Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Dimanche 19 avril 2009 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (12)

    State of Play : Hollywood reprend son souffle

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    - L’ancien et le nouveau. Russell Crowe et Rachel McAdams dans State of Play.

    «Hollywood n’a pas besoin de grands films en ce moment. Il a besoin de bons films. Personne ne peut légiférer le génie, ni l’entraîner, certainement pas le prédire; mais l’on peut encourager une culture dans laquelle des films compétents, divertissants sont produits sur une base régulière. Ce qu’il y a de plus triste par rapport à l’industrie n’est pas qu’elle est en manque de chef d’oeuvres mais que son produit de base – les comédies romantiques, les thrillers – sont, pour la plupart, tellement faibles et pauvres.» – Anthony Lane, Nobody’s Perfect

    J’ai eu une drôle d’impression en sortant de la séance de State of Play : je venais de voir un bon film. Je ne me rappelle pas de la dernière fois qu’une sortie au cinéma m’avait autant réjoui. On s’entend, je n’ai pas vu un chef d’oeuvre; State of Play contient sa part de clichés, de coïncidences forcées et de dénouements surprise douteux. Il s’agit toutefois d’un thriller de premier ordre qui nous garde en haleine du début à la fin, respecte l’intelligence du spectateur et réussit même à émouvoir sans recourir au sentimentalisme.

    L’intrigue de State of Play est à première vue assez élémentaire pour le genre : un membre du Congrès (Ben Affleck) qui enquête sur une compagnie militaire privée apprend la mort suspecte de sa principale assistante. Il est révélé que cette dernière était en fait sa maîtresse. Scandale politico-sexuel majeur. Les médias à Washington vont se délecter de cette histoire comme des vautours affamés. Pendant ce temps, l’enquête au Congrès n’intéresse plus grand monde alors que son principal instigateur se doit de garder profil bas. Serait-il victime d’une conspiration?

    L’affaire sera couverte par Russell Crowe, journaliste d’investigation vedette au Washington Globe. Le personnage est un véritable romantique qui vit au crépuscule du journalisme traditionnel, une réalité qu’il a de la difficulté à accepter. Il travaille dans une aire ouverte, son bureau inondé de documents et de journaux, tapant des articles fouillés sur un ordinateur archaïque. Tout un contraste avec la nouvelle venue, une ambitieuse blogueuse politique qui travaille dans un bureau fermé et impeccable et qui pond un texte d’opinion par heure. Après une première rencontre peu concluante, les deux
    joindront éventuellement leurs forces pour mener à bien le reportage de leur vie.

    Entre-temps, c’est la panique chez la direction du Globe. Lorsque Crowe insiste sur l’importance de son histoire, son éditrice (Helen Mirren) l’interrompt violemment : «La véritable histoire ici c’est la disparition de notre journal!». L’agonie du journalisme est habilement évoquée alors que Crowe passe la moitié du film la main dans un bandage. Symbole du journaliste de terrain, crayon et calepin en main, en train de perdre ses moyens. Un procédé visuel qui rend d’ailleurs hommage
    à Chinatown et au nez tailladé de Jack Nicholson, puni pour avoir trop fouiné.

    ben.jpgLe thème du déclin des journaux vient rajouter un élément d’urgence à l’intrigue et fait de State of Play plus qu’un thriller politique mais une réflexion de société. Le web changera-t-il radicalement le visage du journalisme? Est-ce qu’il y a trop d’opinion? Comment est-ce que la culture du profit affectera-t-elle l’intégrité de l’information?

    Ben Affleck se plaint dans une scène qu’on ne se rappellera de lui que pour sa relation extra-conjugale, et non pas pour tous les accomplissements qu’il a réalisés et réalisera au cours de sa carrière. C’est triste, mais combien vrai. Le scandale vend. Les projets législatifs, beaucoup moins. Il y a bien sûr un parallèle entre le désespoir du politicien et celui du journaliste, qui voit régulièrement des projets minutieux et demandants éclipsés par du people ou de l’insolite (il n’y a qu’à consulter les «Nouvelles les plus lues» des sites web pour s’en convaincre).

    Ce qu’il y a de particulier avec State of Play est la confluence d’idées qui semblent provenir de deux niveaux de réalité différents. D’abord, l’élément de conspiration politique, que l’on a vu si souvent au cinéma et qui semble davantage exister dans la tête des scénaristes que dans la vie réelle. Inversement, la dramatisation de la précarité du journalisme traditionnel, un élément d’actualité s’il en est un, amène énormément d’authenticité et de pertinence au film. La disparité entre les deux facettes du film frappe surtout à la fin, alors que l’artifice de l’ultime dénouement nous rappelle que l’on se retrouve dans un univers fictif monté de toutes pièces. La scène d’après, par contre, est dans un tout autre registre: il s’agit d’une vignette filmée à la manière d’un documentaire qui montre les différentes étapes de l’impression et de l’assemblage d’un journal dans une presse. Un épilogue des plus sobres qui stimule notre sentiment de nostalgie pour le papier. Je suis convaincu qu’aucun journaliste ne sortira de la salle sans une petite boule dans la gorge.

    ***

    À lire sur le site du Guardian :

    > The future of investigative journalism


    • J’ai été voir ca hier, j’ai bien aimer, parfois ca me faisait penser au film All the president’s men avec Dustin Hoffman et Robert redford.

