Jozef Siroka

Vendredi 23 janvier 2015 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Un commentaire

Le court (et l’entrevue) du week-end : Éclat du jour

eclatdujour

Les films sur les épreuves de l’enfance, il y en a à la tonne. Dans bien des cas on a droit à un portrait mielleux de «l’innocence de la jeunesse». Dans d’autres, réaction allergique à tout cet angélisme, on démasque le démon qui se cache derrière un visage si pur. Si ces deux approches disparates partagent un trait commun, c’est bien un point de vue à hauteur d’adulte, avec les inévitables leçons de vie qui s’ensuivent. Parce qu’être petit au cinéma, que ce soit dans un mélodrame ou un film d’horreur, c’est plus souvent qu’autrement un prélude pour devenir adulte, ou du moins un moyen pour comprendre le monde des grands avec un regard de biais. Presque jamais une fin en soi.

Éclat du jour aborde le sujet en question mais opère dans un autre registre. L’«épreuve» ici n’a pas d’explication. On ne connaît pas tout à fait sa cause non plus, et sa conséquence est au mieux ambigüe. L’action est observée par un protagoniste d’une dizaine d’années et, ce qu’il y a d’original dans le traitement, est que le réalisateur se refuse d’intervenir dans sa psyché, préférant laisser parler le mystère. C’est ce qui rend cette vision de l’expérience de l’enfance d’autant plus authentique, qui permet de lier le particulier à l’universel, et qui laisse de la place à l’identification; parce que nos souvenirs les plus intenses sont ceux qu’on comprend le moins.

Éclat du jour est un cauchemar éveillé baignant dans une lumière de rêve. Un véritable délice pour les yeux, entre autres. Avant de se lancer dans la réalisation, Ian Lagarde s’est spécialisé dans la photographie et la direction photo, ses passions premières. Il a notamment filmé Vic + Flo ont vu un ours de Denis Côté. Il a connu du succès dès son premier court métrage, Vent solaire (2010), qui lui a valu le prix du meilleur réalisateur au festival REGARD à Saguenay. Éclat du jour, quant à lui, s’est distingué à Slamdance, y récoltant le prix du jury pour un court de fiction, en janvier dernier.

J’ai eu la chance de m’entretenir avec Ian Lagarde, le mois dernier. On a parlé un peu de ses films, mais l’entrevue a vite dévié vers d’autres sujets fascinants, dont les Raëliens, la place du cinéma de genre au Québec, mon héros Werner Herzog, ainsi que Le Club des 100 Watts

AUTOBIOGRAPHIQUE

Le ralenti ce n’est pas pour faire cool, pour faire cute : quand quelque chose de dramatique se passe, quand tu te sens menacé, quand tu vis une extase, le monde à tendance à ralentir. Quand ça m’est arrivé, je me sentais comme un spectateur… On se tenait tous ensemble dans une banlieue assez cossue, à St-Lambert. Et moi je venais de Greenfield Park qui à l’époque était pas mal moins cossu. On est allé chez un petit gars à Lemoine, qui lui était frustré contre sa mère – il y a des rumeurs qu’il se faisait battre, mais rien de confirmé. Il nous ouvre la porte, exactement comme dans le film, il met de la musique et se met à tout casser. Et mes amis rentrent comme s’ils savaient que tout ça allait se passer. Et moi je ne comprends pas pourquoi on essaie de démolir l’appart du gars qui a le moins d’argent de toute l’école ; je me sentais bien plus proche de lui en terme de classe que des autres. C’est du défoulement, se défouler de quoi? Fouille moi.

SECTES

Les sectes m’ont toujours fasciné. Que ce soit les religions ou autre. Je ne suis pas baptisé et j’ai toujours regardé ça de l’extérieur. Je suivais des cours de morale depuis le primaire et à un moment donné je suis devenu tanné de me faire dire : «La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres». En secondaire 5, j’ai choisi un cours qui portait sur toutes les religions, et je me suis intéressé aux Raëliens. Je suis allé à une conférence de Raëliens, avec un chaperon de la secte qui nous guidait. Je trouve ça assez inoffensif: que des adultes consentants veulent se crosser en gang, j’ai rien contre ça.

