Jozef Siroka

Mercredi 20 août 2014 | Mise en ligne à 15h30 | Commenter Commentaires (24)

Le flop des Expendables : au-delà du piratage

The-Expendables-3

La vaillante équipe de gros bras mous s’est héroïquement défendue lors des deux premiers rounds, mais n’a pas été de taille lors du troisième engagement. The Expendables 3 s’est cassé la gueule solide au box-office lors de sa récente sortie en salle. Le coup a été si dur qu’on parle déjà de la mort de la franchise (du moins, son pendant masculin; gare aux ExpendaBelles!).

L’internet s’est empressé de décortiquer le flop de ce troisième chapitre, d’autant plus que les deux premiers films de la série avaient pourtant connu un joli succès. Mise en contexte du Los Angeles Times :

Le film a rapporté environ 16,2 millions $, en deçà de la somme de 20 à 25 millions $ prévue par Lionsgate, tout en se classant en quatrième position pour le week-end. The Expendables 3 a également été surpassé par les deux films précédents, qui ont débuté à 34,8 millions $ et 28,8 millions $, tous deux bons pour la première place.

Alors, qui est le coupable? La plupart des médias ont vite fait de pointer du doigt le piratage dont a été victime The Expendables 3. Une copie de qualité DVD a trouvé son chemin sur le web trois semaines avant la sortie en salles nord-américaine, et a été téléchargée par 2,2 millions de personnes.

Pour creuser plus loin, Variety s’est entretenu avec le professeur d’informatique et de marketing Michael D. Smith. L’expert a publié une étude en 2011 qui stipule que les films piratés avant leur sortie peuvent perdre en moyenne 19,2% de leurs revenus. Il n’a cependant pas fourni une explication réellement convaincante quand on lui a demandé pourquoi la fuite de X-Men Origins: Wolverine n’avait pas eu d’impact adverse au box-office…

Les pirates ne sont pas les seuls à blâmer, avance Brooks Barnes du New York Times, qui a examiné les chiffres de plus près :

La plupart des visionnements illicites se sont produits à l’étranger. Les experts estiment que le film, qui a coûté au moins 90 millions $ à faire, en plus de 30 millions $ en marketing, a été téléchargé 500 000 fois aux États-Unis et au Canada. Si chaque téléchargement correspond à la perte d’un billet acheté lors du week-end d’ouverture, la fuite aurait coûté à Lionsgate environ 4 millions $.

À noter que le «si» dans l’extrait ci-dessus représente l’information la plus significative de l’argument… Comme bien d’autres journalistes, Barnes voit plutôt la «fatigue» du public comme principal coupable. En effet, trois Expendables en quatre ans, ça fait beaucoup de minutes qui tournent en rond. Et, peu importe les nouvelles ex-vedettes d’action qu’on rajoute (Snipes! Gibson! Han Solo! Banderas!?), il est difficile de donner de l’envergure à une formule aussi prémâchée et superficielle.

Mais je crois en même temps que les gens qui ont apprécié les deux premiers Expendables, tous ceux qui ont grandi en regardant des 80s Action, de manière ironique ou pas, ne se tanneraient pas aussi vite : voir ces reliques macho résister à la fatigue de leur propre raison d’être constitue le principal plaisir de ce concept. Cette série de films simplistes et légers est une sorte d’antidote au cinéma d’action post 11-Septembre qui est défini par la confusion morale et le style paranoïaque.

Non, ce qui a tué la franchise, c’est paradoxalement une stratégie qui a été mise en place afin d’élargir le public: remplacer la cote R, qui avait été apposée aux deux premiers, par le PG-13. En voulant faire un film «pour tous», les producteurs ont trahi leurs principes ainsi que leur adeptes les plus fidèles, tout en ruinant leur propre produit. Analyse fort à propos de Vulture :

Pouvez-vous m’indiquer une scène d’action décente dans un récent film américain à gros budget? De l’action qui ne ressemble pas à un tas de bras et de jambes floues qui volent à travers l’écran dans un tourbillon de mouvement spasmodique? Supporter ce qui se prend pour un film d’action grand public aujourd’hui c’est d’être soumis à un charabia visuel maladroitement rythmé, spatialement illogique, ridiculement non sanglant, tout cela marqué par des bruits assourdissants et des grognements énergiques qui aident à dénoter l’envoi d’un coup de poing ou l’écrasement d’un corps contre quelque chose…

Ce style délibéré de mise en scène inintelligible est connu sous le nom «cinéma du chaos», et a été un initié au cours des 20 dernières années par Michael Bay et ses disciples. Alors que le cinéma du chaos est le sous-produit de nombreuses forces, son avancement est aussi la conséquence directe d’une culture qui veut son action à la fois assez intense pour être «super cool», mais néanmoins assez édentée pour être jugée acceptable pour les adolescents par une MPAA pourtant indulgente envers la violence.

