Jozef Siroka

Archive, juin 2009

Lundi 29 juin 2009 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (19)

The Girlfriend Experience : document d’époque

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Il serait malhonnête de dire que l’on sort de la projection de The Girlfriend Experience bouleversé, les yeux pétillants. La seconde «expérience» de Steven Soderbergh (après le sublime Bubble) stimule davantage le cerveau que l’esprit.

D’une part, ce récit sur quelques jours dans la vie d’une escorte de luxe (Chelsea) se veut une riposte aux romances hollywoodiennes insipides de la prostituée-au-coeur-d’or-qui-finit-dans-les-bras-de-son-prince-charmant. Avec son approche très froide du sujet, le réalisateur limite l’identification avec sa protagoniste; son sort nous est plus ou moins indifférent. La psychologie de Chelsea, à peine développée, est ici impertinente. Elle sert plutôt de conduit à l’élaboration d’une thèse, à savoir sex is bussiness, business is sex.

Une scène, plus que toutes les autres, résume parfaitement le cynisme de Soderbergh par rapport à une société de consommation déshumanisée. Chelsea se rend dans une bijouterie pour rencontrer un client, un juif hassidique. Les deux entrent dans l’arrière-boutique pour compléter leur «transaction». Alors qu’ils se déshabillent, l’homme conseille à Chelsea d’investir dans l’or. Pendant ce temps, elle pose en sous-vêtement, immobile et souriante, et, avec un éclairage doré qui se reflète sur sa peau, évoque carrément un lingot d’or. L’homme la serre ensuite dans ses bras. Cette possession l’excite tellement qu’il atteint l’orgasme en quelques secondes.

Tourné à New York dans les jours précédant l’élection présidentielle, alors que le pays se trouve au plus fort de la crise économique, The Girlfriend Experience est d’abord et avant tout le portrait d’une nation en détresse, trahie par un système qu’elle croyait infaillible. Les affaires continuent quand même, mais il y a cette impression de fin de party qui plane tout au long du film : on continue à discuter d’argent, mais sans le sentiment d’exubérance de la veille. On est en mode survie.

L’artifice du système économique est personnifié par la profession de Chelsea : sous des extérieurs séduisants se trouve une grande part de déception. Un double jeu auquel elle finit par se faire prendre lorsqu’elle s’amourache d’un client, qui s’avère lui-même un faux-semblant. Comme dans Bubble – alors qu’un flirt entre deux employés d’usine fait déraper une tierce collègue de travail – cette intrusion des sentiments vient perturber une routine vitale soigneusement établie.

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Le contrôle, ainsi que sa soudaine perte, est un thèmes de prédilection dans l’oeuvre de Soderbergh et se manifeste concrètement à travers sa mise en scène. À ce titre, The Girlfriend Experience s’avère toute une leçon de langage cinématographique. D’abord, dans la catégorie des variables «non contrôlables», on retrouve les acteurs non-professionnels, les scènes de dialogue improvisées, le recours exclusif à la lumière naturelle*. Tout ce «désordre» est néanmoins enveloppé par un cadrage millimétré (les composition sont fabuleuses) et un montage coupé au couteau (les scènes se suivent de manière non-linéaire, ce qui force d’autant plus notre attention). Cette série de choix formels contrastés résulte en une sorte de peinture abstraite en mouvement, une mosaïque impressionniste d’un moment et d’un lieu.

The Girlfriend Experience appartient définitivement à la catégorie du cinéma du rien, un genre qui nécessite une implication active de la part du spectateur. Si le film mérite d’être vu à plusieurs reprises, il comporte également le danger de la surinterprétation. Prenons seulement le cas de Sasha Grey, l’interprète de Chelsea. On comprendra que pour la jeune star du porno, jouer une prostituée dans son premier film straight donne lieu à toute une série de parallèles, avec les notions d’apparence perçue et d’apparence projetée fournissant d’infinies pistes de discussion. L’art qui imite la vie, quoi.

***

Dans une entrevue à Village Voice, Soderbergh disait que son film est une charge contre la marchandisation des relations humaines. Il ajoutait que toute action entreprise sans plaisir pour de l’argent est une forme de prostitution. Il va sans dire que Soderbergh, qui opère lui-même dans un milieu avide d’argent, n’est pas exempt de cette «marchandisation».

Ce n’est un secret pour personne que la série des Ocean’s lui a servi de monnaie d’échange pour faire des projets plus personnels (Ocean’s 13 a servi à financer son diptyque sur Che). En «vendant» ainsi ses talents, Soderbergh offre le Director Experience; il façonne un produit parfait pour les besoins de l’industrie et qui rapporte beaucoup d’argent aux proxénètes d’Hollywood, mais qui est vide à l’intérieur. Soderbergh l’admet lui-même : il est une pute.

* Écoutez Soderbergh commenter la direction photo

À lire aussi :

> Le Top 5 de Sasha Grey

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Dimanche 28 juin 2009 | Mise en ligne à 23h10 | Commenter Commentaires (13)

Flickchart : à vous de jouer

Insatisfaits des millions de listes des «meilleurs films de tous les temps» (incluant la mienne)? Flickchart a la solution pour vous – enfin, jusqu’à un certain point.

Le processus est très simple : deux films sont proposés au hasard. Vous décidez lequel est le meilleur. Après de nombreuses heures de jeu, et grâce à un système de pondération ultra-sophistiqué, votre propre liste commence à prendre forme.

The Big Lebowski ou Mission Impossible III? Rear Window ou American Gangster? Meet the Parents ou Mulholland Drive? La question maintenant est de savoir : choisi-t-on avec la tête ou avec le coeur…

Flickchart est encore dans sa phase beta. Le site est pas mal lent. De plus, il ne propose que des titres américains. Sans prendre le concept trop au sérieux, il faut admettre qu’il s’agit d’un passe-temps plutôt amusant.

L’ouverture officielle de Flickhart est pour le 9 septembre de cette année. En attendant, vous pouvez vous inscrire ici. Mon profil est ici.

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Samedi 27 juin 2009 | Mise en ligne à 12h30 | Commenter Commentaires (13)

Une tonne de bandes-annonces

Mise à jour : Cliffhanger?

Une adresse idéale à consulter en cette fin de semaine pluvieuse : Les 50 meilleures
bandes-annonces
, selon IFC.

Ci-dessus, la bande-annonce de Little Children (#42), un film merveilleux que vous
n’avez probablement pas vu et qui se trouve dans tout bon club vidéo…
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