Jozef Siroka

Mardi 18 juin 2013 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (22)

Man of Steel : contre le super-héros «réaliste»

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Est-ce un oiseau? Est-ce un avion? Non, c’est… Kal-El, un trentenaire emo déchiré entre deux pères et deux univers, arborant un gros kleenex rouge dans le dos afin d’essuyer les nombreuses super-larmes provoquées par son éprouvante quête de découverte de soi. Parce que, oui, pour reprendre les paroles du réalisateur de Man of Steel, le Superman 2.0 du 21e siècle «doit être pris au sérieux». On doit sacrifier la joie pure suscitée par un surhomme omnipotent au profit d’un portrait «réaliste» du plus fameux personnage de bande dessinée de l’histoire.

Depuis les Batman de Christopher Nolan et les James Bond de Daniel Craig, la notion de ramener davantage sur terre des héros qui autrefois embrassaient aisément un caractère plus fantastique – à la fois témoins et acteurs d’un monde reconnaissable mais foncièrement fictif – a été largement validée par le public et la critique. En particulier la critique, qui faisait souvent le raccourci malheureux entre le réalisme des nouvelles versions et leur qualité artistique. L’agent 007 et le chevalier noir agissent comme des adultes et, ainsi, nous les adultes leur en sommes reconnaissants.

L’influence de Nolan sur Man of Steel est manifeste. En plus d’écrire une première version du scénario avec David S. Goyer (qui a d’ailleurs signé sa trilogie The Dark Knight) il a supervisé le projet à titre de «parrain» à la demande de Warner Bros., désireux de mettre toutes les chances de son côté en recyclant la formule nolanienne. En entrevue pendant la préproduction du film, Goyer a expliqué sa méthode :

Christopher Nolan et moi avons essayé de ramener le naturalisme de la trilogie Batman. Notre approche a toujours été naturaliste, réaliste; nous essayons toujours d’imaginer ces histoires comme si elles pouvaient se produire dans le même monde que celui dans lequel nous vivons. Ce n’est pas une chose facile avec Superman, et cela ne signifie pas nécessairement que ce sera un film sombre, mais en travaillant sur ce reboot nous avons réfléchi à ce qui se passerait si une telle histoire se produisait réellement. Comment les gens réagiraient? Quel impact aurait la présence de Superman dans le monde réel? Ce que j’aime faire ce sont des histoires situées dans des «genres» qui, cependant, ne sont pas des dessins animés ou des bandes dessinées.

Le pari ici est donc d’intégrer organiquement la présence d’un personnage surnaturel dans le monde naturel. En d’autres mots, le point de vue réaliste doit toujours avoir préséance sur l’aspect fantastique de l’oeuvre. C’est pour cela, par exemple, que Superman n’est que très tardivement identifié par son nom de super-héros dans le récit, puisque ce sont les humains du film qui doivent d’abord rationaliser son existence. Même chose pour Batman, qui est surnommé «THE Batman» chez Nolan; l’entité devient définie, encadrée par un réel tangible. On lui retire un peu plus son mystère, son imprévisibilité, sa capacité d’émerveillement.

Et c’est ce qui nous amène au second passage en gras de la citation, le plus problématique: la tentative de débédéiser la BD. Cette approche peut se justifier dans la trilogie The Dark Knight, alors que Batman représente une force obscure mais cependant indispensable pour assurer le maintien de la civilisation. La transition de l’esthétique BD au genre du thriller d’action paranoïaque s’est fait assez harmonieusement.

Mais Superman, le représentant de l’Espoir avec un grand E (ou S, en kryptonien)? Était-ce nécessaire de l’embourber lui aussi dans un univers vraisemblable mû par la menace terroriste et la crainte de l’annihilation de nos cités? D’en faire une figure christique lugubre descendue sur terre à l’aube d’une apocalypse illustrée à même les manchettes des quotidiens?

Il n’y a rien de mal en soi à vouloir faire un film de super-héros réaliste. Il faudrait cependant intégrer à ce style un propos narratif qui l’est tout autant. Résumer les principaux enjeux dramatiques à une bataille finale à mains nues entre deux surhommes quasi-invincibles ne fait pas très sérieux. Mais y a-t-il vraiment une autre alternative? Peut-on faire un film pour adultes basé d’après une oeuvre originale essentiellement destinée aux enfants? Ou, plutôt, devrait-on le faire?

