Jozef Siroka

Mardi 29 juillet 2014 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Un commentaire

Le retour «furieux» de Mad Max

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Un quart de siècle de développement. C’est long, mais, d’après les réactions au Comic-Con ce week-end, il semblerait que l’attente en a valu la peine. La convention de fanboys réunis à San Diego a éclaté de joie le week-end dernier en voyant la bande-annonce de Mad Max: Fury Road, le quatrième chapitre de la plus fameuse franchise d’action à sortir du pays des kangourous.

La «route furieuse» sur laquelle s’est embarqué George Miller n’a pas été de tout repos. Le cinéaste australien au parcours atypique – au-delà de sa violente trilogie, il a réalisé les bien plus inoffensifs The Witches of Eastwick, Lorenzo’s Oil, Babe: Pig in the City et Happy Feet – avait songé à un Mad Max 4 peu de temps après Beyond Thunderdome, sorti en 1985, qui a vu Mel Gibson endosser pour une troisième fois l’uniforme du justicier post-apocalyptique.

L’acteur de 58 ans aujourd’hui tombé en disgrâce s’était montré intéressé par une suite, mais a abandonné l’idée au tournant du millénaire… avant de confirmer sa participation en 2003, quand Miller a obtenu 100 millions $ pour tourner Fury Road en Namibie. Heath Ledger était même pressenti pour jouer son acolyte. Le projet a cependant été suspendu dès la pré-production; on s’inquiétait de la «nature politique potentiellement sensible» du film alors que se déclenchait la guerre en Irak.

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Six ans plus tard, Miller annonce qu’il va replonger dans l’univers de Mad Max via un film d’animation en 3D, et parle même d’en faire un jeu vidéo. Mais ces lubies ne sont que de courte durée puisqu’en 2009 la production suspendue reçoit à nouveau le feu vert. Tom Hardy reprend le flambeau de Mel Gibson, tandis que Charlize Theron assure le principal rôle féminin. De nouveaux délais mystérieux s’ensuivent, mais les caméras commencent finalement à tourner en juillet 2012.

Quoique tout ne s’est pas déroulé en douceur: des environnementalistes ont accusé l’équipe de tournage d’endommager l’écosystème fragile de la Namibie, un représentant de Warner Bros. a été dépêché sur les lieux afin d’y agir comme «les yeux et les oreilles du studio», enfin, en novembre dernier, des scènes ont dû être refilmées, en Australie, neuf mois après la fin officielle du tournage. Quelques jours plus tard, une date de sortie a été annoncée: le 15 mai 2015.

Miller affirme que Fury Road n’est pas vraiment une suite mais plutôt une «nouvelle interprétation de la franchise. En conférence de presse à Comic-Con, il a décrit son film comme «un western sur roues. Même si c’est dans le futur, on est revenu à des comportements plus primaires, plus médiévaux. Le décor est très frugal et limpide».

Hardy, de son côté, a dit à Collider que son Max est «un loup affamé. Ou comme un chat que vous mettez dans le bain. Vous prenez un chat par la gorge et vous le plongez sous la putain d’eau. C’est de ça que j’aurai l’air. Mais comme un puma. Très affamé et très dangereux. C’est le genre de gars qui ne va pas bien.»

FURY ROADUne première version de Mad Max: Fury Road a eu des projections-test très positives. Un fan ayant vu le film en Californie le compare à un « Mad Max 2: The Road Warrior sur stéroïdes. On sent les 30 années de passion de la part de Miller pour ce monde qu’il a construit il y a si longtemps exploser à l’écran.» Du côté de Badass Digest on approuve; un ami du site affirme que le film est «impressionnant» et qu’il consiste «en une rude course-poursuite du début à la fin remplie d’action incroyable». Paraît-il aussi que Hardy a récupéré la voix de Bane pour Max. Et, comme on peu le voir, son masque aussi…

Malgré les rumeurs persistantes, Mel Gibson ne fera pas d’apparition surprise dans Fury Road. Ce n’est pas dire que Miller a rompu les liens avec le passé. En effet, il a co-écrit le scénario avec Nick Lathouris, qui jouait le rôle d’un mécanicien, surnommé Grease Rat, dans le Mad Max original. De ce film de 1979, une autre figure, bien plus imposante celle-là, effectuera un retour devant la caméra. Hugh Keays-Byrne, le sadique leader des motards Toecutter, prendra cette fois-ci les traits inquiétants de Immortan Joe, le principal antagoniste dans Fury Road.

