Jozef Siroka

Vendredi 17 juillet 2015 | Mise en ligne à 8h00 | Commenter Commentaires (7)

Entracte

04.R.CinecittaCasanova

C’est le temps de la pause estivale. De retour à la mi-août. Entre temps, je vous laisse deviner une de mes destinations…

P.S.: J’ai refait l’exercice du Top 10 de la mi-décennie; à consulter ce matin dans La Presse + ; et ce week-end dans La Presse papier.

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Mardi 14 juillet 2015 | Mise en ligne à 15h15 | Commenter Commentaires (22)

Star Wars : les «effets pratiques» contre-attaquent

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En entrevue à une chaîne de radio publique californienne en mai dernier, le spécialiste des effets spéciaux Rick Baker a affirmé qu’il en avait assez : «J’ai 64 ans et l’industrie est devenue folle. J’aime faire les choses bien, et ils veulent que ce soit rapide et pas cher». Le lauréat de sept Oscars, qui a notamment travaillé sur An American Werewolf in London, Videodrome, Men in Black et le vidéoclip mythique de Michael Jackson Thriller, considère que la prédominance des images de synthèse (CGI) «a retiré la portion animatronique» qu’il pratiquait.

The Guardian, qui a relayé l’histoire deux jours plus tard, note dans la conclusion de son papier que la «retraite imminente» de Baker est ironique étant donné que les «effets pratiques pourraient connaître une renaissance mineure grâce à la sortie, en décembre, de Star Wars: The Force Awakens. Des sources sur le plateau de tournage suggèrent que J. J. Abrams fera un usage extensif de marionnettes et d’animatroniques».

La dernière phrase prend ici la forme d’un joli pléonasme : malgré l’aspect clandestin de la production, ses principaux représentants ne manquent jamais de vanter la teneur analogique du projet. On est à se demander s’il ne s’agit pas d’une clause dans leur contrat: pratiquement à chaque entrevue, le réalisateur, le scénariste, la productrice ou les acteurs lancent invariablement «décors naturels», «accessoires tangibles», «costumes suffocants»… Sous-entendu : rien à voir avec l’orgie de CGI de l’infâme prélogie de George Lucas.

Le week-end dernier, lors du Comic-Con à San Diego, convention annuelle incontournable pour les passionnés de SF et de BD, les observateurs furent étonnés de ne pas retrouver une nouvelle bande-annonce de Star Wars VII, comme c’est la norme pour les blockbusters qui y sont promus. La prochaine b-a sera en fait diffusée fin septembre. À la place, les quelques 7000 fans dans l’auditoire bondé ont eu droit à une vidéo montrant les coulisses d’un tournage «authentique» :



> Le panel réunissant toutes les vedettes de The Force Awakens peut être vu ici dans son intégralité.

Bien entendu, le fait qu’Abrams épouse avec enthousiasme les «effets pratiques» ne signifie pas automatiquement que son Star Wars sera supérieur aux films misant presqu’exclusivement sur le numérique pour leurs séquences-clés (Dawn of the Planet of the Apes et le nouveau Godzilla sont des exemples récents d’utilisation judicieuse du CGI). Mais force est d’admettre que l’approche vintage du cinéaste permet aux fans, pour utiliser un savant jeu de mots, de cultiver un nouvel espoir.

Depuis au moins une bonne dizaine d’années, le scepticisme envers les grosses productions bourrées d’images de synthèse n’a cessé d’augmenter. Et pour cause. Le CGI est un outil extrêmement puissant et, comme on le sait, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Malheureusement, beaucoup trop de réalisateurs, souvent intimidés par des studios pressés, intègrent de manière malhabile cette technologie dans leur démarche artistique. Tandis que d’autres font l’erreur de considérer le CGI comme une fin en soi, et non pas comme un simple moyen de peaufiner leur vision.

