Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à lapresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Jeudi 19 février 2009 | Mise en ligne à 15h20 | Commenter Commentaires (10)

    Retour à l’école

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    Avant de mettre le cap sur Concordia, Spike Lee s’est livré à une session d’autographes au HMV

    C’était Spike Lee le motivateur qui s’est présenté hier après-midi dans la salle de conférence du Hall Building de l’Université Concordia. J’aurais sans doute préféré y voir Spike Lee le réalisateur
    ou même Spike Lee le professeur mais, qu’importe, Spike Lee était en ville!

    Devant un public conquis d’avance, il a entamé son discours sur un ton solennel : «We are lucky to be alive today. Lucky to be alive today. [Pause] There is a man with the middle name Hussein». Des gens approuvaient avec des «Mm-hum» expressifs en hochant lentement la tête, les yeux pétillants.

    Lee savait comment tenir son public en haleine. Il enchaînait les anecdotes hilarantes avec des moments plus graves, comme l’évocation du passé tragique des Noirs d’Amérique (son arrière grand-mère était esclave).

    Les temps ont bien changé. Aujourd’hui, moins de 150 ans après l’abolition de l’esclavage, Spike Lee se présente comme l’ultime anti-esclave. Selon lui, cet accomplissement ne se mesure pas seulement par sa fortune et sa célébrité, mais surtout par son éducation. Il rappelle que les esclaves étaient sévèrement punis lorsqu’ils tentaient de s’éduquer : «Si on te surprenait à lire ou à enseigner, on te fouettait, castrait ou pendait. Les mauvais jours, on faisait les trois en même temps.»

    L’éducation est visiblement un thème sensible aux yeux réalisateur de 52 ans, et il en a vanté les vertus pendant la plus grande partie de son discours. Je ne répéterai pas inutilement les principaux points de la conférence d’hier, mon collègue Paul l’ayant déjà fait dans son papier de ce matin.

    Une déclaration qui m’a particulièrement marquée : «Take all your time to find out what is it you like». Lee a d’ailleurs mis en garde contre la pression néfaste que peuvent exercer certains parents, les qualifiant des «plus grands assassins de rêves».

    Il y a moins de dix ans, j’étais assis dans cette même salle à poursuivre ma passion, contre l’avis de la plupart de mes proches. Il faut dire que j’étais chanceux : je savais ce que j’aimais avant de m’inscrire à l’Université.

    «The majority of people go to their graves doing a job they fucking hate». Voilà, en si peu de mots, pourquoi j’ai décidé d’étudier en cinéma.

    Conclusion pathétique

    La session de questions-réponses qui a conclu la conférence a, disons le, plutôt mal tourné. Mis à part quelques exceptions, les questions alternaient entre le superficiel (Êtes vous déçu que Denzel Washington n’a pas remporté l’Oscar pour Malcolm X?) le stupide (Pourquoi portez-vous une croix?) et le carrément bizarre. Je pense ici au bonhomme frêle au débardeur brun qui a commencé par : «Monsieur, nous avons le même âge. D’ici 20-25 ans, nous porterons tous les deux des couches». Suite à quoi, Spike Lee a lancé : «Speak for yourself ! Black don’t crap!» Ce qui a eu l’effet de provoquer le plus grand fou rire de l’après-midi. Mais l’intervenant a insisté, déblatérant sur «l’intériorité» et «Philip Roth» et je ne sais plus quoi d’autre. Lee en a finalement eu assez : «Next!» Le monsieur brun a discrètement pris la direction de la sortie.

    Et ça a continué ainsi pendant de longues minutes, sous le regard médusé des membres des médias qui n’avaient pas accès au micro (j’avais écrit une question dans mon calepin, au cas où). Il faut dire Spike Lee s’est très bien débrouillé dans les circonstances. Lorsqu’il n’humiliait pas un intervenant, il donnait des réponses substantielles, souvent avec peu de lien avec la question originale. Ses dernières paroles : «I have a plane to catch».

    En espérant que cette session pathétique serve de leçon au CSU. Dans l’avenir, l’association étudiante devrait demander d’obtenir les questions à l’avance et sélectionner les meilleures en vue d’une éventuelle conférence, comme à la petite école.

    Monsieur Cinéma

    La conférence d’hier m’a permis de rencontrer le légendaire Claude Chamberlan, le cofondateur du Festival du Nouveau Cinéma, et un fervent promoteur culturel depuis quelque quarante années. Un homme au charisme rare qui semble regorger d’histoires savoureuses. Sur le cinéma, sur l’art, sur la vie. Malheureusement, j’ai à peine eu le temps d’échanger avec lui qu’il est allé serrer la pince à Spike Lee (M. Chamberlan avait organisé une rétrospective du réalisateur il y a une quinzaine d’années). Les deux hommes se sont salués chaleureusement et sont sortis par la porte d’en arrière. Ils sont revenus dans la salle une demi-heure plus tard, le sourire aux lèvres.

