Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à lapresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mercredi 13 mai 2009 | Mise en ligne à 9h00 | Commenter Commentaires (23)

    Le cinéma du rien

    2001-a-space-odyssey1

    Danny Leigh du Guardian a eu l’idée de rendre hommage aux «films où il ne se passe rien» après avoir vu The Limits of Control de Jim Jarmusch :

    «J’aime les compositions statiques, les échanges de dialogue inconséquents, les scènes se déroulant pendant d’imposantes minutes, plutôt qu’en nanosecondes frénétiques. Bref, un sens de l’hypnotique : la beauté du Stalker de Tarkovski, du Days of Heaven de Malick, même Gerry de Gus Van Sant, un film facilement rejeté, s’avère en fait le plus satisfaisant du réalisateur. Et il y a aussi, bien sûr, le cinéaste auquel Gerry se veut une longue lettre d’amour : Béla Tarr (…).

    «Et sans mots pour nous distraire, il ne reste plus que l’image – plus elle demeure là, statique ou répétitive, plus l’effet est transcendant. Privé d’une série infinie de nouvelles sensations, l’esprit commence à flotter – dans le noir, l’alchimie mystique de l’imagination se lie avec l’image et s’ensuit alors la plus pure des interactions».

    L’expression «films où il ne se passe rien» est bien évidemment sarcastique et sert à délimiter ceux qui la comprennent au premier degré et ceux qui, comme l’auteur, la trouvent impertinente.

    Sans trop vouloir généraliser, il y a définitivement un groupe de gens, tant des cinéastes que des cinéphiles, qui voient dans le cinéma un prolongement de la littérature et du théâtre de masse. Un film doit d’abord et avant tout raconter une histoire concrète, basée sur une psychologie réaliste, et soutenue par une structure conventionnelle : exposition, conflit, dénouement.

    Il y a un autre groupe, bien plus restreint, qui croit en revanche que le cinéma devrait s’affranchir des traditions dramatiques qui l’ont précédé et miser davantage sur les propriétés uniques du septième art (effets de montage, mouvements de caméra et cadrages expressifs, utilisation lyrique et/ou intellectuelle de la musique et du son, etc.). Cette recherche esthétique peut mener à des films au rythme atypique, à la logique narrative décousue, dans lesquels le protagoniste, élément fondamental dans le cinéma populaire, ne tient pas nécessairement un rôle prépondérant. Le récit, enfin, est souvent fortuit et agit comme un support pour exprimer des idées plus abstraites.

    Tous ces facteurs peuvent finir par irriter les membres du premier groupe qui, au lieu d’entrer dans le jeu et d’essayer de déchiffrer ce qui s’offre à eux, se recroquevillent et protestent : «Il ne se passe rien»! Cela me rappelle une expérience peu réjouissante, il y a une dizaine d’années, lorsque je regardais 2001: A Space Odyssey avec des amis. Au bout de quelques minutes, un rigolo s’est emparé de la manette pour ensuite activer régulièrement la fonction fast forward. La majorité semblait approuver…

    Monte Hellman, le réalisateur du road-movie méditatif Two Lane Blacktop (1971) a déjà  dit quelque chose comme ça : «Lorsque je regarde un film, j’en regarde deux en fait : celui qui apparaît à l’écran et celui que je construis dans ma tête». Cette capacité d’interpréter à sa guise, de rêver le film, constitue à mon avis le principal plaisir du cinéphile. La révélation du «deuxième film» n’est toutefois pleinement satisfaisante que lorsque le cinéaste laisse l’espace adéquat à l’imagination du spectateur.

    (À noter que je n’enscence nullement tous les «films où il ne se passe rien» : par exemple, dans Sleep d’Andy Warhol, où on voit un homme dormir pendant 6 heures, il ne se passe vraiment rien).

    Poésie

    Sur ce, je vous laisse avec quelques extraits du Temps scellé, le livre d’Andrei Tarkovski, un des maîtres du «cinéma du rien» :

    La liaison et la logique poétique au cinéma, voilà ce qui m’intéresse. Et n’est-ce pas ce qui convient le mieux au cinéma, de tous les arts celui qui a la plus grande capacité de vérité et de poésie? C’est là une manière de voir qui m’est beacuoup plus proche que celle de la dramaturgie traditionnelle, qui relie les images de façon par trop linéaire.

    [...]

    Il y a pourtant une manière de traiter le matériau cinématographique qui sait mettre à nu la logique d’une pensée. Et je crois la démarche poétique plus proche de cette pensée, donc de la vie elle-même, que ne le sont les règles de la dramaturgie traditionnelle.

    [...]

    Les liaisons poétiques apportent davantage d’émotion et rendent le spectateur plus actif. Il peut alors participer à une authentique découverte de la vie, car il ne s’en remet plus à des conclusions toutes faites imposées par l’auteur.

