Jozef Siroka

Jozef Siroka - Auteur
  • Le blogue de Jozef Siroka

    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
  • Lire la suite »

    Partage

    Lundi 22 septembre 2008 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (13)

    L’anarchie selon les frères Coen

    burn-after-reading-poster

    L’expérience Burn After Reading, quoique très satisfaisante, peut amener le cinéphile sensible à remettre en question ses propres valeurs éthiques. Dans la salle de cinéma, les éclats de rire étaient bruyants et nombreux, mais très brefs. Les spectateurs semblaient soudainement rétracter leurs réactions : «Ai-je vraiment le droit de rire de ça?» On s’entend, la nouvelle comédie des frères Coen entre dans la longue tradition du slapstick qui consiste à faire rire de la douleur d’autrui. Sauf que, dans ce cas-ci, les personnages ne glissent pas sur des pelures de banane mais se font éclater la tête.

    Une autre question s’impose : Burn After Reading doit-il être perçu comme une réflexion sérieuse sur la société occidentale en accord avec No Country for Old Men ou bien s’agit-il d’une oeuvre mineure que l’on se doit d’effacer de notre mémoire, comme le suggère le titre? La réponse peut varier radicalement selon les interprétations; j’opterais cependant pour le premier choix.

    Aux yeux de bien des critiques, les films des frères Coen, aussi géniaux soient-ils, ne dépassent jamais l’exercice de style. Cette perception ne semble d’ailleurs aucunement déranger les frangins. L’avènement de No Country for Old Men, ce film formellement classique aux thèmes existentiels fascinants les a cependant élevés au rang de cinéastes «profonds». Cette soudaine réputation les a mis mal à l’aise – ils paraissaient au mieux indifférents aux Oscars – et leur réponse a été un film qui joue avec leur intronisation dans le mainstream : un film d’espionnage rempli de vedettes. Sauf que, les Coen étant ce qu’ils sont, les conventions prennent complètement le bord : le genre est satirisé (pour ne pas dire ridiculisé) et les stars, loin d’imposer leur aura, sont méconnaissables.

    Pour revenir à ma question, même si les Coen n’oseraient jamais l’admettre, je vois dans Burn After Reading une féroce mise en accusation des moeurs contemporaines. Au milieu de l’intrigue, Frances McDormand et Brad Pitt se rendent à l’ambassade russe avec l’espoir d’échanger un disque secret de la CIA pour de l’argent. Lorsqu’un agent secret russe apprend leurs motivations, il s’exclame : «Vous n’êtes pas idéologiques!». Il a à moitié raison. Si le projet de société qui a uni les Américains lors de la guerre froide n’existe plus, une autre idéologie s’est imposée : celle de l’accomplissement individuel superficiel, souvent au détriment du bienfait collectif. Cette quête comprend d’entre autres le perfectionnement physique : George Clooney fait constamment du jogging, John Malkovich s’exerce devant sa télé, McDormand veut des chirurgies plastiques, Pitt est entraîneur de gym et se déplace constamment en vélo, même en complet cravate. Il y a aussi la satisfaction physique, purement égoïste s’entend, illustrée par les histoires d’adultère et les rencontres par Internet. Toute cette idéalisation du bonheur physique est synthétisée par la folle invention de Clooney, qu’il faut voir pour croire.

    Dans No Country for Old Men, le shériff, impuissant devant tout le carnage dont il est témoin, regrette un certain ordre des choses qu’il avait connu par le passé. Dans Burn After Reading, cette nostalgie s’observe plutôt pour une société qui valorisait l’intelligence (un mot à deux sens en anglais, d’où les évidentes connotations politiques). Si le récit du film ne fait pratiquement aucun sens, c’est parce qu’il reflète l’anarchie intellectuelle qui sévit de plus en plus fort dans le monde. Malkovich résume cette idée lorsqu’il accuse un intrus de faire partie d’une «Ligue de crétins». Un constat misanthrope? Peut-être. Dans tous les cas, mieux vaut en rire.


    • J’ai vu le film vendredi dermier, mon ami qui m’accompagnait et moi somme deux grands fans des Cohen et nous sommes sortis de la salle avec le même questionnement. Est-ce un véritable chef-d’oeuvre comme “No country” ou une nouvelle comédie légère comme “Big Lebowsky” et “Raising Arizona”. Puis la question s’est transformé; Lebowsky et Arizona sont-elles si légère ou au contraire sous un aspects de légèreté ne traitent-elles de sujets profonds avec subtilité ?

