Jozef Siroka

Mardi 29 novembre 2016 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (18)

Le Top 10 (erroné?) des Cahiers

toni-erdmann-film

Le début du dévoilement des listes des meilleurs films de l’année a été marqué par une querelle journalistique peu édifiante. Comme à chaque année, les Cahiers du Cinéma ont été la première publication majeure à publier un Top 10. Sauf que ce n’est pas tout à fait exact; leur liste a fuité sur le web, contre la volonté du prestigieux magazine.

Avec une arrogance consommée, la rédaction des Cahiers a réprimandé sur son compte Facebook les «soi-disant journalistes» (en d’autres mots, les scribes de bas étage qui ne publient pas sur papier) qui ont mis en ligne de mauvaises informations. Sans toutefois préciser la nature des erreurs.

1. Toni Erdmann de Maren Ade

2. Elle de Paul Verhoeven

3. The Neon Demon de Nicolas Winding Refn

4. Aquarius de Kleber Mendonça Filho

thumb_1867_media_image_926x584

5. Ma Loute de Bruno Dumont

6. Julieta de Pedro Almodóvar

7. Rester Vertical de Alain Guiraudie

8. La Loi de la jungle de Antonin Peretjatko

9. Carol de Todd Haynes

10. Le bois dont les rêves sont faits de Claire Simon

***

Un échange acrimonieux sur le compte Twitter des Cahiers, avec un certain Viggy Simmons – qui se décrit comme un «ascenseur émotionnel du cinéma et très mauvais troll» – a permis de comprendre (en partie?) ce qui a tant indisposé les successeurs de Godard et de Truffaut.

Il s’agirait d’une erreur de traduction, ou plutôt d’un manque d’attention, de la part de certains sites web qui ont mal interprété le lauréat de la 8e place : il s’agit de La loi de la jungle, et non de La loi du marché, le drame social qui a valu à Vincent Lindon le Prix d’interprétation masculine à Cannes… en 2015. L’erreur a été corrigée par The Playlist, entre autres, mais pas par l’Espagnol Fotogramas, qui a retiré son post cet après-midi.

Capture d’écran 2016-11-29 à 15.11.28

Mais revenons au cinéma : le champion 2016 selon les Cahiers (enfin, ce n’est pas encore tout à fait officiel) est une comédie dramatique allemande qui a été saluée par la critique comme l’un des meilleurs, sinon LE meilleur film du plus récent Festival de Cannes.

Le fait que Toni Erdmann soit reparti de la Croisette les mains vides a franchement surpris la planète cinéphile, et sa consécration dans ce Top 10 agit en quelque sorte comme une réponse au jury cannois. Rappelons que la troupe menée par George Miller (Mad Max : Fury Road) avait offert la récompense suprême à I, Daniel Blake de Ken Loach, une des Palmes d’or les moins appréciées depuis celle remportée par Dheepan de Jacques Audiard… décernée l’année précédente.

Selon Cinéma Montréal, Toni Erdmann prendra l’affiche dans certaines villes au Québec à partir du 27 janvier. Je vous suggère une entrevue avec la réalisatrice du film, dans le New York Times, et un compte rendu cannois enthousiaste, dans Film Comment.

Plus près de chez nous, c’est la vénérable National Board of Review qui a parti le bal des listes américaines. Manchester by the Sea, du trop rare Kenneth Lonergan – qui a récemment fait l’objet d’un long portrait publié dans le New Yorker – a été élu meilleur film de 2016. Barry Jenkins a été désigné meilleur réalisateur pour l’acclamé indie Moonlight.

D’autres distinctions du NBR (la liste complète à consulter ici) :

Meilleurs films

Arrival ; Hacksaw Ridge ; Hail, Caesar! ; Hell or High Water ; Hidden Figures ; La La Land ; Moonlight ; Patriots Day ; Silence ; Sully

Top 5 du cinéma étranger

Elle ; Mademoiselle ; Julieta ; Land of Mine ; Neruda

Top 5 documentaires

De Palma ; The Eagle Huntress ; Gleason ; Life, Animated ; Miss Sharon Jones!

Top 10 cinéma indépendant

20th Century Women ; Captain Fantastic ; Creative Control ; Eye in the Sky ; The Fits ; Green Room ; Hello, My Name is Doris ; Krisha ; Morris from America ; Sing Street

Manchester by the Sea est présentement à l’affiche, au Parc et au Forum.

***

Les listes vont commencer à pulluler au courant des prochains jours et semaines, ce post sera donc régulièrement mis à jour.

- Mon compte Twitter

Lire les commentaires (18)  |  Commenter cet article

 

Mercredi 23 novembre 2016 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (17)

Silence, le «meilleur film» de Martin Scorsese?

