Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 31 mars 2009 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (5)

    50 ans après la révolution

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    Il y a plus d’un demi-siècle, de jeunes critiques français du nom de Truffaut, Godard, Chabrol, Rivette ou Rohmer s’indignaient dans les pages des Cahiers du Cinéma contre la Tradition de la Qualité, ce courant dominant du cinéma national : adaptations littéraires léchées s’apparentant au théâtre filmé, studio-système hermétique, etc. Une indignation qui allait servir de munition à une révolution cinématographique d’une ampleur jamais égalée.

    Voici un extrait d’Une certaine tendance du cinéma français, le célèbre article de Truffaut paru dans les Cahiers en 1954 :

    Je ne conçois d’adaptation valable qu’écrite par un homme de cinéma. Aurenche et Bost [Les scénaristes porte-étendards du cinéma de la Qualité] sont essentiellement des littérateurs et je leur reprocherai ici de mépriser le cinéma en le sous-estimant. Ils se comportent vis-à-vis du scénario comme l’on croit rééduquer un délinquant en lui trouvant du travail, ils croient toujours avoir “fait le maximum” pour lui en le parant des subtilités, de cette science des nuances qui font le mince mérite des romans modernes. Ce n’est d’ailleurs pas le moindre travers des exégètes de notre art que de croire l’honorer en usant du jargon littéraire.

    En vérité, Aurenche et Bost affadissent les oeuvres qu’ils adaptent, car l’évidence va toujours soit dans le sens de la trahison, soit de la timidité.

    Ce qu’il y a de formidable avec ce groupe de jeunes critiques et cinéphiles révoltés est qu’ils se sont montrés conséquents. Et comment!

    Après avoir passé des années à théoriser sur le cinéma, après avoir passé des centaines d’heures dans les salles obscures, après avoir médité l’oeuvre d’André Bazin, ils ont répondu avec des films extraordinaires. Des films qui ont signé la mort de la Tradition de Qualité (et du scénariste-roi) et qui ont donné naissance à la Nouvelle Vague.

    En 1959, Truffaut montrait à Cannes son premier long-métrage : Les quatre cents coups. Godard suivait quelques mois plus tard avec À bout de souffle. Ces deux films symbolisent encore aujourd’hui le schisme entre le cinéma classique et le cinéma moderne. Leur influence a été immense et a contribué à promouvoir la notion du cinéma d’auteur à travers le monde. On pouvait désormais faire un film qui parlait du quotidien (voire de notre quotidien), tourner en extérieurs réels, se moquer des notions de continuité et des conventions narratives. Le cinéma était libéré.

    À noter toutefois que le phénomène de la Nouvelle Vague, aussi marquant fût-il, n’a été que de courte durée.

    Selon le Larousse :

    Dès l’automne 1961, on commence à murmurer que le temps de la Nouvelle Vague, en France, est révolu. L’incertitude brouillonne n’est plus de mise, les impératifs économiques ressurgissent. Les cinéastes de la Vague se reclassent. Beaucoup abandonnent ou se reconvertissent du côté de la télévision. Godard pratique un cinéma expérimental, provocant, inventif et irritant, qui le conduira aux aventures militantes de l’après-68. Truffaut et Chabrol, au contraire, sont vite rentrés dans le rang, accumulant chacun une œuvre abondante, aussi classique et «bourgeoise» que celles qu’ils dénonçaient quinze ans plus tôt.

    C’est bien là le paradoxe des révolutions : lorsqu’on a réformé le système, on finit par devenir le système. Et les vieilles habitudes, autrefois maudites, reprennent éventuellement leur règne.

    À lire :

    > Mai 68 et autres chinoiseries


    • Ça me fait penser… lors d’un séjour à Ottawa, j’en avais profité pour aller voir « Les quatre cent coups » au Bytowne. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un petit cinéma « à l’ancienne » qui ne diffuse que des films de répertoire, vieux ou nouveaux. À essayer, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie.

      Bref, je savais que c’était un classique, mais je ne l’avais jamais trouvé à mon club vidéo. Outre le choc de voir un film de 1959 projeté dans une salle de cinéma, j’ai été assez surpris de constater à quel point le film vieillissait plutôt bien. La narration, photographie, le montage, le jeu des acteurs… les influences des Quatre cent coups sur le cinéma et la télévision d’aujourd’hui sont encore indéniables.

      C’est dommage que la Nouvelle vague n’a pas duré; en même temps, cela lui a peut-être permise d’éviter d’être récupérée par les grands studios. Regardez aujourd’hui ce qu’un succès engendre comme produits dérivés…

    • J’ajoute à cette liste des noms fréquemment oubliés: Resnais, Varda, Marker.

      Hiroshima, mon amour: j’adore cette phrase «Resnais a tourné Hiroshima mon amour, et ensuite, tous les réalisateurs ont essayé de copier Hiroshima, mon amour.» H-P
      Cléo de 5 à 7: Non mais, ce film est fabuleux.
      La Jetée: ai-je vraiment besoin de vanter ce film?
      voyez par vous-même: http://www.youtube.com/watch?v=3RvmJan17q8

    • @ nic-olas

      resnais, varda et marker, tout comme louis malle d’ailleurs n’on jamais été considérés comme étant associé à la nouvelle vague…ils incarnaient plutôt l’autre pôle (certain parle de “rive”) du cinéma français moderne de l’époque…leurs revendications formelles étaient à des lunes de celles préconisées par les instigateurs de la nouvelle vague…

    • Il faut noter l’influence des néoréalistes italiens (Rossellini et de Sica) sur à la fois André Bazin et ses collègues des Cahiers. Ce que Godard et Truffaut ont revendiqué à travers leur cinéma a quelque part été plus ou moins imposé aux néoréalistes, qui ont fait des films dans les conditions qu’ils avaient durant la Seconde Guerre mondiale.

    • Les courants révolutionnaires ne durent pas longtemps. Mais ils sont très féconds.

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