait éclater sa colère.

      Dans le troisième film, Pacino interprète Michael comme il interprète tous ses personnages depuis quelques années : yeux hallucinés, aucun jeu intérieur, criant presque constamment son texte. Il montre (et pas à peu près) plutôt qu’il ne suggère. La fin du troisième film, quand il tient sa fille morte dans ses bras, est une apothéose de médiocrité sur tous les plans, notamment le jeu de l’acteur principal et la réalisation bâclée de Coppola qui a dû faire ce film pour refinancer son vignoble.

      Concernant David Lean, je dirais que tout réalisateur qui aurait pu faire Bridge on the River Kwai, Doctor Zhivago et Lawrence of Arabia (trois films d’une grande densité psychologique) aurait pu prendre sa retraite ou même mourir après, qu’on aurait retenu son nom.

      P.S. : Un peu de provoc aimable pour nourrir ce blogue avant le retour de M. Siroka … rien de plus. Toutes mes excuses. It’s nothing personal, comme dirait l’autre.

    • Vos provocations seraient moins aimables que je n’en vous aimerais pas moins mon cher ankh! On me reproche assez souvent mes opinions tranchées. Je n’en suis pas particulièrement fier mais, que voulez-vous, c’est ainsi que je suis fait. Question de tempéramment j’imagine. Vous connaissez le fameux mot de Cocteau: «Ce que les autres te reprochent cultive-le, c’est toi.» Ben oui…

      Je disais que je vous aime bien, c’est tout à fait vrai. Mais je ne partage pas du tout certains de vos goûts. Par exemple, je ne suis pas de ceux qui croient que DAS BOOT est un grand film et je tiens Charles Binamé comme l’un des pires cinéastes au monde (sans blague). EL DORADO, tout de même, c’est n’importe quoi. Ces monologues de Pascale Montpetit chez son psy, ces intenses solos de violoncelle dans l’été montréalais, désolé mais je trouve ça insupportable. Oui, Forcier avait bien raison; quoique dans son cas, de telles paroles relèvent d’un manque de lucidité et d’un culot sans bornes. L’EAU CHAUDE, L’EAU FRETTE et, surtout, BAR SALON étaient tellement magnifiques, comment peut-il nous livrer aujourd’hui des choses aussi immondes que LA COMTESSE DE BÂTON ROUGE et LES ÉTATS-UNIS D’ALBERT?

      Sans rancune ankh?

    • Astyanax, je suis assez d

    • Ordi de merde, j

    • @astyanax. Sans rancune, si vous y tenez; mais non, je blague. Si je vous disais que Binamé est un sous-Claude Autant-Lara, je vous ferais sans doute plaisir car il est difficile d’être plus bas que ça. Pour moi, Eldorado est tout de même un beau film (non pas un grand film), et ce, pour plusieurs raisons : réalisme urbain mâtiné de touches d’onirisme; musique épousant le vécu et les gestes des personnages; liberté consentie aux acteurs d’improviser leur rôle par moments qui semble aller de pair avec une réalisation bellement maîtrisée; cadrages réussis et éclairage naturel; etc.

      Das Boot? J’ai été saisi par ce huis clos oppressant. Par ces marins alliés du destroyer torpillé qu’on abandonne à leur sort, alors que cela va à l’encontre des us et coutumes de la mer. Par cette caméra vivante qui fait corps avec l’équipage du U Boat. Par ces cris et mots d’ordre qui se répercutent tout du long des parois de cette grosse citerne. Par ce fait indubitable que la guerre est une question de survie qui laisse bien peu de place à la compassion envers l’ennemi. Par ces scènes de bataille rondement menées et sans l’appui d’effets techniques trop appuyés. Et surtout pour ce que ce film donne à voir sur la guerre et la nature humaine qui n’est guère réjouissant.

    • Ghost, on dirait que ton ordinateur est en mode «Mini-Twitter», 15 caractères max…

    • @ ankh

      Oui, bon, dit comme ça, comment ne pas avoir envie de revoir le film de Petersen?

      Mais pour EL DORADO, je vous avertis, vous perdez votre temps. Une cause désespérée, vraiment.

    • Non, Binamé n’a rien fait au cinéma qui vaille vraiment la chandelle. À la rigueur son meilleur c’est le 12 du 12…! Eldorado et Coeur au Poing sont en partie responsables de l’éclosion du mouvement des chroniques nombrilistes du plateau qui a vite trouvé son impasse (Villeneuve, Turpin …). Je préfère de loin ses dessins, qu’on peut voir à la galerie Gala sur Saint-Laurent, tout en retenue, simples, fins et sensuels, c’est très sympathique.

      C’est drôle, j’ai aussi un penchant pour Godfather 3, et, mon dieu est-ce que je l’écris, toujours pensé que le 1 était surévalué ! il ya rien comme Il Était une fois en Amérique. Mais, là je parle par instinct, ça doit faire 10 ans que je ne les ai vu.

    • Coppola a bien évidemment voulu traiter cette 3ème partie comme un Opéra, au contraire des deux premiers. Tout ce que tu relèves ankh s’approche de cette esthétique. Le jeu complètement extériorisé, même sur-joué; criant ou plutôt chantant. L’isolement de Michael reprend cette figure de la Primadona s’aliénant tout son entourage, ne choisissant qu’un(e) seul(e) protégé, par élan de vanité de surcroît. Et évidemment tout cette finale grandiloquente digne du faste vide et pleurnichard qu’un opéra, à l’antipode de la suggestion autre que musicale, peut avoir.
      Seulement tourné pour des raison pécunières ? j’en doute. On est loin de Peggy Sue tout de même !

    • Astyanax, ne m’en parle pas, j’ai perdu un long post sur un ordi merdique d’un café internet…

      Même si c’est sûrement un bon bougre, je trouve aussi que Binamé est un tâcheron (mais certainement pas le pire cinéaste au monde, même pas au Québec – il y a quand même Canuel…). Par contre, je dois avouer que j’aime aussi Eldorado. Pas tellement pour les qualités esthétiques, encore que c’est un film qui cassait moule avec son petit budget et son côté Nouvelle Vague dans la rue, alors que le cinéma québécois de l’époque se distinguait mal des téléromans, mais plutôt parce que ce film captait le zeitgeist de l’époque, en tous les cas celui de ma jeunesse paumée (madeleine, quand tu nous tiens!), avec ce mélange d’idéalisme et de nihilisme. Et puis je dois être dans un des plans du rave, je me souviens bien de l’équipe de tournage. Un plaisir coupable, si vous voulez. Comme disait Godard en parlant de Vadim, il semblait en avance parce que tout le monde était en retard, maintenant que tout le monde est à l’heure avancée, c’est lui qui semble dépassé puisque sa montre est arrêtée.

      En petit troll, je compte bien voir Tarantino ce soir et me changer en princesse elfe…

    • Pour moi, Godfather 3 est le plus émouvant. Belles mécaniques les deux premiers, mais je préfère le troisième. Portrait de l’artiste en mafioso, Coppola tombe le masque avec son portrait d’homme dépassé dans son artisanat par les grands pouvoirs des banques, en quête de respectabilité mais si personne n’est dupe, vanité des vanités et mise de côté au profit de plus fins renards. Alors qu’il aurait pu avoir les meilleures actrices au monde, il choisit sa fille, lui mettant le pied à l’étrier (elle fait une superbe carrière depuis), alors que c’est justement l’histoire d’un pater familia qui a négligé sa famille. Pour moi, les plus belles scènes sont dans ce film, de vrais morceaux de bravoure: la poursuite des tueurs siciliens, l’acmé final, les hélicoptères qui mitraillent les parrains, Andy Garcia et la journaliste attaqués, la scène bouleversante de la confession de Pacino, la scène incestueuse des gnocchi, la nostalgie du retour en Sicile… Et puis c’est le plus grand film politique des vingt dernières années; tout ce que l’on vit aujourd’hui est dans le film: pouvoirs occultes de l’argent, les banquiers en mafiosi suprêmes, chambres de compensation, blanchiment d’argent, complots, etc.

      PS: C’est drôle que vous parliez de Dominique A, je viens de passer deux jours avec sa cousine qui l’appelle “mon frère”.

    • Akhn, tu sais que c’est Joseph Campbell qui a inspiré Star Wars à Lucas. Je vais essayer de trouver ces entrevues.

      Sinon, Astyanax, je suis certain que tout le monde dans une vie tombe par hasard sur une grande oeuvre qui percute ou non, qui percole ou non. À partir de là, les gens sont responsables. Pour moi, la grande culture radio-canadienne, genre télé-théâtre ou Robert Guy-Scully, cela a plutôt tendance à me dégoûter de la culture. Je préfère écouter Minuit le soir ou la Zone…

    • Rafc, je me souviens d’une émission du Cercle de minuit où un comédien, accompagné par le père de Philippe Garel, Maurice je crois, a répondu par un long silence gêné à une question, presque de l’aphasie, et Laure Adler a laissé le silence sans essayer de le meubler pendant, si ma mémoire n’exagère pas, presque une minute. Le meilleur moment de télé que j’ai vu.

    • Je viens de croiser deux bimbos avec des t-shirt pour faire la pubs du V de TQS. Sur l’une il y avait en gros caractères jaunes “Vice”, sur l’autre “Vibrant”. Tout un programme…

    • Akhn, je fais mon enquête sur Bolivar et tu as mille fois raison, troller ce n’est pas pêcher (et avec on sonar, c’est la honte).

    • Et puis, Godfather 3 c’est une leçon de cinéma (à sa fille…). Après sa traversée du désert des années 80, Coppola (Pacino) dit à un jeune cinéaste (Garcia), si tu veux baiser Hollywood (ses ennemis), ne dit jamais ce que tu penses.

    • Eraserhead, si tu trouves un emprunt d’un film français des années 40, tu reçois trois morceaux de robot…

    • D’accord pour GODFATHER 3. Est-ce le meilleur des trois? Je ne sais pas, je n’arrive pas vraiment à les départager tous les trois, même si la tonalité du dernier volet est un peu différente des deux premiers, même si j’y trouve un poil moins d’élégance (présence d’Andy Garcia?) et de souffle que dans les les deux premiers. Et puis, tout de même, la scène finale du premier entre Pacino et Keaton, il n’y a rien de tel dans le troisième. Remarquez, il n’y a peut-être rien de tel dans tout le cinéma américain… Je marche un peu sur des oeufs là, ça fait longtemps que j’ai vu tout ça…

      EL DORADO, c’est aussi ma jeunesse, les lieux que j’ai habités, les endroits que j’ai fréquentés, mais tout de même, ces solos de violoncelle… Il fut un temps où on brûlait des gens pour moins que ça… Cela dit, c’est vrai que Canuel…

      Et Ghost, ta référence à Robert-Guy Scully pour aborder la question de la culture à R.-C. dégouline littéralement de mauvaise foi… Ce n’était pas que ça, tout de même, les émisions culturelles de Radio-Canada! Et je préfère de loin Le Monde de Marcel Dubé à Infoman et son parti-pris anti-intellectuel! Ceci dit, j’aime aussi Minuit le soir (meilleure émission québécoise des 10 dernières années) et la Zone (surtout quand Gérard Gagnon fait des petits dessins bleus sur des jeux anodins au ralenti…)

    • J’ai déjà passé une soirée au resto avec Dominique A et Françoise Breut, à l’époque où ils étaient ensemble. Pas assez pour l’appeler «mon frère», mais quand même inoubliable.

    • Dis donc, Ghost, la cousine du Dominique, c’est avec toi ou avec VERY IMPORTANT PIPLETTE qu’elle a passé deux jours?

      Désolé pour l’indiscrétion, c’était plus fort que moi; mais t’en fait pas, je ne dirai rien. Et puis tu me dois une sorte de copyright pour le clip de Polanski…

    • @unholy_ghost. Vrai que Campbell a inspiré Lucas pour les Star Wars, ce que Lucas a lui-même reconnu. J’ai lu The Power of Myth, à savoir la série d’entrevues que JC a accordée à Bill Moyers. Campbell nous montre, entre autres, clairement que les mythes – petits et grands – imprègnent même notre vie quotidienne. On ne peut y échapper. Moyers me manque beaucoup. Il n’avait pas son pareil pour mener brillamment des entrevues avec des personnages en principe difficiles d’accès (Campbell était une exception car il combinait une remarquable érudition avec un grand talent de raconteur).

      Le Godfather 3, le plus grand film politique des 20 dernières années? Disons que je me permets de diverger poliment d’opinion avec toi. Dans la veine des films politiques au sens large, je retiens notamment Charlie Wilson’s War, Milk, Children of Men, Amen, Syriana et The Queen même si j’avoue une préférence pour Goodnight and Goodluck, surtout pour le combat central entre McCarthy et Murrow qui gravite autour d’un élément essentiel du premier amendement de la constitution américaine : la liberté de presse. Et aussi pour le discours étrangement prémonitoire sur la situation des médias qui est livré par Murrow vers la fin du film. Si Murrow vivait aujourd’hui, il aurait franchement honte de ses confrères.

      Un sonar? Jamais car c’est tricher. Je pêche toujours the old fashioned way. À la rame, sans sonar et avec deux cannes pour le lancer léger. Et je me fie à mon instinct pour trouver les endroits les plus prometteurs.

    • Astyanax, la mauvaise foi c’est mon rayon…

      Sinon, je ne reconnais pas le droit d’auteur (copyleft)…

      Unholy Ghost et Very Important Piplette (inside) ne font qu’un. Pour les pseudos pouic, je suis le roi… Il y a aussi Garçon de plage dont tu reconnaitras l’à-propos…!

      Akhn, je reconnais le dandy de la pêche, l’un des arts les plus nobles, un truc vraiment subversif dans notre société anti-contemplative…

      J’ai passé la journée à descendre la Rivière Jacques-Cartier, hommage à Anne Hébert et St-Denys-Garneau, et une cueillette de Lactaire de suie a fait notre soirée bien arrosée (la vraie vie). D’où le post aviné. Désolé.