Quand je pense à Superman, il me vient immédiatement à l’esprit les images d’un jeune homme souriant aux cheveux gominés, affublé d’un costume aux couleurs primaires vives, qui fait tout ce qui lui plaît: en principe des gestes héroïques qui tiennent lieu de fantasmes altruistes. Son objectif premier est de divertir et faire rêver le garçon de 10 ans qui se dissimule en nous tous, de lui montrer le côté lumineux de la condition humaine. De, justement, décrocher de la réalité.

À lire aussi :

> Autour du réalisme
> Batman ne porterait pas le carré rouge

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Lundi 17 juin 2013 | Mise en ligne à 16h45 | Commenter Commentaires (24)

Spielberg et Lucas, prophètes de malheur

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Quand on apprend que Steven Spielberg, le cinéaste le plus influent à Hollywood au cours des trois dernières décennies, est passé «si près» de devoir se tourner vers la télévision pour produire son dernier film, c’est qu’il y a un sérieux problème en la demeure.

Cette révélation choquante a été dévoilée par le principal intéressé lors d’une conférence à la University of Southern California, mercredi dernier. Spielberg était accompagné sur scène de son bon ami George Lucas. D’humeur passablement pessimiste, les deux fondateurs du blockbuster moderne ont prédit que l’industrie allait subir des changements drastiques dans les années à venir, et que la transition ne se ferait pas sans heurts.

«Il y aura éventuellement une implosion – ou une grande crise. Il va y avoir une implosion où trois ou quatre ou peut-être même une demi-douzaine de films à méga budget vont s’écraser, et cela va changer le paradigme», a prédit Spielberg, dénonçant au détour la frigidité des studios envers les idées «en marge», comme son Lincoln, qui a failli devenir un projet de HBO, avec peu ou pas d’opportunité de projection en salle.

Lucas, quant à lui, prévoit qu’après cette débâcle, le modèle d’affaire des salles de cinéma va s’apparenter davantage à celui de Broadway, avec moins de films et moins de salles, toutefois remplies de «belles choses». La durée d’affiche serait beaucoup plus longue et les prix d’admission varieraient entre 50$ et 150$. Le budget du film déterminerait le prix du billet, et la taille de l’écran.

Le nerf de la guerre

Profitant d’une tribune sur Salon, la productrice Lynda Obst (Sleepless in Seattle, Contact) a mis en ligne un extrait de son livre dans lequel elle s’emploie à déterminer les causes du déclin de l’industrie. Pour trouver des réponses, elle s’est entretenue avec Peter Chernin, ancien patron chez Twentieth Century Fox considéré comme l’un des magnats les plus puissants du milieu. Selon lui, le nerf de la guerre à Hollywood se résume en trois simples lettres : DVD.

Voici une compilation des déclarations de Chernin à ce sujet :

L’industrie du cinéma, si vous mettez tous les studios ensemble, fonctionne avec une marge de profit d’environ 10%. Pour chaque milliard de dollars de recettes, ils font une centaine de millions de dollars de profits. C’est la business, n’est-ce pas?

Le marché du DVD représentait 50% de leurs bénéfices. Cinquante pour cent. Le déclin de cette activité signifie que la totalité de leurs bénéfices pourrait descendre entre quarante et cinquante pour cent pour les nouveaux films.

Je pense que les deux forces motrices de ce que vous appelez la Grande Contraction étaient la récession et la transition du marché du DVD. Les mauvaises nouvelles ont commencé en 2008.

Le marché international va encore croître, mais le marché du DVD ne reviendra plus. Les consommateurs vont acheter leurs films sur Netflix, iTunes, Amazon, etc. avant d’acheter un DVD.

Les implications sont que ces studios sont gelés. La grande implication est que ces studios sont terrifiés de faire quoi que ce soit.

Fin salutaire d’un cycle

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En gros, les avancées technologiques dans le secteur de la diffusion des produits de divertissement sont en train d’enrayer le massif engrenage hollywoodien. L’industrie réagit en mettant sur la glace tout produit original, préférant miser sur des «valeurs sûres», en y injectant de plus en plus d’argent. Elle avance en reculant, tout en souffrant d’amnésie. En effet, ce qui a engendré l’ère des blockbusters, ce sont justement des projets hors norme que les prédécesseurs des grands décideurs d’aujourd’hui abordaient avec scepticisme à l’époque.

