Jozef Siroka

Archive du 16 octobre 2008

Jeudi 16 octobre 2008 | Mise en ligne à 15h30 | Commenter Commentaires (13)

La confusion morale de James Bond

Film Fall Preview Five For Fall

Sorti en 2006, Casino Royale a été le plus grand succès commercial de la série des James Bond avec 600 millions $ en recettes. Le film a également été applaudi par la critique et sa vedette, Daniel Craig, a même obtenu une nomination aux BAFTA pour son interprétation de l’agent 007.

Le succès sur toute la ligne de Casino Royale est apparemment dû à la nouvelle approche réaliste adoptée par la franchise. Bond est plus sombre mais aussi plus sentimental. Il ne tue plus avec le même détachement et réussit à tomber franchement amoureux. D’ailleurs, il ne s’est toujours pas remis de sa dernière flamme, Vesper Lynd, et son souvenir jouera un rôle dans le nouvel épisode, Quantum of Solace.

À la réalisation, c’est le Suisse Marc Forster qui prend la relève du Néo-Zélandais Martin Campbell. Selon l’article du London Times, les producteurs recherchaient quelqu’un de sérieux qui saurait exacerber le nouveau côté réaliste de James Bond. Forster, qui compte parmi ses héros Fellini, Antonioni et Bergman, et qui a réalisé des films aussi divers que Monster’s Ball et Stranger Than Fiction, ne s’est pas laissé convaincre facilement. Il a fallu l’intervention de Daniel Craig pour qu’il accepte d’embarquer dans l’aventure.

Quantum of Solace tient son titre d’une nouvelle tirée du recueil For Your Eyes Only. Il s’agit d’une méditation sur les relations amoureuses et James Bond y figure comme un personnage secondaire. Le tout est évidemment dénué d’action ou de suspense.

Si le film et ce récit plutôt docile de Ian Fleming n’ont en commun que le titre, il demeure que Bond poursuit ici son introspection entamée dans Casino Royale. En entrevue, Forster suggère qu’il mettra l’accent sur l’aspect émotif du personnage :

Bond a perdu quelqu’un qu’il aimait, mais en même temps il tue des gens. C’est très intéressant psychologiquement, parce que quelqu’un comme ça ne peut être à l’aise avec soi-même. Il est constamment hanté. [...] C’est pour cela qu’il couche avec tant de femmes, mais ne peut trouver une relation stable, parce qu’il ne s’aime pas lui-même. Et c’est ce manque d’amour propre qui lui permet de tuer sans conscience.

On est loin de la désinvolture machiste du 007 de Sean Connery…

Se pourrait-il que James Bond soit devenu le nouveau héros existentiel du 21e siècle? À moins que ce ne soit Jason Bourne? Ou Batman?

Il fut un temps (pas trop lointain) où Hollywood tracait une ligne claire entre les films de divertissement, ou escapist, et les films à visées artistiques, plus réalistes, misant sur la psychologie des personnages plutôt que sur les séquences d’action élaborées. Il y avait une distinction entre les Rambo et les films indépendants. C’était le temps de la guerre froide où les notions du Bien et du Mal promulguées par l’Occident déteignaient dans la narration des blockbusters. À l’inverse, les films en marge d’Hollywood se voulaient une réaction à cette vision simpliste du monde.

Les nouveaux James Bond (ainsi que la série des Bourne et des Batman) continuent, comme jadis, à se nourrir du climat socio-politique de son époque. Par contre, maintenant qu’il est de convention de considérer l’Occident comme l’agresseur ET la victime, le truand ET le héros, la nature morale du cinéma pour tous est conséquemment moins claire. Le côté subversif qui caractérisait les films indépendants se retrouve forcément dans les films à gros budget.

Est-ce à dire qu’on assiste à la mort du cinéma de divertissement tel qu’on le connaissait? Y a-t-il toujours de la place pour les Bons et les Méchants? On peut arguer que Casino Royale est supérieur à n’importe quel épisode avec Roger Moore, que le Joker de The Dark Knight est bien plus intéressant que Mr. Freeze et que The Bourne Ultimatum est tout simplement le meilleur film d’action de tous les temps, il reste qu’il est parfois agréable de pouvoir oublier le monde tel qu’on le connaît pendant quelques heures dans une salle obscure.

Sur ce, je vous laisse, j’ai comme une soudaine envie d’aller me louer Lone Wolf McQuade.

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