C’est ce qui a engendré The Expendables 3, qui livre un flux incessant de coups de poing, de fusillades, de cascades de véhicules qui impliquent la mort de centaines de méchants sans visage, mais qui ne montre pas un seul coup de feu fatal, une seule trace de sang réaliste ou toute véritable souffrance humaine.

Ainsi, The Expendables 3 propose sa collection de héros âgés et leurs complices freluquets qui cassent des cous, poignardent des poitrines, tranchent des gorges, et abattent des méchants de toutes sortes d’autres façons horribles. Dans chacun des cas, cependant, la caméra, déterminée à atténuer sa présentation de ce contenu manifestement ultraviolent, se déplace si vite et coupe d’une image à l’autre si rapidement que nous n’avons pas une idée claire de ce qui se passe. Au lieu de cela, nous obtenons simplement l’impression d’un combat, ou d’une mort.

mc3s0pSi vous voulez mon avis totalement non scientifique, ce qui a coûté cher à The Expendables 3 c’est de ne pas avoir réussi à recruter le seul et unique Steven Seagal. L’invincible senseï a expliqué son refus en entrevue à The Big Issue, clamant qu’il «n’aimait tout simplement pas certaines des personnes impliquées» et que «la vie est trop courte pour travailler avec des personnes drôles [funny people]». Que voulait-il dire par là? Drôles comme dans comiques, bizarres? Une chose est certaine, le bon ami de Vladimir Poutine n’aurait pas apprécié de partager l’écran avec un Arnold Schwarzenegger et un Jet Li qui tombent amoureux à la fin de leurs aventures. En même temps, force est d’admettre qu’il s’agit là de l’aboutissement logique de l’homoérotisme fortement suggéré dans tout un tas de 80s Action, caractéristique qui donnait d’ailleurs une saveur si spéciale à tant de nos plaisirs coupables préférés.

***

Pour ceux qui n’ont vu aucun film de la série, et qui ne comptent pas le faire de sitôt mais qui aimeraient tout de même savoir de quoi il en retourne, voici un résumé absolument impartial du premier Expendables, fourni par les chics types de Honest Trailers:

Et enfin, pour les fans d’action gériatrique, qui pleurent la mort probable et prématurée de leur franchise préférée, vous pourrez vous rabattre sur la suite du fort divertissant Bad Ass, mettant en vedette Danny «Machete» Trejo ainsi que son nouveau complice Danny «I’m too old for this shit» Glover :

À lire aussi :

> L’éternel retour de Steven Seagal
> Le cinéma d’auteur «vulgaire», théorie fragile
> Frénésie du mouvement, cinéma du «chaos»
> Le parrain des films de gros bras n’est plus

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Lundi 18 août 2014 | Mise en ligne à 18h45 | Commenter Commentaires (44)

35 ans après l’Apocalypse

Apocalypse Now Duvall

Beaucoup ont pensé qu’il avait perdu la tête dans la jungle des Philippines. Il y a passé plus d’un an, entre 1976 et 1977, à tenter de gérer une production de plus en plus hors de contrôle, marquée par des cataclysmes naturels (un typhon qui démantèle son plateau de tournage) et humains (son acteur principal, Martin Sheen, est victime d’un infarctus). On s’était dit, en présageant la funeste chanson des Doors qui ouvre le film : «C’est la fin pour le roi d’Hollywood».

Mais pas si vite. Apocalypse Now a eu sa première mondiale au Festival de Cannes, dans une «version de travail» de quelque trois heures, et y a remporté la Palme d’or. Un deuxième couronnement sur la Croisette pour Francis Ford Coppola après The Conversation, en 1974. Lors d’une conférence de presse après la projection, il a condamné le potinage des médias qui ont tenté d’enterrer son film, avant de lancer sa fameuse réplique:

Apocalypse Now n’est pas un film sur le Viêt Nam, c’est le Viêt Nam. Et la façon dont nous avons réalisé Apocalypse Now ressemble à ce qu’étaient les Américains au Viêt Nam. Nous étions dans la jungle, nous étions trop nombreux, nous avions trop d’argent, trop de matériel et petit à petit, nous sommes devenus fous.