Quand j’étais petit j’allais au Salon du livre, dans la section New Age, et me demandais : Qu’est-ce qui fait que tu sais que les choses se passent comme ça? Que t’as sept enveloppes angéliques sur ton corps, que si ton aura est brune ça veut dire ça, si elle est rouge ça veut dire ça. Comment peux-tu être aussi catégorique sur le mystère? Les réponses m’ont toujours déçu. S’il y a un réel mystère, avec un M majuscule, il est irréductible à une explication, à un système, à une religion. L’acte de foi, tu peux pas t’obstiner contre ça. L’expression anglaise est parfaite : leap of faith. Comme un saut dans la foi; t’abandonne la raison. Comment peux tu t’obstiner avec quelqu’un qui a abandonné la raison? Eh bien tu peux pas.

Pour revenir à la conférence de Raëliens, on a vu une vidéo super malaisante, avec une fille qui dit : «Avant je n’avais pas d’amis, maintenant j’ai une famille». Tu peux pas avoir d’illustration plus claire du besoin d’appartenance. En même temps, je ne les juge pas. Quand j’ai fait Vent solaire, je me suis inspiré de la gang de Heaven’s Gate, qui se sont acheté des costumes et des souliers Nike neufs pour leur «transfert». Sur YouTube – et c’est traumatisant – t’as leur Final Exit Statements; tu vois que c’est des gens intelligents, mais vulnérables à l’os. C’est tout le temps ça.

INFLUENCES

Je dis tout le temps Herzog. Il me fait capoter. Herzog c’est un vrai romantique, dans le sens où il met tout le temps l’humain contre la nature, l’humain qui conquiert la nature. Ce que j’aime de Herzog c’est la différence entre Into the Wild et Grizzly Man. Le premier c’est un film hyper romantico-quétaine, mais en même temps admirable; le gars, ça m’inspire ce qu’il fait. Mais il n’y a pas de second degré. Alors que Grizzly Man – as-tu vu sa fameuse entrevue dans Burden of Dreams, qui est rendue célèbre aujourd’hui? [En imitant la voix de Herzog] : «Nature is struggle, it’s conflict, it’s obscene it’s perpetual death». Il n’idéalise rien ni personne! Il s’intéresse à l’irrationnel. Et ça, ça m’intéresse mille fois plus.

C’est quoi Fitzcarraldo? C’est un gars qui veut mettre un opéra dans le fin fond de l’Amazone. Et tout le monde lui dit: «T’es fou!». Mais on ne comprend jamais vraiment pourquoi il veut faire ça; il n’y a pas un flashback qui le montre quand il était petit et qu’il trippait sur l’opéra… J’ai hâte que les gens comprennent que le social-réalisme c’est un genre au même titre que les films de genre. Et j’ai hâte qu’on comprenne ça au Québec.

Ian Lagarde -  Photo : Yannick Grandmont

Ian Lagarde - Photo : Yannick Grandmont

RECETTES

Je n’ai rien contre le social-réalisme. J’adore Haneke. Il y a beaucoup de chefs-d’œuvres québécois social-réalistes. Mais c’est que ça a fait école. C’est comme si c’était la seule voie du cinéma d’auteur. Comme si c’était la seule forme pertinente. Et c’est n’importe quoi. Nos exemples de cinéma de genre au Québec… j’aurais de la misère à en trouver un intéressant. Le problème c’est que ceux qu’on a essayé de faire dans les 10 dernières années, c’est de la copie de ce qui se fait à Hollywood. Il y quelqu’un qui a déjà dit lors d’une conférence à Concordia : «If you can’t beat them, join them». Ce qu’il voulait dire : leur recette fonctionne, on devrait faire pareil. Le problème c’est que même eux ne font plus ça. Partir avec l’idée d’imiter des films à succès c’est complètement illusoire. Ça n’existe pas. C’est la mort du cinéma si tu penses que tu vas répliquer des recettes.

Et puis ce même conférencier disait : «Vous savez, l’ouvrier, quand il rentre chez eux, après sa journée de travail, tout ce qu’il veut c’est s’asseoir, s’ouvrir une bière, pis pas se poser de questions». Et ça m’avait mis en furie. Je lui ai dit : «L’ouvrier, eh bien c’est mon père, et il a fait en sorte que je ne regarde pas les films de marde que tu fais». L’affaire c’est que, ce qu’il dit, c’est un sentiment répandu, et ça m’avait rendu fou. Comme si il n’y avait pas des gens d’Outremont qui ne veulent pas des fois se mettre à off, et comme s’il n’y avait pas des ouvriers qui ont envie de voir autre chose.

