Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 28 octobre 2008 | Mise en ligne à 18h00 | Commenter Commentaires (62)

    Les magiciens de la caméra

    Martin Scorsese

    Martin Scorsese

    Tout blogue de cinéma qui se respecte se doit de présenter un jour sa liste des meilleurs plans-séquence de l’histoire (définition WikiPedia: «Un plan-séquence est une séquence filmée en un seul plan, et restituée telle quelle dans le film final, c’est-à-dire sans montage ou interruption de point de vue».) J’ai cru bon de soumettre ce post «à longue consommation» en ce moment, alors que Plan d’ensemble prend quelques semaines de congé.

    La liste ci-dessous est bien-sûr incomplète. D’abord, je ne prétends pas avoir une connaissance encyclopédique de ce type de plans. De plus, l’internet n’est pas encore une source complète de films et/ou de morceaux de films (ça s’en vient!). Je regrette donc de ne pas avoir réussi à dénicher mon plan-séquence favori, celui qui survient en plein milieu de Raging Bull lorsque Jake LaMotta marche d’une salle d’entraînement jusqu’au au ring. (Je pense également à la scène du restaurant vers la fin de Kill Bill ou à n’importe quel film de Miklós Jancsó ou de Hou Hsiao-sien).

    Également exclus de la liste sont les plans-séquence trop longs comme L’arche russe (un seul plan de 100 minutes!) ou les faux plans-séquence comme l’intro de Snake Eyes ou la scène de la voiture de Children of Men. Enfin, Rope d’Alfred Hitchcock donne l’illusion d’avoir été filmé en un seul plan continu, alors qu’il s’agit en fait de 10 plans d’une durée moyenne de huit minutes chacun.

    ***

    TOUCH OF EVIL (1958)

    Orson Welles avait révolutionné le langage cinématographique avec Citizen Kane en 1941. Dans Touch of Evil, il poursuit son exploration technique avec ce plan-séquence virtuose de trois minutes qui couvre quatre blocs. Même si le film a été rejeté à l’époque comme un vulgaire film noir de série B, il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus beaux accomplissements de Welles. Ce qui n’est pas peu dire! Le plan-séquence a été maintes fois référencé, notamment par Brian De Palma et Robert Altman.

    SOY CUBA (1964)

    Cette production russo-cubaine avait comme principal objectif de glorifier la révolution communiste de Fidel Castro. Loin des bureaucrates de Moscou, le réalisateur soviétique Mikhaïl Kalatozov en a profité pour faire toutes sortes d’expériences formelles. Froidement reçu en URSS comme à Cuba, Soy Cuba (Je suis Cuba) est vite tombé dans l’oubli jusqu’à ce que Martin Scorsese en fasse la découverte en 1993. Grandement impressionné par le film, ce dernier s’est engagé à promouvoir sa distribution aux États-Unis.

    Voici sans doute la plus fameuse séquence de Soy Cuba, éventuellement citée par Paul Thomas Anderson dans Boogie Nights. La caméra entame son trajet sur le toit d’un hôtel où se déroule une fête torride pour finalement plonger dans la piscine pour se rafraîchir un peu. (À noter que la musique dans ce clip ne provient pas du film original).

    WEEK-END (1967)

    Jean-Luc Godard a déjà dit que tout choix de mise-en-scène est un choix politique. À partir du milieu des années 1960, on peut dire que la forme de plus en plus expérimentale de ses films reflétait les vues radicales du cinéaste, partisan d’une révolution communiste. Week-End, une comédie très noire sur les désillusions d’une société bourgeoise de consommation, figure parmi
    les plus beaux exemples de ses «films-essais».

    PROFESSION : REPORTER (1975)

    Dans ce film énigmatique au rythme très lent, Jack Nicholson interprète un reporter de passage en Afrique qui découvre un matin son voisin de chambre étendu mort sur son lit. Il décide d’assumer son identité et de se rendre à ses rendez-vous d’affaires qui s’avèrent en fait des rencontres avec des terroristes. Mais attention, ne vous attendez pas ici à une série de rebondissements dramatiques et de poursuites de voiture haletantes. Il s’agit de Michelangelo Antonioni tout de même! L’enquête du reporter en est une intérieure et les thèmes développés concernent la solitude, l’aliénation et la crise d’identité de l’homme moderne.

    Voici une entrée du Dictionnaire du cinéma Larousse pour introduire ce plan magique : «Les formes, les êtres se seraient-ils vidés de tout pouvoir, échappant à la saisie poétique, par effacement, comme la caméra, à la fin de Profession : reporter, échappe inexplicablement, par
    un travelling dans l’espace, à la chambre abandonnée?»

    LE SACRIFICE (1986)

    Le Sacrifice réunit en quelque sorte les visions des deux cinéastes les plus profonds, selon moi, de la seconde moitié du 20e siècle. En effet, il s’agit d’un film réalisé par Andreï Tarkovski qui rend hommage au cinéma d’Ingmar Bergman. Tourné en Suède avec des acteurs suédois (dont Erland Josephson, souvent vu chez Bergman) Le sacrifice est le film-testament du réalisateur russe, qui est décédé peu après sa sortie, à l’âge de 54 ans.

    Permettez-moi de ressortir mon Larousse : «Cette parabole poétique restitue l’angoisse d’un homme qui, confronté à la menace d’un cataclysme nucléaire, tente de retrouver les valeurs spirituelles profondes que l’époque contemporaine semble avoir rejetées ou oubliées».

    Tarkovski, qui a toujours été suspect de l’utilisation du montage comme créateur de rythme filmique, préférait les longs plans qui lui permettaient de «sculpter le temps». Dans ses meilleurs moments, il semblait carrément contrôler la nature qu’il captait dans son cadre. À titre d’exemple, voici le dernier plan du Sacrifice.