    • Je rajoute ce film sur ma liste à voir. Votre critique me rappelle le film The Score avec Robert DeNiro. Convenu mais efficace, et je ne m’ennuie jamais lorsqu’il passe à la télé.

    • En tout cas, M. Siroka, le simple fait de parler de ce film parsemé de citations d’entrée de jeu me donne envie d’aller le voir, car je me demandais justement s’il valait le déplacement, surtout avec le journalisme comme toile de fond.

      Comme il a des films qui m’attirent l’oeil ces temps-ci : j’ai justement vu Gomorra(h) (Grand Prix du Jury à Cannes, je ne comprends pas), le film italien qui traite de petites bandes criminelles et de la mafia. Le scénario aurait mérité plus de profondeur, car on a de la difficulté à suivre les histoires parallèles. Rien à comparer aux autres Babel et 21 grammes.

      Au plaisir

    • j’irai voir ça cette semaine c’est certain!

      on dirait bien que tout ce que touche tony gilroy depuis quelques années est à surveiller…j’espère bien qu’il continuera son bon travail et qu’il nous pondra un ultime bourne en continuité avec ces prédécesseurs, c’est-à-dire de mieux en mieux….

    • Je n’ai pas encore vu ce film, mais il serait intéressant de savoir ce que vous pensez, M. Siroka, de la série britannique (6 épisodes d’une heure) qui l’a inspiré et qui porte le même titre, STATE OF PLAY. La série mettait en scène certains des meilleurs acteurs – et “character actors” – anglais du moment, dont le toujours brillant Bill Nighy, le toujours surprenant David Morrissey, John Simm et Philip Glenister (les deux géniaux policiers de la version originale de la série télévisée LIFE ON MARS), James McAvoy, la toujours superbe Kelly Macdonald et j’en passe de moins connus mais non moins brillants.
      La critique avait encensé la série et j’avoue que c’était certainement l’une des meilleures intrigues politiques que j’avais vues depuis longtemps. Évidemment, n’ayant pas vu le film américain, loin de moi l’idée de dire que le produit original (sur s’il est britannique) est toujours supérieur. Mais il est sûr que la série, disposant de 6 heures pour exposer et étayer son intrigue et ses ramifications complexes, dispose de plus de temps pour approfondir ses personnages et son récit. En tout cas, c’est de la maudite bonne télé, comme on dit.
      Pour ceux que ça intéresse, la série est disponible en DVD format nord-américain sur Amazon.ca. Si vous ne la trouvez pas au magasin de location vidéo près de chez vous, croyez-moi, c’est de l’argent vraiment bien dépensé.
      Ah! et en passant, c’est réalisé par David Yates, l’actuel maître de céans des derniers HARRY POTTER.

    • @ sacha

      Non, je n’ai pas vu la série originale. Par contre, je suis content d’avoir vu le film d’abord, sinon je suis sûr que je l’aurais moins bien apprécié. Mais c’est certain que je vais louer la série.

      En passant, merci pour le commentaire sur DFW, je me suis acheté Infinite Jest l’autre jour et j’ai trouvé un nouvel essai qu’il a écrit sur le cinéma, je compte en parler bientôt.

    • @ M. Siroka

      Merci, c’est agréable de savoir que mes commentaires sont appréciés. J’ai hâte de savoir ce que vous avez déniché de DFW. Et bon courage pour la lecture de Infinite Jest, qui est délirant, brillant, jubilatoire à lire mais aussi un peu épuisant, il faut bien l’avouer.
      Quant à STATE OF PLAY, j’attendrai de connaître votre appréciation avec plaisir. Et j’essaierai d’aller voir la version américaine prochainement.

    • @sacha

      où avez-vous parler de df wallace?

      je connaissais pas, il m’a l’air intéressant…

    • @ bohmer

      hyperlien

    • M. Siroka,

      La description que vous faites du film m’a intéressé. J’ai bien l’impression que j’irai faire un tour au cinéma cette semaine. Il faut dire que depuis un petit moment, je trouve que le niveau général des films sur grand écran est particulièrement bas…

      Sans être expert en cinéma, je partage votre avis quant à la présence de nombreux films qui recourent à des tonnes “de clichés, de coïncidences forcées et de dénouements surprise douteux”.

      À croire que les réalisateurs pensent pouvoir tout faire gober aux cinéphiles, même ce qui défi la logique simple.

      J’ignore si c’est la pression de susprendre le spectateur qui les pousse à emprunter des raccourcis boiteux. Dommage.

    • Bravo pour cette critique !
      Je n’ai pas vu le film mais la description que vous en faîtes donne envie de le voir.
      Deux autres raisons: Russel Crowe est définitivement un acteur marquant de sa génération et que dire sa majesté Helen Miren…

    • Je sors à l’instant du cinéma, et je suis tout à fait d’accord avec votre propos. Je dois par contre mettre tout orgueil de côté pour vous dire que je me demande encore comment la femme de Collins a fait pour savoir qu’on payait sa maîtresse 26 000 $ par mois…Elle était dans le coup avec son mari? Il me semble qu’il manque une ou deux ficelles…
      Merci d’éclairer ma lanterne!

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