Il y a Forcier qui faisait des films de genre cool, qui se permettait un genre de réalisme poétique. Jean-Claude Lauzon, aussi, avec Léolo… Je jouais dans Le Club des 100 Watts quand j’étais petit, avec Maxime Collin. Et la même année qu’il a joué dans Léolo [le rôle-titre], j’ai joué dans Au nom du père et du fils. Cette année-là je me faisais abuser par un curé, et lui se crossait dans un foie. On était dans le sous-sol de TVA, où se tournaient les 100 Watts, pis on se disait : «Esti qu’ils sont fuckés les adultes de nous faire faire des affaires de même!».

CATHARSIS

Pour Éclat du jour, les réactions étaient polarisées. Et ça me rassure. Ce qui m’a étonné c’est que les gens ont trouvé ça rough. Moi je trouve pas ça rough! C’est pas l’Éthiopie, c’est pas la guerre, c’est pas de l’abus… C’est humain, c’est une catharsis. Il ne faut pas surestimer ça. C’est pas nécessairement désolant, c’est plus un passage obligé. Si tu ne passes pas par là, c’est comme un complexe d’Oedipe irrésolu. Je pense que t’as manqué quelque chose si tu ne fais pas le cave un peu dans la vie. En fait tu vas virer en tueur en série ou, je sais pas, c’est sûr que ça va aller mal si tu fais pas le cave un jour!

Ce qui m’intéresse dans le film c’est la question : Veux-tu être spectateur ou acteur? Et qu’est-ce que tu fais dans ce temps-là? Tu regardes ta vie passer, ou tu la vis? Cette catharsis m’intéresse beaucoup plus que le jugement moral. J’en ai rien à câlisser de la morale. C’est pour ça que cette équation émotion + psychologie = profondeur, je trouve que c’est tellement réducteur. C’est comme si l’émotion et la psychologie avaient le monopole de la profondeur. C’est pas vrai. Tu peux faire un film hyper détaché, sans aucune psychologie, sans aucune émotion, et ça va te faire réfléchir bien plus que quelque chose qui te donne tout cru dans la bouche.

Ian Lagarde : Sur VimeoSite officiel

Un commentaire  |  Commenter cet article

 

Jeudi 22 janvier 2015 | Mise en ligne à 14h30 | Commenter Commentaires (2)

Les lampadaires de Bay, le coupe-boulons de Herzog

-1

Quand il avait 13 ans, Michael Bay a fait sauter son train électrique avec des pétards, et a filmé l’explosion à l’aide de la caméra 8 mm de sa mère. Une bravade qui a eu pour conséquence de mettre le feu à sa maison, et qui lui a valu une réprimande sévère de ses parents, qui l’ont privé de sortie pendant deux semaines. Quelque 35 ans plus tard, Bay continue de se livrer à sa passion pour la pyrotechnie – avec des pétards un peu plus puissants, on s’entend – quoiqu’il ne récolte plus de punitions pour ses excès destructeurs, mais plutôt des dizaines de millions de dollars.

Je ne risque pas de surprendre beaucoup de gens en disant que son cinéma n’est pas exactement ma tasse de thé. Par contre, je n’ai rien contre ses films. Dans le sens que je ne sens pas le besoin de crier haut et fort ma désapprobation, et je ne vois pas l’intérêt de pondre des dissertations alarmistes comparant Bay à l’Antéchrist du 7e art, comme le font bien des critiques. En fait, même si ses films m’indiffèrent au plus haut point (sauf le jouissif The Rock), j’ai un immense respect pour Michael Bay l’artisan, à défaut d’aimer Michael Bay l’artiste.

Dans l’industrie, Bay est admiré bien plus qu’on ne le pense. Christopher Nolan est un grand fan. James Cameron dit qu’il a étudié ses films et a tenté de les «désarticuler» (reverse engineer). Steven Spielberg, qui a produit ses Transformers, a affirmé qu’«il a le meilleur œil pour de multiples niveaux d’adrénaline visuelle pure». Sa prof Jeanine Basinger, qui lui a présenté ce qui allait devenir son film préféré, West Side Story, a expliqué que le classique de Robert Wise lui a fait réaliser qu’«il n’a pas besoin d’être lié à la réalité s’il ne veut pas l’être. Son travail porte sur la couleur et sur le mouvement et sur une sorte d’abstraction et d’irréalité qu’on retrouve dans les comédies musicales.»