    GOODFELLAS (1990)

    Martin Scorsese est le réalisateur contemporain le plus admiré quant à la virtuosité de ses mouvements de caméra. Le clip ci-dessous est peut-être son plan-séquence le plus célèbre. Mis à part la mise-en-scène élaborée, le plan sert à nous révéler la nature du personnage de Karen (Lorraine Bracco). Son entrée dans l’univers mafieux, dans l’underground de la société, est illustrée par cette longue escapade à travers le sous-sol du restaurant. Son chemin aboutit à une table VIP; un privilège qu’elle n’est pas certaine de comprendre mais qu’elle accepte tout de même (quand elle demande à son copain ce qu’il fait dans la vie, il dit qu’il travaille «dans la construction»). Le fait que le tout soit filmé en une seule prise démontre également la simplicité (trompeuse) de sa soudaine ascension au sommet.

    THE PLAYER
    (1992)

    Après avoir connu un passage à vide dans les années 1980, Robert Altman est entré en force dans les années 1990 avec The Player, un satire mordante des dessous d’Hollywood. Si vous avez suivi des cours de cinéma, il y a des bonnes chances que votre professeur a choisi la scène d’introduction de ce film pour discuter des plans-séquence. En plus de ses complexes mouvements de caméra et de sa longue durée (8 minutes), cette scène agit comme une mise en abyme avec ses nombreuses références au monde du cinéma. Je pense en particulier à cette discussion sur le plan-séquence d’ouverture de Touch of Evil.

    STRANGE DAYS (1995)

    Ce film de science-fiction sur le marché illégal d’appareils de réalité virtuelle a peut-être pris des rides, il n’en demeure pas moins un thriller très efficace. La séquence d’ouverture, un vol de restaurant qui tourne mal, a pris un an de planification. Le tout est entièrement filmée de manière subjective à l’aide d’une caméra spéciale ultra-légère fixée sur la tête de l’acteur/cascadeur. Si vous voulez en savoir plus, écoutez le commentaire DVD de la réalisatrice Kathryn Bigelow, qui consacre la durée entière du film à discuter de ce seul plan.

    BOOGIE NIGHTS (1997)

    En 1991, après la projection de son film The Commitments, Alan Parker embarqua dans sa voiture et s’apprêta à la démarrer quand il aperçut dans son rétroviseur un jeune homme s’approcher vers lui au pas de course, un VHS dans la main. «Vous devez regarder mon film» s’exclama l’intrus après que Parker eut baissé sa vitre. Le réalisateur de Midnight Express et de The Wall accepta la requête et ne regretta pas sa décision : «brillant» pensa-il après avoir regardé ce moyen-métrage d’une trentaine de minutes dénué de budget. Le film en question s’intitulait The Dirk Diggler Story et le jeune homme frêle qui l’avait accosté dans le parking se nommait Paul Thomas Anderson.

    Boogie Nights, une oeuvre qui respire la passion du cinéma à tous points de vue, reprend l’histoire de Dirk Diggler, de son vrai nom Eddie Adams, un jeune homme paumé qui devient instantanément une star porno en raison de son «atout spécial».

    Autant que j’admire Magnolia et There Will Be Blood, je continue de croire que Boogie Nights est la pièce maîtresse dans la filmographie d’Anderson. On y retrouve une innocence et une démonstration de talent brut qui ne pourront plus être reproduites.

    Voici l’éblouissante scène d’ouverture qui introduit tous les personnages principaux.

    CHILDREN OF MEN (2006)

    Comme je le mentionnais plus haut, Children of Men, un film de science-fiction terriblement efficace soit dit en passant, présente au moins un faux plan-séquence. La scène ci-dessus en est un vrai nous assure-t-on.

    Pour en savoir plus sur les techniques innovatrices préconisées par Alfonso Cuaron et son équipe, voir ce vidéo.

    (À noter que le clip YouTube continue au-delà du plan-séquence, qui se conclut vers la 6e minute).


    • Moi, il y a 2 films qui m’ont marquée avec leurs plans séquences : Carlito’s way, la scène dans le métro et Scarface, (il y en a une panoplie).

      www.letapisrosedecatherine.tv

    • Il ne faut pas oublier aussi la scène sur la plage dans Atonement, un plan séquence magnifique tournée en SteadyCam.

      http://www.youtube.com/watch?v=BB8tVQ_pWFA&feature=related

    • Rien de Sergio Leone avec ses “longshots” célèbres? spécialement à finale de The Good, The Bad and The Ugly.

    • Wow, de beaux moments. Moi j’aime beaucoup celui de Goodfellas, le meilleur de tous les temps. Scorsese nous fait oublier la caméra totalement. On peut ajouter à cette liste, tous les plans de Gaspar Noé dans Irréversible. Tous déjantés à l’os, moins télégraphiés, moins parfaits… c’est assez brouillon mais c’est naturel et captivant.

      http://www.youtube.com/watch?v=o5TPwOU-JNw&feature=related

    • De très beau moment de cinéma, Il y aussi celui ci de Claude Lelouch, C’était un rendez-vous, pour ceux qui aime Paris.

      http://www.youtube.com/watch?v=Gs50TsdOyVI

    • Rien de Kubrick? Il me semble que son plan séquence dans Paths of Glory, ou son utilisation précurseure de la Steady cam dans The Shining par exemple!

    • Tout à fait Clashrocker79

    • Il ne faudrait pas oublié l’arche russe, http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Arche_russe, ce film est un plan séquence de 96 minutes.