En mai dernier, le site Cracked a publié une analyse exhaustive – et forcément humoristique – sur les travers du CGI. L’article divise ses observations en six parties (et en nombreux GIFs accompagnés de bas de vignette comiques), que je résume ici très brièvement :

> Une perte du sens de la gravité

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Dans certains cas on ne peut pas distinguer le haut du bas, la gauche de la droite. Les éléments de l’image n’ont plus de poids ou leurs mouvements ne sont plus régis par les lois de la physique. Exemple : dans un des Lord of the Rings, Orlando Bloom glisse sur la défense d’un mammouth «comme Fred Cailloux qui termine son quart de travail». «Même si le CGI est impeccable», le public n’a pas de repères pour reconnaître la valeur de l’exploit de ce genre d’acrobatie; l’excitation cède sa place à l’indifférence.

> Un travail d’étalonnage misant sur l’orange et le bleu

Ces deux couleurs dominent les productions majeures de tout genre de la dernière décennie. La tendance a débuté avec O Brother, Where Art Thou? des frères Coen. «Mais leur intention était de dévier du réalisme du produit fini, alors qu’un film comme Jurassic Park portait (à l’origine) sur la création de créatures plus grandes que nature dans un contexte réel».

À propos, un travail d’étalonnage malheureux a pris d’assaut la grande majorité des films de super-héros, désireux de répliquer la gravité des Batman de Christopher Nolan. Une méthode particulièrement mal avisée en ce qui concerne le «coloré» Superman :

> Le CGI devait initialement être utilisé en dernier recours

Les animatroniques sont plus complexes à construire et à intégrer dans les scènes. Mais cet effort est louable, puisqu’il crée un pont plus solide entre la fantaisie et la réalité, surtout dans des scènes qui impliquent une importante proximité entre le vrai et le faux. Dans Jurassic Park, les dinosaures étaient animés la plupart du temps par des marionnettes; ils n’étaient entièrement numérisés à l’écran que pendant quatre minutes.

«Dans la bande-annonce de Jurassic World, tous les dinosaures sans exception sont CGI. Lorsque Chris Pratt interagit avec trois vélociraptors qui sont juste en face de lui, ils pourraient tout aussi bien être des dessins animés, parce qu’ils sont juste à côté d’une personne en chair et en os, qui nous rappelle constamment de quoi a l’air un être qui est bel et bien vivant».

> Ces films qui oublient qu’une caméra doit physiquement exister

«En balayant la caméra sur des centaines de pieds à travers l’espace, tout se transforme en un train miniature avec des gens minuscules qui y sont intégrés. L’ironie est que les décors miniatures de la vieille école ont été filmés de manière à ce que l’on ne se rende pas compte qu’il s’agissait de miniatures, quelque chose que certains artistes numériques ont complètement oublié.

«Ce n’est pas que le CGI est peu détaillé ou merdique, mais plutôt qu’il englobe tout. Les créatures ne font pas irruption dans un monde réel, car il n’y a pas de monde réel à pénétrer». Pour mieux comprendre ce point, voir le no. 4 dans ce Top 10 :

> Ces films modernes qui oublient qu’on peut dire que quelque chose semble faux

«Ce n’est pas que le Jurassic Park original paraît mieux parce que le CGI est meilleur, mais plutôt que le film original a su cacher ses effets. À l’exception de la scène du brachiosaure extrêmement datée, la plupart des effets dans Jurassic Park sont dissimulés par la pluie et l’obscurité.

112614_Mosasaur_CloseUp«Jurassic World, par contre, lance ses marionnettes numériques directement dans nos visages comme s’il s’agissait d’une tarte à la crème remplie de dents. Ils nous poussent littéralement dans une gorge CGI, comme pour dire “Hé, regardez moi ça!”, de sorte que nous n’avons d’autre choix que de relever ses imperfections».

> Les grosses séquences d’effets visuels doivent être traitées avec révérence

Essentiellement, l’on se doit de conserver la magie du cinéma. Plus gros et plus vite ne sont pas nécessairement synonymes de meilleur. Cracked illustre parfaitement une certaine perte d’admiration pour le CGI, tant du côté des créateurs que des spectateurs, en rappelant la durée des métamorphoses d’Optimus Prime dans la série des Transformers : 40 secondes dans le premier film, 10 dans le deuxième et 5 dans le troisième. Pour conserver l’esprit de l’analogie : une démonstration de CGI était il n’y a pas si longtemps un vrai évènement, qu’on prenait le temps d’apprécier. Aujourd’hui, dans certains (trop de) cas, il s’agit d’un jouet pas tout à fait rodé dont la présence est à la fois exigée et banalisée.