S’il a donc bel et bien perdu la tête à l’autre bout du monde, il a pu tirer de sa «folie» une sublime force créatrice. Comme il le raconte vers la fin de cet extrait de la conférence de presse, l’évolution du récit miroite sa propre trajectoire mentale au cœur des ténèbres :

Malgré cette Palme inattendue, la réception d’Apocalypse Now dans son pays natal, qui a officiellement pris l’affiche il y a 35 ans et 3 jours, ne fut pas si chaleureuse. On en avait surtout contre l’hypnotique et quasi-abstraite séquence finale. Le réalisateur James Gray (We Own the Night, The Immigrant) revient sur cette première impression dans un essai publié lundi dernier dans Rolling Stone :

Les critiques ont jugé les 30 dernières minutes, consacrées presque exclusivement aux ruminations improvisées de Marlon Brando, prétentieuses et confuses. Je ne suis pas d’accord. Coppola a choisi de montrer Kurtz comme un dieu qui s’est jeté dans l’enfer, aux prises avec le plus grave des dilemmes éthiques. Une fois de plus, nous sommes dans la peau de Willard, témoignant de la désintégration du colonel face aux choix tragiques que son pays a faits. Notre passage tortueux à travers la lute intérieure de Kurtz est précisément ce qui nous fait prendre conscience de notre propre complicité. Certes, la séquence risque de dépasser les limites de la netteté formelle traditionnelle, mais je m’en fous.

La «perfection» peut être sa propre limitation, et parfois un «défaut» peut contribuer pleinement au pouvoir ultime d’une oeuvre. (Un travail sans défauts est un travail sans ambition). Le poète romain Horace insérait souvent des vers qui juraient avec sa poésie, obligeant le lecteur à confronter le modèle établi; les objectifs d’Horace étaient différents, et plus profonds, que le lecteur pouvait initialement le penser. Apocalypse Now fonctionne de la même manière, ses créateurs engagés envers une vision rare et glorieuse.

Dans une émission spéciale de Siskel & Ebert, diffusée en 1989, Roger Ebert, qui sacre Apocalypse Now comme son «meilleur film des 14 dernières années», revient sur cette notion délicate de perfection. À partir de 1:53 :

Je pense que la fin fonctionne, mais à part ça, il ne s’agit peut-être pas d’un film parfait. Je ne crois pas qu’une telle chose existe. Je doute qu’un film puisse être à la fois grandiose et parfait, puisque, afin d’être véritablement grandiose, un cinéaste doit essayer des choses dont il n’est pas sûr, et aller à des endroits dont il ne connaît pas le chemin.

Pour en savoir plus sur Apocalypse Now, je vous suggère ce bref making-of, qui revient essentiellement sur la participation de Brando, et qui n’est qu’un bien modeste prélude au fabuleux documentaire Hearts of Darkness (1991) sur la production chaotique du film (dispo en supplément dans le Blu-ray). Il y a aussi cette entrevue que le cinéaste de 75 ans a accordée jeudi dernier au Toronto Star (et où il revient sur la mort de Robin Williams, qu’il a dirigé dans le malheureusement très oubliable Jack).

Enfin, cette longue entrevue avec John Milius, le co-scénariste du film, qui est questionné par Coppola lui-même. Personnage plus grand que nature, qui se surnomme fièrement «un fasciste zen», Milius avait d’abord commencé à développer le film avec George Lucas, qui a finalement choisi de prendre le chemin d’une galaxie très lointaine…

Si, aujourd’hui, Apocalypse Now est considéré par plusieurs comme le meilleur film de guerre de tous les temps, n’oublions pas qu’une oeuvre pratiquement aussi puissante et ambitieuse l’avait précédé d’un an seulement. The Deer Hunter, une vision à la fois épique et intime des horreurs du Viêt-Nam, avait été pratiquement sanctifié par l’industrie à l’époque. Le film a d’ailleurs connu un regain d’intérêt dans les médias en Grande-Bretagne, où il est ressorti en salle fin juillet. Je pense en particulier à ce papier du New Statesman.

Incidemment, lors de la soirée des Oscars 1979 qui allait consacrer The Deer Hunter, c’est nul autre que Coppola, deux mois avant la première cannoise de son propre film sur le Viêt Nam, qui avait remis la statuette du meilleur réalisateur à son «paisan» Michael Cimino. Je suis tombé sur cette info en lisant ce passionnant texte publié par Vanity Fair en 2008, sur deux productions concurrentes (The Deer Hunter et Coming Home) portant sur le même sujet explosif mais privilégiant des approches distinctes.