    • Sans parler de films, une des belles scènes que j’ai vues c’était dans “Minuit le soir”. Marc, le perso joué par Claude Legault verse de la vodka à Fannie (Julie Perreault), puis le temps s’arrête, mais la vodka continue de couler dans le verre, sans fin, et Marc qui “sent” Fannie pour se remplir d’elle, de son odeur, et toujours la vodka, pure et cristalline, qui coule dans le verre, sans le remplir… wow! Belle image!

    • Dans l’univers du clip musical, j’ajouterais “Lucas with the Lid Off” de Michel Gondry. 4 minutes rien de moins que renversantes!
      http://www.youtube.com/watch?v=B5HOsnq_2j4

    • Wow ! J’ai ma réponse. Depuis quelques temps, je n’arrivais à vouloir l’utilité d’un blogue. Parce que maintenant, tout le monde a son blogue et donne son opinion sur n’importe quoi. Et la multitude de commentaires me donne mal à la tête. Gazant !

      Voilà que tu arrives avec une idée instructive : montrer quelques plan-séquences de films qui t’ont marqué. C’est quelque chose que tu ne pourrais pas faire à la télévision parce que ce serait trop long, trop analytique, trop académique. Et dans un cours, hum… cela te demanderait pas mal de travail, alors que les hyperliens facilitent la tâche.

      Bravo ! Je suis comblé et je n’ai pas encore fait le tour.

    • Oups ! Des fautes ! Excusez-moi ! Je fais le plus vite que je peux.

      Il aurait fallu lire « je n’arrivais à voir l’utilité d’un blogue…»

    • Wo ! Wo !

      Tony Jaa dans un 3:47 de Kung Fu non-stop !

      Kiaï !

    • oups… http://www.youtube.com/watch?v=qE7WijeShQM

      :-)

      Kiaï !

    • Concernant le plan de Children of men, comment explique tu que les gouttes d’eau (ou de sang) dans la lentille disparaissent vers 4:10 ?

    • J’ai adoré ce poste. Ça m’a permis de revoir des scènes sous un angle complètement nouveau. Merci beaucoup.

    • Est-ce juste moi ou y avait-il du sang sur la lentille jusqu’a 4:03, qui a ensuite disparu dans l’extrait de Children of Men? Un seul plan sequence, vraiement?

    • A propos du sang dans le plan séquence: ce n’était pas prévu au départ. Le réalisateur a crié “coupé!” mais l’opérateur ne l’a pas entendu et ils ont continué à tourner la scène. Au montage ils ont aimé l’effet du sang et l’ont gardé. Mais ils ont décidé de le supprimer numériquement à partir de 4:03 car c’était jugé trop distrayant pour le spectateur.

      http://www.dvinfo.net/conf/awake-dark/100733-blood-lens-children-men.html

      “Keen-eyed moviegoers can be forgiven for thinking there’s an invisible cut somewhere in those nine minutes. After all, at the end of the scene, the blood on the lens has vanished.

      Well, not really. “The blood was great, but after a while it started to feel like it was on your face,” Cuarón says. “It started to feel distracting.” So he hired a computer-effects artist to digitally erase the blood from the final image, a very painstaking job.”

      http://pilgrimakimbo.blogspot.com/2007/03/personal-response-to-children-of-men.html

    • FrancoisV et j.yves, les gouttes de sang sont probablement le fruit d’effets spéciaux, ce qui n’empêche nullement le plan séquence. Cependant, l’extrait concernant Strange Days n’est pas un plan séquence complet puisqu’il coupe vers 3 :20…

      À mon avis, le plan séquence devrait toujours produire un effet, servir le propos ou le rythme; l’émotion, le suspense, la présentation de personnages, etc. Le plan séquence est très intéressant mais il ne sert pas toujours l’histoire, comme dans l’extrait de Week-End où la séquence est tellement lente qu’on est plus hypnotisé par le mouvement de la caméra que par le propos des acteurs.

      À mon avis, le meilleur exemple présenté d’une telle utilisation est encore celui de Touch of Evil, où un effet de suspense est créé dès la pose de la bombe et où s’opère une identification aux personnages par le spectateur.

    • *Psaume rouge* (1971), le film de Micklos Jancso, prix de la mise en scène à Cannes qui relate l’histoire d’une révolte paysanne de la Hongrie du 19e siècle.

      Un film de 87 minutes tourné entièrement en plans-séquence – 27 au total! – un film d’une grande poésie mise en scène comme une chorégraphie.

    • Mes deux plans=séquence favoris sont la scène d’ouverture de “Touch of Evil” d’Orson Welles et celui de “Profession reporter” d’Antonioni.

      On s’est longtemps demander comment le kodak avait réussi à sortir de la chambre!!

    • Mon plan-séquence préféré = dans le film “Old Boy”, la bataille dans le long corridor…

    • Moi aussi le plan-séquence de The Shining m’est venu en premier à l’esprit.

      Celui dans Elephant de Gus Van Sant est aussi digne de mention selon moi!

    • Bravo pour l’initiative. Il y a un film que vous n’avez pas cité. Il s’agit de “La corde” (The rope) de Alfred Hitchcock. C’est un film d’un seul plan séquence. Étant donné les limites de l’époque (une bobine de film faisait 10 minutes) Le réalisateur faisant donc donc neuf pl;an-séquence de dix minutes et faisait la transition entre deux bobines sur un objet repris sur le même angle. Génial

    • Comme je soupçonne plusieurs plans-séquences contemporains d’avoir été «trafiqués» par ordinateurs (voir la controverse ci-dessus au sujet de CHILDREN OF MEN), je mentionnerai ici quelques plans-séquences favoris datant de l’époque pré-CGI :

      Celui du film noir GUN CRAZY (1950) ou toute une séquence de cambriolage est filmée en un seul plan séquence, la caméra étant fixée sur le siège arrière de la voiture des voleurs !!