27scorsese5-master675

C’est du moins l’avis du vétéran producteur Irwin Winkler, collaborateur de longue date de Scorsese, qui a notamment produit deux autres de ses films que divers cinéphiles pourraient aussi qualifier de «meilleurs» : Raging Bull et GoodFellas.

Projet que Scorsese nourrit depuis 1989, Silence est un drame historique campé au 17e siècle dans lequel deux Jésuites portugais partent au Japon et assistent aux persécutions du gouvernement contre les chrétiens. Ces deux protagonistes sont incarnés par les deux emo les plus en vue à Hollywood, Andrew Garfield et Adam Driver. Leur mission est scindée en deux : apporter du réconfort à leurs coréligionnaires et retrouver leur mentor (Liam Neeson), qui aurait renoncé à sa foi sous la torture.

Dans un généreux papier du New York Times Magazine publié lundi, qui fonctionne à la fois comme un portait de la carrière de Scorsese à travers sa sensibilité chrétienne, une analyse littéraire du roman éponyme de Shūsaku Endō publié en 1966, et une entrevue promo, Garfield assure qu’il n’a pas pris son rôle à la légère. Il a développé son personnage en s’inspirant des Exercices spirituels d’Ignace de Loyola. En gros, il devait «utiliser son imagination afin de se placer en compagnie de Jésus». Il s’est par la suite isolé dans un monastère jésuite au Pays de Galles, où il a observé une retraite silencieuse pendant sept jours.

Driver, de son côté, a également suivi les préceptes de la Méthode pour son rôle. L’acteur connu pour avoir incarné Kylo Ren dans Star Wars : The Force Awakens a perdu 51 livres, ou près du tiers de son poids, lors d’une cure supervisée de quatre mois. «C’est une question de contrôle, et en tant qu’acteur on veut avoir du contrôle. Mais c’est aussi une question de souffrance : ça vous procure de l’information que vous pouvez utiliser dans le rôle», dit-il. Driver a par ailleurs rejoint Garfield dans son monastère.

Neeson, enfin, renoue avec un sujet qu’il a exploré trois décennies plus tôt, dans le palmé The Mission de Roland Joffé, aux côtés de l’alter ego de Scorsese, Robert DeNiro. Le film concerne une mission de Jésuites dans l’Amérique du Sud du 18e siècle.

Silence est le deuxième long métrage du légendaire cinéaste de 74 ans qui aborde de front la culture chrétienne. Le premier, The Last Temptation of Christ, est sorti la même année que Scorsese a découvert le roman de Endo. On se rappelle que le film avait choqué de nombreux catholiques conservateurs, qui ont violemment rejeté la représentation d’un Jésus charnel; treize personnes ont été brûlées à la suite de l’incendie criminel d’une salle parisienne, entre autres actes de protestation.

Il est intéressant de noter la symétrie entre les productions de ces deux films. The Last Temptation of Christ a pris l’affiche cinq ans après avoir obtenu son premier feu vert. Des lobbys chrétiens fondamentalistes ont mis des bâtons dans les roues au projet, et ont réussi à faire reculer Paramount. Scorsese a finalement mis en scène deux autres films entre-temps, After Hours et The Color of Money. Ce dernier est devenu son plus grand succès au box-office en carrière jusque-là, et a permis de rassurer les investisseurs.

Un quart de siècle plus tard, Scorsese a rencontré d’autres genres de difficultés avant de s’attaquer à Silence, dont le tournage devait s’entamer en 2011 avec Daniel Day-Lewis, Gael Garcia Bernal et Benicio Del Toro dans les rôles principaux. Mais la production a été embourbée dans des «douzaines de problèmes d’ordre légal» que le producteur Winkler a dû régler. L’argent n’était pas au rendez-vous non plus. Scorsese a dû aller à Cannes pour quémander du financement, tandis que les acteurs ont accepté un «salaire de misère», aux dires de Neeson. «Je me suis dit, Hollywood doit vraiment être dans une mauvaise passe quand Martin Scorsese, avec tous ses succès, tous ses honneurs, ne peut obtenir le feu vert pour un film», a regretté Winkler.

Il a fallu à nouveau rassurer les investisseurs, ce que Scorsese a réussi haut la main avec The Wolf of Wall Street et son impressionnant 400 millions $ au box-office. Au moins, il semblerait que les institutions chrétiennes ne s’opposeront pas à ce film, comme ce fut le cas pour The Last Temptation of Christ. Une projection est prévue au Vatican avant la sortie officielle, le 23 décembre. Le pape François, un Jésuite, devrait participer à l’évènement. Quand le NYT lui a demandé ce qu’il dirait au Saint Père à propos de son oeuvre, Scorsese a répondu : «Je dirais que j’ai essayé, dans mon travail, de trouver comment vivre sa vie – j’ai essayé d’explorer ce que notre existence représente réellement, et quelle en est sa signification».