    ***
    L’introduction de Gerry :


    • Très beau billet ce matin. Voilà ce qu’est pour moi le cinéma.

    • @ Jozef Syroka

      Je voue un culte à «2001» et j’ai déjà essayé de le publiciser auprès d’un de mes amis que je considère être un cinéphile averti. Échec total! Il baille, parle pendant le film et fini par s’endormir… Bref, je comprend votre douleur.

    • Le grand cinéma s’attarde sur les temps morts. Les transits. Les moments où il n’y a rien à dire. Prétendre que l’action a toujours une fin en soi qui ’singifie’ n’est qu’une conception parmi d’autres.

      Le cinéma, c’est une porte qui s’ouvre toute seule et nous invite à entrer dans un instant qui passe. Et comme nos existences en sont traversées de part en part, cette forme d’art en est le plus authentique témoin. Le mouvement est dans le temps bien plus que dans le geste. Le son est dans la tête bien plus que dans les bruits. Les deux ensembles, constituent pour moi l’essence même de l’action.

      u

    • “La liberté d’une statue”, film québécois où le temps s’écoule lentement. Hélas méconnu, il fait partie de mes films cultes (avec “My life as a dog” et autres joyaux indolents).

    • À voir…. Dans la ville blanche de Alain Tanner. Un bijoux

    • @jozef

      Vous pourrez sans doute répondre… J’ai vu un film (hongrois, je crois) de 9 heures (!) en noir et blanc, vers 1996… Ça se passe dans un village d’ivrognes, en temps réel, et il se passe…. rien ! On a même le temps de s’endormir durant la séance et ne rien manquer de la non-intrigue…

      C’est quoi le titre et c’est de qui ? Pas moyen de retracer ça.

      Avec le recul, il faut avouer que c’est qq chose. J’ai encore des séquences entières en tête, alors que j’ai déjà oublié le titre du navet pop-corn que j’ai vu hier.

      Le cinéma est l’héritier de l’opéra. Alors le tape-à-l’oeil est tout à fait dans l’ordre des choses.

    • @ mikhail

      Je suis pas mal certain que c’est Sátántangó de Béla Tarr :

      http://www.imdb.com/title/tt0111341/

    • Un billet passionnant qui rouvre, mine de ‘rien’, le bon vieux débat entre le cinéma-spectacle et le cinéma-langage. Pour moi, il n’y a pas une forme supérieure à l’autre et un John Huston, par exemple, n’est pas un moindre cinéaste même si son approche a toujours été relativement classique.

      Pour apprécier le ‘cinéma du rien’, il faut d’abord être dans le bon état d’esprit et savoir à quoi s’attendre. La première fois que j’ai vu ‘2001’, alors que j’étais encore adolescent, je pensais aller voir un film traditionnel. Je suis sorti du cinéma en étant convaincu que je venais d’assister à une véritable fumisterie. J’ai changé de point de vue depuis.

      Le miracle, c’est quand un film réussit à joindre les deux approches. Un bon exemple, à mon très humble avis : ‘Paris Texas’, film qui obéit aux lois de la dramaturgie classique tout en utilisant les éléments du langage cinématographique pour envouter le spectateur et lui transmettre le vécu des protagonistes.

    • @Josef

      J’aime bien votre blogue. Je trouve souvent très sensible votre façon d’amener un sujet. Ce dernier en est un bel exemple. Vous n’attirez peut-être pas les foules de blogueurs, mais vous attirer les amoureux du bon cinéma. Les intervenants sont souvent très touchants. Ils partagent leurs grands moments de cinéma. Comme pour laisser une marque dans le temps. Des témoignages sincères. Ils donnent bien plus qu’ils n’expriment une opinion qui en ces temps nous gavent davantage qu’ils nous éclairent.

      Vous êtes important, vous savez car avec votre blogue, j’en apprends toujours.

      Merci

      u

    • J’appartiens définitivement au premier groupe. J’ai regardé 2001 pour la première fois il y a peu (pas que je ne voulais, mais étrangement, c’est très difficile d’avoir 2001 au club vidéo!) et j’ai été très décu. Malgré que j’ai apprécié le film pour son approche visuelle, l’histoire est en effet très confuse et la fin n’amène à rien. Oeuvre d’art? Sûrement. Chef-d’oeuvre du cinéma? Probablement. Très grand film? Ouin.

      Selon moi, l’équilibre se situe entre les deux. Un grand film est formé d’une bonne histoire et d’un bon découpage. Juste l’un ou juste l’autre et l’oeuvre n’est pas complète. Ceux qui disent que l’aspect visuel est tout ce qui importe dans un film oublient souvent qu’un tel film laisse vide, n’apporte rien. À l’inverse, une bonne histoire mal présentée laisse indifférent.