    Voilà sans doute une histoire savoureuse de plus qui s’ajoute à l’imposant catalogue de Monsieur Cinéma…


    • J’adorerais y aller mercredi, mais j’habite la capitale malheureusement, ou heureusement la plupart du temps.

      C’est un de mes réalisateurs préféré. Do the right thing est un chef-d’oeuvre.

    • Do the Right Thing bien sûr, mais j’ai aussi un faible pour 25th Hour, en particulier l’épilogue avec la narration sublime de Brian Cox.

      Un portrait éclairant paru dans le New Yorker :

      http://www.newyorker.com/reporting/2008/09/22/080922fa_fact_colapinto

    • c’est vrai que la 25th hour est un très bon film, mais il est moin Spikiesque si tu me passe l’expression. Il y a quelque bribes de spike lee dans la forme, mais le fond de ce film s’éloigne de son terrain traditionnelle. Je dis pas que c’est mal, mais que ce n’est pas un film qui résume ou qui représente bien Spike Lee.

      Si j’avais à choisir après Do the right thing, il y aurait Bamboozled, School daze, jungle fever et j’ai bien aimé she hates me (dérive anticapitaliste comme chez la plupart des militants identitaire ex : Elvis Graton)

      Ce que j’aime c’est qu’ils s’intéresse beaucoup aux relations des noirs entre eux (Malcom X, School daze) , ou avec d’autre minorité culturelle (jungle fever, do the right thing), plutôt que de s’intéresser à la relation des noirs avec les blancs. Souvent, il va montrer les deux cotés de la médaille sans dire au spectateur lequel il faut choisir. Par exemple dans School daze sur la pigmentation de la peau et sur les cheveux frisé (revient dans Malcom X).

      Il est très nuancé. À mon avis, ce n’est pas qu’un grand artiste, c’est un grand homme.

    • J’ai toujours trippé sur Spike Lee, j’ai des copies de tous ses films à la maison, ai lu toutes ses biographies, ai apprécié toutes les entrevues qu’il a donnée mais je préfère encore plus son frère Bruce! ;-)

      Sérieusement, n’envoyez pas la police chez moi: je n’ai qu’un seul film téléchargé illégalement chez moi et c’est The Song Remains the Same et après l’avoir vu 10 ou 15 fois au cinéma Lumière anciennement sur Bélanger si je ne m’abuse, je considère que j’ai déjà pleinement payé le droit de le posséder. ;-)

    • De la grande visite! Welcome.

      @cadman: je ne suis donc pas la seule à visionner des films 15-20 fois!!! Comment s’appelle votre docteur traitant ;-)

      Bodas de sangre (Saura) = au moins 15 fois, peut-être 20
      Vol au dessus d’un nid de coucou (Forman) = au moins 15 fois.
      Les ailes du désir (Wenders) = une dizaine de fois.
      Malcom X (Spike Lee) = une dizaine de fois

    • Je suis curieuse… Quelle était votre question Monsieur Siroka?

    • @ cassb

      Je voulais savoir si Spike Lee considérait toujours que seuls des réalisateurs noirs sont suffisamment qualifiés pour faire des films sur des personnages historiques noirs.

      En 1991, il avait convaincu Norman Jewison, qui était déjà dans un stade avancé de la pré-production, de lui déléguer le projet Malcolm X. Il a essayé de faire la même chose en 2001 avec Ali, mais Will Smith lui a dit que le film avait le mandat d’attirer un public large. (Chose bizarre puisque Michael Mann n’est pas le plus commercial des réalisateurs). Lee a donc refusé.

    • Mais pourquoi les membres des médias n’avaient-ils pas accès au micro ??

    • @ eraserhead

      Parce que c’était un événement organisé par (et pour) les étudiants principalement.

    • C’est en effet une question intéressante et très pertinente dans le cadre de sa venue… qui n’aurait pas manqué de soulever le débat. Mais, bon, je suis convaincue que de nombreux étudiants auraient eu des questions tout aussi pertinentes que les journalistes, sinon davantage (moins blasés que certains peut-être, si on en juge par moult conférences de presse où le manque d’imagination de certains s’étale dans toute sa splendeur), s’il y avait eu plus de structure à l’événement, comme vous l’avez souligné!

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