La première bande-annonce de Silence a été diffusée hier soir :

À lire aussi :

> The Irishman, un Benjamin Button scorsesien
> Goodfellas, 25 ans après
> Non, Scorsese ne s’est pas fait berner par le loup
> Les quatre auteurs contradictoires de Taxi Driver

- Mon compte Twitter

Lire les commentaires (17)  |  Commenter cet article

 

Mercredi 16 novembre 2016 | Mise en ligne à 15h35 | Commenter Commentaires (20)

Valerian et Ghost in the Shell : le duel de la BD SF

Ghost-in-the-Shell-Poster

Deux adaptations ambitieuses de bandes dessinées de science-fiction non affiliées à Marvel/DC Comics prendront l’affiche l’année prochaine, à moins de quatre mois d’intervalle. D’abord Ghost in the Shell de Rupert Sanders, le 31 mars, et ensuite Valerian and the City of a Thousand Planets de Luc Besson, le 27 juillet. Les premières bandes-annonces pour les deux films, elles, ont été diffusées au courant de la dernière semaine.

Basé d’après le mythique manga du même nom, Ghost in the Shell a été secoué par des accusations de blanchissage au printemps. On reprochait à la production le casting d’une actrice d’origine dano-polonaise pour incarner la protagoniste, un cyborg japonais nommé Motoko Kusanagi (rebaptisé The Major pour le film). Inversement, l’adaptation de la BD française Valérian et Laureline n’a pas subi de critiques semblables, malgré le fait que les personnages-titres sont incarnés par un Américain et une Britannique, respectivement…

Le producteur de Ghost in the Shell, Ari Arad, a défendu le choix de Scarlett Johansson en entrevue au magazine néo-zélandais Stuff. Il a pris l’approche diplomatique, insistant sur la notion d’un «format» différent, dont le casting ne représente «qu’un élément». Il n’a pas osé se montrer aussi catégorique que le directeur de Kōdansha, la maison d’édition qui a publié le manga original, qui a admis être «surpris» par toute cette commotion, et vanté l’«aspect cyberpunk bien senti» de Johansson.

Arad a préféré discuter du look particulier de son film, inspiré notamment par The Man Who Fell to Earth (1976) – où David Bowie joue un gentil extra-terrestre – et par l’esthétique des années 1980. Mais il assure cependant que l’oeuvre ne sera pas purement rétro : «Le danger d’un film futuriste est l’uniformité».

Le père d’Ari Arad, également producteur de Ghost in the Shell, a été approché par Collider pour un long entretien abordant un paquet de sujets. Il explique que l’aspect visuel a été soigneusement étudié. On apprend par exemple que le directeur photo Jess Hall a programmé la palette de couleurs du film d’animation Ghost in the Shell 2: Innocence (2004) à l’intérieur de son tableau d’éclairage LED, afin d’assurer une continuité avec les oeuvres source.

Avi Arad parle aussi du défi qu’a posé l’apparence du cyborg, qui paraît dénudé dans les manga et les films d’animation japonais. À propos de son emblématique costume thermoptique – qui, dans la -b-a, semble franchement répliquer l’accoutrement de Marilyn Manson sur la couverture de l’album Mechanical Animals – le producteur affirme que «l’on ne prétend pas qu’elle est nue. Le costume émule quelques idées des rainures. Quand vous voyez le film, vous n’êtes pas censés penser qu’elle est nue».

Un utilisateur de YouTube, un certain «Flynns», a fait une comparaison visuelle entre le Ghost in the Shell de 1995 et celui de 2017. Les parallèles sont frappants.

Ghost in the Shell, comme tout film à grand déploiement qui se respecte de nos jours, contient un casting multiculturel et éclectique. Le Danois Pilou Asbaek et la Française Juliette Binoche partageront l’écran avec l’icône du cinéma japonais Takeshi Kitano. À noter que Johansson se trouve en terrain relativement connu, elle qui a incarné une extra-terrestre humanoïde dans Under the Skin (2013) et qui a fameusement exploré Tokyo dans Lost in Translation (2003).

Une soirée promo a été organisée dans la capitale japonaise le week-end dernier, avec les membres principaux de la production. 300 personnes ont pu assister à l’évènement, qui présentait des extraits inédits du film, ainsi qu’un mini-concert du thème principal du long métrage d’animation de 1995 par Kenji Kawai en personne (voir ici). D’ailleurs, on apprenait au même moment que c’est l’excellent Clint Mansell (Black Swan, Moon) qui assurera la bande originale du nouveau Ghost in the Shell.

Le plus gros blockbuster européen

La série de BD Valérian et Laureline, parue à partir de 1967, a été vendue à dix millions d’exemplaires et traduite dans 21 langues. Son adaptation, dotée d’un budget de 197 millions d’euros, représente le long métrage le plus dispendieux de l’histoire du Vieux Continent. On peut dire que Luc Besson était prédestiné à traduire cet univers au grand écran, lui qui a collaboré avec le cocréateur de la BD, Jean-Claude Mézières, sur The Fifth Element (1997).