Dans une analyse vidéo publiée l’été dernier, Tony Zhou, un de nos plus précieux professeurs en ligne, décortique l’approche visuelle frénétique du cinéaste, qu’il qualifie de «Bayhem» (un alliage entre le nom du réalisateur et mayhem, qui veut dire destruction). Il présente plusieurs exemples, dont ses fameux ralentis-360 degrés, que ses imitateurs ne peuvent cependant égaler. Zhou recense également les astuces que Bay emploie pour dynamiser les compositions de ses plans, dont son usage très fréquent de lampadaires à l’avant-plan…

En coulisses

Le site dédié à Michael Bay a récemment mis en ligne deux vidéos sur le making-of de Transformers: Age of Extinction, le quatrième chapitre de sa série de blockbusters qui a engrangé un total ridicule de 3,8 milliards $. Une excursion assez captivante dans les coulisses d’une production hollywoodienne monstre. Bien sûr, le portrait de Bay est ici calibré afin de le montrer sous son meilleur jour. Il semblerait toutefois qu’il possède un caractère de tyran. Shia LaBeouf a comparé son réalisateur à la ville de New York, disant : «Si vous pouvez vous en sortir sur un plateau de tournage de Bay, vous pourrez vous en sortir sur n’importe quel plateau».

Cela dit, tyran ou pas, ce que je retire de ces vidéos est non pas l’image d’un cinéaste grandiloquent exultant une confiance arrogante, mais plutôt l’impression d’une certaine naïveté désarmante de la part d’un homme approchant la cinquantaine qui, si on regarde bien le scintillement dans ses yeux, est toujours resté ce garçon de 13 ans qui ne demande rien de mieux que de faire sauter son train électrique avec des pétards.

> À consulter : L’histoire orale de Michael Bay parue dans GQ en 2011

***

Le caméo de Werner Herzog qu’on voit au tout début de l’analyse de Tony Zhou m’a rappelé la parution sur le web des 24 conseils que le légendaire cinéaste allemand a fourni aux réalisateurs en herbe, et qui ont été généreusement partagés au courant de la dernière semaine. Cette liste provient d’une nouvelle édition des entretiens d’Herzog avec Paul Cronin, qui a été publiée en septembre. Il s’agit d’une sorte de variation des 12 règles à suivre dans son Rogue Film School.

Quelques perles :

«Il n’y a rien de mal à passer une nuit en prison si cela vous permet de tourner le plan que vous avez besoin» ; «Demandez pardon, pas la permission» ; «Apprenez à lire l’essence intérieure d’un paysage» ; «Il n’y a jamais d’excuses pour ne pas terminer un film» ; «Habituez-vous à l’ours derrière vous» et enfin, «Transportez des coupe-boulons partout», un conseil qui laisse beaucoup de place à l’imagination, pour le meilleur et pour le pire!

À lire aussi :

> Michael Bay à Benghazi, ou contre l’ambiguïté
> Le cinéma d’auteur «vulgaire», théorie fragile
> Frénésie du mouvement, cinéma du «chaos»
> Les excuses de Michael Bay

- Mon compte Twitter

Lire les commentaires (2)  |  Commenter cet article

 

Mardi 20 janvier 2015 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (10)

Un Top 4 pour les 69 ans de David Lynch

tumblr_mp46fi5bRq1qa0uc2o8_1280

Tandis que David Lynch célèbre aujourd’hui son 69e anniversaire de naissance, les cinéphiles se préparent à commémorer plus tard cette année les 9 ans d’absence du grand écran d’un des plus grands cinéastes vivants.

Une lueur d’espoir a toutefois été ravivée il y a quelques mois, lorsqu’on a appris que le maître de l’inquiétante étrangeté allait enfin troquer ses pinceaux pour la caméra, pour un projet au petit écran: la résurrection de sa série télévisée culte Twin Peaks, qui verra le retour de quelques membres importants de son casting original, dont Kyle MacLachlan et Sheryl Lee.

Mais seul le temps nous dira si cette expérience télévisuelle saura se concrétiser en un 11e long métrage tant désiré. À ce sujet, Lynch ne semble pas très optimiste, déclarant en 2013 :

«Malheureusement, mes idées ne sont pas ce qu’on peut appeler commerciales, et l’argent mène vraiment le bateau ces jours-ci. Je ne sais donc pas ce que l’avenir me réserve. Je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais être capable de faire dans le monde du cinéma».

felli

Tant qu’à regretter Lynch le cinéaste, je me suis mis à la recherche de Lynch le cinéphile. Après quelques clics, j’ai découvert qu’il avait en fait dressé et commenté une brève liste de ses films préférés, dans son fameux livre d’entretiens avec Chris Rodley. Des réflexions qui permettent de mieux comprendre son approche au cinéma, et même de déchiffrer ses nombreux mystères. L’extrait en question a été mis en ligne dans un billet de Mubi :

Si je devais choisir des films qui représentent, pour moi, des exemples parfaits de conception de films, je pense que je pourrais limiter mes choix à quatre.