      MORITURI (1965) : Plan-séquence SPECTACULAIRE conçu par le directeur photo Conrad Hall qui, a bord d’un hélicoptère, passe d’un destroyer à un autre pour finir en se rapprochant assez près des acteurs pour entendre leurs conversations !!

      LA MORT EN DIRECT (1980) : Étonnant plan-séquence en Steadycam poursuivant Romy Scheider en fuite entre les étalages d’un marché à ciel ouvert.

    • Si je me souviens bien, ‘Last Days’ de Gus Van Sant, en était remplis du début à la fin… ai-je bonne mémoire ?

    • Très intéressant l’article sur les plans séquence mais je suis étonné de constater que vous n’incluez pas le maître de tous et le père des plans séquences: Alfred Hitchcock. Le maître pourra remplir votre liste à lui tout seul. Peut-être est-ce simplement un oubli de votre part… Dans mes trois préférés d’Hitchcock il y a le premier plan du film Psychose qui se termine à l’intérieur d’une chambre d’hôtel, le meurtre crapuleux du tueur à la cravate dans un logement ou la caméra recule jusque dans la rue et la scène à la campagne de North by Northwest ou Cary Grant se fait attaquer par un petit avion.

    • Pour la séquence de Children of Men présenté, c’est bien un seul plan séquence. Lors du tournage, lorsque le sang s’est retrouvé sur la lentille, le réalisateur (Cuarón) a crié “COUPÉ” mais avec le bruit infernal autour, personne n’a entendu et la séquence s’est continué jusqu’à la fin. Sur le coup il était en furie d’avoir “gaspillé” une séquence, mais elle s’etait parfaitement déroulé à part pour l’éclaboussure dans la lentille. Au lieu de recommencer la séquence avec la logistique incroyable requise, beaucoup d’argent ont été investie pour enlevé graduellement par effet spéciaux le sang et restauré l’image qui devrait se retrouver sous les gouttes.

      Si vous portez attention le sang ne disparait pas d’un coup, c’est graduelle, et si vous etes encore plus observateur (pas visible sur YouTube par contre), les endroits ou le sang était sont un peu plus “flou”.

    • « Je pense également à la scène du restaurant vers la fin de Kill Bill »

      Pulp Fiction plutôt ?

    • Je suis étonné que personne n’aie cité Théo Angelopoulos, Béla Tarr ou Manoel De Oliveira… ! Ils ont construit leurs oeuvres presque uniquement sur l’esthétique du plan-séquence. Par exemple, Le soulier de satin de oliveira (1985) est une film de 7h10 entièrement fait de plan-séquences de 8 à 15 minutes (que l’on pourrait aussi qualifer de plan-scènes, puisque que chaque scène n’est présentée qu’en un seul plan). Leurs films relèvent non seulement de la prouesse technique mais jouissent aussi d’une mise-en-scène prodigieuse en plus de véhiculer une réelle substence (ce qui rend l’exercice triplement remarquable). Voici un extrait du film Werckmeister Harmonies (2000) de Béla Tarr:

      http://www.youtube.com/watch?v=VFmu7BYbthY

      Plusieurs scènes de ces films sont disponibles sur Youtube.
      C’est domage que les films de ces cinéastes soient si difficiles à se procurer, ou, dans le cas de Béla Tarr, de médiocre qualité sur DVD. La collection Criterion devraient se mettre le nez la dedans… !

    • Hmmm, on dénote déjà à la lecture de certaines interventions ci-dessus une certaine confusion quant à ce qui constitue un «plan-séquence» (selon la définition donnée plus haut : Séquence filmée en un seul plan, donc SANS MONTAGE ou INTERRUPTION !). Dans ce cas, force est de réaliser, par exemple, que la scène d’ouverture de PSYCHO n’est PAS un plan-séquence, mais qu’elle est plutôt faite d’une série de longs zooms reliés entre eux par des fondus enchaînés, tout comme la scène de l’avion de NORTH BY NORTHWEST n’est pas un plan-séquence, puisqu’elle est constituée de plusieurs plans longs. Seule la scène suivant le tueur à la cravate dans FRENZY en est vraiment un, car il n ‘y a effectivement aucune interruption dans l’action, depuis la rue, jusqu’à l’appartement puis le retour dans la rue … La finale du GOOD, THE BAD AND THE UGLY comprend certes des «long shots» (plan éloignés) et de très longs «gros plans», mais aucun plan-séquence véritable …

      Sorry for being so fussy folks ;-))

    • J’ai revu Touch of Evil récemment et il y a une autre remarquable scène tournée en plan-séquence mais un peu hachurée au montage, celle de la perquisition dans l’appartement du suspect, où la caméra alterne avec une étonnante fluidité entre les 3 pièces et les divers personnages qui entrent et sortent; Welles l’a toutefois coupée à peu près au milieu pour suivre son personnage principal qui s’absente temporairement de l’immeuble, pour mieux enchaîner avec un autre long segment ininterrompu après son retour.

      Une autre scène d’interrogatoire, dans Le Doulos de Melville, cette-fois dans le bureau du commissaire. La caméra reste plantée au centre de la pièce et pivote continuellement, jusqu’à faire des rotations complètes, sans que jamais l’équipe technique ne soit reflétée dans les fenêtres ou dans les vastes portes vitrées du bureau. Melville aimait bien les longs plans, en particulier pour les scènes de cambriolage.

      Pour Godard, j’aurais plutôt choisi Le Mépris, la scène où Bardot et Piccoli constatent la mort de leur couple; elle dure bien une douzaine de minutes sans raccords, non?

