Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 3 mars 2009 | Mise en ligne à 14h45 | Commenter Commentaires (9)

    Body of Lies : la grande bouffe

    bodyoflies
    - Qu’est-ce qu’on mange ce soir?

    Une petite dose d’impertinence en ce mardi glacial.

    J’ai donc vu Body of Lies il n’y a pas longtemps. Un thriller d’espionnage relativement divertissant mais dénué de tout rebondissement dramatique. Un fait étonnant pour un film écrit par le scénariste de The Departed. Je m’étais au moins attendu à ce que Russell Crowe (ou peut-être le female interest) finisse par s’avouer un agent double à la solde d’Al Qaeda! Mais non. Body of Lies ne prend même pas la peine d’offrir une variation sur des clichés.

    Mais ce n’est pas des qualités du film de Ridley Scott dont je veux parler. Mais plutôt d’une nouvelle tendance qui semble se dessiner dans son cinéma; une certaine obsession avec l’alimentation, un food fetish en quelque sorte.

    On s’entend, Body of Lies n’est pas un drame de moeurs français, mais bien un film d’action typiquement hollywoodien qui donne à peine le temps à ses protagonistes de se reposer. Alors pourquoi autant de scènes impliquant de la nourriture et/ou de la boisson?

    Vous voulez des exemples?

    On est introduit au personnage de Leonardo DiCaprio, qui incarne un agent de la CIA, alors qu’il est assis dans un café à Bagdad. Lorsque son partenaire vient le chercher en jeep, DiCaprio embarque en apportant son café dans un verre en vitre. Les deux se rendent ensuite chez un potentiel délateur qui craint pour sa vie. La première question de Dicaprio : «Tu veux une orange»? L’homme traumatisé indique qu’il n’a pas trop d’appétit. Suite à quoi DiCaprio commence à la manger.

    À l’autre bout du monde, le personnage joué par Russell Crowe (un autre agent de la CIA) est introduit en mangeant un bol de céréales (une scène qui sera répétée 2 autres fois!). On le voit aussi ouvrir un sac de Goldfish et boire beaucoup de bière.

    Lorsque DiCaprio se rend au repaire du scientifique-surdoué-qui-vit-isolé-dans-la-forêt, il se fait demander où se trouve Crowe : «Il est parti manger de la crème glacée!». Le scientifique aussi a ses idées gourmandes : il offre à DiCaprio des fraises de son jardin. À deux reprises. À chaque fois qu’il essuie un refus, il répond en prenant une grosse bouchée juteuse de son fruit. Au moins, son invité a accepté une tasse de café…

    La scène de bouffe centrale implique un dîner chez la copine irakienne de DiCaprio. Ce dernier se présente en apportant une boîte de pâtisseries. Il fait ensuite connaissance avec les deux jeunes neveux de sa copine, qui l’avertissent des talents culinaires inégaux de leur mère. Le repas donne finalement lieu à une dispute à saveur politique, sauf que le discours ne dépasse jamais le superficiel. Ridley Scott est bien trop occupé à montrer la relation, exclusivement basée sur la nourriture, entre DiCaprio et les neveux. En effet, les deux garçons lui indiquent, par des signes secrets, quel plat accepter et quel autre refuser. Il faut dire, c’est tout un buffet qui est servi!

    Et n’oublions pas le méchant du film, un terroriste islamiste qui, dans sa scène la plus intense, filmée en gros plan, est en train de croquer fébrilement dans une noix.

    Enfin, que font nos héros dans leurs scènes ultimes? Crowe engloutit des sushis dans un aéroport tandis que DiCaprio achète des légumes dans un marché de Bagdad. Générique.

    Ma théorie concernant ces excès : Ridley Scott voyait que son film ne s’en allait nulle part. Il a donc décidé d’enrichir l’action avec tous ces gestes alimentaires (et il y en a sûrement d’autres, j’écris de mémoire). Mais, à force d’insister sur le naturel, on finit par sombrer dans la distraction. Remarquez, c’était peut-être son intention aussi.


    • Je ne sais quoi trop penser de cela ( je n’ai pas vu le film) mais je peux vous dire une chose : rien n’est gratuit dans un film. Si un scénariste ou un cinéaste prend la peine d’ajouter ces détails ( et vous avez raison, cela semble incongru dans un film d’action américain) il y a une raison. La raison peut-être artistique. Mais aussi peut-être des focus groups se sont plaint de l’irréalisme de scénario à la 24 heures ou personne ne mange ou va au toilette …

    • @gps
      Franchement! TOut le monde sait que Jack Bauer fait ses besoins durant la pause publicitaire. Il est civilisé quand meme!

    • Nulle part, c’est vraiment la destination de ce film, en effet. Je me suis rappelé, durant ce film, au moins à 5 reprises, à quel point l’excellent Spy Game de Tony Scott était bon. Donc je l’ai réécouté, et j’ai réussi à oublier Body of Lies.

    • Ça me rappelle le personnage de Rusty, joué par Brad Pitt dans Ocean’s 11-12-13. Il a a toujour c’est à croire que le personnage est resté dans une phase orale, il a toujours quelque chose dans la bouche…

    • @jozef

      Vous êtes un peu dur…

      Pas vraiment de rebondissements, mais il y a quand même un arc dramatique dans ce film… Di Caprio commence d’un bord et finit de l’autre. Il arrive qq chose au personnage principal, comme une sorte de syndrôme de Stockholm.

      Côté bouffe, c’est une bonne observation. D’après moi, l’utilité de ces ‘prop’ est d’ancrer les personnages dans le réel, de les rendre plus telluriques, plus vulnérables. Superman ne serait pas invincible avec du jus de fraise (sang) qui lui dégouline dessus (d’ailleurs, il bouffe du krypton, ce qui est la preuve a contrario).

    • J’ai vu ce film dernièrement et j’ai été déçue ! Le personnage de Russel Crow qui n’a pas l’air d’un agent de la CIA est fatigant à regarder de plus, il ne s’agit pas d’un thriller qui nous tient en haleine, j’ai trouvé le film un peu long. “The Departed” est nettement meilleur ! Un film récent sur le terrorisme que j’ai aimé c’est “Traitor”.

    • La carrière de Ridley Scott est en chute libre. À quand un Alien 12?

    • @ groucho

      http://blogues.cyberpresse.ca/moncinema/siroka/?p=544

    • Pareil dans American Gangster, beaucoup de scènes de bouffe.

      Ça doit encrer les personnages dans le réel, ça ajoute à la vraisemblance du récit, diminue la distance entre les spectateurs et le film, etc…

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