    • Astyanax, les violoncelles ont toujours raison…

    • @UnHolyGhost 3 morceaux de robots pour trouver une allusion à un film des années 40 dans INGLORIOUS BASTERDS ? Bah ! C’est trop facile ! (Elle sont partout, surtout dans les affiches de films et sur la marquise du cinéma de Shosanna)

      Toutefois, je veux un morceau de robot pour le lien suivant, beaucoup plus obscur et psychotronique : le faux nom utilisé par Shosanna est Emmanuelle Mimieux, même nom que l’actrice Hollywoodienne Yvette Mimieux, vedette du film culte grindhouse JACKSON COUNTY JAIL (1976), film favori de Tarantino dans lequel elle interprète une héroine assoifée de vengeance (à la Kill Bill) suite aux mauvais traitements qu’elle a reçus de la part de policiers Red Neck de Jackson County.

      Autre détail amusant : Yvette Mimieux jouait aussi dans le classique de science-fiction THE TIME MACHINE (1960) aux côtés de l’acteur Rod Taylor … qui joue le vieux Winston Churchill dans INGLORIOUS BASTARDS !!

    • Eraserhead, pas mal, tu as ton morceau de robot.

      Pas à dire c’est tout un film. Tarantino est le cinéaste le plus courageux de la planète cinéma. Ce type n’a peur de rien.

    • Astyanax, le parti-pris anti-intellectuel d’Infoman? Il va falloir que tu expliques, même si je subodore que tu peux prouver ton point.

      Pour ce qui est de la question générale, je dirais que pour moi la culture est la qualité du regard que l’on porte sur les choses, et non celle des choses en soi. La vieille culture radio-canadienne prônait que pour avoir de la culture il fallait aimer le théâtre classique, la littérature et la musique classique dans un français métropolitain impeccable et surtout ne pas consommer de la culture populaire. Pour moi, ce n’est que de la distinction si ça ne permet pas de réfléchir sur les arts populaires, la télévision, le rock, etc. Aujourd’hui, la distinction entre culture légitime et culture “basse” n’a plus de sens. D’autant plus que tout ce qu’on appelle la “grande culture” n’était rien d’autre que de la culture vulgaire jadis. Il faut être capable de comprendre l’intérêt ou non de tous les objets, d’une pièce de Dubé à une feinte de Kovalev… Après, c’est bien certain que beaucoup s’enferment dans la culture pop et ne sont pas capable de passer de Lady Gaga à Mahler, de Tarantino à Shakespeare; c’est une autre forme de distinction. Après, on dira que c’est du relativisme et que Shakespeare est supérieur à Tarantino. Peut-être, mais il faudra pour décréter cela se mettre d’accord sur des critères, ce qui n’est pas certain, et que la question de la supériorité de l’un sur l’autre soit une question intéressante – en dehors du fait de se sentir supérieur à ceux qui aiment Tarantino.

      Je te dis cela, mais je sais que nous sommes en grande partie d’accord.

    • @Unholyghost

      COURAGEUX en effet ! Je dois dire que je ne m’attendais VRAIMENT pas à ce qu’il ose … euh, comment dirais-je pour éviter le SPOILER à ceux qui ne l’ont pas encore vu … euh, qu’il ose faire un Janet Leigh (si tu vois ce que je veux dire) et ce plus d’une fois ! Étonnant !!

    • WOW!
      Je viens d’aller voir District 9… (je déteste les premières…)
      Quel film. Vraiment quel film. Je suis soufflé.
      Si Cloverfield était la catharsis de 9/11, District 9 est une bien meilleure métaphore de l’apartheid….
      Wow… Mon film de l’année à date.
      Je ne pense pas que les Batards vont le battre, non plus.

    • Cher Ghost,

      Bien sûr que nous sommes d’accord, et je te sais gré de l’avoir pressenti. Comment pourrais-je élever la culture dite populaire contre la culture dite savante, moi qui ai été, comme toi ai-je cru deviner, formé à l’école des Inrocks? Je l’écris sans rire, puisque cette revue a vraiment forgé mon regard et mon jugement sur l’art. Je ne peux pas le dire autrement. Cela peut être difficile à comprendre pour plusieurs, mais pas pour toi, j’en suis sûr.

      Cela dit, la question que tu soulèves n’est pas simple. Tu écris, et je suis tout à fait d’accord avec ça, que la distinction entre culture savante et culture pop n’a plus de sens. Pourtant, cette distinction existe bel et bien et tu le reconnaîtras toi-même puisque ton commentaire mise consciemment sur le clash qui se crée entre Lady Gaga et Mahler, entre Tarantino et Shakespeare. Mais, comme tu le mentionnes, sur quels critères se fonde cette distinction? Bonne question à laquelle j’avoue avoir du mal à répondre. Et puis, comme tu le dis, la question de la supériorité de la culture classique sur la culture populaire est ennuyeuse. Personnellement, je me nourris autant de l’une que de l’autre alors à quoi bon les départager?

      Quand je pleurais sur la disparition de la culture à Radio-Canada, il ne fallait absolument pas y voir un mépris pour la culture populaire, loin de là. Je me plaignais seulement qu’il y a une culture, celle qu’on attribue à tort à une élite (de tout façon chimérique…), dont on ne sait plus parler, dont on ne parle tout simplement plus. Que ce soit à la télé ou à la radio, c’est quand la dernière fois que tu as entendu parler (avec intelligence) de Shakespeare, de Proust, de Mondrian ou de Schubert? On a un peu l’impression que tous ces noms se sont perdus dans le silence parce qu’il n’y a plus personne dans l’univers médiatique québécois tout simplement capable de les en tirer. De fait, c’est aussi vrai pour la culture pop! Crois-tu vraiment vivre assez vieux pour entendre Rebecca Makkonen dire quelque chose d’un peu substantiel sur Lady Gaga?

      Je te l’accorde, le traitement de la culture à Radio-Canada, surtout à la télé, a souvent souffert d’un «esprit de sérieux» que je déteste. Sauf que ces émissions avaient tout de même le mérite de démocratiser la culture, tu comprends? Quand la télé publique passe un concert de musique classique à tous les soirs, tu peux zapper dessus si ça ne t’intéresse pas, sauf que cette présence quotidienne finit par te faire accepter l’idée que cette musique existe pour tout le monde, qu’elle n’est pas réservée à une catégorie d’individus. Et puis, pour retourner comme un gant la question sous-jacente à ton post: Pourquoi faudrait-il que Rimbaud meure pour que puisse vivre Stieg Larsson?

      Je suis d’accord avec toi que le traitement de la culture à Radio-Canada

    • Mon post précédent est tout croche parce que j’ai eu aussi des problèmes avec mon ordi, qu’il est tard, que je travaille tôt demain et que je n’ai pas pris le temps de me relire. Mais l’essentiel y est.

      Pour Infoman, je te cite l’exemple d’un reportage que tu n’as sans doute pas vu parce que tu ne m’aurais pas posé la question.
      Il y a deux ou trois ans, Jean-René Dufort, s’interrogeant sur les mérites de l’art abstrait, avait «demandé» à des animaux (des singes si je me souviens bien) de barbouiller sur un panneau blanc avec de la peinture. Après quelques clins d’oeil outrageusement démago à la caméra, il s’était rendu dans une galerie pour vendre le résultat en le faisant passer pour l’oeuvre d’un très grand artiste européen. Peux-tu comprendre que j’en ai eu des boutons pendant des semaines?

    • Oui, c’est du poujadisme ordinaire de la part de Dufort. D’ailleurs, s’il avait commencé à l’époque de Trudeau, il aurait réussi à nous le rendre sympathique (encore que, on peut lui donner ça, on n’imagine pas ce dernier faire le clown complaisamment)…

      Sinon, ton post “tout croche” a réussi à mettre un peu d’ordre dans mes idées bordéliques sur ces questions complexes. Merci. Tu as vu la contradiction: oui il existe une distinction, pas tellement de mon fait que de celui de la société, mais ce qui n’existe pas pour moi c’est la hiérarchie et la croyance que la culture ce n’est que le premier terme de la dichotomie. De toute façon, les artistes qui m’intéressent ont les pieds dans chaque catégories, entre populaire et grande culture: Tarantino cite autant le cinéma bis que la grande cinéphilie (Lubitsh) en parlant de la Shoah; Lady Gaga connaît mieux l’oeuvre de Warhol que la plupart des artistes visuels (son passage à Star Academy et le moment le plus drôle que j’ai vu à la télé québécoise); il y a dans Shakespeare un souffle burlesque populaire et une oralité pratiquement éliminés par les traductions françaises merdiques; Rimbaud aimait “les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires; la littérature démodée, latin d’église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l’enfance, opéras vieux, refrains niais, rhythmes naïfs”; etc. etc.

      PS: Bonne rentrée.

    • Si vous entendez qu’un fantôme malsaint a fait un carnage dans un café, c’est qu’il passait le dernier disque de Lost Finger…

      (je blague, hein!)

    • Un autre problème avec la vieille culture radio-canadienne, c’était qu’on ne prenait pas en compte la spécificité du médium: du théâtre à la télé ce n’est que cannage inepte (zéro mise en scène, effet de présence nulle) à dégoûter du théâtre; la musique classique perd tout intérêt à sortir d’un speaker de télé (l’opéra au cinéma c’est déjà mieux). Le meilleur de la télé c’est le direct: du sport décrit avec intelligence (beau retour du soccer et de la boxe à Radio-Canada) et des débats sur les grandes questions. Et puis de grandes téléséries, des reportages fouillés, de bons docus et des films pas recadrés. Le reste, pfff!

      À la radio, je te l’accorde, c’est une autre paire de manche.

    • À mon avis, pour faire de faire un tableau abstrait vraiment puissant, être capable de penser vraiment comme un singe ou un enfant n’est pas une mauvaise méthode…

    • pour faire un tableau*

    • Lubitsch*

    • Sinon, cher Astyanax, c’est vrai les Inrocks et les Cahiers ont bel et bien formé ma vision de l’art, mais aussi celle du monde. Je dirais même qu’ils m’ont sauvé la vie…

      Mais c’est un autre débat: ne sont-ils pas aussi en train de décliner?

    • En fait, et tu sauras d’accord, il faut comprendre que la lecture de Rimbaud ou de Shakespeare peut être profondément divertissante et qu’une lecture d’un film hollywoodien peut être chose sérieuse qui demande un effort.

    • seras d’accord*

      PS: J’abandonne pour aujourd’hui, je fais vraiment trop de fautes.

    • @jimbojones

      J’attendais Disctric 9 depuis des mois, et j’en suis sorti un peu déçu…

      D’abord une scène très prometteuse du trailer (l’interview dans le vaisseau) n’a pas survécu à la ‘cut’… Les bébittes étaient beaucoup trop antropomorphiques dans leurs comportements… En deux ans, les gens de la MNU n’ont pas le temps de maîtiser couramment un langage fait de cliquetits et d’infrabasses, et la réciporque est probablement vraie… Le récit se perd dans du bang-bang inutile… Les scènes de ‘commando à deux, tiens je fabrique une bombe’ sont hautement risibles…

      Bref, c’est bon, par moments même assez fort, mais ç’aurait diablement pu être meilleur. Un sujet en or, un triaitement intéressant, mais un manque flagrant d’intelligence ‘SF’.

    • @mikhail

      ATTENTION SPOILERS!

      Bon, les scènes d’action… C’est sur que c’est de l’action… mais risible? C’était pourtant la seule solution, non?… Il était clair que ca se dirigeait vers un assaut du MNU.
      La langue : premièrement, ca fait VINGT ans que le vaisseau est la… Et le dude (Wikus van de Merwe) est SPÉCIALISTE des Alien Affairs au MNU, c’est quand même crédible qu’il connaisse la langue… Qui d’ailleurs, possède des sonorités ‘afrikaans’, référence à l’apartheid bien sur.

      Du bang bang inutile, peut-être. Mais les script est d’une logique implacable, pas de raccourcis hollywoodiens qui gatent la sauce… Mais à la sauce blockbuster un peu…. Ca reste un excellent film, non?

    • j’avoue que j’aurais pris plus d’explication à savoir pourquoi les aliens et les humains n’ont pas mieux communiqué à leur arrivée…

    • Comme disait Hitchcock, nos amis les Vraisemblants…

    • Lady Gaga connaît mieux l’oeuvre de Warhol que la plupart
      des artistes visuels. UNHOLY GHOST

      Là mon Ghost, tu charries !! C’est pas parce que Lady Gaga mentionne les noms de Warhol et de Duchamp dans ses interviews que ça fait d’elle une spécialiste en arts visuels. Sasha Grey a beau cracher sur l’oeuvre de Michael Bay et citer Catherine Breillat et Jean-Luc Godard, ça fait pas d’elle une intellectuelle de haut niveau. En revanche, sa technique est SUPERBE dans Anal Sandwich part 4.

    • Oui, Ghost, il y a toujours une part de vulgarité dans les oeuvres les plus sublimes, et je ne parle pas de «gros mots» ici, on se comprend. L’exemple de Shakespeare est en ce sens tout à fait juste. Il y a chez lui, entre deux envolées vertigineuses de finesse et de hauteur, de forts relents des tavernes qu’il fréquentait. Il me semble que c’est un aspect que Baz Luhrman a très bien compris dans son ROMÉO ET JULIETTE. Il y a de ça aussi chez Rimbaud, tu l’as bien vu, mais aussi chez Proust, Flaubert, Genet, Beckett, bref, chez les plus grands.

    • Dommage que tu blaguais à propos des Lost Fingers, je t’aurais volontiers prêté main forte. À deux, c’eut été sans doute plus efficace et moins salissant.

    • Bah, le café où j’ai entendu cette infamie a aussi passé les Kinks, alors je leur pardonne tout.

    • Partie 1

      @unholy_ghost et astyanax. Votre échange (très intéressant) sur grande et petite culture m’a rappelé deux choses. Tout d’abord, une phrase du regretté Gaston Miron qui me revient souvent en mémoire quand ce débat est abordé : « Il n’y a pas de grandes et de petites littératures. Il n’y a que des littératures sous-diffusées ». Si on remplaçait, le mot littératures par cultures, on resterait, je crois, fidèle au mot de Miron qui offre certes matière à discussion.

      Votre échange m’a aussi rappelé la lecture de l’essai de Finkielkraut, La défaite de la pensée, qui a eu un écho considérable dans les milieux intellectuels (surtout en France) lors de sa sortie. Entre autres choses, dans son livre, Finkielkraut dénonce le relativisme culturel qu’il exprime en une phrase-choc : Une paire de bottes vaut Shakespeare! En d’autres mots, toute œuvre en vaut une autre. Je sais que vous n’êtes en rien relativistes. Cependant, vous reconnaîtrez sans doute qu’il y a, sur le plan culturel, un processus de nivellement par le bas qu’Astyanax a abordé en donnant l’exemple de Radio-Canada.