      Il peut être parfois difficile de distinguer entre un long plan et un véritable plan-séquence; le long mouvement de grue qui descend du haut de l’escalier jusqu’au gros plan de la clé dans la main de Bergman dans Notorious en est-il un? Et pour ceux qui ont cité Frenzy du même Hitchcock; ne faut-il pas qu’un vrai plan-séquence soit aussi porteur d’un certain contenu dramatique, d’une action, pas seulement d’un beau mouvement de caméra. À ce titre, le travelling arrière de Frenzy jusque dans la rue est-il donc vraiment un plan-séquence? Notons en passant qu’au moment où on sort de l’immeuble, il y un tout petit raccord lorsqu’un passant remplit tout le cadre puisque le matériel disponible ne permettait pas de continuer le mouvement d’un seul trait.

      Un plan-séquence doit-il nécessairement s’accompagner de mouvements de caméras plus ou moins élaborés? Le monologue d’Anton Walbrook dans The Life and Death of Colonel Blimp de Powell-Pressburger et celui de François Périer dans Le Samouraï de Melville sont-il aussi des plans-séquences? Et qu’en est-il les longs plans quasi-statiques chez Ozu?

      Finalement, il serait immoral de parler de plans-séquences sans mentionner celui qui en utilisa probablement le plus abondamment et élégamment, soit Max Ophuls Que ce soit la scène du danseur masqué ou celle de la poursuite dans Le Plaisir, le passage à la douane dans Madame de… ou des pans entiers de Lola Montès, en particulier les enchaînements de mouvements verticaux et horizontaux sous le chapiteau.

    • “Et pour ceux qui ont cité Frenzy du même Hitchcock; ne faut-il pas qu’un vrai plan-séquence soit aussi porteur d’un certain contenu dramatique, d’une action, pas seulement d’un beau mouvement de caméra. À ce titre, le travelling arrière de Frenzy jusque dans la rue est-il donc vraiment un plan-séquence? ” Ce plan-sequence a-t-il un “contenu dramatique” ?
      Voyons voir : On apercoit le tueur a la cravate amener chez lui la copine de son ami. Nous savons qu’il est le tueur, mais cette pauvre fille ne le sait pas et elle entre dans son appartement. Il lui dit alors : “Vous savez, vous etes vraiment mon genre de fille …” et il ferme la porte. Puis la camera recule lentement et revient dans la rue … A ce moment dans le film, le spectateur a deja vu le tueur etrangler une autre femme, alors il devine le sort reserve a cette pauvre fille ! Je dirais que cela constitue un contenu assez dramatique , merci !

    • @eraserhead
      J’allais un peu à la pêche, en résumant une théorie que j’ai entendu un prof de cinéma exposer à ses étudiants perplexes. Selon lui, dès qu’il n’y a pas d’action dans un mouvement de caméra, on sort (temporairement) de l’espace narratif et ce n’est plus le film. A son sens donc, le début du travelling arrière de Frenzy serait bien dans le film, mais dès que les personnages ont disparu, nous ne sommes plus dans le film et le plan-séquence cesse.

      Je crois qu’il rêvait de rivaliser avec les Deleuze ou Metz dans la construction d’analyses bien… spéciales.

      Il n’avait pas vraiment convaincu sa classe.

      Et je constate que son approche ne trouve pas plus d’adhérents ici, ce qui est finalement rassurant.

    • On pourrait discuter longtemps de qu’est-ce qui constitue un plan séquence. Les arguments amener sont tous bons et il n’y a pas de gagnant ou de perdant la-dedans. Il y a simplement un amour du cinéma. Et, dans celui d’Alfred Hitchcock peut importe si ce ne sont pas des vrais plans, il n’en demeure pas moins qu’il a expérimenté plus que tout autre cinéaste et été un précurceur dans les mouvements de caméra. Pensons juste à la scène du début de Rear Window ou Hitchcock promène sa caméra de la cour arrière d’un complexe appartement pour la terminer sur le visage endormi de James Stewart. Ou cette autre scène dans Psychose immédiatement après le meurtre de Marion Crane . LA caméra est placé à la fenêtre et donne directement sur la maison de Norman qui descend les escaliers jusqu’à l’intérieur de la pièce en un seul plan. Et cette autre scène dans la douche figé sur le corps inanimé sur le plancher de la douche ou la caméra reste fixe sur son oeil pour se fondre dans l’eau qui s’écoule par le tuyau d’évacuation de la douche. Ou ses films en séquences respectivement de 8 et 10 minutes de rope et Under Capricorn. Ou bien Lifeboat qui est filmé uniquement dans un espace restreint d’un bateau. Ou Strangers on a train ou le meurtrier tue une victime à une foire et on voit le crime à travers la lunette brisée sur le sol de la victime. Ou les long plans circulaires de vertigo et To catch a thief ou les amoureux s’embrassent passionnément mainte fois copié depuis¸ et je pourrais continuer ainsi très longtemps…

    • ANGELOPOULOS!!!!!!!! WHERE THÉO? ET BELA? D’ACCORD AVEC RAPH… QUI POSSÈDE MON VRAI PRÉNOM DU RESTE… HUM

    • ET RAPH, LES BELA ET LES ANGELO SONT DISPO EN PLUSIEURS VARIÉTÉS D’EXCELLENTES QUALITÉS! FOUILLE UN PEU EN EUROPE… ET MÊME ICI LES BELA SONT TRÈS TRÈS BIEN… ET PENSEZ À MAMMA ROMA…. TOUT LE MONDE SAIT LE PLAN EN QUESTION (TRAVELING ARRIÈRE DANS LA RUE AVEC ANNA QUI RENCONTRE DES GENS).

