Jozef Siroka

Mercredi 16 avril 2014 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (2)

Philip Seymour Hoffman, un acteur très recherché…

most-wanted-man

En février dernier, Philip Seymour Hoffman, l’homme, nous quittait prématurément à l’âge de 46 ans. Mais l’acteur, lui, n’a pas encore dit son dernier mot. En effet, on pourra voir deux de ses dernières performances cet été avec les sorties de God’s Pocket (9 mai) et A Most Wanted Man (25 juillet). Les bandes-annonces de ces deux films ont été diffusées à quelques jours d’intervalle au courant de la dernière semaine.

D’abord, la première réalisation cinématographique de John Slattery (le Roger Sterling de Mad Men), qui tient son titre d’un quartier ouvrier de Philadelphie. PSH y incarne un paumé, voyou à ses heures, mais néanmoins marié à une femme resplendissante, qui tente de couvrir le meurtre de son gendre haï de tous. God’s Pocket a eu sa première à Sundance, en janvier dernier, mais n’a pas récolté des échos très positifs, avec un piètre 17% sur l’agrégat Rotten Tomatoes. Note, doit-on préciser, qui est basée d’après seulement six critiques.

A Most Wanted Man s’annonce plus prometteur, du moins si l’on se fie à son score préliminaire de 91% chez RT. Cette adaptation d’un roman de John Le Carré a été mise en scène par le talentueux photographe et cinéaste néerlandais Anton Corbijn, qui nous a épatés avec ses deux précédents efforts, les élégants et atmosphériques Control et The American. Cette fois, PSH joue un espion allemand porté sur la boisson qui est chargé d’infiltrer un réseau terroriste islamique à Hambourg.

Les dernières apparitions de Hoffman sur grand écran seront dans les chapitres ultimes de la saga The Hunger Games, à savoir Mockingjay – Part 1 (21 novembre) et Mockingjay – Part 2 (20 novembre 2015).

Le studio Lionsgate a affirmé au Hollywood Reporter en mars que la mort de l’acteur n’aura pas d’impact adverse concernant la production et la sortie prévue des deux films.

Il restait cependant à PSH une scène majeure à tourner. On compte donner l’illusion de sa présence en misant entre autres sur une utilisation judicieuse du hors champ. Selon un spécialiste des effets visuels, il serait aussi question d’user de procédés de numérisation pour le remplacer, comme ce fut le cas à la suite du décès de Brandon Lee sur le plateau de The Crow, il y a 20 ans.

À lire aussi :

> Hoffman : «Pas une fausse note»

Lire les commentaires (2)  |  Commenter cet article

 

Hills-Have-Axe1-e1373157897196

Quatre ans après le tremblement de terre qui a coûté leur poste à de nombreux critiques de renom (notablement Todd McCarthy de Variety), victimes des «restructurations» dans un monde des médias en crise, une cruelle réplique s’est récemment fait sentir. Owen Gleiberman, critique cinéma d’Entertainment Weekly depuis la fondation du populaire magazine, en 1990, s’est fait montrer la porte après un quart de siècle de loyaux services.

Gleiberman était l’un des journalistes les plus respectés dans son milieu (voir les réactions médusées à son renvoi ici), et certainement l’un des plus lus. Après le départ de son estimée collègue Lisa Schwarzbaum, en février 2013, il est devenu le principal porte-voix du 7e art chez EW. Mais ses patrons voyaient plutôt en lui un gros chèque facilement remplaçable… par des belles promesses de «prestige» à coût nul.

En effet, le site web du magazine à ouvert, fin mars, une plateforme communautaire qui permet à n’importe qui de publier des comptes-rendus, chroniques, ou listes sur le monde du divertissement, en échange d’une visibilité accrue. «Cette expansion permettra, nous l’espérons, de puiser dans de nouveaux publics qui tiennent de plus en plus des conversations dans des lieux fragmentés», a expliqué la directrice de EW.com.