      Le cinéma est l’héritier de la littérature et de l’art visuel. C’est en ce sens qu’un film est intéressant.

      Ceci dit, d’un point de vue personnel, je retire beaucoup plus d’un film lorsque l’histoire, sans être nécessairement complète, est intéressante et nourrissante.

    • Le concept de ‘film où il ne se passe rien’ a vraiment bien été exploité dans l’exposition Warhol Live qui était au MBA l’hiver dernier.

      Dans une des salles il y avait quatre écrans géants (un sur chaque mur) où étaient projetés des films que Warhol avait tourné avec les membres de Velvet Underground ‘où il ne se passait rien’.

      Genre il plaçait une caméra qui filmait le visage de Nico ou Lou Reed pendant des heures.

      Les gens agissent toujours différemment devant une caméra. Le but derrière la démarche de Warhol était de s’arranger pour que la personne finisse pas oublier que la caméra était présente et qu’elle agisse naturellement.

      Le résultat final était vraiment réussit.

    • (Ça y est M. Siroka, après plusieurs mois de lecture de cyberpresse, votre blogue a réussi à me convaincre de m’inscrire; pour faire écho à ce que urubu a écrit. Je me disais qu’on avait pas besoin d’un commentateur de plus sur cette page déjà bien remplie, mais bon, pourquoi pas après tout…)

      @ Tous

      Pourquoi devrait-on avoir à choisir?! Tous les cinémas ont leur place! Peut-être pas dans la proportion actuelle (la place accordée aux films de super-héros est, mettons, un peu trop grande à mon goût, aussi bons puissent-ils être). Mais disons qu’à se tapper un Tarkovski par soir, on se tanne. L’excellence des oeuvres mentionnées existe en bonne partie grâce à leur différence face à d’autres plus conventionnelles.

      Et certains de ces ‘films du rien’ finissent parfois par “s’aimer trop eux-même.” Je ne sais pas si je me fais bien comprendre, mais Broken Flowers est l’exemple qui me vient en tête. Certains de ces films veulent trop être profond uniquement grâce à cette banalité du quotidien qu’ils exploitent, à mon avis. Dans Ghost Dog, Jarmush réussit à faire passer le même tempo lent qu’il réutilisera dans ses autres films, mais il le fait mieux justement grâce aux silence ET à une utilisation parfaite du montage et de la musique (de RZA, que je n’apprécie pourtant pas tant que ça d’habitude). Comme quoi l’un ne va pas sans l’autre à mon avis.

      Le cinéma du rien emprunte à mon sens autant au cinéma dit ‘grand public’ (technologiquement et financièrement plus contraignant) que l’inverse. Le dialogue se fait à deux et c’est bien ainsi, non?

    • @ urubu

      Merci, c’est bien gentil ce que vous dites.

      @ Aubordunord

      Bienvenue!

    • la même question se pose pour les néophytes de l’opéra
      la question se pose pour la télévision.
      la vie mode d’emploi de Perec en bouquin
      le festin de Babette de Blixen en tout
      Reich, Part, Riley en musique…

      chacun prend sa route et apprécie.

    • Compte tenu des hommages fréquents rendus à Bela Tarr sur ce blogue, vous prêchez aux convertis ! ;-)

      @chandelier : John Houston a au moins une fois touché un peu au ‘cinéma de rien’ avec son fabuleux FAT CITY, film inhabituellement lent et introspectif dans sa filmographie.

      Je suis moi-même un inconditionnel de Terrence Mallick et Monty Hellman, deux cinéastes qui imprègnent d’une atmosphère très Zen des récits souvent minimalistes à saveur existentialiste.

      Mes favoris : BADLANDS et THIN RED LINE de Mallick, THE SHOOTING, RIDE IN THE WHIRLWIND et TWO-LANE BLACKTOP de Hellman …

      Oh, et ERASERHEAD de Lynch, bien sûr ! ;-)

    • @Auborddunord

      Je viens de visionner Gerry de GVS… Eh, oui, malgré mes kilométrages de pellicule, je ne l’avais jamais vu. J’en suis encore sous le choc… J’ignore si vous l’avez vu, mais n’hésitez pas. Chaque plan de ce film laisse toute la place à votre réflexion sur la condition humaine… Le cinéma du rien vous dites? Putain, il est rempli à rebord!