D’après le nouveau synopsis publié récemment par la production, ainsi que celui datant de mai dernier, le récemment endeuillé Max se lie avec une certaine Furiosa (Theron) qui, en compagnie d’un groupe de rebelles/mannequins, fuit la désertique et dangereuse Citadelle en direction de son pays natal. Le cortège devra au préalable faire face au susmentionné Immortan Joe, un seigneur de guerre qui clame que «quelque chose d’irremplaçable» lui a été volé.

À noter que Miller a confirmé lundi avoir écrit le scénario de la suite de Fury Road, qu’on présume être Furiosa, ainsi qu’une novellisation, le tout dans l’espoir de mettre les jalons d’une nouvelle trilogie Mad Max.

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Des pèlerins qui auraient visité le tombeau de Stanley Kubrick peu après sa mort, dans le nord de Londres, auraient été surpris d’entendre un curieux vacarme six pieds sous terre. Le mythique cinéaste a dû en effet s’être violemment retourné dans sa tombe après avoir eu vent de la décision de Warner Bros. de censurer une des séquences de son oeuvre ultime, Eyes Wide Shut.

Comme on le sait, Kubrick était un maniaque du contrôle; aucun détail, aussi infime soit-il, relatif à la production ou à la distribution de ses films, ne lui échappait. Après que Universal lui eut retiré le droit au final cut de Spartacus, en 1960, il s’était juré de ne plus jamais se retrouver à la merci des studios, de quelque manière que ce soit. Pendant les quatre décennies qui ont suivi, il a réussi à jouir d’une indépendance absolue quasi-inédite, et ce, jusqu’à son dernier souffle.

Kubrick est mort le 7 mars 1999, quatre jours après avoir projeté la version finale de Eyes Wide Shut à un groupe restreint de collaborateurs et de proches. Il a affirmé que le film était sa «plus grande contribution au cinéma». Qu’un des plus grands cinéastes de l’histoire ait livré à Warner ce qu’il considérait être son meilleur film à vie n’a cependant pas ému les pontes du studio, qui étaient en train d’établir une stratégie marketing au même moment que le monde du cinéma pleurait une de ses légendes.

Le principal obstacle à la mise en marché de Eyes Wide Shut? Sa nature sexuellement explicite. La version originale s’est fait attribuer la cote NC-17 par la MPAA, ce qui signifie: interdit aux spectateurs âgés de moins de 17 ans, mais aussi, et surtout, une nette diminution de la promotion dans les médias de masse et une frilosité de la part des grandes chaînes de cinémas. Pour obtenir la nettement plus commerciale cote R (les 16 ans et moins doivent être accompagnés d’un adulte), Warner a choisi d’altérer la séquence de l’orgie, en ajoutant des personnages numériques qui voilent les actes les plus osés (on peut consulter ici un comparatif entre les deux versions).

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La censure de Warner a provoqué un tollé chez les principaux groupes de critiques à l’époque, le New York Film Critics Circle déclarant que la MPAA était «hors de contrôle», qu’elle était devenue «une force punitive et restrictive qui piétine sur la liberté des cinéastes américains», et qu’elle «avait créé sa propre zone de puritanisme impulsif». Roger Ebert, quant à lui, a affirmé à la fin de sa critique positive du film: «Cela montre bien l’hypocrisie morale de la censure, qui peut obliger un grand réalisateur à altérer son œuvre, tandis que par le même processus, elle rend son film pour adultes plus accessible à un jeune public».