      Il y a comme un phénomène double qu’on observe ici. D’une part, ce relativisme culturel que dénonce Finkielkraut et qui est, je pense, une tare des sociétés postmodernes occidentales ou d’une société qui, comme le Québec, n’a opéré aucune transition valable et suffisamment durable entre pré-modernité et postmodernité. Et d’autre part, une dénonciation de l’élitisme culturel sinon d’une certaine hégémonie culturelle que d’autres intellectuels voient notamment chez Finkielkraut qui a cette manie de catégoriser ou plutôt de compartimenter certaines réalités sociétales et culturelles. Notre ami F. a la fâcheuse habitude de schématiser, sans doute pour mieux convaincre. Il ne s’agit pas d’un faux débat, mais cela ressemble drôlement à une reprise au goût du jour de la querelle opposant les Anciens aux Modernes. Tout comme autrefois, les deux camps ne cherchent pas une troisième voie qui serait susceptible de réconcilier leurs différends, mais ils privilégient l’affrontement pour l’affrontement dans une belle unanimité dogmatique.

    • Maigrichon, Lady Gaga ne fait pas que citer Warhol, dont elle a l’esprit et le mauvais goût très sûr, elle est aussi dans sa filiation artistique. Quant à Sasha Gray, elle est visiblement plus brillante que le premier péquin venu. En fait, en entrevue, elle me fait penser à Isabelle Huppert: lucidité sur le métier, intelligence et froideur.

    • Akhn, pour moi, une paire de boots ne vaut peut-être pas Shakespeare, mais amplement Finkelkraut(rock)…

      En fait, par définition, la grande culture, c’est tout ce que ne consomme pas le peuple. Prenez n’importe quel art populaire, attendez suffisamment longtemps pour que le peuple ne le consomme plus, et vous avez de la grande culture que la classe sociale qui veut se distinguer du peuple peut revendiquer. C’est ce qui est arrivé du jazz dont Adorno disait que c’était de la musique d’illettrés. Même chose avec le cinéma, cet art forain pour les ilotes. Même chose avec le roman dont la lecture, proscrit aux jeunes femmes comme il faut, équivalait au 18e siècle à écouter Loft Story aujourd’hui. Maintenant que le rap existe, le rock fait son entrée au musée. Le théâtre était un art vulgaire et maintenant c’est un sport d’élite… Même le burlesque et le western ne concernent plus que Radio-can. Pour Platon, la peinture et la poésie devait être chassées de la Cité tant c’était vulgaires et éloignait du Beau et des Idées.

    • Partie 2

      Quand astyanax mentionnait la présence de la vulgarité dans des œuvres sublimes, il a raison et j’ajouterais même le nom de Montaigne qui réussissait à merveille dans ses Essais à combiner les réflexions les plus profondes aux remarques les plus vulgaires (ex. : Faut-il chier en courant?). En outre, quand on songe à certaines œuvres de Dickens, Hugo, Sue, Rulfo, Garcia Marquez ou Cocteau, pour ne nommer que ceux-ci, on voit que certaines œuvres magnifiques ont pour source principale d’inspiration la populace la plus vile. En poésie, François Villon, Prévert, Jean de Meug (ex. : ribaudes, putes, etc.), Baudelaire et même Shakespeare ont écrit des œuvres où le sublime de l’écriture côtoie avec une grande aisance le vulgaire qui les a parfois inspirés. Qui plus est, les vers se font même volontiers vulgaires, mais ce vulgaire est comme sublimé par le génie de ces poètes. Villon en est un exemple plus qu’éloquent.

      En revanche, quand unholy_ghost écrit que Shakespeare peut être divertissement, je lui suggérerais d’être prudent ou de faire preuve de mesure dans l’excès. :-) À ce compte, Bach ou Goethe pourraient aussi être divertissants. Cependant, les œuvres des uns comme des autres (à l’exception sans doute de certaines œuvres de jeunesse comme Roméo et Juliette ou Werther) sont d’une effarante complexité et peuvent se lire ou se décliner à une infinité de niveaux. Je ne dirais jamais que L’art de la fugue, Wilhelm Meister ou le Roi Lear sont des œuvres divertissantes; elles sont des œuvres exigeantes – tellement en fait qu’il est impossible aux simples mortels que nous sommes de les apprécier pleinement. Il y a un côté ludique ou léger qui va de pair avec le divertissement; du moins, c’est ainsi que je vois les choses. Comme Sean Penn l’a déjà dit à l’émission de Lipton en parlant de sa conception du cinéma : « I think if you want entertainment, you get a couple of hookers and an eight ball ».

      Par ailleurs, pour ce qui est de Sasha Grey, j’y vois certes un effet de mode, mais je crois qu’il y a plus que cela. J’ai eu l’occasion de lire et de visionner certaines entrevues, et c’est une jeune femme brillante qui est en pleine maîtrise de sa vie comme de sa carrière. À suivre.

    • Ma partie 2 ne passe pas. M*rde alors.

    • Ghost, ce qu’on appelle volontiers la grande culture, le peuple la ”consommait” jadis au théâtre (Molière, Shakespeare, etc.) et il en redemandait. Je m’arrête ici car je crains que mon commentaire ne passe pas.

    • Quelques impressions personnelles au sujet d’INGLORIOUS BASTERDS (pour ceux et celles qui l’ont deja vu – SPOILERS) ici :

      http://filmscultes.blogspot.com/2009/08/inglorious-basterds-2009.html

    • Je décante District 9 dont je ne sais pas trop quoi penser clairement. Plusieurs questions sont brassées. Film extrêmement pessimiste sur la nature humaine. En tous les cas, Fredéric_c, il n’est aucunement question de la Shoah, contrairement à ce que tu disais, ou alors très indirectement. C’est un film éminemment politique sur l’Apartheid, sur les récents massacres xénophobes contre les étrangers et, bien entendu, sur le camps de concentration, dont il faut se rappeler qu’ils ont été inventés par les Anglais en Afrique du Sud pendant la (seconde) Guerre des Boers (1899-1902), contre les Afrikaners et les Africains (internement des civils). Exemple qu’ont ensuite suivi les Allemands quand ils ont perpétré leur génocide contre les Héréros en 1904 (concentration avec extermination, avec expérimentations médicales sur des cobayes humains, comme sur les extra-terrestres dans District 9), exemple suivi ensuite par les Nazis avec le systématicité que l’on sait.

      Citons l’excipit de Nuit et Brouillard: « Qui de nous veille de cet étrange observatoire, pour nous avertir de la venue des nouveaux bourreaux ? Ont-ils vraiment un autre visage que le nôtre ? Quelque part parmi nous il reste des kapos chanceux, des chefs récupérés, des dénonciateurs inconnus … Il y a tous ceux qui n’y croyaient pas, ou seulement de temps en temps. Il y a nous qui regardons sincèrement ces ruines comme si le vieux monstre concentrationnaire était mort sous les décombres, qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s’éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire, nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin. »

    • @ Ghost
      Je m’inquiète surtout pour les Cahiers qui semblent avoir beaucoup de mal à trouver une certaine stabilité, Leur disparition serait catastrophique pour le cinéma puisque je ne retrouve pas l’équivalent ailleurs. Sight and Sound, c’est très bien mais…

      En revanche, le rock a peut-être moins besoin des Inrocks. Mojo, Pitchfork font aussi un boulot remarquable. Pour ma part, j’avoue avoir de plus en plus de mal à les suivre. Voilà une entreprise à fond de train dans une logique de croissance qui publie un journal anticapitaliste. Cherchez l’erreur… J’avoue aussi que je n’arrive pas à me débarrasser de ma nostalgie pour l’époque du mensuel. La ferveur, l’élégance des textes, la mauvaise foi élevée au rang des beaux-arts, tout cela était si beau. Aujourd’hui, les Inrocks font un peu «vieux jeunes», je trouve. Je ne suis pas certain que le rock les intéresse encore vraiment. Mais je les lis toutes les semaines. Bien sûr que je les lis…

      @ ankh

      Le problème de Finkielkraut, c’est qu’il n’arrive pas à surmonter sa mauvaise humeur. Cela passerait très bien pour un écrivain mais, pour un philosophe, c’est une catastrophe.

      @ Tous

      Si cela a du sens pour vous, bonne rentrée!

    • @astyanax. Je pense que ghost et toi avez une opinion très réductrice de Finkielkraut. Mauvaise humeur ou bottes, ça me laisse, disons, dubitatif. La Mémoire vaine et La défaite de la pensée sont tout de même d’excellents essais qui invitent à la réflexion. Finkielkraut n’est pas BHL tout de même!

    • @ unholy_ghost
      Oui, je sais que District 9 se veut plus une allusion à l’Apartheid. Je rigolais un peu de la discussion foisonnante sur Star Trek lors des précédents billets (je partageais ton point de vue, d’ailleurs). Je me demande ce que Mamoru Oshii aurait fait de District 9 s’il l’avait réalisé…

      @ astyanax et unholy_ghost
      À propos des Inrocks, ils annoncent des changements majeurs pour 2010 à la page 3 du numéro Sexe 2009 (décidemment, quoi qu’on dise, Sasha Grey revient immanquablement dans les discussions sur ce blogue – faut que j’en parle à mon psychanalyste?). À quoi doit-on s’attendre, selon votre opinion de vieux routiers de la revue?

    • Akhn, pour moi, BHL et Finkelkraut c’est kif-kif bourricot. Je préfère la Mémoire neuve (Dominique A) à la Mémoire veine…

      Je crains, mon très cher Akhn, que nous ayons des goûts très éloignés en matière de cinéma et de philo, ce qui ne diminue pas l’estime que j’ai pour toi, bien au contraire. D’autant plus que l’on se retrouve sur Québec et sur la pêche…

    • Fred, ton commentaire sur Oshii me fait réaliser ce qu’il manque à District 9 pour être un grand film – tout simplement un grand metteur en scène. C’est filmé platement et les acteurs sont insupportables. En fait, l’enfant “mollusque” est celui qui joue le mieux…

      En tous les cas, Cloverfield est plusieurs étages au-dessus dans la Tour du cinéma…

    • Ghost, on pourrait se retrouver sur bien d’autres plans. :-) Pour les avoir visité tous deux, Finkielkraut est un intellectuel de bien plus grande valeur que BHL. Ça saute aux yeux. Mes goûts cinématographiques sont sans doute aussi éclectiques que les tiens même si je ne me considère pas comme un exégète du cinéma. Cependant, nos interprétations ou préférences pour certains films divergent parfois totalement. Exemple : The Godfather 3 qui est, pour moi, un film raté si on le compare aux deux premiers. Je m’en suis expliqué assez longuement. Ce n’est pas notre amour réciproque pour le cinéma qui est en cause ou encore nos choix diversifiés en cette matière, mais l’expression de sensibilités tout à fait différentes.

    • Akhn, c’est pour moi un gros plus que les gens que j’apprécie ne pense pas comme moi. C’est d’ailleurs pour cela que j’essaie sans cesse de contredire Astyanax (sans y parvenir!)… Je ne comprends pas les gens qui veulent que leurs amis (mêmes virtuels) pensent comme eux…

    • BHL n’est pas un grand penseur, mais Finkelkraut c’est un curé, ce qui est pire.

    • Bien dit Ghost. En passant, le philosophe que je préfère entre tous, c’est Montaigne. Pour la profondeur de ses réflexions, pour leur pertinence même aujourd’hui et surtout aujourd’hui, pour son humanité, pour sa bonhommie et parce que, pour lui, le lecteur est un ami qu’il considère hautement et avec lequel il s’entretient.

    • Un curé sioniste? :-)

    • Montaigne, fuckin yeah! Le monde est un branloire pérenne: la phrase définitive!

    • Ou encore le ”Faut-il ch*er en courant?” qui arrive comme un cheveu sur … (hum) après un passage particulièrement réfléchi.

    • Pour moi, tout ouvrage sur le littérature québécoise devrait commencer par Rabelais (ami de Jacques Cartier), Montaigne (qui a influencé Champlain) et Cyrano de Bergerac (qui a écrit sur Québec). C’est notre milieu.

    • Rabelais, médecin de son état tout comme le grand Jacques Ferron, médecin de son état et écrivain rabelaisien. Montaigne a aussi fortement influencé Henri IV à qui il prodigua maints conseils. À ta liste, j’ajouterais le nom de H. P. Lovecraft qui a écrit un long texte de toute beauté sur son voyage à Québec et dont l’imaginaire a influencé pas mal d’écrivains québécois.

      Lien intéressant, mais rien sur Simon Bolivar : http://www.ville.quebec.qc.ca/apropos/portrait/attraits/epigraphes.aspx

    • Je viens de regarder Godfather III et:

      En 3 heures, on n’a pas été foutu de définir clairement le personnage d’Andy Garcia, qui est aussi charismatique que Stéphane Dion dans son rôle de futur Don Corleone.

      Les scènes se ressemblent toutes avec des plans répétitifs des paysages urbains et des réunions filmées de loin. Aucune intimité dans ce film, qui a vraiment l’air bâclé. On dirait qu’il est filmé par un robot sur le pilote automatique.

      Les seules scènes qui ont quelque intérêts sont celles qui renvoient à des vieilles histoires des 2 premiers films (je ne parle pas des flashbacks).

      Même Al Pacino ne réussit pas à être naturel. Les scènes en Italie et au Vatican sont d’ailleurs les pires, sauf celles des meurtres. En effet, il semble que dans ce film, le seul moyen de rendre l’histoire vivante soit de tuer quelques personnages!
      Point positif: le thème du pardon, de la rédemption impossible, qui est la seule chose nouvelle que ce film nous montre.

      Non vraiment, Godfather III, c’est long, morne, mal joué, mal réalisé et mal scénarisé. À ce compte là, je préfère m’en tenir aux deux premiers, qui disent tout ce qu’il y a à dire.