Dans une réponse très habile à la conférence de Spielberg et Lucas, Drew McWeeny de HitFix rappelle l’origine du cycle actuel, explique que sa fin est nécessaire et inévitable, avant de conclure que la qualité artistique finit toujours par se frayer un chemin à travers les méandres d’une conjoncture économique donnée. Extraits :

Peu importe le succès que George Lucas a finalement eu avec Star Wars, quand il l’a fait, il n’y avait rien à propos de ce film qui lui garantissait un succès facile. Il n’adaptait pas du matériel déjà existant. Il a rendu hommage à ce qui était essentiellement une forme morte à l’époque, l’opéra de l’espace, et il a commencé la production du film sans être certain qu’il lui était techniquement possible de le terminer. Et Jaws n’était guère un succès garanti pour Spielberg, qui a fameusement passé la plupart du tournage si stressé que c’est stupéfiant qu’il l’ait terminé. [...]

Une des raisons pourquoi tout est basé sur quelque chose d’autre, qu’il s’agisse d’un remake ou une adaptation ou d’une suite ou d’un prequel ou autre chose, c’est parce que Hollywood est devenu incroyablement nerveux à l’idée de prendre des risques, mais en même temps, les studios ont soit laissé monter en flèche le budget moyen ou sont déterminés de faire des films pour de la monnaie. Quand tout ce que vous faites coûte soit moins de 5 millions $ ou plus de 150 millions $, le modèle est brisé. Il y a très peu de place pour l’échec avec les grands films, et on ne peut pas vraiment compter sur les petits films.

En fin de compte, ce que Spielberg décrit est quelque chose que je pense qui devrait se produire. Plus important encore, c’est quelque chose qui s’est produit avant. Hollywood était complètement perdu à la fin des années 1960, et les choses qu’il produisait étaient de plus en plus destinées à un public qui n’existait pas. Le public avait faim pour quelque chose de nouveau, et dans un monde post Easy Rider, ils l’ont obtenu. Quelqu’un a finalement commencé à parler aux spectateurs dans une langue qu’ils reconnaissaient à nouveau, et la structure du pouvoir s’est déplacée complètement, et l’industrie a réussi à grandir d’une manière nouvelle et différente.

Eh bien, ce temps est de retour, et la vraie leçon à tirer de l’histoire est que les cinéastes vont trouver un moyen pour plier le système à leur volonté, et ceux qui trouvent ​​la façon d’atteindre le nouveau public permettront de créer la prochaine version de notre industrie, quelle qu’elle soit. La distribution [des films] va peut-être changer, les lieux et les façons que nous les regardons peuvent changer, mais dans le fond, ce sera toujours à propos de réalisateurs qui racontent des histoires que les gens veulent voir. Les grandes histoires ou les petites histoires, ce n’est pas ce qui compte, et ce ne l’a jamais vraiment été. Ce qui importe, c’est que nous arrêtions de courir après l’argent et de faire semblant que débiter des conneries pré-traitées est un moyen de corriger quoi que ce soit. Le public mérite mieux, tout comme les cinéastes.

«Le modèle des grands studios est fucké»

Très à propos, cette discussion d’une heure sur l’état de l’industrie entre deux critiques poids-lourds, David Denby du New Yorker et A.O. Scott du New York Times, qui a eu lieu le 24 avril dernier dans le cadre du Festival de Tribeca.

À lire aussi :

> La nouvelle relativité de l’échec
> Hollywood court-il à sa perte?

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Samedi 15 juin 2013 | Mise en ligne à 14h45 | Commenter Commentaires (8)

Le court du week-end : Mickey Mouse in Vietnam

Mickey Mouse qui termine son aventure avec une balle dans la tête. On peut comprendre Walt Disney d’avoir essayé de détruire toutes les copies de ce court métrage underground non autorisé.

Mickey Mouse in Vietnam a été produit en 1968 par Lee Savage et Milton Glaser – le créateur du fameux logo I ♥ NY – afin de protester contre la guerre au Vietnam. On est loin de la propagande de Donald Duck dans Der Fuehrer’s Face

Mickey Mouse in Vietnam n’est devenu disponible pour le grand public qu’en avril dernier, lorsqu’un internaute l’a «silencieusement téléchargé» sur YouTube. Plus de détails sur Vimeo.

Mise à jour : Bon, Vimeo s’est fait tirer les oreilles… On verra si YouTube saura tenir le coup :

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