Lors de la présentation du prix, Coppola est accompagné d’Ali McGraw, la charmante Jenny de Love Story (1970), méconnaissable ici avec cet espèce de pouf sur la tête qui laisse deviner les nombreux crimes contre la mode qui définiront la décennie à venir. Tandis que son allocution est assez calculée et impersonnelle, comme il est coutume lors de tels événements, celle de Coppola, clairement improvisée, est une sacrée bouffée d’air frais!

Sans aucun lien apparent avec les nominés, il démarre un monologue nerveux sur le bouleversement technologique à venir, qui va radicalement transformer notre rapport au cinéma. Il évoque une «révolution des communications» et parle d’«électronique numérique, d’ordinateurs et de satellites»… Pas de doute, certaines personnes dans la salle devaient murmurer entre elles: «C’est vrai ce qu’on dit, il a vraiment perdu la boule!». Trente-cinq ans plus tard, on ne parle que de ça.

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Mercredi 13 août 2014 | Mise en ligne à 14h30 | Commenter Commentaires (13)

Alors Marvel, à quand Squirrel Girl?

Guardians-of-the-Galaxy-Rooker

Lors des semaines et mois qui ont précédé la sortie de Guardians of the Galaxy, une certaine tension régnait dans l’air à Hollywood. Assisterons-nous au premier flop de la courte mais fructueuse histoire de Marvel Studios?

La publication de référence The Hollywood Reporter parlait en février de son «film le plus risqué» depuis Iron Man ; les sites spécialisés en SF io9 et WhatCulture faisaient part de leurs inquiétudes en long et en large ; tandis que le magazine économique Forbes et l’expert en finances Daniel Kline, dans un billet largement cité, prédisaient un retentissant échec commercial.

Finalement, il n’en fut rien. Guardians of the Galaxy a fracassé le record pour un premier week-end d’exploitation au mois d’août, avec 94 millions $ en recettes au box-office. Le film a d’ailleurs engrangé 172 millions $ durant ses quatre premiers jours à l’affiche à l’échelle mondiale. En date d’aujourd’hui, le film totalise 320 millions $, soit près du double de son budget (moins marketing).

À la fin d’un post que j’ai publié en mai dernier, sur la compétition dans le domaine des univers partagés, je me demandais : «Si Guardians of the Galaxy faisait exploser le box-office malgré le fait que sa mythologie est moins connue du grand public, il s’agirait d’un gage de la prééminence du sceau du studio. Le brand Marvel deviendrait autosuffisant». On a aujourd’hui la réponse.

En gros, les prophètes de malheur qui affirmaient que Guardians of the Galaxy se plantera avançaient comme argument principal que la bande dessinée source était essentiellement inconnue. D’autant plus que ses principales vedettes masculines, Bradley Cooper et Vin Diesel, sont physiquement absentes de l’écran, alors qu’elles prêtent leurs voix à un raton laveur verbomoteur et à un arbre quasi-muet, respectivement. Mais en fin de compte, l’absence virtuelle de gros noms et la mythologie obscure proposée ont été des points «négatifs» qui ont solidement été contrebalancés par la fidélité des nombreux fans de Marvel.

En d’autres mots, le studio à l’estampe rouge a désormais le champ libre. Comme l’affirme au New York Times Marc Tyler Nobleman, auteur d’un livre sur la création de Superman : «Alors qu’on voit des personnages qui étaient de niveau C et D dans les comics qui sont cependant capables de se convertir en blockbusters, tout redevient neuf. On peut prendre pratiquement n’importe qui, et en faire un gros film». Le site Vox, qui a signé un papier fort intéressant sur la nouvelle liberté inégalée de Marvel, va dans le même sens : «La compagnie n’a plus besoin de cueillir ses histoires parmi ses oeuvres de premier plan».

Squirrel-Girl-Jessica-Jones-Luke-Cage

Afin de démontrer son argument, Vox propose avec humour l’adaptation cinématographique d’un des personnages les plus insolites issus de l’univers Marvel, Squirrel Girl, «Une mutante qui possède plusieurs mutations affiliés à l’écureuil. Lors de sa première rencontre avec Iron Man, elle donne une description détaillée de ses pouvoirs : une queue préhensile couverte de fourrure d’un mètre de long, des incisives adaptables et assez puissantes pour ronger le bois, ainsi qu’une force et agilité élevée qui lui permet de se déplacer facilement entre les arbres. Ses doigts ont des griffes qui lui permettent d’escalader les parois et des griffes pointues rétractables aux articulations des poings. Elle est surtout capable de communiquer avec les écureuils : elle connait le langage des rongeurs et est capable de le parler, mais peut se faire comprendre en parlant anglais».