    • Cibole, je dois être lobotomisé quand je vais au cinéma, mais pas une seule fois n’ai-je pensé en voyant District 9 à l’apartheid, la shoah, la nature humaine ou que sais-je encore…

      Quand vous lisez Astérix, y voyez-vous en filigrane le complexe de collaboration des Français durant la Seconde Guerre mondiale (avec les Romains dans le rôle des Nazis, et Astérix dans le rôle du Résistant fantasmé) ? Quand vous lisez les Schtroumpfs, y voyez-vous une illustration du socialisme-uptopisme français de Saint-Simon et Fourrier, avec le village comme phalanstère, le Grand Schtroumpf comme lider maximo, et Gargamel comme méchant capitaliste ?

      Come on, Distrcit 9 est un film d’action plutôt brainless. Accoler du sens sur ce qui n’en a pas est un exercice parfaitement stérile.

    • La Shoah, non, ce n’est pas direct (même si Sonia Sarfati fait le lien) mais tu ne vois pas l’Apartheid dans District 9?!!?! Je ne dirais pas que tu es lobotomisé, mon cher Boulga, mais tu dois débrancher tout ce qui n’est pas de l’ordre de l’alimentation vitale quand tu vas au cinéma… On peut bien sûr ne pas en tenir compte et se divertir, mais franchement il n’y a pas un seul critique sur cette planète qui ne fait pas le rapprochement – ceux qui n’en parlent c’est par ce que c’est évident.

      Quant à la nature humaine, quand tu as un individu qui devient peu à peu sympathique en devenant un alien, à la manière de la mouche de Cronenberg, il y a forcément un rapport à l’identité et à la nature de l’Humanité, jusqu’au magnifique plan final.

      Tu as un drôle de rapport au cinoche…

      PS: Pas mal les Schtroumpfs, je n’y avais pas pensé…

    • … par contre, pour un phalanstère, ça manque singulièrement de Schtroumpfettes…

    • Veridik, je ne vois pas un seul argument, que des pétitions de principe (mal joué, mal çi, mal ça).

    • @mikhail

      AAAAAAAAAAAAAAAAAAAaaaaaaaaaaaaahhh!!! Un peu de bonne volonté stp…. !!! Ne pas penser au rapprochement Vulcains-Juifs, même si c’est en effet très apparent et voulu, d’accord.
      Mais ne pas relier District 9 à l’apartheid, c’est franchement de l’abus! Merde, ca s’appelle District 9. Allusion plus que évidente au District 6! Pis la métaphore est pas mal parfaite, bien calculée, même jusqu’au personnage jouant Mandela.
      Ensuite, ne pas voir la nature humaine, me semble que c’est LE sujet du film. La persécution, la condescendance pour la différence, l’exploitation, hello!
      Film d’action ne veut pas dire film sans pensée, film sans message. Mais quand tu parles d’Astérix, c’est différent. Et je pourrais quand même en faire l’analyse. Complexe d’infériorité francais et histoire revancharde (à la Rambo au Vietnam), certainement. Tout s’analyse, et quand en plus l’analyse est claire et voulue, c’est de la mauvaise foi de le nier.

      District 9 qui ne parle pas de l’apartheid, ca tient de l’obscurantisme! Une explosion, c’est politique. Au cinéma aussi, bien souvent. Même Michael Bay fait de la politique, merde…

    • @ghost

      ATTENTION SPOILER DISCTRICT 9

      Le gars devient sympathique ? Il cherche juste à sauver sa peau, il devient juste plus manipulateur, jusqu’à assomer l’autre lézard et tout faire foirer quand ça fait plus son affaire. En définitive, il reste plutôt trouduc jusqu’à la fin -et il assasssine une bonne vingtaine de types, alors pour le ’sympa’ on repassera…

      Le scène finale n’est qu’une ellipse banale, qui reprend la candeur de l’interview du début, du gars qui aime sa femme et lui fait des petits dessins.

      Le rapport à l’apartheid et à SOWETO est en effet si gras que ça vaut même pas la peine d’y voir une quelconque allégorie… Du coup, on y pense même pas en regardant le film. Pour ma part, je ne peux me résoudre à ce que le scripteur prenne le spectateur à ce point pour un imbécile.

      Évidemment que toute création puise dans l’inconscient collectif, et tout le bassin de références culturelles. L’expérimentation sur le vivant, etc. C’est d’y voir de l’intention qui agace. Le cinéma populaire n’est pas un art cérébral, pas plus qu’un album de U2 ou de Madonna. Évidemment, y’a du cinéma plus fin, voulu plus intelleigent, mais franchement, je m’en suis lassé.

    • Bien sur il cherche à sauver sa peau, mais il se transforme en ‘héros’ en devenant sympathique à la cause alien. Et on voit la transformation, de brute condescendante et exploitatrice à personne empathique et solidaire. Après 20 ans à profiter des aliens, ca pouvait pas se faire instatanément, ce raisonnement.
      ‘Le rapport à l’apartheid et à SOWETO est en effet si gras que ça vaut même pas la peine d’y voir une quelconque allégorie… Du coup, on y pense même pas en regardant le film. ‘ Ca veut dire quoi, ca? J’y ai pensé tout du long, moi, à l’apartheid, au manque d’empathie, au mépris de la différence, au sentiment de supériorité du Stupid White Men… Purée, avoir vécu l’apartheid ca doit changer ton regard sur la vie à jamais… Me semble que ceci est justement pas de la sur-analyse, ce que tu reproches à tout vent (et à tort, selon moi)

    • Si telle avait vraiement été l’intention du réalisateur, alors la MNU aurait dû être composée de Noirs, mais surtout avec un Noir dans le rôle principal, un Noir dans le rôle du militaire ‘aryen’, etc.

      Ainsi, on aurait vu que la nature ‘humaine’ (les noirs persécutant à leur tour les lézards) était vraiment viciée. Là, y’aurait eu un ‘message’ déstabilisant et à portée intéressante -même d’un point de vue ‘Juif’, justement.

      Mais du coup, selon votre thèse, le film tel qu’il est, c’est juste dire que les Blancs, décidément, sont des trouducs racistes. Un peu facile. Et le rapport à l’apartheid devient confus : après tout, ils sont réglé ça ensemble, à la fin. Là, pas pantoute.

      Brute condescendante ? Un pauvre fonfon candide qui a peur de son ombre et exige des militaires qu’ils ne tirent pas sur personne ? On a pas vu le même film…

    • Sa condescendance et son esprit de supériorité me font le traiter de brute… Pas dans le sens violent, je l’accorde.
      Que le MNU soit noir ou blanc, ca reste une métaphore. Dans les mots de Ghost, Michel Bergeron se fait appeler le tigre mais n’a pas de poil orangé. C’est une métaphore (il y avait aussi : les juifs n’ont pas les oreilles pointues, donc ce ne sont pas des vulcains) Métaphore, métaphore. Pourquoi ne pas considérer le MNU comme une entité humaine, peu importe sa couleur. Blanc, noir, on est tous pareils, on essaiera toujours d’exploiter avant de comprendre.
      Quand à la réconciliation après l’apartheid…. euh ouais, mais c’a pris 30 ans, mon ami! Il y a d’abord eu les sabotages, attentats à la bombe, émeutes violentes… Tiens donc, on dirait District 9!
      Ne vous inquiétez pas, la réconciliation sera pour District 10, la suite, qui ne devrait pas trop tarder.
      Ne chercher pas le film que vous voulez voir, Boulgakov, mais bien celui que vous voyez.

    • De plus, j’ajoute : Le fait que le héros soit blanc en fait une meilleure métaphore de l’apartheid… Quand même, condescendance et esprit de supériorité, c’Est les traits du gouvernement raciste, illustré par le MNU. et par le héros.

    • “Ne chercher pas le film que vous voulez voir, Boulgakov, mais bien celui que vous voyez”

      Mais je ne fais que ça, justement !

    • ²chercheZ… Désolé.

    • (mon erreur, que vous retranscriviez… Mais bon. je la corrige quand même)

    • Comme je te l’ai dit Boulga, c’est ton droit le plus stricte de ne voir que film d’action, mais permet-moi de prendre le cinéma au sérieux.

      Dans le film, il y a beaucoup de Noirs racistes envers les “Crevettes”, même si les Blancs tirent les ficelles (un portrait juste de l’Afrique du Sud, non?). Il n’y a pas d’angélisme: les humains, Blancs et Noirs, font aux crevettes ce que les Blancs ont fait aux Noirs. Bien sûr, un cinéaste blanc qui aurait montré des Généraux noirs être racistes envers aliens, la tonalité aurait été très différente, et franchement raciste pour le coup.

      Cette discussion, André Bazin l’avait déjà conclue dans un article des années 50 où il énonçait que, paradoxalement, l’artificiel du scénario et l’obligation du spectacle n’ont jamais empêché le cinéma américain d’être, de tous les cinémas, le meilleur révélateur du politique et du social. Comme le dit avec brio Jimbones, une explosion c’est politique!

      Je dirais même que c’est la dialectique à l’oeuvre dans le cinéma hollywoodien: des studios qui veulent rentabiliser leur investissement, nommément en faisant un spectacle décérébré, et des cinéastes retors qui font passer en douce de la politique, de la subversion, et parfois même, de l’art…

    • Je ne pourrais être plus d’accord avec vous, ghost. Faites le film d’action décérbré que vous voulez, j’en analyserai les motivations, les double sens, les énoncés politiques (pourquoi avoir fait sauter tel building au lieu d’un autre?). Ce ne sont pas (encore) des robots qui font des films au hasard. Et vous savez quoi? Si un réalisateur déconstruisait tous les codes pour faire un film d’action le plus ‘random’ possible, j’analyserais encore son oeuvre…

      Je ne comprends pas les gens qui n’analysent pas les films un moindrement. Que cherchez vous dans les cinéma? Moi, je cherche à comprendre la vie. Quand un personnage fait quelque chose, ne cherchez-vous pas à comprendre ce qui le pousse à faire ca? Ca ne devrait pas être la même chose pour un réalisateur, un scénariste, un directeur photo?

      Mais pour revenir à District 9, il ne s’agit pas ici d’un film d’action décérébré à la Transformer Joe, il s’agit d’une allégorie, d’un statement politique à la Blockbuster. Bref.

      En voyant le film, j’ai aussi pensé que Prauns désignait des crevettes. Prawns = crevettes. Mais ils disent, en fait, Prauns. Ce qui est le King Cricket, un criquet typiquement sud-africains et considéré au même titre qu’une coquerelle en tant qu’espèce ’sale’. Bref. Ce ne sont pas les exemples de condescendance qui manquent.

    • pardonnez mes fautes de frappe… Je ne me relis pas.

    • Le L Magazine propose cette semaine une série de 5 “video essays” sur l’avènement des blockbusters d’été (’84 et ‘89 arbitrairement), les deux premiers sont disponibles:
      http://www.thelmagazine.com/newyork/Home
      La montée du cynisme chez les enfants des boomers en parallèle au nouveau montage MTV … enfin, je sais pas trop où ils se dirigent encore mais …. oui, on y analyse des blockbusters !

    • La nature humaine? Boulga, comme je te prête plus d’attention quand tu parles son et musique que lorsque tu parles cinoche, j’ai fait attention à ce que tu disais du langage des aliens, fait de cliquetis et d’infrabasses. Or, les langues à clic sont justement considérées comme les premières langues humaines, encore parlées aujourd’hui dans des tribus d’Afrique méridionale, en particulier d’Afrique du sud (la langue zoulue entre autres, dont on entend les chants, si je ne m’abuse, quand le Mandela alien devient mélancolique).

      PS: c’est peut-être aussi le langage de la clique du Plateau…

    • Une langue à clic: http://www.youtube.com/watch?v=c246fZ-7z1w

    • @ unholy_ghost

      Faudrait lire autre chose que la dernière ligne de mon commentaire.

      Vous êtes de mauvaise foi…

      À la défense de Godfather, disons que la marche était haute apr;es les 2 premiers et que cette 3e partie demeure supérieure à bien des films…

    • @ veridik

      Si j’ai bien compris, dire de ghost qu’il est de mauvaise foi est l’équivalent de dire que la terre est ronde. En plus ca semble lui faire plaisir…

      @boulgakov
      J’aimerais bien une réplique, personnellement :). Et à propose de langue cliquetante, je l’avais associé à l’afrikaans pour faire réagir, au début de la discussion, mais personne ne l’a relevé. Pas bcp de cliquetis en afrikaans, qui ressemble bcp au néérlendais.

    • Sinon, Boulga, pour toi, le cinéma n’est pas un art cérébral! N’importe quoi! Deleuze disait justement que c’est l’art de la pensée. Quand tu construis brique par brique un film pendant 5 ans, tu réfléchis à tout. C’est passablement différent de U2 qui fait un jam et l’enregistre trois jours plus tard. Hitchcock, dont les films d’action était considérés comme des machins décérébrés à son époque, aujourd’hui aussi discutés que les oeuvres de Proust, disait justement qu’un film populaire était une tapisserie: quand tu regardes de loin, il y a des motifs généraux facilement assimilables (scénarios convenues, action obligatoire, star-système, héros individualistes, etc.) mais que l’art se trouvait dans les détails, quand on s’approche de la tapisserie. Un bon critique sert à ça. S’approcher de la tapisserie.

    • Jimbones, j’avais relevé mais je n’avais pas vu le film. Et puis, quand Boulga a relevé les clics, je me suis dit que ça ne pouvait pas être de l’Afrikaans (langue des Blancs d’origine néerlandaise, aussi appelés Boers, dont le cinéaste doit faire partie) d’autant plus que ça ne collait pas avec le message anti-raciste du film.

      Pour le coup, je n’étais pas de mauvaise foi. Que dit Veridik? En somme que c’est mal joué, bâclé, filmé par un robot. Il se trouve que je pense l’exact contraire. Et comme il n’y a pas d’autre argument, je préfère penser que c’est moi qui a raison, d’autant plus que c’est justement moi qui ait raison.

    • @ ghost

      Je ne voulais pas vous piquer, n’empêche que vous vous faites souvent taxer de mauvaise foi. Et je vous ai déja lu avouant votre mauvaise foi…
      Bref. Sans rancune…

    • Akhn, il y a une grande statue de Simon Bolivar derrière le Palais de Justice. Peut-être que la maison a disparu, peut-être que j’ai imaginé tout cela (je ne peux plus parler à la personne qui m’en avait parlé, malheureusement).

    • Je dois confondre Bolivar avec… Engels qui a séjourné à Québec avec la fille de Karl Marx (ah! comme je ne suis pas surpris qu’il n’y ait pas d’épigraphe sur cela dans la bourgoise capitale!).