      Comme j’aimerais me retrouver avec tous ces cinéphiles de ce blogue dans la même salle. On ne se parlerait pas nécessairement. Mais la qualité de cette présence par contre… Ouf! Cette serénité, ce calme à la fin d’une projection semblable. Ça aussi fait partie du plaisir de visionnement. Lorsqu’une communauté d’individus qui s’est déplacée pour voir un film qui remue, ça aussi c’est très touchant.

      u

    • @urubu

      Je pense que toutes les personnes ici présentes ont une culture cinématographique, certes, mais différente l’un de l’autre… Si, après ladite projection, un peu de calme est effectivement à prévoir, je n’ai pas l’impression que ça durerait. Les conversations fuseraient assez rapidement et je suis persuadé que les discussions seraient animées. Pas agressives… juste animées. Comme devrait l’être toute conversation entre passionnés!

    • Lordcraft, vous avez tout à fait raison.

      u

    • Tiens, tiens…
      Je viens justement de me partir un blogue qui me semble opportun de ploguer ici, puisque j’y adresse ces questions, du moins en partie, à partir de Tarkovski et de son Temps scellé. Je prépare un texte sur l’éloge de la lenteur, à lire bientôt à cette adresse: www.ducinematographe.blogspot.com

      @ lordcraft: je ne crois pas que le cinéma soit l’héritier de la littérature, les mots ne sont qu’une option parmi d’autres. Greenaway disait que l’histoire du cinéma avait fait un choix, préférant poursuivre dans la voie de Griffith (montage au service de la narration) plutôt que celle d’Eisenstein (montage au service d’un discours visuel). Nous avons toujours le choix aujourd’hui, de faire encore du Griffith, ou de se servir d’une mise en scène pour faire autre chose que raconter, pour construire un espace et un temps inconcevables pour la peinture, la littérature ou le théâtre.

    • Je crois qu’on confond ce que Leigh décrit comme le cinéma du rien avec l’éloge de la lenteur au cinéma. Le premier fait référence à l’absence d’action et/ou à la présentation de dialogues de sourds, qui tournent en rond ou ne mènent nulle part. Les deux ne sont pas exclusifs, bien sûr (le cinéma au rythme lent et celui ‘du rien’), mais il semble y avoir une différence importante entre les deux. The Thin Red Line est plein d’action et de dialogues conséquents et importants, mais le rythme demeure lent, un peu comme Fincher le fait plus récemment avec Benjamin Button, dans un style différent.

      Ceci dit, question à tous:

      Ce ‘cinéma du rien’ que Leigh mentionne, s’agit-il d’un genre en soit (en ce sens on pourrait y mettre Jarmush comme figure de proue actuelle), ou est-ce plutôt une marque de réalisation qui recoupe de nombreux genres?

      On peut penser au début du film d’horreur avec Night of the Living Dead ou Texas Chainsaw Massacre qui correspondent assez au cinéma du rien (prémisse minimale, dialogues souvent inconséquents ou peu importants); à la science-fiction avec 2001, comme il a été dit (on pourrait à la limite y ajouter Primer, dans un style encore une fois on ne peut plus différent); et même, à la comédie avec Napoleon Dynamite par exemple…

      Mais on pourrait aussi arguer qu’il s’agit bien d’un style en soit, dans lequel Lynch serait indéniablement passé maître.

      Appel à tous…

    • Je me joins à plusieurs ici car j’aime aussi, M. Siroka, tous vos billets. Ils apportent une nouvelle vision de la critique et vos liens sont très pertinents. En lisant les commentaires, je me rappelle plusieurs des films que j’ai adoré il y a quelques années: Le festin de Babette, Paris,Texas… j’ajouterais le décalogue de Kieslowski… beaucoup de films européens en fait où on se permet de ne pas toujours dire et où on prends le temps de laisser “l’action” s’installer sans l’expliquer…

    • vraiment d’accord avec mon ami Cyan: voilà l’essence du cinéma. Bela est certainement le contemporain par excellence. Ce cinéma de peu de chose doit beaucoup à Sjostrom et Stiller… Des grands pionniers à voir ou revoir. Mais se taper Satantango si on est pas préparé est ardu évidemment. Mais pourtant ce n’est pas du ‘rien’. Les plans que je garde en tête sont ceux d’une poigné de porte avec une clé (L’homme de londre). Des gens qui marchent de dos (Satantango), Marcel Sabourin dans Il ne faut pas mourir pour ça. Mais parcontre je trouve Gerry raté à mon avis, Pas de communication entre l’image et moi en tout cas. Un film ou un plan ou une scène peut vouloir dire différentes choses selon notre sensibilité et ce qu’on en perçoit. Je repense à Robert Lepage qui danse sur du Sarah Maclaclen (scuser l’orto) dans Le projet Andersen. J’ai pleuré… Va savoir.

    • Le Québec a déjà eu son propre cinéaste du rien en la personne de Jacques Leduc. Revoyez (si vous pouvez les trouver) ses films minimalistes à la Bela Tarr que sont ON EST LOIN DU SOLEIL (1971) et LA TENDRESSE ORDINAIRE (1973) …

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