      Autrement, l’ambiance du film est très amicale, on sent que le plateau était un prétexte pour réunir quelques bons amis du milieu autour des frères Cohen. Mon seul regret est l’absence de John Turturo, il aurait été parfait dans cet univers complètement schizo d’espionage et de quiproquo.

    • C’est un film sur les choix. Un film profond.

    • Je l’ai vu récemment, et j’ai beaucoup aimé. Je n’ai pas vu beaucoup de films des frères Coen (The Big Lebowski et No Country for Old Men seulement) mais j’ai toujours apprécié ce que j’ai vu.

      Je crois en effet qu’il y a une satyre de notre société à lire entre les lignes. Par exemple, le personnage de McDormand, qui accepte de tout ”oublier” si la CIA lui paie ses chirurgies plastiques… Évidemment, comme on l’a souligné, le message (qui ne prend pas trop de place) est véhiculé par l’humour.

    • J’ai bien hâte de voir ce film.

    • M. Siroka,

      je vous demanderais de préciser votre emploi du terme “anarchisme intellectuel” pour parler du monde contemporain.

      Que voulez-vous dire au juste ?

      Ne vouliez-vous pas plutôt parler de “confusion intellectuelle” ?

      Cet emploi du mot “anarchisme” pour signifier le désordre et le chaos me semble erroné. À la limite, vous pourriez parler d’anarchie mais certainement pas d’anarchisme… Me suivez-vous ?

    • @ monsieur1979

      Petite erreur d’attention. C’est corrigé.

    • “ne fait aucun sens” ??!!

    • monsieur1979?

      bêtise humaine ? qd pensez-vous?

      De toute facon comme disait jean-paul Sartre«il ne sert en rien d’investir en l’homme,il n’est pas fiable?» ,«nul n’est juste volontairement,dès qu’il a le pouvoir de faire mal sans crainte(l.-a de St-just)/L’homme n’est qu’un outil au service des dirigenats,un rouage de l’appareil,un produit de consommation,converti,assouvit(Prudhommeaux)/Tout en ce monde sue le crime(Baudelaire)/l’humanité use du crime à profusion pour mieux se le rendre acceptable(Nietzsche)/Quand les fins sont grandes,l’humanité use d’une autre mesure et ne juge plus le crime comme tel,usât-t-il des plus effroyables moyens(Nietzsche)/Les lois de ce monde n’est rien d’autre que celle de la force et son moteur,la volonté de puissance(m.- de Sade)/Rien n’est pur,ce cri convulse ce sciècle(?)/Le progrès fera disparaitre des peuples entiers(Hegel)/A celui qui a tout,ont donnera d’avantage,à celui qui à peu,ont enlèvera même ce qu’il a(?)/Parce que la fatalité exclut les jugements de valeur,elle les remplace par un «c’est ainsi» qui excuse tout(?)/L’injustice ne pouvant se réparer par l’édification de la justice,on préfère la noyer dans une injustice encore plus générale qui se confond enfin avec l’anéantissement(Maldorer)/L’abus de pouvoir est l’une des causes de la décadence de la société(Montesquieu)/L’histoire entière des hommes n’est en tout cas qu’une longue lutte à mort pour la conquête du prestige universel et du pouvoir absolue(?)/C’est la mystification (bourgeoise) qui pourrit la démocratie,ses principes,ses vertus, et sa justice sert à justifier une domination qui n’est ni juste ni raisonnable(?)/Dans les gouvernements(oligarches,timarchiques,ploutocrates,etc),les chef par leurs négligences réduisent parfois à l’indigence des hommes biens nés(?)/L’économie à été la peine et le malheur de l’histoire(Hegel)/Le salut de l’homme se fait sur terre et non en Dieu(?)/Chacun de nous est un abime à explorer(?)/Penser n’est pas à la porter de tous(?)/Agir est un acte complexe(?)/L’intelligence est apparentée à l’être et à l’Éternel(?)/L’intelligence doit s,accoupler à la volonté(?)/
      Le sommet de toute les tragédies est dans la surdité des héros(?)/L’hommen’a-pas de nature donnée,il est une créature inachevée,mais une aventure dont il peut être le créateur(?)/Si l’homme était capable d’introduire à lui seul l’unité dans le monde,s’il pouvait par son seul décret faire régner sincérité,justice et innocence,il serait Dieu lui-même(?)/être clair sans être notre propre obstacle,nous serions Dieu sans la chair?(?)/Apprendre à coincider avec soi,c’est découvrir le «je suis» immanent dans toute son ampleur,c’est aussi apprendre à respecter le Dieu que nous sommes pour chacun de nous(?)/Le but de toute vie intellectuelle est de devenir Dieu,non d’égaler Dieu,mais de se maintenir à son niveau avec insistance,refuser toute soumission(?)/Le fou qui nie la réalité n’est pas éloigné du Christ qui la transfigure,sauf que l’un s’est fouvoyé dans l’emploi du mécanisme tandis que l’autre l’opère avec harmonie(?)/Un nouvel âge d’Or nous est promis dès la fin des temps.Nous occupons pour l’instant,l’antichambre obscure par laquelle on accède à la vaste salle à manger où se déroulera la scène finale qui doit réunir tout les juste(?)/Dieu aime les mortels qui s,appliquent à lui ressembler(?)/Recherché la perfection dans les choses imparfaites,avoir une totale conviction intuitive de l’unité de toute choses(?)/L’être dans sa vérité «est» le tout.(?)/