    • Jimbones, la mauvaise foi de haut vol fait partie des attraits de la critique cinéphilique considérée comme l’un des beaux-arts. Je ne suis pas rancunier.

    • @jones

      On va s’entendre sur le fait que c’est bon.

      Ce que je dis, c’est qu’un vrai écrivain ou consultant SF, un Carl Sagan ou l’équivalent vivant, par exemple, aurait pu le rendre meilleur juste en retouchant certains détails les plus crasse. Car ce film fait le pari de l’ultraréalisme (séquences reportage, etc.) et non du fantastique : dès lors, il faut que tout se tienne, et béton à part ça.

      Et j’ai même pas embarqué sur les invraisemblances scientifiques… Le Alien fabrique vraisemblablement de l’antimatière… Or, cette antimatière aurait des propriétés géniques lors aspergée ?!? Il peut faire ça avec trois canisses, sans accélérateur de particules ?! Le bébé Alien dit que leur planète est ‘plus grosse que la Terre’. Or, il s’agit de créatures élancées, aux membres fins. Incohérent. Le vaisseau spatial est rouillé… Ben voyons. Y’en a des dizaines comme ça qui gâchent un peu la sauce, c’est tout.

      Oui, certaines langues africaines ont des sons labiaux ‘explosifs’, des ‘pops’ et des claquements de langue. Mais seulement comme contour à une structure voyelle/consonne propre à tout le genre humain. Un lointain descendant des ‘explosives’ s’est même rendu au français, et n’a survécu qu’en Amérique du Nord : quand on dit : y’a djien là, le ‘dj’ comme dans l’arabe ‘djinn’ est une survivance de ces premiers sons explosifs.

      Mais je persiste à dire que le type du MNU peut éventuellement comprendre une langue et une syntaxe Alien en quelques années (mais de façon archi rudimentaire, cette langue ressemble en fait à du dauphin dans le grave, basée sur une modulation tonale; or, les dauphins, on pige rien depuis 100 ans qu’on s’y intéresse), mais comment se fait-il que les autres Alien (soi-disant des ouvriers moins futés) comprennent les ordres en anglais ?!

      S’il voulait faire de la fantasy, Jackson aurait dû laisser faire ce traitement ultraréel. On me dira pas que c’est un peu raté pareil !

    • Boulga, le réalisme (caméra portée, oeillades au caméraman) ne tient que pour donner l’effet d’un reportage style CNN, avec les camions du MNU qui caricaturent les casques bleus (Multi Nation United = ONU privatisé, tu l’auras compris) et nous renvoie à notre condition de téléspectateur désinhibé des bidonvilles du tiers-monde. Tout le reste fait plutôt dans la fable allégorique, je dirais même d’une certaine façon dans la satyre politique presque parodique.

      Il faut analyser une oeuvre selon des critères internes, pas selon des pseudos catégories toutes faites.

    • Ce sont pas des crevettes mais des dauphins!

    • Le gars ne fabrique rien, il récupère à partir des déchets aliens trouvés dans le bidonville… Ce fluide est leur carburant… Il pourrait avoir des propriétés géniques, comme toute leur techno, pourquoi pas? Et pourquoi serait-ce ‘vraisemblablement’ de l’antimatière?
      Le vaisseau rouillé… Mouais, ok, mais pourquoi pas un peu inerte après 20 ans d’inactivité?
      Finalement, je vous le donne en mille, les dauphins diront bientôt So long, and thanks for all the fish.

    • Il récupère des machins ET pour extraire une sorte d’huile, mais il faut ‘vingt ans’ pour créer à partir de cette huile une goutte noire qui semble-t-il contient assez d’énergie potentielle pour propulser un vaisseau d’au moins 500,000 tonnes plus vite que la lumière ! (il fait un aller-retour en 3 ans, or, Alpha Centauri (la plus proche) est à 4,2 AL.

      Alors cette goutte noire n’est pas un cocktail génique, on en sait assez sur l’énergie potentielle pour savoir que la seule goutte qui contient ce genre d’énergie potentielle (et encore !) c’est un dé d’antimatière. Ou qq chose de plus exotique, mais pas à partir d’ADN ! Et fabriquer ça dans un sous-sol de bidonville ?! Non, vraiment, le noeud de l’intrigue est bien faible, sinon ridicule.

      Voyez, je m’en pose des questions en allant au cinéma… Mais comme j’ai déjà édité un roman SF, je revois en pensée le genre de chose que mon éditeur me dirait si je me risquais à pareilles invraisemblances ! Ou alors, on fait du space-opera, de la fantasy, mais ce n’est pas le cas ici.

    • Techniquement, il dit que ca lui a pris 20 ans pour récupérer le contenu du cylindre, mais oui, d’accord, votre point est bon.

      Mais qu’il utilise une technologie inconnue sur Terre, est-ce si dramatique?…

    • Nos amis les Vraisemblants…

      C’est une parodie. Et un symbole: leur techno est leur gène, sacram… Il faut que je fasse un dessin!

    • C’est comme si tu me disais, Cloverfield est hyperréaliste, or ça ne tient pas debout un lézard de 25 étages, il s’écroulerait sur son poids, ou alors il faudrait qu’il manque 25 tonnes de poisson par jour ce qui est impossible dans le port de New York trop polué, blablabla blablabla!

      C’est une allégorie, point!!!

      Ça me fait penser aux Français qui ont refusé Shakespeare pendant des siècles parce que selon eux on ne pouvait mélanger drame et comédie. Ça s’appelle du cartésianisme.

    • @ frederic_clement_qc

      Je viens de lire l’édito du spécial cul des Inrocks et, si tu veux mon avis, il s’en dégage une odeur puissante, non pas de fesses (hélas!), mais plutôt de dammage control. Annoncer en plein été, cinq mois à l’avance, une refonte du journal prévue pour l’hiver prochain, voilà qui est en effet un peu étrange.

      Tout ça ne me dit rien qui vaille. Quand Christian Fevret, le directeur de la rédaction, écrit dès l’entrée de son texte que «(la) culture sous toutes ses formes restera la colonne vertébrale et la raison d’être des Inrocks», eh bien moi j’entends exactement le contraire. On sait bien que les Inrocks s’intéressent de moins en moins à la culture et de plus en plus à la politique. Je crois que la «révolution» annoncée confirmera cette tendance.

      Je sourcille aussi lorsque Fevret condamne les médias «qui entretiennent une relation complaisante avec les pouvoirs», tout juste avant de nous apprendre qu’il vient de confier son journal à un… banquier! Et puis, n’est-ce pas ce même Fevret qui, lors d’une réception privée, a convaincu Carla Bruni-Sarkozy d’investir dans les Inrocks?

      On sent donc un virage vers le journalisme politique. Soit. Mais est-ce vraiment là le souhait du lectorat actuel des Inrocks? Honnêtement, j’ai peine à le croire. Et, pour moi qui vis au Québec, ce n’est pas une bonne nouvelle. J’ai beau lire le Nouvel Obs toutes les semaines, je passe souvent bien vite sur les pages consacrées à la politique française.

      Mais les Inrocks, c’est une partie de mon système nerveux, j’y resterai fidèle, à la vie, à la mort!

    • @unholy_ghost. Tu écris : « Que dit Veridik? En somme que c’est mal joué, bâclé, filmé par un robot. Il se trouve que je pense l’exact contraire. Et comme il n’y a pas d’autre argument, je préfère penser que c’est moi qui a raison, d’autant plus que c’est justement moi qui ait raison ». Perso, j’aime bien ton petit côté crâneur, mais je persiste et signe : ce film est raté par rapport aux deux premiers. Bémol : il me semble évident que même un Coppola raté, comme un Hitchcock raté (Topaz ou dans une moindre mesure The Thorn Curtain), reste un film-événement pour les inconditionnels.

      Le jeu des acteurs d’abord. Sofia Coppola est infecte (Winona Ryder était pressentie pour ce rôle) et popa aurait dû la faire mourir bien avant pour abréger nos souffrances! George Hamilton? C’est un vieux playboy fatigué qui n’arrive pas à la cheville de Robert Duvall dans un rôle comparable i.e. celui de l’avocat de la famille. Andy Garcia est pas mal, mais à part sa volonté de tuer tout ce qui bouge et de s’exécuter en exécutant, son personnage n’a guère d’épaisseur. Pacino surjoue non pas pour servir les besoins du personnage, mais parce qu’il surjoue depuis presque 20 ans. La seule qui tire son épingle du jeu honorablement, c’est Kate; c’est Diane Keaton. Ah oui, le mafioso Joey Zaza est bon. Voilà pour les acteurs.

      Côté scénario, ce que Puzo et Coppola ont pondu n’arrive pas à la cheville des deux premiers films de cette sage napolitano-américaine. C’est bien beau la rédemption et cette engeance de devenir légal ou légitime, mais toute cette place accordée au Vatican et à ses magouilles archi-connues sont une immense perte de temps. Dan Brown aurait pu faire mieux. En outre, les dialogues sont souvent convenus. Exemple : Michael qui dit à Vincent que les deux tueurs avaient des couteaux, alors qu’il avait un revolver. Il y a les mêmes lignes dans The Untouchables tourné par De Palma trois années plus tôt.

      Côté réalisation, la scène de l’opéra (encore un emprunt à De Palma?) est désespérément longue et cette scène finale dans les escaliers à la sortie de l’opéra est bâclée. Un mélange d’opéra bouffe et de pleureurs professionnels italiens. Franchement, je crois que Coppola aurait pu s’abstenir de tourner ce troisième opus qui est inférieur aux deux précédents sur tous les plans : jeu des acteurs, scénario et réalisation. Et c’est quoi l’idée de faire un film pour chercher à conclure ce triptyque à 16 années d’écart par rapport au film précédent? Entre les deux premiers, il n’y eut que 2 années d’intervalle. Et chacun d’entre eux est un pur joyau sur tous les plans, sans doute parce que le duo Puzo-Coppola avait quelque chose à dire et qu’il ne perdait pas le fil de ce qu’ils cherchaient à dire.

      Je sais que tu ne seras pas d’accord avec moi, Ghost. Amènes tes arguments et je t’opposerai les miens avec plaisir. Ce film est un Coppola bien inférieur à ce que ce grand réalisateur nous a habitués. Mais bon, il y a des Eastwood, des Ford (soupir car je l’adore!), des Welles et même des Hawks inférieurs. Il te suffit d’accepter que j’ai raison et tout ira bien! :-)

    • @ ghost

      Je viens de lire votre commentaire où vous comparez Sasha Grey à Isabelle Huppert. Très intéressant. Vous auriez pu ajouter que leurs filmographies sont équivalentes. Les deux s’étendent sur plusieurs pages.

      Monsieur Ghost, j’adore vous lire et j’admire votre omniscience. Ceci dit sans ironie. Je vous laisse avec vos compagnons, que mes commentaires peu substantiels doivent faire grimacer de dégoût. Bonne continuation à tous.

    • @ghost

      Cloverfield, Godzilla, Superman et tout ça, c’est du fantastique. Là, ça se peut pas, et c’est OK. Je sors pas de Superman en disant : meuh, ça s’peut pas, voler !

      District 9 fait un tout autre pari. Il n’y a absolument rien de ‘parodique’ là-dedans. Allégorique un peu, mais sans plus.

      Il y a une différence entre la SF et la Fantasy, et je m’attendais à un film SF. 2001, par exemple, ’se peut’ de bord en bord si tu acceptes certaines hypothèses, même si c’est carrément ‘flyé’. Comme Solaris, comme d’autres.

      Mais faire croire qu’une technologie génique puisse propulser un vaisseau plus vite que la lumière, c’est pas fort comme hypothèse de départ… On tombe dans le Space Opera, et c’est poche.

    • N’importe quoi…

      So what, ils ont de la techno improbable! Comme si on connaissait toue la techno de l’univers… Faut pas exagérer, la. Que des aliens aient de la techno ‘alien’, c’est pas particulièrement choquant, me semble…

    • Et en plus, tu dis que c’est différent pour Cloverfield, mais pourtant, ce film prend autant sinon plus le pari de l’hyperréalisme que tu reproches à Disctrict 9.

    • Technologie ‘alien’ ou pas, il ont le même Pi, le même théorème de Pythagore, la même constante alpha, les mêmes forces interatomiques, le même tableau périodique, le même acide nucléique (s’ils peuvent vivre, respirer, manger et marcher sur Terre, c’est que leur ADN est à 99 % semblable au nôtre), la même dilatation de l’espace temps liée à la vitesse, bref, c’est le même kit de lego, et ce partout dans l’univers connu. En plus, ils font des yeux de chien triste quand ils sont tristes…

      Ce que tu fais avec le kit de lego, c’est la technologie.

      Il y a des techos aliens ‘inconnues’ mais ‘probables’ mises en scène dans la SF en général et dans ce film (ils ont manifestement inventé l’antigravité, donc, ils ont isolé le ‘graviton’, particule qui existe peut-être mais que nous ne connaissons pas encore, mais qui est plausible), ils voyagent plus vite que la lumière, ce qui est hautement improbable mais mettons ‘plausible’ s’ils passent par des hypothétiques ‘trou de ver’. Ils ont des pulvériseurs à arc électrico-laser-machin, qu’on peut facilement concevoir, etc.

      Mais un carburant style antimatière qui a des propriétés géniques qu’on peut gosser dans un sous-sol avec un kit de chimie de sec I et trois vieux portables, et qui en plus est le coeur de l’intrigue, ça manque d’intelligence en batinse et ça m’a fait décrocher ben raide… Ce serait l’équivalent d’envoyer Von Baun en papouasie et lui demander de se gosser une fusée en écorce avec son couteau suisse pour s’en revenir…

      Je suis pas allé voir Cloverfield, justement, ça m’avait semblé un télescopage de tons un peu pas mal ridicule.

    • JimBones, abandonne tout de suite, Boulga est le genre à créer un langage alien absolument crédible et de nouvelles façons de remonter le temps en accord avec les lois physiques… Un génie ou un extra-terrestre lui-même… (c’est un ami)

      C’est sûr que selon des critères SF réaliste ce film ne tient pas la route. Mais pour moi ce ne sont pas des critères intéressants dans la mesure où – hyperréalisme ou pas – ce film est surtout un fable politique avec de gros moments de parodie satyrique (la parodie de l’ONU en The Office en partant, les crevettes qui mange du manger à chat (!!!), le vaisseau qui ressemble au bidonville en-dessous, les soldats sortis de Starship Troopers, autre grande parodie, etc.). Du coup, l’intérêt du film est davantage sur ce qu’il dit de le Terre (et de notre rapport au tiers-monde) qu’à ce qu’ils dit des E.T. Le rayon est dirigé vers le bas et non vers le haut.