    • Salut personafilms,

      Je suis heureux de savoir que vous appréciez l’oeuvre de ces cinéastes autant que moi. Je n’ai pas eu le choix de découvrir les films de Béla Tarr au Vidéo Beaubien en louant les DVDs édités par Facets Video qui sont possèdent un transfert plutôt médiocre (la plus part de leur transfert sont de source PAL non-converti, ce qui rend l’image moins nette, accentue les artéfacts de compression et laisse transparaître une duplication d’images) .

      Je me suis procuré une édition européenne de Satantango R0 de Clavis qui n’est pas vraiment mieux… Je ne suis malheureusement pas équipé pour visionner des éditions R2 ou autre et c’est pour cela que je déplore l’absence d’édition DVD décente de ces trois cinéastes en particulier (Béla Tarr, Théo Angelopoulos et Manoel De Oliveira). Je crois même que Le soulier de Satin dOliveira n’existe nulle part en DVD. J’espère donc que la collection Criterion soit en mesure d’acquérir les droits que certains de leurs films pour que les collectionneurs ( et tous les autres) puissent jouir d’un transfert exceptionnel et ainsi admirer ces sublimes plans-séquences !

      Si vous ne le connaissez pas déjà, consulter cet excellent site critique et comparatif sur les DVDs du monde entiers. http://www.dvdbeaver.com/search.htm

      Évidemment, Criterion est la vedette incontestable (suivi paraît-il par MK2 en Europe) !

    • Salut Raph! T’étais pas à la cinémathèque pour le soulier de satin ;) 7h intense!! loll J’apprécie Manoel (ou respecte beaucoup) mais le soulier j’ai trouvé ça difficile. Regarde TFO il en passe qqun de rare dans pas long. Tu es exigent plus que moi sur la qualité des dvd car je possède la même de Statantango et en suis très satisfait. Tu as raison pour les transferts pal… Mais bon si c’est ça ou rien je prends tout!! Je me souviens encore que j’aurais vendu un de mes reins pour certains films même en VHS de dixième génération alors je ne peux plus me plaindre! Bela est devenu une référence inévitable et ô comme je suis tanné d’entendre les gens vouer un culte à un genre de Van Sant alors que ce genre doit tout à Bela et est 100 fois mieux chez Bela! Les harmonies est tout ce que j’aime du cinéma! Bon…. Je pense qu’on a donné le goût à des gens de regarder ces films… ou enlever le goût reste à voir héhé.

    • Aussi dans le cinéma québécois en plan séquence de qualité? Récemment j’en ai vu un dans le dernier Denis Côté qui m’a vraiment fait penser au cinéma Hongrois (Elle veut le chaos est vraiment très réussi!)

    • La scène du resto de Kill Bill 1

      http://www.youtube.com/watch?v=q9UfK9mHyRY

    • Un art noble qui se perd en cette époque de montage vidéoclip. Pas moyen de voir 10 secondes de file au cinéma ces années-ci ! Par bouttes c’est étourdissant.

      En musique, c’est pareil. C’est même rendu que les chanteuses ‘punchent’ non plus les mots d’une chanson un à un, mais les syllabes une par une ! On est loin des albums de Julie London… Fou braque…

      Juste pour alimenter le feu :

      1. Le générique de Délicatessen.
      2. La rencontre entre Marilyn Monroe et son voisin dans The Seven Year Itch.
      3. La scène du resto dans Réservoir Dogs (sur le pourboire).
      4. La scène du zoom qui ouvre Live a Pompéï

      C’est juste moi, ou en cinéma québécois il y en a pas des tonnes ? Il m’en vient pas.

    • Curieux. C’est la saison de l’halloween et personne ne semble se rappeler du plan séquence qui ouvre le film de John Carpenter.

    • Oui, effectivement, j’avais bien aimé ce plan d’ouverture.
      Je croyais aussi qu’on mentionnerais les plans séquences de Stalker de Tarkovsky. Ils méritent mention.

    • @mikael_boulgakov

      Cinéma québécois : le seul qui me vient à l’esprit, c’est le fantastique Travelling Avant du générique d’ouverture du DÉCLIN DE L’EMPIRE AMÉRICAIN se terminant sur Louise Portal interviewant Dominique Michel. Un seul plan qui doit bien faire 4 ou 5 minutes …

      Dans vos choix : ATTENTION ! La scène du resto dans RESERVOIR DOGS n’est PAS un plan-séquence, puisqu’elle est faite de nombreux plans et coupures. Plan-séquence = UN SEUL PLAN !

    • @eraserhead

      Oui, c’est vrai. Y’a aussi un plan séquence d’hôpital pas mal qui ouvre les Invasions.

      Pour Réservoir Dogs, c’était de mémoire. Effectivement, c’était sans doute coupé.

    • @ LucPomerleau

      Merci de nous rappeler le bon souvenir de Max Ophuls, un as des mouvements de caméra élégants et fluides. Otto Preminger, réalisateur surtout connu pour son sale caractère, en était un autre qui savait manier le plan séquence d’une façon assez habile dans des films comme ‘Fallen Angels’ ou ‘The Man with the Golden Arm’.

    • @chandlier

      Il faut bien que quelques fidèles entretiennent la flamme de ce bon vieux Max.

      Je regardais La Ronde en fin de semaine dernière, après plus de 2 décennies au moins sans avoir pu le revoir. Le film commence par un long plan séquence qui met en place les éléments du film: le meneur de jeu qui s’adresse au spectateur ainsi que les décors et équipements de cinéma bien apparents qui souligne la théâtralité de l’histoire, entièrement assumée par l’auteur et qui en devient paradoxalement très naturelle et réaliste.