Malgré le fait que la vision de Kubrick n’est pas demeurée intacte, beaucoup de cinéphiles s’entendent pour dire que ces quelque 65 secondes partiellement modifiées n’ont pas porté atteinte à la qualité générale de l’oeuvre. Le problème se situe ailleurs, dans l’échec du film à sauver le mal-aimé NC-17 et, par extension, de légitimer un «cinéma adulte» aux yeux des grands studios et du grand public.

En effet, l’opportunité était immense: le couple royal d’Hollywood qui s’associe à un cinéaste mythique qui n’a pas sorti de film en 12 ans. Une équipe idéale pour promouvoir la notion taboue d’un type de productions à grande échelle faites par des adultes, qui montrent des adultes faire des activités adultes, et destinées à un public adulte.

Dans un essai publié dans le magazine Forbes la semaine dernière, à l’occasion du 15e anniversaire de la sortie en salles d’Eyes Wide Shut, Scott Mendelson tente de s’imaginer le destin du film s’il avait conservé sa version originale:

Il y aurait-il tant de spectateurs adultes prêts à acheter un billet pour voir un drame érotique de 159 minutes coté R mettant en vedette Tom Cruise et Nicole Kidman qui, soudainement, seraient devenus nerveux à l’idée de voir le même film s’il avait été coté NC-17? Je dirais que la réponse est non. Je dirais que Eyes Wide Shut aurait seulement fait un peu moins d’argent, mais prouvé qu’une version NC-17 peut engranger des sommes comparables par rapport au même film coté R, pourvu qu’elle ait obtenu les mêmes opportunités en terme de marketing et de distribution.

Aujourd’hui, un autre film très attendu à saveur sexuelle est en train de susciter la conversation. Fifty Shades of Grey, dont la bande-annonce a été dévoilée ce matin, est basé d’après une série de romans pour adultes monstrueusement populaire qui dépeint la relation teintée de sado-masochisme entre un playboy millionnaire et une jeune ingénue.

Malgré l’immense (et aujourd’hui indispensable) «brand recognition» dont jouit la production, le studio a préféré opter pour la prudence, y allant d’une illustration relativement soft pour dépeindre l’action, et ainsi se qualifier pour la fameuse cote R. Pour reprendre l’argument du producteur Michael De Luca : «Évidemment, le film ne peut être aussi explicite que le livre».

Comme ça, les mères de 40-50 ans – le public cible de la trilogie romanesque – pourront aller voir le film accompagnées de leurs ados sans souci… Et on peut aussi présumer que ces mêmes mamans auraient fui comme la peste une hypothétique version NC-17 de l’adaptation cinématographique des romans hard qu’elles ont pourtant dévoré avec passion…

Pour reprendre la réflexion de Mendelson : Dans un univers alternatif où Eyes Wide Shut avait été distribué dans sa version originale, serait-on aujourd’hui en train de se préparer à la venue du premier véritable blockbuster S&M de l’histoire d’Hollywood?

À lire aussi :

> Après 22 ans, le NC-17 n’a toujours pas la cote
> Eyes Wide Shut : «Un jour, j’ai eu une illumination»
> Le prix (élevé) du cinéma pour adultes

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Lundi 21 juillet 2014 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (36)

Le cinéma n’est pas du «contenu», tonne Nolan

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Alors qu’il est en train d’apporter les touches finales à son thriller de science-fiction Interstellar, en salle le 7 novembre, Christopher Nolan a pris le temps de pondre une chronique sur l’avenir du cinéma dans le Wall Street Journal. Pas tant l’avenir des films en tant que tel, que notre manière de les «consommer».

Un des principaux apôtres de la pellicule dans l’industrie, Nolan fait un lien direct entre la disparition de cette technologie centenaire et une philosophie de distribution plus mercantile que jamais. Il dit craindre un «futur dans lequel la salle de cinéma deviendra ce que Tarantino a identifié comme “la télévision en public”».