    • Astyanax, j’ai mis ton premier commentaire sur les Inrocks, est-ce que tu me permets de mettre le second (auquel je souscris à 110%) sur le site?

    • Boulga, les télescopages de ton, c’est justement l’intérêt et la nouveauté du film.

    • Maigrichon, merci pour le compliment, mais je vous assure, je suis très loin de l’omniscience (le cinéma, le rock et la mycologie, ça va, pour le reste…).

      Je vous assure, vous n’avez rien dit qui fasse grimacer qui que ce soit. Ne soyez pas intimidé, ça ne sert à rien. Une personne qui connaît la filmo de Sasha Grey et d’Isabelle Huppert et qui est capable de citer Anal Sandwich 4 est plus que la bienvenue ici…

    • Akhn, je ne dis pas que Godfather 3 est meilleur que les premiers, je dis juste que je le préfère et qu’il me touche plus.

      Les deux premiers sont l’histoire de la montée en puissance d’un mafioso brillant. La mise en scène est puissante, extrêment tight. Le troisième est l’histoire d’un homme défait, qui a détruit sa famille et qui essaie de rapailler les derniers morceaux, dépassé par les puissances de l’argent et par une nouvelle génération stupide (Garcia) qui veut le remplacer. Après une série d’insuccès, en 1990, Coppola était un dinosaure incompris par les banques qui venaient de prendre possession des studios, dépassés par de jeunes cinéastes sans culture (Garcia parfait) auxquels Coppola passe le relais sans illusion. Ce film est un autoportrait, comme Tucker mais en plus réussi. Quand Pacino confesse la mort de son frère, c’est Coppola qui parle (cf. son dernier film pour comprendre la relation au frère). Quand il devient nostalgique en Italie, c’est Coppola qui parle et bien sûr la mise en scène ralentit, se relâche, fait l’école buissonnière… Sophia Coppola n’est pas mauvaise, elle joue une jeune oie et son père lui met les pieds sur les pédales du tricycle en lui disant, ma fille, si tu veux devenir cinéaste, il faut que tu tue la naïveté en toi et ne dises jamais ce que tu penses. Même Wynona n’aurait pu faire mieux.

      Akhn, tu as une fille? Imagine la pire douleur qui soit pour un père: sa mort. Imagine ensuite que tu sois assez fou pour filmer son meurtre fictivement. C’est ce que fait Coppola et franchement, que ce soit légèrement too much, alors que la scène se passe à l’opéra, ce n’en est que plus émouvant. Et rare.

    • Torn Curtain, un film râté? Avec deux des meilleurs scènes de l’histoire du cinéma (le meurtre dans le fourneau et la confrontation des savants sur le tableau noir)?

    • “assez d’énergie potentielle pour propulser un vaisseau d’au moins 500,000 tonnes plus vite que la lumière ! (il fait un aller-retour en 3 ans, or, Alpha Centauri (la plus proche) est à 4,2 AL.”

      Ça m’impressionne que tu penses automatiquement à ces choses-là, mais 3 ans, ce n’est pas ce que ça prend pour aller et revenir de la planète alien, mais ce que ça va prendre pour faire District 9 Strike Back. C’est un gag et c’est parodique!

    • Vous ne trouvez pas ça comique que depuis deux semaines, il soit écrit ceci sur le site:

      Le roi de la blague de pénis Marc Cassivi

      Humour involontaire…

    • Hélas ghost, je pense à ça et bien davantage malgré moi quand je vais au cinéma…

      Car vois-tu, l’aller-retour est de 3 ans est en temps terrestre. Même si tu fais l’aller-retour jusqu’à Alpha Centauri en 10 ans, mettons, (donc à 0,8C, en respectant les panneaux de vitesse de la physique), il se sera passé plus de 20 ans sur terre, et jusqu’à un millénaire ou plus si tu t’es approché de la vitesse de la lumière, style 0,99C… En fait, à C, la vitesse de la lumière, tu peux faire le tours de l’Univers en une vie humaine, le hic, c’est quand tu reviens, tu reconnais plus trop ta blonde…

      Or, manifestement, les Alien la dépassent. Donc si tu vas sur Alpha Centauri ou plus loin en dix minutes par un trou de ver, tout ce que l’on sait avec une relative certitude, c’est que le temps ne sera pas sans être affecté… Radicalement. Bref, ce genre de ‘farewell’ interstellaire relève de la plus haute fantaisie.

      Bref. Ce genre de chose peut éventuellement passer dans un film SF et me fait sourire au passage sans plus. Ça se pardonne.

      Manifestement, le côté parodique de l’oeuvre m’est complètement passé à côté, mon ti-pentium est pas configuré pour penser ’social’.

    • …en somme, tu peux pas aller nulle part en voyage interstellaire et revenir ‘dans trois ans’.

      N’en dépaise à Disctrict 10, que j’irai voir néanmoins… Avec le cerveau à off, tant pour la physique que pour le reste.

    • La parodie:
      Les commentaires de la mère (mon fils est pas vite mais moi je l’aime).
      Les Nigériens qui nounrissent et mangent des aliens (avec la prêtresse voudou).
      Le chef des Nigériens en chaîse roulante (Dr Folamour?).
      Le type qui fait un cendrier en macramé et sa blonde qui s’assoit dessus.
      Pichou, il se pogne une déesse néerlandaise, mais son beau-père ne l’aime pas.
      Tu veux faire un camp de concentration et tu fais signer des formulaires…
      Les commentaires des experts hyper-sérieux.
      La parodie de La Mouche…
      Le bureau, aussi éloigné que possible d’un service anti-aliens, plus proche d’une parodie de The Office avec blagues de cul autour de la machine à café.
      Le vaisseau rouillé très bidonville.
      Les multiples images de faux reportage CNN avec commentaires euphémiques du plus haut comique.

    • Ahn, j’oublais, la couveuse d’oeufs avec quartier de boeuf, parodie de Alien de Ridley Scott.

    • Oui, mais le ton n’est pas du tout parodique… C’est diablement sérieux, gore pour vrai, hard, etc.

      Quand je sors d’OSS117, je comprends bien que c’est de la parodie !

    • Et tu me permettra d’ajouter que l’essence alien synthétisé (irréaliste, tu l’as bien prouvé) dans un shack avec de vieux laptops accrochés sur le mur, avec notre imbécile qui n’arrête pas de répéter, c’est illégal ça, c’est illégal, il faut que j’en réfère au Service, pour moi c’est de la pure parodie, ça me fait rire rien que d’y penser. Et puis, un vaisseau mère, qui s’installe au-dessus de Johannesbourg au lieu de Washington, ce n’est pas sérieux…

      Bref, le cinéaste et Jackson se foutent de notre gueule… Il y a un côté rabelaisien: parodie, satyre politique et liquides corporels à tous les étage…

    • Je te l’accorde, c’est de l’understatement, la parodie n’est pas soulignée, elle naît de l’accumulation…

      Juste l’affiche “Interdit aux aliens”, come on…

    • Mwouin, vu d’même…

    • Peter Jackson, c’est un pince-sans-rire… Tu connais le faux documentaire qu’il a fait sur un cinéaste néo-zélandais des premiers temps: Forgotten silver. Il l’avait lancé en Nouvelle-Zélande et le public avait été tout fier de savoir qu’il y avait un pionnier du cinéma dans leur sublime pays…

    • OSS est archiparodique parce qu’il est un remake d’un film (OSS 117 se déchaîne, 1963) qui était déjà parodique de la série James Bond qui est elle-même quasi-parodique.

    • L’enfant mollusque qui a hâte de découvrir sa planète parce qu’elle a sept lunes au lieu de une pour la Terre, c’est presque du nonsense…

    • tongue-in-cheek, ok, mais parodique? Je sais pas… C’est quand même un peu trop solide pour une parodie, je trouve…
      Mais le héros est assez parodique, en effet.

    • Les artistes ne créent pas toujours en ayant en tête des catégories génériques étanches (SF vs fantaisy) et en esseyant de ne pas faire des ruptures de ton (gore, humour, tongue-in-cheek, parodie, etc.). Dans le classicisme, oui, mais ce n’est pas le cas ici. Mélanger les catégories permet en fait de créer du nouveau (Lars von Trier fait cela systématiquement) et déjouant les attentes. Pensez au dernier film de Tarantino qui est une courageuse collision de trucs qui s’excluent radicalement (Shoah et cinéma bis, il faut avoir un grain et des coronnes grosses comme ça pour simplement y penser)!.

    • L’autre affaire, Boulga, c’est que c’est chiant les films de SF qui s’arrêtent pendant cinq minutes pour essayer d’attacher les ficelles de la vraisemblance. La plupart des auteurs passent par-dessus en disant, oui, je pourrais l’expliquer, mais à quoi bon, on passe et vous n’avez qu’à l’accepter à priori.

      Par exemple, tu penses que le liquide génique est de l’anti-matière. Très hypothétique. On pourrait aussi penser que ce n’est que la clé de char, de la même façon que les guns ont besoin du gêne alien pour fonctionner, le vaisseau a besoin d’ADN concentré pour repartir, ce qui explique qu’il est arrivé mais qu’il est incapable de repartir car la clé a cassé quand le petit vaisseau est tombé sur terre. Alors ils passent vingt ans à chercher des batteries alien pour assembler les gouttes une à une d’ADN. CQFD.

    • Un bon film SF n’explique rien, mais se tient en soi, même jusqu’à l’extrême ‘impossible’, comme 2001. Mais c’est très, très rare la SF au cinéma, on a surtout de la Fantasy (Alien), et du Space Opera à la Star Wars.

      Ta théorie de clé de char c’est n’importe quoi, voyons donc, un système conçu pour traverser l’espace interstellaire avec à bord quelques cent mille passagers ne saurait tenir à la rupture d’un seul élément aussi banal. Déjà que la théorie des réservoirs vides… Le design spatial implique la redondance, la redondance de la redondance, et s’ils se sont rendus sur Terre c’est qu’ils savent au moins ça depuis 100,000 ans.

      Non, décidément, c’est toi qui a raison : ce film est une sorte de satyre, ça m’avait traversé l’esprit à la scène des oeufs.

    • Je suis votre discussion de loin avec beaucoup d’intérêt. Je n’ai pas trop le temps d’écrire et n’ai pas vu le film ! Toutefois, j’adore l’intransigeance de Boulgakov sur la SF et regrette comme lui la rareté du ‘plausible sans explication’. J’écris simplement pour noter l’orthographe (voulue ou pas) utilisé pour “satyre” au lieu de “satire”: fusion brutale, amusante et qui semble complètement à propos !

    • Ghost, comment pourrais-je te refuser ça? Permission accordée, bien sûr…

    • @rafc

      Satyre était une faute d’inattention… Un peu rigolote après coup, faut avouer.

      Quand on blogue on garroche pas mal vite.

    • Je te dis pas que ma théorie des clés de char est la bonne, je dis juste qu’avec un peu de réflexion les auteurs auraient pu en trouver une, mais l’explication aurait été chiante. Mais tu as raison, quand on se pose la question, c’est déjà que c’est bancal.

      Le bottom line, c’est que ce pur MacGuffin a une fonction métaphorique. C’est un film sur le racisme, allégorique, et l’on sait que le fin mot de cette question ce sont les gènes (qui prouvent que tous les être humains sont frères alors que les races font le contraire). C’est brillant à défaut d’être SFment correct…

      Voici ce que Hitchcock répondait à ses “amis les Vraisemblants” sur le MacGuffin:

      Deux voyageurs se trouvent dans un train allant de Londres à Édimbourg. L’un dit à l’autre : « Excusez-moi, monsieur, mais qu’est-ce que ce paquet à l’aspect bizarre que vous avez placé dans le filet au-dessus de votre tête ? — Ah ça, c’est un MacGuffin. — Qu’est-ce que c’est un MacGuffin ? — Eh bien c’est un appareil pour attraper les lions dans les montagnes d’Écosse — Mais il n’y a pas de lions dans les montagnes d’Écosse. — Dans ce cas, ce n’est pas un MacGuffin » .

    • Ouais, “satyre” c’est pas mal, mais “gêne alien” c’est pas piqué des hannetons…

    • Je ne sais pas ce que Josef va penser de son blogue en revenant… On est rendu à combien? Je m’aperçois que tous les posts envoyés avec des liens sont finalement réapparus.

    • @unholy_ghost. Pour Torn Curtain, j’écrivais que, dans une moindre mesure que Topaz, c’était un film raté. Cette scène du four est en soi quelconque. C’est plutôt ce qui la précède qui est intéressant et surtout le fait que ce mec communiste n’est pas tuable! Quant à la scène du tableau, où le prof constate que son homologue américain en sait bien moins que lui et qu’il est là simplement pour obtenir la formule, elle était tout à fait prévisible.

      Cela étant dit, j’ai trouvé ce film meilleur que d’autres films du genre, mais nettement en-dessous des autres réalisations du Maître. Comme j’ai trouvé Absolute Power et Midnight in the Garden of Good and Evil d’Eastwood ratés même si je ne me suis pas vraiment ennuyé pour ce qui est du premier (j’adore Laura Linney!).

      Par ailleurs, j’ai bien aimé ton échange avec M. Boulgakov et il m’incite à aller voir ce film. Je suis un fan fini de Star Trek, la série télé originale dont j’ai vu chaque épisode au moins 10 fois. Et il y avait une volonté d’exactitude scientifique dans cette série même si certains éléments pouvaient être tirés par les cheveux. De fait, plusieurs scientifiques furent consultés régulièrement par les scénaristes (comme D.C. Fontana) avant la diffusion des épisodes. En passant, l’auteur Isaac Asimov adorait la série et il avait noué de solides liens d’amitié avec son génial créateur, Gene Roddenberry.