Le premier serait 8 1/2, pour la façon qu’a Fedrico Fellini d’accomplir avec ce film ce que font la plupart des peintres abstraits – à savoir, communiquer une émotion sans jamais dire ou montrer quoi que ce soit d’une manière directe, sans jamais rien expliquer, juste à travers une sorte de magie pure.

Pour des raisons similaires, je pense aussi à Sunset Boulevard. Même si le style de Billy Wilder est très différent de celui de Fellini, il parvient à accomplir à peu près la même atmosphère abstraite, moins par la magie et plutôt par toutes sortes d’astuces stylistiques et techniques. Le Hollywood qu’il décrit dans le film n’a sans doute jamais existé, mais il nous fait croire le contraire, et il nous plonge à l’intérieur, comme dans un rêve.

52037_vacances_mr_hulot_img

Après, je choisirais Les vacances de Monsieur Hulot pour le point de vue exceptionnel que Jacques Tati pose sur la société. Lorsque vous regardez ses films, vous vous rendez compte à quel point il connaît – et aime – la nature humaine, et cela ne peut qu’être une source d’inspiration pour faire de même.

Enfin, Rear Window, pour la façon brillante avec laquelle Alfred Hitchcock parvient à créer – ou plutôt, recréer – tout un monde à l’intérieur de paramètres confinés. James Stewart ne quitte jamais son fauteuil roulant pendant le film, et pourtant, à travers son point de vue, nous suivons un complot d’assassinat très complexe. Dans le film, Hitchcock parvient à prendre quelque chose d’énorme et le condense en quelque chose de vraiment petit.

Mubi complète son Top 10 en se basant sur d’autres sources, dont le livre écrit par Lynch Catching the Big Fish. On y retrouve un autre film de Wilder, The Apartment, un autre de Fellini, La Strada, ainsi que Lolita de Stanley Kubrick, Stroszek de Werner Herzog, The Wizard of Oz de Victor Fleming, et la comédie burlesque It’s a Gift avec W.C. Fields.

(Par ailleurs, lors d’une conférence donnée en septembre à Philadelphie – qu’on peut voir ici – il a cité Ghostbusters et The Blues Brothers comme étant deux de ses plaisirs coupables).

Des titres et des cinéastes qui reviennent dans ce témoignage qui a été mis en ligne en 2007.

Plusieurs des choix de Lynch se reflètent d’une manière ou d’une autre dans son oeuvre. L’onirisme réaliste/poétique de Fellini, qu’on retrouve dans chacun de ses films à divers degrés ; le Hollywood parallèle dans Mulholland Drive qui est une variation de celui dans Sunset Boulevard ; la fameuse séquence de voyeurisme dans le placard dans Blue Velvet qui est un hommage à Rear Window ; les quelques clins d’oeils au cinéma de Tati, notamment la meute de chiens au début d’Elephant Man qui renvoie à une scène similaire dans Mon Oncle, ou le figurant qui fume une longue pipe rouge dans Wild at Heart, qui fait référence au personnage de M. Hulot ; enfin, Herzog, eh bien, ils ont fait un film ensemble : l’inclassable My Son, My Son, What Have Ye Done.

***

Comme je le mentionnais plus tôt, David Lynch a consacré une bonne partie de ses énergies artistiques au cours de la dernière décennie à sa passion première, la peinture. Plus tôt ce mois-ci s’est conclue son exposition intitulée The Unified Field, qui a eu lieu Philadelphie, ville où il a étudié les arts plastiques à la fin années 1960. Ci-dessous, il nous propose de jeter un oeil à ses oeuvres en sa compagnie (à partir de 00:30).

The Unified Field a été analysé par J. Hoberman ici. Une entrevue de Lynch au sujet de son exposition à lire ici. Des représentations des toiles disponibles dans les deux liens.

À lire aussi :

> Messieurs Herzog et Lynch, qu’avez-vous fait?
> Jacques Tati, le grand maître du gag visuel
> Stanley Kubrick, cinéphile éclectique
> Le nouveau projet de David Lynch : la paix dans le monde
> David Lynch : «Tout le monde est un voyeur»
> Blue Velvet : derrière la palissade…
> David Lynch, maître de la terreur suggestive

- Mon compte Twitter

Lire les commentaires (10)  |  Commenter cet article

 

publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse

    publicité

  • Calendrier

    mars 2008
    L Ma Me J V S D
    « fév   avr »
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
    31  
  • Archives

  • publicité