Il aurait aimé tourner le film plus tôt, mais la technologie n’était pas encore au rendez-vous. «C’est James Cameron qui a repoussé toutes les limites avec son Avatar», a-t-il noté dans une intervention sur la page Facebook du film.

Besson a parlé de la complexité du tournage en entrevue à RTL en juin dernier :

«Je vis au 28e siècle depuis le 3 janvier 2016. C’est assez déroutant. Une partie du film se passe dans deux mondes parallèles en même temps. On a le monde A, le monde B. J’ai pris tous les élèves (de la Cité du cinéma) et on a fait ces 25 minutes de tournage, qui ont été montées, bruitées, mises en musique… On a tourné dans le sens de l’importance des effets à livrer à l’entreprise qui va fabriquer les effets spéciaux».

Les effets spéciaux requièrent «encore beaucoup de travail» à ce stade-ci. Valerian en comporte 2734, dont seulement «400 à 500 ont été validés à ce jour», indique-t-on dans ce papier.

XVM62b5cde6-f29f-11e5-b8bc-cfdec6865de4-805x500

«Je suis assez dur avec moi-même», poursuit Besson. «J’avais deux parrains, qui sont Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, les papas de Valérian, et j’avoue que je vivais plutôt à travers leurs yeux émerveillés la qualité du film. A priori, je ne dois être pas trop mal.»

Pas trop mal en effet, selon M. Mézières lui-même, qui ne cache pas son enthousiasme. «J’avais l’impression de marcher sur mes dessins», a confié le bédéiste de 78 ans en entrevue au Figaro.

«Avant toute chose, je tiens à préciser que le film s’est davantage inspiré de L’Ambassadeur des ombres que de L’Empire des mille planètes. Pour ma part, cela fait quelques mois déjà que je m’habitue à l’idée que ma bande dessinée puisse être adaptée au cinéma. J’avais signé un premier contrat d’adaptation il y a dix ans. Mais j’ai cru que cela n’arriverait jamais. Maintenant, la réalité rejoint enfin la fiction. Dans le fond, j’ai toujours rêvé de voir Valérian prendre son envol au cinéma. Je peux dire que je suis très heureux aujourd’hui.»

Le synopsis :

En 2740, Valérian et Laureline sont deux agents spatio-temporels. À bord de leur vaisseau, l’Intruder, ils sillonnent l’espace et le temps afin d’accomplir les différentes missions que leur confie le Pouvoir Central. Cette nouvelle aventure les mène sur la station orbitale Alpha qui abrite 17 millions d’individus venant des quatre coins de l’univers. Près de 8000 espèces y échangent leurs connaissances, leurs technologies et leurs pouvoirs. Le pire endroit pour mener une enquête…

Valerian and the City of a Thousand Planets met en vedette Dane DeHaan, qu’on a découvert dans le film de science-fiction à petit budget – et succès inattendu – Chronicle (2012). Il a aussi incarné le méchant Harry Osborn dans The Amazing Spider-Man 2 (2014), et a tenu la vedette cette année dans Two Lovers and a Bear du Québécois Kim Nguyen. Il a comme partenaire la mannequin bad girl Cara Delevingne, qu’on a pu voir cet été dans Suicide Squad.

Ils sont joints par des vétérans de classiques SF dont Ethan Hawke (Gattaca), Clive Owen (Children of Men) et Rutger Hauer (Blade Runner). L’univers musical est représenté par le légendaire jazzman Herbie Hancock, dont la nature du rôle est encore inconnue, et la star de la pop Rihanna, qui tentera de nous faire oublier Battleship avec un «rôle important», aux dires de Besson lui-même via son compte Instagram.

Les amateurs des Beatles reconnaîtront Because qui joue pendant la bande-annonce. Il s’agit de la première fois que le groupe mythique cède les droits d’exploitation de la bande maîtresse d’une de leurs chansons pour la promo d’un film. Besson a expliqué à CinemaBlend qu’il a simplement contacté Paul McCartney, qui lui a demandé «C’est quoi le film?», avant de dire «oui». Selon le cinéaste, le musicien a apprécié l’aspect «innovateur et rafraîchissant» de son projet. Il évoque aussi un sentiment de confrérie européenne.

À lire aussi :

> Blanchissage : le malaise Ghost in the Shell

- Mon compte Twitter

Lire les commentaires (20)  |  Commenter cet article

 

publicité

  • Catégories

  • publicité

  • Calendrier

    décembre 2016
    L Ma Me J V S D
    « nov    
     1234
    567891011
    12131415161718
    19202122232425
    262728293031  
  • Archives