      Je t’invite à lire ces textes (quand tu en auras le temps) qui sont intéressants car ils portent précisément sur la question exactitude scientifique vs SF : http://www.sfsignal.com/archives/2008/05/mind-meld-scientific-accuracy-in-stories/

    • La scène du four comprend bien sûr tout ce qui vient avant avec le pas-tuable (scène citée d’ailleurs dans Tu ne tueras point avec le taxi) et la scène au tableau est prévisible puisque c’est du suspense (prévisible par essence) mais quelle merveille de mise en scène et de dilation! Hitchcock réussit à rendre hautement intéressante une scène sur un combat de formules scientifiques incompréhensibles pour le commun des mortels et presque sans dialogue. D’ailleurs citée dans Un conte de noël quand la famille calcule les probabilités de la mère de mourir: on pige que dalle mais on suit avec appréhension le résultat du calcul pour savoir si Deneuve a des chances de s’en tirer!

      Tu parles de films ratés en parlant de G3? Truffaut disait justement que les films les plus intéressants sont les “grands films malades”, films semi-ratés où un cinéaste a mis le plus de lui-même. Pour Hitchcock c’était Marnie; pour Truffaut La sirène du Mississippi et la Chambre verte; pour Jutra c’est Kamouraska.

    • Euh, il n’a p-e pas dit que c’était les films les plus intéressants, mais il en fait l’apologie dans la mesure où l’on peut y connaître un auteur à vif.

    • En parlant de calcul, j’aimerais bien que tu me dises, Boulga, comment tu arrives à la conclusion que ça prend 10 ans à se rendre sur Alpha Centaure à 80% de C (vitesse de la lumière). Je sens que je vais allé me cacher dans un trou…

    • Je ne comparerais jamais Kamouraska à ces films ratés ou semi-ratés car Kamouraska est un chef d’oeuvre! La dame en couleurs (je crois que c’est le nom), oui, car il s’agit d’un film plus personnel, comme tu le dis.

      Par ailleurs, je ne crois pas que le suspense soit prévisible « par essence », comme tu le soutiens. « Le suspense est une réaction du spectateur au récit de doute sur l’issue de l’intention d’un personnage. (…) Le spectateur doit être incertain de l’accomplissement du but [i.e. de l’intention du personnage] (…) Pour qu’il y ait suspense, les chances de réussite ou de l’échec de réalisation de l’intention doivent être à peu près équivalentes. Durant le récit la distribution des chances de réussite ou d’échec peuvent (sic) changer, ce qui entretient le suspense et rend l’issue imprévisible »

      http://multimedia.uqam.ca/profs/lcp/dramat/V2/suspense.html

      Le suspense n’est donc pas, par essence, prévisible. C’est le contraire qui est vrai. Dans l’esprit du spectateur, ce qui entretient le suspense, c’est la possibilité que le personnage puisse arriver ou non à accomplir son dessein. C’est ce doute qui entretient le suspense. La scène du tableau n’a rien à voir avec le suspense car elle est tellement prévisible que le spectateur (dont je suis) n’a absolument pas été saisi car la cause était déjà entendue.

    • Kamouraska n’est peut-être pas raté, mais c’est quand même un grand film malade, qui a échappé en partie au contrôle de Jutra. Avec la fin de l’amitié avec Brault.

      Quant au suspense, il faut juste s’entendre sur les mots. Ce que tu me décris c’est le thriller, pas le suspense hitchcockien.

    • Pas du tout d’accord sur ton appréciation de Kamouraska. Il n’y a rien de malade dans ce film parfaitement maîtrisé, fidèle au beau roman d’Anne Hébert et qui comporte des scènes extraordinaires qui sont non seulement représentatives de l’œuvre d’Hébert, mais qui plongent sans doute très loin dans la sensibilité du réalisateur. Si des événements sont survenus entre Jutra et Brault, le film n’en laisse rien paraître.

      Je pense que le sens du mot suspense ne m’échappe pas. Ce prof de cinéma le définit comme je l’ai toujours ressenti et il emploie le mot suspense et non thriller. Les films de suspense du Maître qui m’ont mis en haleine sont précisément ceux où le suspense se dénoue de manière imprévisible.

      Exemples : (1) la scène de la paire de ciseaux dans Dial M for Murder. Si le suspense était si prévisible, comme tu l’écris, le personnage de Grace Kelly aurait été assassinée; (2) la scène du chalet dans North by Northwest. Si ce suspense avait été prévisible, jamais les personnages de Grant et d’Eva Marie Saint ne seraient sortis vivants du chalet, et il y a ce paquet d’allumettes jeté aux pieds de cette femme. Le personnage de Landau le voit, mais il ne fait que s’allumer une cigarette avec et ne regarde pas le message rédigé à la hâte. C’est ça qui entretient le suspense car Landau aurait pu regarder le contenu du paquet (il s’allume et il devrait le voir, non?) et nos deux amants étaient cuits; (3) la scène fameuse des cymbales dans The Man who Knew too Much (wow! Impossible de la prévoir). Je pourrais continuer ainsi en te donnant plein d’exemples. Suspense = imprévisibilité.

    • Si je me souviens bien Hitchcock distinguait suspense et surprise. Lorsqu’il y a suspense, le spectateur en sait plus que les personnages et ont donc un surplus de tension et ‘jouissent’ dans la durée; alors que la surprise (ou thriller) survient, surgit autant pour les spectateur que les personnages et tous perdent alors en durée et en qualité de tension. Dans les deux cas, l’imprévisibilité ne vient que renchérir sur les effets et est donc bienvenue. Le suspense prévisible, on le retrouve, je crois, plutôt dans l’horreur et le gore.

    • Akhn, on ne s’entend pas sur la même définition, c’est tout. Tu as raison, dans sa définition commune, c’est l’incertitude, le “suspens”, que Hitchcock appelait le thriller, mais ce n’est pas la définition de Hitchcock. D’ailleurs, on peut regarder un film du maître autant de fois que l’on veut, ça ne change pas notre intérêt.

      “Malade” n’est pas un défaut, bien au contraire. Et il y a des ratages qui sont plus beaux que des réussites… Il te faudrait lire le texte de Truffe, je vais essayer de le trouver: “Un cer­tain degré de ci­né­phi­lie en­cou­rage par­fois à pré­fé­rer dans l’oeuvre d’un met­teur en scène, son grand film ma­lade à son chef-​d’oeuvre. Les grands films ma­lades laissent ap­pa­raître plus crû­ment leur rai­son d’être”.

      Merci pour le lien sur le débat SF. J’ai retenu ceci: “science” est la moitié de “science-fiction”… Le reste tient à notre degré de willing suspension of disbelief. De toute façon, en l’état de la science, les voyages interstellaires sont impossibles (la preuve en est que les ET ne sont pas parmi nous…), ce qui est très limitatif.

      Est-ce que tu savais que la science-fiction est né à Québec?

    • Ghost,

      En fait, un trajet de 8,44AL (aller retour à Alpha C.) ne prend ‘10,55 ans’ à 0,8C pour personne. C’est le calcul bête et méchant, genre Québec/Montréal à 120 prend 2 heures et quart. Ceux qui sont sur le vaisseau, il ne durera que quelque mois. Mais il se passera plus de 30 ans sur terre durant ce ‘laps de temps’. Ce sont des estimés, je ne sais pas calculer ces choses exactement, mais ça ressemble à ça.

      By the way, le mythe de la ‘SF née à Québec’ because la scène dans Cyrano n’est pas exact. Des auteurs antiques (un Romain, je sais plus son nom) écrivait des histoires sur les habitants de la Lune et d’ailleurs. Les États de Lune et du Soleil est en fait pure ‘renaissance’. Et strictement parlant, tout ça c’est de la Fantasy. La vraie SF grand public naît avec Arthur C. Clarke.

    • Ta définition de la SF est très restreinte, comme ta définition du rock d’ailleurs… Tes Romains qui écrivent du merveilleux ne peuvent faire de la science-fiction à moins de faire un anachronisme. Pour qu’il y ait science-fiction, il faut qu’il y ait science, au sens moderne, née avec Galilée et cie. Cyrano est fantaisiste mais sa façon d’aller sur la lune se veut scientifique pour son époque. Il commence par de la vapeur d’eau (mongolfière) puis par des fusées avec de la poudre à canon (à partir de Québec). C’est franchement une anticipation géniale. Très allégorique, également. Et puis il discute les théories de savants de son époque, comme Tycho Brahé, si je me souviens bien. C’est de la science-fiction, à la lettre. Tu parles de la science mais c’est un état de la science, or la science évolue. Et puis, ta définition de la SF, c’est de la hard SF. La science-fiction va de celle-ci à la fantaisy.

    • Akhn, c’est peut-être la fusée de Cyrano qui a détruit le tombe de Champlain! Il faudrait un Terry Gilliam pour filmer cette fantaisie!

    • Cyrano c’est le chaînon manquant entre Rabelais et les philosophes des Lumières.

    • Quelqu’un peux-tu me dire qui est le crétin qui a décrété que TOUT le monde devait reprendre Hallelujah de Cohen?

    • @ unholy_ghost

      Tu viens de voir Watchmen? Je veux voir le film, mais cette scène m’enlève toute envie.

    • @unholy

      Une des plus grandes interrogations de ma vie!!!!!!!!!! En plus, Hallelujah, on compte moins d’artiste mainstream ne l’ayant pas reprise que de ceux qui l’ont reprise.. Je pense que le tour du jardin est fait. Depuis 1997.

      Merde, pourquoi reprendre des excellentes chansons? C’est impossible de l’améliorer, il me semble!

      Exception notable : All Along the Watchtower de Dylan reprise par Hendrix…

    • Hallelujah est aussi dans Watchman?!! C’est viral, ma foi! Non, j’ai entendu une version whitneyhoustonisée dans un café rock-matante.

      C’est comme l’autre jour, j’ouvre la télé et je vois une version incroyablement inoffensive de Moisi moi’ssi de Fred Fortin par un petit crétin de la Star Ark. J’apprends du même coup que c’est la chanson la plus populaire au Québec (merde, une chance que je n’écoute jamais la radio FM!).

      Qu’est-ce qui fait que l’original n’est jamais devenu un succès? Seulement la surstandardisation des radios commerciales par leurs dirigeants qui nous prennent pour des poulets en batterie.

    • Parfaitement, Jimbones. C’est une chanson que l’on reprend en tremblant, la peur au ventre. Et puis, on ne passe pas après Cohen, Dylan, John Cale et Jeff Buckley, c’est impossible. Même la version de Rufus, pas dégueu, est superfétatoire.

    • @unholy

      merde, je crois qu’on ne pourra jamais être amis, je suis bcp trop souvent d’accord avec vous. ;-)

      Sinon, superfétatoire, cela ne décrit-il pas l’oeuvre entière de rufus? Mais bon, not my cup of tea, j’imgaine…

    • Et puis, la fille de Nathalie Simard se lance dans la chanson… (soupir)

    • Mon cher Akhn, en y repensant, l’endroit où je situe la tombe de Champlain est à moins de dix mètres de la première rampe de lancement de la fusée de Cyrano… Pas mal, non! Un petit pépin technique et bang, le caveau de Champlain part en fumée! On peut même se dire qu’il s’en est servi comme rampe! Et puis, Bergerac décrit dans le roman (pas la version classique censurée, mais celle retrouvée récemment, pleine de détails sur Kébec) une conversation avec le Gouverneur Montmagny, premier gouverneur de Québec après l’officieux Champlain. De Bergerac est certainement venu à Québec tant sa description est précise, ou alors il s’est très bien documenté.

      Tout cela est fictionnel, je le sais bien hein, mais Cyrano plaidait pour le mélange entre réalité et imagination.

      (Je sais, j’ai trop d’imagination…)

    • Jimbones, je n’ai pas dit que mes amis ne pouvaient pas être d’accord avec moi, j’ai dit que ce n’était pas une condition sine qua non (heureusement, sinon ça ferait longtemps que je ne serais plus ami avec Boulga, Dieu m’est témoin)…

      Rufus? Belle voix maniériste, compos intéressantes, un peu cheezy. Il m’a réconcilié avec Gilles Vigneault avec sa version de « Quand vous mourrez de nos amours » . C’est déjà beaucoup.

    • Boulga, ton Romain c’est Lucien de Samotate, un Grec syrien, qui a inspiré Cyrano. Mais il n’y a aucune référence à la science, même avant la lettre, c’est un conte merveilleux et satyrique.

      Il y a aussi Francis Godwin un peu avant Cyrano (les dates sont floues), mais je ne l’ai pas lu, peux pas te dire s’il passe le seuil scientifique.

    • @unholy_ghost. En effet, j’ai lu à propos de Savinien Cyrano et du premier gouverneur de la Nouvelle-France, Charles Huault de Montmagny, qui l’aurait inspiré. Je parle, bien sûr, au conditionnel. Si tout cela est vrai, disons que la SF pourrait être née non pas à Québec, mais inspirée à un Français par un Québécois ou plutôt un Canayen d’adoption.

      Tes théories sur le tombeau de Champlain sont trop flyées. La vérité historique est plus simple. Lors de son séjour à Québec en 1944, Churchill faussa compagnie à Roosevelt et en profita pour ordonner à certains de ses agents anglais, infiltrés dans la vieille ville, de subtiliser le corps de Champlain. Churchill supervisa lui-même l’opération secrète baptisée Operation Sam. Pourquoi? Pour faire un pied de nez à De Gaulle qui emmerdait souverainement Churchill. Le corps de Champlain repose aujourd’hui dans un caveau non numéroté sous l’Abbaye de Westminster.

      @jimbojones. Je suis très ami avec Ghost car dans 90 % des cas, je suis en désaccord avec lui! :-)

    • @ghost

      Oui, ‘mon’ romain c’est bien lui.

      Ton argument sur la ‘vraie’ science qui naît avec Galillée et cie est un peu fallacieux. Il y avait de la ’science’ dans le monde antique. Les Grecs, après tout, non seulement savaient que la Terre était ronde, mais ils en avaient calculé la surface à… 50km près !

      Le géométrie, etc., était très avancée.

      La physique aristotélicienne c’était plus folklorique mais dans quelques millénaires, peut-être regardera-t-on l’époque newtonienne comme tout aussi obscure sinon davantage.

      La distinction entre Fantasy et SF permet de cerner un enjeu. Je déplore simplement le fait que la ‘vraie’ SF soit assez radicalement absente de l’art majeur qu’est le cinéma. Je mets d’ailleurs au défi les érudits qui fréquentent cet endroit de me citer un seul film de SF autre que 2001 ou Solaris.