Voici un autre Top 10, qui nous rappelle qu’il fût un temps où l’on approchait le CGI comme il se doit, avec des yeux d’enfant :

À lire aussi :

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Jeudi 9 juillet 2015 | Mise en ligne à 17h45 | Commenter Commentaires (21)

Retour sur le Superman de Tim Burton et Nicolas Cage

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Largement perçu comme l’un des plus grands films jamais faits – du moins par les fanas de BD – Superman Lives de Tim Burton est le sujet d’un documentaire crowdsourcé disponible à partir d’aujourd’hui en VOD. The Death of Superman Lives: What Happened? inclut des entrevues avec les principaux membres de l’équipe créative du projet avorté, exception faite de l’homme d’acier lui-même, Nicolas Cage. Ce dernier y est cependant présent via un extrait vidéo montrant un essayage de costume; des images inédites jusqu’à tout récemment considérées comme le «Saint-Graal» de la culture des superhéros.

L’intérêt porté à Superman Lives est tout à fait justifié. Tim Burton, qui avait revigoré le genre du comic au cinéma grâce à ses Batman, allait ramener au grand écran le plus fameux des justiciers costumés de tous les temps. Et dans le rôle-titre, une star établie qui n’a jamais caché son obsession envers Superman. Rappelons que Cage a baptisé son fils Kal-El, et qu’il était l’un des rares détenteurs d’une des BD les plus précieuses qui soient, Action Comics #1, datant de 1938, qui introduit l’homme d’acier (l’acteur a malheureusement perdu son inestimable copie, épisode qui a inspiré un long métrage à venir).

Précisons qu’on parle ici du Burton et du Cage du milieu des années 1990; bien avant que le premier ne vive une crise d’inspiration, et que le second ne devienne le running gag préféré de la planète cinéma

> Le «Saint-Graal» apparaît à partir de 0:55 dans cet extrait du documentaire de Jon Schnepp :

Superman Lives a été initié par Kevin Smith – encore une fois, rappelons que Kevin Smith (Clerks, Chasing Amy) fut l’un des talents alternatifs les plus prisés à l’époque; on est très loin du Kevin Smith de Cop Out. Donc, il a écrit un scénario basé d’après la BD The Death of Superman, et sous la supervision de Jon Peters, qui avait produit les Batman de Burton.

Malgré son CV, Peters ne semblait cependant pas très au fait des fondements du projet de 100 millions $ qu’il était en train de développer. D’après le reportage du New York Post :

Peters a donné trois directives à Smith. Il ne voulait pas voir Superman dans son costume habituel; il ne voulait pas le voir voler; et Superman devait affronter une araignée géante, puisque, selon Peters, «Elles sont les tueuses les plus féroces dans le royaume des insectes».

Smith est revenu plus tard à la maison de Peters pour lui lire à voix haute 80 pages d’une ébauche de scénario. Peters à par la suite regardé dans un cadre qu’il a fait avec ses pouces et ses index, comme s’il imitait la forme d’un écran de cinéma.

Tout d’abord, selon Smith, Peters lui a demandé, «Who the fuck is Kal-El?» (Kal-El est le vrai nom de Superman.) Puis, tandis que Smith expliquait comment le méchant, Brainiac, se rendrait à la Forteresse de la Solitude de Superman, pour finalement la retrouver déserte, Peters lui a demandé, «Brainiac ne pourrait-il pas quand même s’y battre avec quelqu’un? Qu’en est-il des gardes du corps de Superman? De ses soldats?».

Cela a troublé Smith, étant donné que Superman n’a jamais eu de gardes. Il est Superman. Il n’en a pas besoin.

«Eh bien, ça se passe dans l’Antarctique. Pourquoi pas des ours polaires?», a poursuivi Peters. «Ils sont les tueurs les plus féroces dans le règne animal».