La possibilité de changer de poste en est la clé. Le distributeur ou le propriétaire de salle (la question vitale est de savoir qui contrôle la télécommande) serait en mesure de modifier le contenu en cours de lecture, instantanément. La performance d’un film présenté en matinée déterminerait s’il sera projeté en soirée, ou si le projecteur revient au blockbuster de la semaine dernière. Ce processus pourrait même être automatisé en fonction des ventes de billets dans l’intérêt de «l’équité».

La numérisation du cinéma – la transformation de lourdes bobines en un «flux de données» immatériel – permet selon Nolan d’insérer plus facilement le 7e art dans une sorte de bouillie de divertissement hétéroclite : le fameux «contenu». «Du jargon qui prétend élever la créativité, mais qui en fait banalise des différences de forme qui ont été importantes pour les créateurs et le public», croit-il.

Le contenu peut être porté sur les téléphones, les montres, les pompes de station-service ou tout autre écran, et l’idée serait que les salles de cinéma devraient reconnaître leur place comme une autre de ces «plates-formes», mais avec des écrans et des porte-gobelets plus grands.

Malgré ce sombre constat, le réalisateur de la série The Dark Knight ne croit pas que la projection dans les salles traditionnelles disparaîtra de sitôt.

Du moment que les films ne pourront plus être définis que par la technologie, on démasquera des fondements puissants – la pérennité, le dépaysement, l’expérience partagée de ces récits. […] Le public donnera son argent à ces studios, ces salles et ces cinéastes qui apprécient la valeur de l’expérience en salle et qui créeront une nouvelle distinction avec le divertissement à domicile qui saura le ravir – tout comme les films ont riposté avec des écrans larges et le son multipiste lorsque la télévision s’est agrippée à ses talons.

Nolan critique d’ailleurs la stratégie des studios et des exploitants qui consiste à introduire une panoplie de «gimmicks» afin de gonfler le prix des billets, question de palier à la baisse constante de la fréquentation en salle. Une problématique que Marc-André a examiné en détail dans un billet en mars dernier, et qu’un article du New York Times a également décortiqué le mois suivant.

Contrairement à George Lucas et à ses implants neurologiques, Nolan se garde de prédire en détail l’avenir du cinéma en salle, se contentant de dire que «les salles seront plus grandes et plus belles que jamais», et «qu’elles emploieront des formats de présentation coûteux qui ne pourront être reproduits à la maison (comme, ironiquement, la pellicule)».

En attendant de voir ce que le futur nous réserve, plusieurs campagnes de sensibilisation sont en train de se mettre sur pied afin de sauver et de restaurer le cinéma sur pellicule. Parmi ces initiatives on retrouve le American Genre Film Archive, qui entrepose quelque 3000 copies 35 mm de films de genre des années 1960-80. L’institution, appuyée par des cinéastes de renom comme Nicolas Winding Refn et Paul Thomas Anderson, a récemment réussi à amasser 15 000$ afin de procéder à sa première restauration numérique. Il s’agit d’un film de science-fiction trash de 1975 intitulé The Astrologer, l’histoire d’un diseur de bonne aventure qui découvre qu’il a des habiletés psychiques avant de devenir le conseiller du président des États-Unis.

Dans la vidéo ci-dessous, Tim League, le fondateur de la chaîne de cinémas préférée des cinéphiles américains Alamo Drafthouse, explique le projet :

Il faut toutefois préciser que cette sacralisation de la pellicule n’est pas au goût de tous. Et je ne parle pas que de la nouvelle génération «branchée». Prenez ce vieux dinosaure William Friedkin qui, lors d’une classe de maître à Karlovy Vary dans le cadre de la restauration de Sorcerer, prend plaisir à se moquer des puristes qui «croient que le 35 mm est l’unique format du vrai cinéma». Un contrepoids progressiste (et coloré!) au conservatisme dogmatique de Nolan et cie. À voir entre 14:45 – 22:00.

À lire aussi :

> Un premier studio majeur renonce à la pellicule
> La plus grande révolution de l’histoire du cinéma
> Christopher Nolan, dernier grand apôtre de la pellicule

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