      D’où ma déception en sortant de District 9. Je m’attendais à de la SF, mais c’est pas ça pantoute.

      À quand un cinéaste qui mettrait en images Forteresse de Stanislas Lem, avec toute la rigueur nécessaire ?

    • …le titre exact en français est en fait l’Invincible.

    • 2010?

    • Oui, 2010, mais on reste dans la même talle. C’est dire.

    • J’ai bien dit “science au sens moderne”. Il y a quand même quelque chose de nouveau avec Descartes, Galilée, Copernic et Bruno. Un changement de paradygme. Dans l’Antiquité, les métiers du savoir étaient liés au religieux, alors que la science moderne essaiera progressivement de s’en distinguer. Et puis, il y a la structure “doute radical-hypothèses-expérimentations” qui me semblent nouveau et qui informera la science-fiction (qui marche par hypothèses: si il y a telle chose, qu’est-ce qui en résulte).

      Il n’y a pas personne qui dirait que Star Wars ou Aliens ne sont pas de la science-fiction, faut pas charrier. Ta SF n’est qu’un sous-genre de la science-fiction en général, rare il est vrai.

    • Sinon dans la catégorie SF réaliste: War Games, Minority Report, Avalon, eXistenZ, Contact, Bienvenue à Gattaca, Jurassic Park, Jusqu’au bout du monde, The Abyss, Escape from New York, La mouche, Blade Runner, ET, Rencontre du 3e type, Fahrenheit 451, etc etc.

      Solaris et 2001 restent les deux meilleurs c’est certain.

    • FredC, qu’est-ce que tu en penses, c’est quand même toi l’expert?

    • Il y a une somme en français sur la science-fiction au cinéma, par Michel Chion, grand théoricien et meilleur spécialiste de Kubrick et Lynch. Je peux te dire que sur la couverture il y a 2001, mais aussi Star Wars et Barbarella: http://livre.fnac.com/a2721307/Michel-Chion-Les-films-de-science-fiction?SID=48ec93ef-e268-b4a1-4322-5678668a2ae3&UID=0B94EF587-24B6-EAF6-F2B0-01BE9A2168B7&Origin=FnacAff&OrderInSession=0&TTL=240220102059&PID=1

      Je cours l’acheter…

    • J’allais dire Farenheit 451, mais est-ce vraiment SF?…
      Le tout Philip K. Dick, définitivement Gattaca aussi! J’ajoute The naked lunch… :-) The Road aussi. Mais je sais que je triche.
      Bref.
      De dire que Dune n’est pas de la SF, ca me semble louche quand même.

    • Sans vouloir vanter ce navet, The Island était quand même bien crédible/expliqué, niceau science…

    • 2000 lieues sous les mers, La machine à remonter le temps, Voyage dans la lune de Méliès, Metropolis, planet of apes et Frankenstein c’est la SF, y’a pas à jongler.

    • Avec Escape From New York, Blade Runner, The Road, etc. on rentre un peu dans l’univers des dystopies, mais bon.

      Contact est un bon exemple, mais c’est la filière Sagan / Clarke.

      Les autres sont pas particulièrement convainquants. The Fly c’est de la pure Fantasy, ET et Close Encounters c’est des récits fantastiques. Jurassik Park est déjà plus rigoureux, c’est vrai.

      Dune est une intrigue politico-sociale qui adonne se passer sur une autre planète, comme ç’aurait pu se passer en Mongolie en l’an 600. Oui, c’est de la SF plus que du roman naturaliste ou que sais-je, mais en définitive, ç’a des relents de Space Opera.

    • 2010 sort déjà du groupe élitaire formé par 2001 et Solaris développé par Boulgakov: les explosions sont sonores dans l’espace !!! détail relevant plutôt du space opera et autre impossibilités…

      Un petit film très bien réalisé par l’élève de Kubrick, Douglas Trumball, Silent Running de ‘72 posait l’hypothèse d’une fin du règne végétal sur terre et de la garde de ses espèces sur des serres mises en orbite autour de Saturne en attendant l’assainissement de la terre. Avec une même reflexion que 2001 sur le passage de l’homme à la machine comme gardien du Vivant. Assez surprenant !

    • Ceci dit, Silent Running comporte aussi son lot d’explosions sonores; marque récurrente en SF qui indique que la fiction emboîte un immense pas sur la science. Le silence des espaces infinis est si cinématographique pourtant!

    • Trumbull, pour être précis. Il a travaillé sur 2001, c’est lui le trip psych final. Pas vu Silent Running et Brainstorm mais ça l’air bien.

      Comme si une dystopie ne pouvait pas être de la science-fiction…

    • Pour le son dans l’espace, ça dépend où tu mets le micro…

    • C’est de l’humour ?

      Bien sûr qu’une dystopie c’est de la SF. Seulement, y’en a des crédibles et d’autres carrément ridicules au plan scientifique (le dernier Terminator, par exemple).

      Y’en a même des parodiques, pour clore la bloucle, comme le hilarant seksmisja.

      http://www.imdb.com/title/tt0088083/

    • Pour le micro dans l’espace, ça dépend où tu mets le son…

    • Oui, c’est de l’humour…

      Encore que, tu peux avoir un plan extérieur de la navette, avec le son intérieur de la navette. C’est très fréquent au cinéma (son d’une conversation à l’intérieur d’une voiture et caméra à travers la vitre à l’extérieur). Le point d’écoute n’est pas le point de vue, pour parler comme Michel Chion.

    • Un geek, à qui je disais que le son dans l’espace de Star Wars n’était pas réaliste, m’a répondu qu’à l’autre bout de l’univers il y avait sûrement du son dans l’espace!

    • Biensûr Ghost que le point d’écoute peut être différent du point de vue. Si on place le micro dans le casque de l’astronaute on a un effet de respiration gigantesque; si on le place à l’extérieur de la diégèse, on a la valse extraordinairement gracieuse d’une navette sur le Danube bleu, etc… En revanche, le son d’une explosion dans l’espace est physiquement impossible, il n’existe tout simplement pas.

    • après le ‘graviton’ il nous faudra découvrir la particule du ’sonoton’ hum hum.

    • Oui, bien sûr, l’explosion. Mais Kubrick aurait pu filmé Voyager en route vers Jupiter et mettre un son sourd de réacteur avec un point d’écoute à l’intérieur du vaisseau. D’ailleurs, il le fait je crois, quand on voit le cosmonaute de l’extérieur et que l’on entend sa respiration à l’intérieur du casque.

    • Ce geek avait plutôt inventé le çonoton…

    • Vous m’excuserez d’être hors propos, mais je suis tout de même curieux de savoir si je suis le seul sur le blogue à trouver parfaitement insupportables l’«oeuvre» et la personne même de Ricardo Trogi? À part un billet d’avion Montréal-Tokyo, sur quoi pourrais-je compter pour échapper à la couverture médiatique entourant la sortie de 1981? Quelqu’un a une idée?

    • Être téléporté en 1980…

    • Je viens d’acheter le Michel Chion, et la science-fiction c’est très large, pas seulement la SF clarkienne. De toute façon, on ne peut pas définir un genre par la crédibilité ou la scientificité de sa diégèse, puisque ces critères bougent beaucoup historiquement et selon les individus.

      À part Solaris et THX 1138, Chion cite un autre chef-d’oeuvre inspiré de 2001: Phase IV de Saul Bass, le créateur génial des génériques d’Hitchcock.

    • astyanax, 5 hrs de route au sud et, on en entend plus parler je te le garantie. En attendant la téléportation, on peut toujours combattre le film par un autre film, de ‘81! j’ai vu Mommie Dearest cette semaine, extrêmement ‘divertissant’ ce film sur joan crawford … mais c’est peut-être plus pour ankh en fait.

      Le Chion a l’air vraiment intéressant, ça date de quel année? Phase IV est magnifique dans ma mémoire, très scientifique visuellement c’en est époustouflant. On pense presque à Micromégas pour la comparaison des sociétés! Pour THX, on revient encore à Lipsett, Lucas dit avoir trouvé l’idée générale dans 21-87: “somebody walks up and say your number is 2187 isn’t it”

    • Yes, Lipsett a inspiré THX, le cours métrage déjà avant le long métrage. Kubrick fut tellement impressionné par Very Nice Very Nice (gagnant d’un oscar) qu’il lui a demandé de monter la bande-annonce de Dr Strangelove. Lipsett a refusé, mais la fin du film de Kubrick est directement inspiré de lui.

      J’ai aussi vu une publicité pour la campagne de Kennedy totalement inspiré par Very Nice Very Nice. À ceci près que l’angoisse métaphysique de Lipsett avait été remplacé par du positivisme pepsodent.

    • En fait, Very Nice fut seulement nominé pour un Oscar, je viens de vérifier.

    • Le Chion, 2008.

    • Moi qui tentais (pas très) subtilement de vous détourner de ces discussions un peu vaseuses sur la vraisemblance de la vitesse d’un aller-retour entre la terre et une étoile perdue au fin fond de la voie lactée, et voilà que Ghost me propose d’échapper à 1981 en utilisant… la téléportation!!!

      @ ankh

      Merci pour la suggestion de MOMMIE DEAREST, c’est la solution la plus économique pour ne pas entendre parler de l’affreux Ricardo T.

      Et, pour revenir à Finkielkraut, le hasard veut qu’il soit interviewé cette semaine dans le Nouvel Observateur. Met la main là-dessus et je suis sûr que tu comprendras pourquoi je déteste ce type…

    • Téléportation n’est sûrement pas le bon mot…

      Astyanax, j’ai bien peur que tu ne pourras pas échapper à 1981. Big Trogi is Watching You!

    • @astyanax

      Québec-Montréal n’était pas sans saveur…

      Après il n’est resté que le cru et le vulgaire, sans l’esprit, et c’est devenu sans intérêt.

      Mais je donne la chance au coureur. Troggi a au moins une patte a lui, ce qui est déja bien plus que nos mercenaires.

    • Une patte, certes, mais très balourde. Et puis, sans l’avoir vu on sait déjà de quoi ça parle: comme CRAZY et J’ai tué ma mère, de comment se réconcilier avec ses parents kétaines, et par métonymie, avec le Québec.

    • En tous les cas, ceux qui s’emmerdent à lire des livres théoriques, les images font passer d’agréables moments: Jane Fonda en Barbarella, Sigourney Weaver en caleçon taille-basse, Zyra très Vermontoise (!), Daryl Hannah sublime en Réplicante, Scarlett clone parfait.

    • @ mikhail_boulgakov

      Les chips au bacon, le foie de veau trop cuit et le gâteau aux fruits et au rhum du temps des fêtes ont aussi leur saveur…

      @ Ghost

      Zyra avec des poils sur les jambes ou sous les bras?

    • @Astyanax

      Les deux mon capitaine. Euh, du poil partout en fin de compte…

    • Plus que Sean Connery dans Zardoz, c

    • ..c est dire…

    • Trogi = chips au bacon!

    • Partout, partout, vraiment? N’en dis pas plus, tu sais bien l’effet que me fait toute cette pilosité…

    • @ unholy_ghost

      Si on reparlait un moment de la Joconde de Leonardo Da Vinci dont votre réponse m’avait quelque peu envoûté et que la chose me titille depuis. Vous disiez que le chef-d’oeuvre en question avait été scanné et qu’on y avait trouvé des trucs méconnus du grand public. Peut-on en apprendre davantage pour le bénifice du lectorat de Josef Siroka? Je n’ai pas réussi a trouver ce fameux programme télévisé que vous avez vu il y a quelque temps. Amicalement intéressé de savoir.

    • Cher Virgiqqf,

      Lors de l’expo Le Louvre à Québec, il y avait un docu sur ce scanning. J’ai dû aussi le voir à Découverte (envoie un courriel à l’émission) ou sur Télé-Québec.

      PS: Je viens de trouver 42 grosses, très grosses chanterelles communes et je viens de me faire un gueuleton ex-tra-or-di-nai-re!

      Désolé, c’est l’émotion…

      En passant, la prochaine personne qui me dit avec commisération que c’était une “mycologue amateure” qui vient de mourir d’avoir manger des champignons sauvages, je lui fais bouffer mon parapluie. Une mycologue n’avale pas une Amanite blanche, c’est impossible.

    • Vivement le retour de Josef demain. On lui a fait mijoter le tout pendant son absence, mais là il est temps qu’il déglace tout ça…

    • Astyanax, profite-bien de ton année, car l’année prochaine, tu recevras la première portée des enfants de la réforme, et ça sera pas tous les jours journée parascolaire (ou plutôt si…). Merci à Marois!

    • Retrouver Jozef, mijotage, déglaçage, je veux bien. Mais aurons-nous l’occasion d’échanger un peu (plus) sur les passionnants BASTERDS de Quentin?

      Je viens de le voir et, ma foi, il me semble qu’il y a là matière à enflammer un blogue. Non?

    • Oui oui, film on ne peut plus passionnant mais j’ai l’impression de ne parler que d’un seul sujet en ce moment et je ne veux pas ennuyer mon monde. Pourtant ce film d’une ambition folle ne parle que de cela. J’attends que tu partes le bal… Ce blogue est-il fait de nitrate?

      Boulga vient de le voir et il était fort enthousiaste – il en parlera mieux que moi.

      Question: la version française est-elle doublée, ce qui serait absurde au vu de certaine scène, ou est-elle sous-titrée (auquel cas ça ne sert à rien d’aller voir la V.O.)?

      PS: Profite-bien de ton année, l’année prochaine tu recevras la première fournée de la Réforme et ce ne sera pas tous les jours journée parascolaire (ou plutôt si…).

    • unholy_ghost a écrit :
      “Question: la version française est-elle doublée, ce qui serait absurde au vu de certaine scène, ou est-elle sous-titrée (auquel cas ça ne sert à rien d’aller voir la V.O.)?”

      On m’a dit que les passages en anglais avait été doublés en français, et que les passages en allemand étaient en allemand sous-titrés en français. Un compromis acceptable?

    • Compromis de merde, oui, si tu veux mon avis. Comment peut-on dans la première scène passer du français à l’anglais pour tromper les Dreyfus dans la cave si l’anglais est doublé? Profonde débilité des marchands de film. Toute l’ironie de Tarantino sur les films de guerre où les Allemands parlent tous en anglais est complètement évacuée.

    • Note au pupitreur: peut-on ajouter SPOILER au début du post précédent. Mea maxima culpa.

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