Le renvoi de Smith ne fut qu’une formalité après cette curieuse rencontre. Peters engagea par la suite Wesley Strick, qui avait co-signé quelques années plus tôt Arachnophobia, film d’horreur catastrophe mettant en vedette des mygales géantes; un accomplissement qui a certainement amadoué le producteur arachnophile. Le nouveau scénario a fusionné les deux méchants de l’original, à savoir Brainiac et Lex Luthor, qui sont devenus «Luthiac»…

Un troisième et dernier scénariste fut finalement appelé en renfort. Dan Gilroy, qui a impressionné l’an dernier avec son premier long métrage en tant que réalisateur Nightcrawler, a affirmé à Indiewire en octobre 2014 que Superman Lives serait resté «à jamais gravé dans les annales». Il a décrit son scénario ainsi :

J’ai été très épris par l’approche de Tim, selon laquelle Kal-El n’a pas été informé par Jor-El [son père], avant qu’il ne soit mis dans le petit vaisseau spatial, sur qui il était ni d’où il venait. Donc, le pauvre petit Kal-El, quand il s’amène sur Terre, il n’a aucune maudite idée d’où il vient. Sa plus grande crainte est qu’il est un extraterrestre.

Notre Superman est en thérapie au début du film. Il est dans une relation avec Lois Lane mais il ne parvient pas à s’engager. Ou peut-être est-il en thérapie de couple. Quoi qu’il en soit, il ne peut pas s’engager parce qu’il ne sait pas qui il est ou ce qui se passe avec lui. Il espère qu’il a une condition physiologique qui lui donne ces pouvoirs, mais qu’il est néanmoins humain.

Tôt dans le récit, quand Lex Luthor découvre les restes de l’engin spatial, il réalise soudain – «Oh mon dieu, je suis un extraterrestre!». Cela portait essentiellement sur son traumatisme psychologique. J’adorais ça.

Pour récapituler : une sorte de Superman emo qui doit composer avec son statut d’outsider; on n’est en effet pas loin des fameux héros burtoniens comme Pee-wee Herman, Edward Scissorhands, Beetlejuice, Ed Wood et même Batman.

Warner Bros. a mis un frein à la production de Superman Lives quelques semaines avant le début prévu du tournage. La raison invoquée : un risque trop important considérant la récente série de flops à grande échelle (Major League: Back to the Minors, The Postman, Tarzan and the Lost City) qu’a essuyée le studio.

Le casting aurait inclus Sandra Bullock dans le rôle de Lois Lane et Chris Rock dans celui de son collègue photojournaliste Jimmy Olson. Chez les méchants, Christopher Walken aurait renoué avec Burton après Batman Returns pour incarner Brainiac, tandis que Kevin Spacey aurait prêté ses traits à Lex Luthor, personnage qu’il a fini par jouer dans le mal-aimé Superman Returns (2006) de Bryan Singer.

Il s’agit pour Tim Burton de sa plus grande peine d’amour artistique. D’après son témoignage dans le docu, il ne semble toujours pas s’en être tout à fait remis, réprimandant le réalisateur : «Pourquoi essaies-tu de me déprimer autant? Quelqu’un a-t-il du cyanure que je peux prendre?». Un sentiment que semble partager Nicolas Cage, qui a confié au Metro britannique en décembre 2013 :

Écoutez, je ne veux pas être un de ces gars qui déplore toutes sortes de choses. Mais Tim Burton est-il un de mes réalisateurs préférés? Oui. Ai-je vu quelques-uns de ses dessins indiquant sa vision? Oui. Et je vais vous dire, ils étaient fantastiques, et cela aurait été une expérience hallucinante. Avais-je une idée quant à la façon de jouer le personnage? Oui, et je peux vous dire qu’elle était courageuse. Alors peut-être que Warner Bros. a eu peur parce qu’ils faisaient face à deux artistes qui n’avaient pas peur de prendre des chances.

Le concept du zéro risque demeure une chimère. Warner pensait avoir évité un paquet de troubles en stoppant Superman Lives, et a réinjecté une bonne partie de son budget dans ce qu’il croyait être une valeur sûre : une comédie-western mettant en vedette Will Smith intitulée Wild Wild West (1999). Le film s’est transformé en l’un des flops commerciaux et critiques les plus notoires de l’histoire du studio. Et ce, malgré la présence d’une araignée mécanique géante, qui fut volontiers approuvée par son producteur, Jon Peters.

À lire aussi :

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