Pour le critique Matt Zoller Seitz, l’instauration de The Community, quelques jours avant le congédiement de Gleiberman, «a ajouté l’insulte à l’injure» à l’endroit du critique, et à son métier en général.

Je trouve aussi que cette plateforme a procuré une victoire majeure aux nombreux adeptes du relativisme absolu, qui clament haut et fort qu’il ne devrait y avoir aucune distinction entre l’opinion dite «professionnelle» et celle qui provient du public «ordinaire». Philosophie habilement raillée dans ce Tumblr qui recense les commentaires émis par la faune d’Amazon, et qui les appose sur de fausses affiches de films.

Une fois la notion de professionnalisme évacuée du journalisme culturel, la logique capitaliste s’assure de réduire le nouveau paradigme au plus petit dénominateur commun; la compensation financière des «rédacteurs communautaires» devient forcément la même que celle qu’ont toujours perçu les commentateurs de blogues, et autres éditorialistes d’un jour, c’est-à-dire 0$. Il s’agit là d’un prix très attrayant pour les patrons qui choisiront d’aller dans cette direction, et qui pourront de surcroît se draper dans la défense et la promotion honorable d’une démocratisation illimitée.

(À noter qu’il reste encore des critiques professionnels chez EW. Je pense par exemple à Chris Nashawaty, auteur d’une récente biographie fort alléchante du roi de la série B Roger Corman. Mais si la direction a su se débarasser d’une pointure comme Gleiberman, elle ne se gênera certainement pas pour faire de même avec les nouveaux-venus, si elle le juge nécessaire).

Avec The Community, EW suit sur les traces de publications aussi diverses que Forbes, People et, bien sûr, The Hiuffington Post. Une évolution journalistique suspecte que Seitz tente de cerner plus loin dans son cri du coeur, sans même tenter de cacher son amertume :

Il y a, j’en suis sûr, de nombreuses raisons complexes, qui se chevauchent et peut-être même se contredisent, qui expliquent pourquoi les entreprises de médias n’ont aucun intérêt à publier de la critique bien compensée par des écrivains éclairés et expérimentés. Je ne prétends pas toutes les comprendre, bien que je soupçonne que les dés étaient jetés à la fin des années 1990, lorsque les journaux et magazines s’inclinèrent devant les gourous de la technologie et des pronostiqueurs et ont commencé à faire cadeau de leur contenu.

Cela a habitué tout le monde, mais en particulier la jeune génération, à penser que l’écriture est quelque chose qu’ils ont le droit d’avoir, comme l’air ou l’eau; que ce n’est pas vraiment valorisé, que ce n’est pas vraiment du travail; que ce n’est pas vraiment quelque chose qui est «fait»; ce n’est pas créatif, et que, pour toutes ces raisons, elle n’est pas censée être compensé par personne, qu’il s’agit, au contraire, d’une combinaison de divertissement et d’indulgence personnelle, quelque chose du genre «soirée micro ouvert» sous une forme imprimée, avec des gens qui essaient de «matériel», se prélassant dans les applaudissements («visibilité»), et qui finissent peut-être par ramasser un peu d’argent de poche. Comme un joueur de violon dans une station de métro.

owen_gleibermanCeci dit, je n’oserais jamais affirmer qu’un journaliste rémunéré est directement garant de journalisme de qualité, et vice versa. C’est même possible que des rédacteurs communautaires chez EW pourront un jour accoter la prose éloquente et le propos éclairé que Gleiberman a démontré – je pige au hasard – dans son essai sur son désenchantement par rapport au cinéma de Paul Thomas Anderson. Faut laisser la chance au coureur.

Ce qui irrite, plutôt, c’est cette attitude condescendante de la part de certains dirigeants des médias vis-à-vis une profession qu’ils veulent reléguer au rang de vocation ou de passe-temps, qu’ils perçoivent comme pas assez digne pour être considérée comme un travail en bonne et due forme. Faites-le, si vous le devez, pour l’amour de la chose; For the Love of It, pour reprendre le titre de l’essai de Seitz. Et entre-temps, cherchez-vous une vraie job.