    • @ mopsos

      Problèmes de/ponctuations(?)/

    • Pour en revenir au film : je pense qu’il s’inscrit lui-même dans ce que vous appellez l’anarchie intellectuelle, sans en être conscient. C’est un film qui tire un peu sur tout ce qui bouge, tout en s’assurant de déranger à son tour pour ne pas être coïncé ni accusé de quoi que soit. Ce que vous remarquez à son sujet, je crois, n’est pas volontaire. Il n’est pas nécessaire de penser à ce niveau pour faire un film respecté intellectuellement. Il suffit de jeter la confusion, chacun verra ce qu’il veut voir, personne n’osera avouer qu’il n’a rien compris.

    • Je ne sais pas si c’est moi qui suis à coté de la plaque, mais personnellement je me suis royalement emmerdé dans ce film. Je l’ai trouvé complètement ridicule au sens le plus inintéressant tu terme… Le film part dans tous les sens sans approfondir autrement les personnages que pour nous montrer à quel point ils sont tous, mais tous sans exception, profondément niais. L’histoire n’est qu’un prétexte pour mettre en scène tous ces idiots, mais elle est tellement mince qu’on a même pas envie de suivre le film. L’absurde de certaines scènes m’a bien valu un éclat de rire ou deux, mais sans plus. On dirait une mauvaise parodie des films d’espionnage, un genre de “Spy movie” pour adolescent attardé en tout aussi absurde mais qui n’est même pas divertissant à la limite. C’est la première fois depuis longtemps que je songe sérieusement à quitter la salle au milieu du film, tellement je trouvais qu’il y avait de choses plus intéressantes à faire ailleurs, mais mon ami voulait rester jusqu’à la fin, étant donné qu’il avait “payé pour sa place.” (sans commentaire).

    • Je suis un inconditionnel des frères Coen depuis Raising Arizona, mais ce nouvel opus m’a laissé sur ma faim. On y retrouve bien sûr toute l’ironie mordantes des cinéastes, mais on reste froid devant les tribulations des personnages, tous magnifiquement interprétés. Bref, un peu comme The Big Lebowski, le jeu des comédiens est esxcellent, mais l’histoire est par trop caricaturale, ce qui fait qu’on ”embarque” pas dans le film.

    • Et bien, cette fois je ne me ferai pas d’amis car j’ai adoré ce film (autant qu’on peut adorer une comédie/satire). Je l’ai trouvé à la fois réfléchi et débridé, drôle et intriguant, bien dirigé et bien joué, original, mais non-prétentieux, hors de l’ordinaire mais réconfortant, profond et léger.

      Bref, un très bon film – j’oserais même dire un film phare dans sa catégorie!

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Catégories

  • publicité

  • Calendrier

    novembre 2014
    L Ma Me J V S D
    « oct    
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
  • Archives

  • publicité