
Je suis allé voir W. avec en tête un passage de la chronique de Marc Cassivi :
W. n’est pas tant une oeuvre cinématographique qu’une démonstration, lourde, empesée, laborieuse, des ratés de la présidence Bush fils. Pour peu qu’on s’intéresse à la politique américaine, on n’y apprend rien ou presque.
Je ne suis pas certain si cette dernière partie est un reproche ou une simple constatation, il reste que cette notion d’apprentissage me laisse perplexe. J’ai depuis lu de nombreuses critiques de W., tant les positives que les négatives, pour y retrouver toutes les variantes possibles du «on n’y apprend rien ou presque».
Quand je vais au cinéma, je ne recherche pas la même expérience que lorsque je lis le New Yorker ou que je regarde Bill Moyers. J’y vais plutôt avec l’attente d’être ému, surpris, séduit. Pas pour être instruit. Pour cela, je préfère faire un tour à la bibliothèque.
L’idée qu’un film soit considéré comme une source valable d’enseignement est à la limite inquiétante. Surtout lorsqu’on parle d’un film d’Oliver Stone!
Pour revenir à W., il s’agit sans doute du film le plus léger, retenu et simple que Stone ait jamais fait. Le ton du film, tantôt satirique, tantôt mélodramatique, contraste énormément avec la gravité des actions de George W. Bush, qu’on associe invariablement à tous les maux de la planète.
L’approche de Stone est judicieuse. Après huit années de misère, il sait que le public n’est pas disposé à voir sur grand écran une exploration pessimiste et approfondie de leur actuel président. Contrairement à ses épiques politiques JFK (1991) et Nixon (1995), W. est une oeuvre mineure, une oeuvre qui s’assume comme telle.
Privé de perspective historique, Stone raconte sobrement le récit classique d’un fils obsédé par le besoin de se prouver à son père. W. est avant tout un film de moeurs. Mis à part George Jr. (Josh Brolin), les personnages les plus développés sont issus de la famille Bush; le père (James Cromwell), la mère (Ellen Burstyn) et la femme (Elizabeth Banks). On pourrait aussi y inclure Karl Rove (Toby Jones), surnommé Bush’s Brain, le plus fidèle allié du président. Les membres du cabinet de guerre, qui pourraient chacun faire l’objet d’un long métrage, font quant à eux de brèves apparitions. Ils n’existent qu’à travers le regard de Bush et contribuent, par extension, à souligner les diverses facettes de sa personnalité.
Passionné de mythologie grecque, Stone a réalisé une sorte de tragi-comédie de chambre. L’action se déroule pour l’essentiel derrière des portes closes. Un peu à la manière de La chute, le controversé film allemand sur les derniers jours de Hitler. W. se montre cependant bien moins ambitieux. Stone considère que le temps n’est pas venu pour réfléchir sur la pleine signification du 43e président. À travers ce portrait impressionniste, il initie plutôt une tentative de réconciliation avec le douloureux passé immédiat de sa nation.
W. ne passera certainement pas à l’histoire. On peut même argumenter qu’il ne s’agit pas d’un très bon film. Je le vois davantage comme un prologue ou une esquisse qui annonce le Grand Film sur George W. Bush. Qui sait, peut-être sera-t-il réalisé par Oliver Stone lui-même?