    • Pour les plans séquences…

      ” Elephant ” de Gus Van Sant, au tout début on voit le kid traverser son école ainsi que le terrain de football en un seul plan.

      Le must du plan séquence demeure L’arche Russe d’Alexandre Soukorov. Un film, un plan séquence… Du gros travail technique.

    • @ phoenyx77

      Minuit le soir possédait de très grandes scènes.

      Celle que vous décrivez est magnifique.

      Ma favorite est lorsque le frère de Fanny explique à sa famille comment son père trompait sa mère. Avant l’explication, il ouvre la table et à la fin, il referme la table telle une parenthèse.

      J’ai soudainement le goût de revoir cette série.

      Il y avait aussi un long plan-séquence (je crois, faudrait que je revérifie) dans la première saison quand les trois gars vont au buffet chinois et vont dans la section fumeurs pour s’asseoir.

    • @LucPomerleau

      Je suis loin de connaitre l’oeuvre complète de Monsieur Max, mais je me souviens très bien du plan d’ouverture dont vous parlez. J’avais vu ‘La Ronde’ quelques mois avant la sortie de ‘Eyes Wide Shut’ et j’avais été frappé par l’aspect Ophulsien de certaines scènes du film de Kubrick. Je garde aussi le meilleur souvenir de ‘Lola Montes’ et ‘Lettre d’une inconnue’, deux oeuvres admirables et pas seulement pour leurs plans-séquences.

    • Bon, puisque la plus part des gens semblent s’interesser principalement à l’aspect technique du plan-séquence plutôt qu’à sa raison d’être dans une oeuvre, unissons les deux conditions et poussons les à l’extrème

      Voici : La région centrale (1970), 180 min, de Micheal Snow, un des plus grand cinéaste expérimental et purement Canadien. Je me permet de coller un extrait tiré de la revue Séquence qui parle du film en question:

      «Avec La Région centrale, Michael Snow a fixé les conditions d’une expérience. Elle est sans aucun doute esthétique, elle est peut-être de l’ordre du sublime que seule livre la «nature brute». Snow n’est pas le moine devant la mer, ni au sommet de la montagne dans le paysage désolé du Nord du Québec où fut tourné le film, il est assis avec nous dans la salle de projection. Il a fixé les conditions d’une expérience, mais s’est abstenu d’en accomplir la synthèse.

      C’est son chef d’oeuvre et, pourtant, ce que le film communique n’est pas son expérience. C’est l’expérience de personne tant qu’elle n’existe pas comme lumière projetée sur un écran. Même alors, le film garde la qualité surprenante d’un travail préparatoire. Trois heures d’affilée, nous voyons les conditions de l’expérience en train d’être fixées, installées, testées, mises à l’épreuve, étalées devant nos yeux, et c’est seulement lorsque le projecteur s’éteint que nous nous rendons compte que nous venons de passer trois heures: c’était une sacrée expérience».

      Thierry De Duve, Michael Snow, Les déictiques de l’expérience de l’au-delà,
      Les cahiers d’art moderne, #50, hiver 1994, Centre Georges-Pompidou.

      C’est domage, je ne trouve plus l’extrait qu’il y avait du film sur Youtube. Je mets tout de même quiconque au défi de visionner ce film la prochaine fois qu’il est projeté à la cinémathèque ! C’est une expérience sensorielle sans pareil pour qui s’y laisse hypnotyser. Des plans-séquences à l’état pur.

    • @raph1001

      La raison d’être d’un plans-équence varie d’un cinéaste à l’autre et même d’un film à l’autre pour le même réalisateur.

      La beauté du geste est probablement un facteur commun à presque tous.

      Mais plus précisément dans le cas du plan d’ouverture de Touch of Evil par exemple, c’est probablement l’installation de la tension en continu qui le motive.

      Dans Le Doulos, l’enfermement narratif du personnage de Silien reste totalement ininterrompu pendant toute la durée de l’interrogatoire; un effet claustrophobe finalement qui souligne à quel point il n’a aucun véritable libre choix quant à la suite des événemnts.

      Dans Frenzy, on s’éloigne inexorablement du meurtre qui est sur le point de se produire; on voudrait venir à la rescousse du personnage que l’on a un peu appris à connaître, mais le mouvement en arrière nous frustre totalement, au point où même les sons de la rue viennent couvrir tout signe sonore du drame qui est en train de se jouer à l’étage.

      Sans compter le poids des préférences stylistiques. Ophüls disait que chaque changement de plan lui était douloureux, d’où sa prédilection pour les plans-séquence et les longs mouvements de caméra. C’était sa manière lui de s’exprimer, de construire sa phrase cinématographique en fonctiond e son souffle personnel. Un peu comme les plans de transition dans Ozu agissent comme une ponctuation et lui paraissaient nécessaires parce que c’était sa manière naturelle de composer un film, même si ces plans ne jouaient aucun rôle dramatique ou directement symbolique selon ses déclarations.

    • À lucpomerleau,

      Je suis d’accord avec vous. Avec l’exemple de La région centrale, je faisais plutôt référence à d’autres commentaires à propos de plans-séquences strictement stylistiques et/ou techniques (Kill Bill, Old Boy et même certains exemples tirés des films de Hichtcock). Je désirais donc pousser l’exemple à l’extrême avec le film de Micheal Snow qui se trouve à être un rigureux essai sur le mouvement et la durée. Il a distillé tout autre élément pouvant intervenir à l’interieur du film (personnages, trame narrative, dialogue, même le son et la musique sont au stricte minimum). Le spectateur se retrouve avec un paysage neutre, du mouvement et du temps. Snow arrive miraculeusement à transcender la technique et à faire voyager le spectateur qui veut bien se laisser porter par les panoramiques et culbutes insésantes, souvent doux, parfois plus agressifs. Une oeuvre singulière qui porte à réfléchir sur l’essence même de l’articulation du mouvement et du temps au cinéma.