Parlant d’amour, voici la bande-annonce du documentaire For the Love of Movies (2009); rien de transcendant comme film avec son style «têtes parlantes» peu imaginatif, mais qui permet de mettre en lumière les passions de certains des scribes des salles obscures les plus renommés. Les anciens collègues de Entertainment Weekly, Owen Gleiberman et Lisa Schwarzbaum (qu’on peut voir à 0:48) y participent. C’est disponible sur Netflix.

> Suggestion de lecture : Kent Jones, dans la dernière édition de Film Comment, tente de définir l’évolution de la théorie de la critique, de André Bazin à Manny Farber, en passant par la génération dorée des Cahiers.

À lire aussi :

> Un géant de la critique perd sa voix au Village Voice

Lire les commentaires (19)  |  Commenter cet article

 

Lundi 14 avril 2014 | Mise en ligne à 18h00 | Commenter Commentaires (5)

Premier aperçu du nouveau Fincher, Gone Girl

gone-girl-poster

Le hype a commencé vendredi soir, avec la diffusion par Entertainment Tonight du teaser de la bande-annonce de Gone Girl (pratique assez pathétique merci, en espérant qu’il ne s’agisse que d’une phase marketing qui sera vite oubliée).

Lundi midi, Digital Spy a dévoilé en exclusivité une affiche-concept du film, qui intègre à son design l’imagerie des bulletins de nouvelles, et qui a l’audace de ne pas inclure le titre; approche esthétique innovatrice typique de la méthode Fincher.

Le dixième long métrage du cinéaste de 51 ans est une adaptation du polar à succès de Gillian Flynn, paru en 2012. L’auteure a d’ailleurs signé le scénario – avec une fin alternative, révélation qui a choqué ses fans – pour son «réalisateur préféré de tous les temps», envers qui elle entretient une «obsession sinistre»…

Le synopsis :

Amy et Nick Dunne semblent former un couple parfait. Mais en raison de la crise, ils sont contraints de quitter Manhattan pour retourner dans le Missouri, dans la ville dans laquelle Nick a grandi. Le jour de leur 5e anniversaire de mariage, Amy disparaît mystérieusement et Nick retrouve leur maison saccagée. L’enquête semble accuser Nick, qui décide de tout faire pour comprendre ce qui est arrivé à sa femme. Il découvre qu’elle lui cachait nombre de choses…

David-Fincher-s-Gone-Girl-Has-Entirely-Different-Ending-than-the-Book

J’ai parlé de Gone Girl en détail au cours des derniers mois, ici et surtout ici. Sortie : 3 octobre 2014. AJOUT : La bande-annonce a été mise en ligne à 19h00.

À noter le choix ingénieux de la musique : She de Charles Aznavour, repris par Richard Butler du groupe rock britannique Psychedelic Furs. On se rappelle d’autres choix musicaux pour le moins originaux pour promouvoir des films de Fincher, dont la reprise d’Immigrant Song de Led Zeppelin par Karen O des Yeah Yeah Yeahs (The Girl with the Dragon Tattoo) et la reprise de Creep de Radiohead par la chorale féminine belge Scala & Kolacny Brothers (The Social Network).

- Si l’embed est désactivé, voir la b-a sur le site de ComingSoon.

- Par ailleurs, on apprend aujourd’hui que Fincher s’est officiellement désisté du projet biographique sur Steve Jobs, scénarisé par Aaron Sorkin (The Social Network).

À lire aussi :

> Les nouveaux Fincher et PTA: un bref récapitulatif
> Les girls de Fincher se suivent mais ne se ressemblent pas

Lire les commentaires (5)  |  Commenter cet article

 

publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse

    publicité

  • Calendrier

    avril 2014
    L Ma Me J V S D
    « mar    
     123456
    78910111213
    14151617181920
    21222324252627
    282930  
  • Archives

  • publicité