Mais, plus sérieusement, avec la diminution des risques financiers, Marvel devrait songer à prendre plus de risques au niveau créatif. Une étape a déjà été franchie avec Guardians of the Galaxy, qui a réussi haut la main «une satire joyeuse des histoires d’origine tristes», pour reprendre le titre d’un billet publié par The Atlantic, et qui a littéralement ramené de la couleur au cinéma de super-héros, qui reniait agressivement au cours des dernières années le look chatoyant propre au genre des comics, au profit d’une esthétique désaturée.

Quoique le film ne s’affranchit pas du schéma narratif de Marvel autant qu’il aurait pu, ou dû ; des restrictions auxquelles a vraisemblablement cédé le réalisateur James Gunn – un vétéran de Troma! – dans le but de ne pas trop dévier du rigide «univers étendu» de Marvel (explications ici et ici).

En ce qui me concerne, ce qui distingue nettement Guardians of the Galaxy des autres films de super-héros, c’est l’accent placé sur la dynamique de groupe, en opposition à l’exploit individuel. Une conception qui est habilement illustrée dans la scène finale, où les personnages doivent obligatoirement se tenir la main afin de vaincre le méchant. Vous me direz que d’autres récents films du genre, comme The Avengers ou la nouvelle génération des X-Men, misent sur l’esprit d’équipe, mais la notion de solidarité constitue carrément le modus operandi des Gardiens. On le constate dans le souci du réalisateur d’éviter autant que possible d’isoler ses personnages dans le cadre, pour plutôt miser sur les plans larges.

Film-Guardians of the Galaxy

Et il y a aussi les dialogues qui reflètent cette philosophie inclusive, cette prépondérance de l’amitié, de manière assez fréquente et explicite. Par exemple :

Gamora: I have lived most of my life surrounded by my enemies. I would be grateful to die surrounded by my friends.

***

Peter Quill: So here we are: a thief, two thugs, an assassin and a maniac. But we’re not going to stand by as evil wipes out the galaxy. I guess we’re stuck together, partners.

***

Drax the Destroyer: I just wanted to tell you how grateful I am that you’ve accepted me despite my blunders. It is good to once again be among friends. You, Quill, are my friend.
Peter Quill: Thanks.
Drax the Destroyer: This dumb tree is also my friend.
Groot: [grunts]
Drax the Destroyer: And this green whore is also…
Gamora: Oh, you must stop!
Nebula: Gamora, you’ve always been weak. You stupid, traitorous…
[Drax shoots her with his cannon]
Drax the Destroyer: Nobody talks to my friends like that.

***

Rocket Raccoon: But Quill, beating Ronan, it can’t be done. You’re asking us to die.
Peter Quill: Yeah, I guess I am.
Gamora: Quill. I have lived most of my life surrounded my enemies.
[she stands]
Gamora: I will be grateful to die among my friends.
Drax the Destroyer: [Drax stands up and holds Peter's shoulder] You’re an honorable man, Quill. I will fight beside you. And in the end, I will see my wife and daughter.
Groot: [Groot stands up] I am Groot.
Rocket Raccoon: Aww, what the hell, I don’t got that long a lifespan anyway.
[stands up]
Rocket Raccoon: Well now I’m standing. Happy? We’re all standing now. Bunch of jackasses, standing in a circle.

Je me demande à quel point cette réévaluation du superhéroïsme est due au fait que, pour la première fois de l’histoire de Marvel, c’est une femme qui a écrit un de leurs films. En 2009, Nicole Perlman a proposé Guardians of the Galaxy lors d’un stage de scénarisation offert par le studio à l’époque, une expérience qu’elle relate en détail dans cette entrevue à ScriptMag.

Son travail a apparemment été apprécié, puisqu’on lui a offert de scénariser Black Widow, un film centré sur un personnage de soutien incarné par Scarlett Johansson dans Iron Man 2, The Avengers et Captain America: The Winter Soldier; il s’agit du premier projet issu du Marvel Cinematic Universe qui aura une femme comme protagoniste. On peut dire que, avec ce geste doublement progressif, Marvel a fait sien le fameux adage de Spider-Man : «Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités».

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