      Béla Tarr, Andreï Tarkovsky et Théo Angélopoulos partagent le même point de vue que Olphüs à propos de la violence qu’est la coupe au montage, comme vous l’avez relevé. Angelopoulos admet lui-même ne pas savoir comment faire autre chose que des plans-séquences, tandiis que Tarkovky porte une longue réflexion sur le sujet dans son livre Sculpting in time. La plus part des cinéastes qui ont travaillé le plan-séquence voulaient tous arriver, finalement, à capturer sur film le temps qui passe à l’état pur, sans artifice… chose beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît.

    • En passant, je me dois de mentionner un plan-séquence exemplaire tiré d’un western peu connu appelé FORTY GUNS réalisé par le génial et excessif Samuel Fuller (réalisateur auquel Scorsese et Tarantino ont toujours voué un véritable culte). Si vous réussissez à trouver ce film (ou à le «télécharger» sur l’Internet), visionnez vite (et revisionnez moult fois avec incrédulité !) cet incroyable plan-séquence d’une charge émotive typiquement Fullerienne où, dans un seul et même plan, Barbara Stanwyck, assise au piano avec son amant (Barry Sullivan), se fait courtiser par celui-ci, puis se fait tirer dessus par son ex jaloux qui entre dans la pièce (et à qui elle donne son 4%(!!) (il faut la voir lui signer un chèque pour ses bons services !!), puis se fait elle-même larguer par son amant, pour finalement se rendre compte que son ex éconduit vient de se pendre dans la pièce d’à côté !!! Et tout ça dans un seul et même plan !!

      Délirant ce Fuller !

    • @eraserhead
      Oui, ce cher vieux fou de Fuller aimait les morceaux de bravoure qui faisaient damner ses producteurs (et le réalisateur quand son montage original était modifié).

      Forty Guns fait partie de mes DVD en attente de visionnement; il est disponible sur Amazon.ca, individuellement ou dans un coffret intitulé Classic Westerns Collection – Outlaws, sans suppléments mais à ce prix là, on s’en fout puisque c’est le film qui compte vraiment.

      On espère qu’un jour un éditeur sortira Park Row, dans lequel Fuller s’est aussi payé quelques longs plans et il me semble un autre grand plan-séquence (je l’ai vu il y a si longtemps à la télé que j’en ai oublié les détails).

    • La scène que je décrivais, dans laquelle un moment «romantique» est soudainement interrompu par un geste d’une violence inattendue et complètement déstabilisante pour le spectateur, a certainement influencé Tarantino, qui a sovent recours à ce processus pour déstabiliser le spectateur. (ex: PULP FICTION : Scène du resto où Tim Roth et Amanda Plummer s’échangent des mots doux, pour soudainement se lever debout et ordonner à tous de se mettre à terre ! Très efficace !)

      Michael Cimino, s’inspirant sans doutes de Fuller, avait été encore plus loin dans une scène du film YEAR OF THE DRAGON, où une discussion de cuisine entre Mickey Rourke et sa femme était interrompue par l’arrivée soudaine de meurtriers chinois se dépêchant d’étrangler celle-ci !!

      Le choc était total !!

    • L’un des exemples les plus intéressants en matière de plan-séquence demeure “Time Code”, de Mike Figgis (2001). Le film repose entièrement sur quatre plans-séquence de 97 minutes tournés simultanément et diffusés en parallèle sur un écran divisé en quatre. On peut même voir les personnages passer d’un plan-séquence à l’autre.

    • Mais où donc est passé M. Siroka ?? (un Festival de film à l’étranger ?)

    • En Europe! Je reviens d’ici quelques jours.

    • Ce best of de plans séquences est assez flyé. Ces plans sont hyper compliqués à régler, hyper coûteux, tape à l’œil … et en général parfaitement inutiles ou dérangeants. Finalement, c’est pas parce qu’un cinéaste utilise le plan séquence que ça va faire fonctionner mieux une histoire.

      Souvent, on a l’impression que l’égo du cinéaste enfle soudainement et veut se catapulter dans l’histoire. Des plans intéressants techniquement, mais qui servent rarement l’histoire. Ils nous font même décrocher et viennent télescoper un ensemble souvent plat, par souci de compensation sans doute. Un peu à la manière inverse des effets de caméras virevoltantes qui nous donnent l’impression qu’il se passe quelque chose d’intense, ou de nouveau, dans la milliardième séquence de poursuite, alors qu’il ne passe pas grand chose de neuf. Ou les dialogues murs à murs, et systématiquement hurlés, de Fabienne Larouche que doivent artificiellement puncher ses comédiens afin de camoufler la vacuité du texte.

      Il faut aussi distinguer les plans LONGS des plans LENTS. Dans le cinéma de Tarkovski, de Théopoulos ou d’Antonioni, les concepts de durée et de temps sont intrinsèques à l’histoire. Ils sont souvent l’histoire et ces cinéastes-là travaillent plus comme des photographes — ou des peintres, que des cinéastes.

      J’aime mieux l’approche d’un Kubrick qui affirmait ne jamais couper pour rien. C’était un joueur d’échec et chaque plan comptait. Lorsqu’ils étaient longs, c’est parce qu’ils contribuaient à l’histoire… comme le petit plan d’avant.

    • Le plan séquence dans Old Boy est définitivement incroyable: http://www.youtube.com/watch?v=Wha0brbb_44

      On pourrait aussi mentionner le film Elephant qui n’est fait que de long plan.

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