Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Récompenses’

André Melançon - 1
(Photo : André Pichette, La Presse)

Si vous étiez à l’écoute de la Soirée des Jutra, vous savez à quel point l’hommage rendu à André Melançon a été touchant.

Au cours d’une cérémonie marquée par la qualité des remerciements (Anne Dorval, Xavier Dolan, André Turpin et quelques autres), monsieur Melançon s’est particulièrement distingué en livrant un discours inspirant, qui remet en contexte l’histoire – et l’avenir – de notre cinéma.

Le voici, dans son intégralité :

Je tiens tout d’abord à remercier, du plus profond de mon cœur, les membres du comité qui ont choisi de m’accorder cet honneur.

Je suis cinéaste depuis plus de quarante ans et j’ai toujours considéré ce métier comme un immense privilège.

L’attention que vous m’accordez ce soir enveloppe ce privilège d’une chaleur et d’une ferveur particulières.

Permettez-moi de saluer à mon tour trois groupes de cinéastes qui occupent une place essentielle à l’intérieur de mon parcours professionnel.

Je veux parler de ceux et celles d’avant, de ceux et celles de pendant et de ceux et celles d’après.

Je salue d’abord les premiers cinéastes québécois, ces hommes et ces quelques femmes, qui ont ouvert la voie, qui ont tracé les premiers sillons.

Ces cinéastes des années 50 et 60 nous ont légué, à travers leurs premiers documentaires puis leurs premières fictions un regard et une écoute d’un peuple en devenir.

Venus d’horizons divers, ces pionniers ont créé et enraciné une cinématographie qui nous appartient. Nous savions lire et écrire ; ils nous ont appris à regarder, à écouter et à raconter.

Merci à ces artisans, à cette équipe française de l’Office National du Film.

Ces cinéastes ont instauré ce qu’il conviendrait d’appeler la première école de cinéma au Canada.

Je salue ensuite les cinéastes, ces hommes et ces femmes (un peu plus nombreuses), qui ont pris le relais et qui ont poursuivi cette quête indispensable de nos racines et de nos destinations.

Cette seconde génération, à qui je me réjouis d’appartenir, a provoqué, en quelques décennies, l’éclatement et la pluralité des genres, des styles, des langages cinématographiques.

Elle a aussi assuré les bases d’une industrie cohérente et inventive qui, contre vents et marées, se bonifie avec les années.

J’ai partagé avec ces cinéastes de grands moments de bonheur et d’inévitables périodes de doutes, de questionnements et de combats.

Je les en remercie

Je salue enfin les cinéastes, ces hommes et ces femmes (heureusement encore plus nombreuses), qui, marchant derrière nous, assument le relais, la poursuite de nos quêtes tout en créant leurs propres références.

Permettez, jeunes hommes et jeunes femmes, à un vieux qui n’est pas encore tout à fait sage de vous soumettre sans vergogne quelques modestes recommandations.

Étonnez-nous, questionnez-nous, bousculez-nous.

Faites nous rire, faites nous pleurer ; c’est important.

Faites nous penser ; c’est important.

Faites nous rêver ; c’est essentiel.

Proposez-nous des façons nouvelles, différentes de voir le monde.

Amenez-nous vers l’ouverture et l’empathie.

À l’image de ce très beau titre de film de Michel Brault et de Pierre Perrault, faites cet admirable métier POUR LA SUITE DU MONDE.

Longue vie à la culture québécoise.

Longue vie au cinéma québécois.

Et longue vie à la cinémathèque québécoise.

Dans un contexte où, en ce moment, l’air est particulièrement vicié dès qu’il est question de culture, que voilà des paroles réconfortantes. Merci monsieur Melançon.

André Melançon, l’enfant du cinéma (André Duchesne).

Xavier Dolan a aussi livré un discours bien senti lors de la remise du tout dernier trophée de la soirée, soit celui du meilleur film de l’année (attribué à Mommy bien sûr). Encore là, des mots justes. En voici la transcription :

Un simple mot sur la diversité et la richesse du cinéma québécois. Un cinéma salue à l’international. Certains déplorent son insuccès ici, chez lui, c’est vrai. Mais est ce le public qu’on doit blâmer, ou l’industrie ? Je ne pense pas qu’on puisse, dans une démocratie artistique, dire aux gens quoi écrire, quoi filmer. En me faisant l’avocat du diable, j’ai envie de vous dire que d’un côté, sans le public québécois, c’est le cinéma qui débarque, mais notre culture aussi, puis ensuite notre identité, notre mémoire… Et donc la vôtre aussi, à ceux qui nous regardent a la maison…. Les réalisateurs et scénaristes du cinéma québécois vous offrent un regard parfois sombre mais intime sur notre société. Cette même société qui, en une semaine, peut faire acte d’un grand manque d’empathie, et de compassion. Je pense que la société et les artistes peuvent élever le débat quand d’autres, malheureusement, abaissent le niveau, et font honte a notre intelligence. Qu’est ce qui nous intéresse en tant que société? Qu’est-ce qui vaut la peine d’être dit? Qu’est ce qu’il faut avoir l’élégance, l’intelligence de dire, et de taire? J’espère que le cinéma québécois, maintenant, et dans les années à venir, pourra nous montrer la voie. Comme dirait Dumbledore, vous savez, on peut trouver le bonheur même dans les moments les plus sombres… Il suffit de se souvenir d’allumer la lumière.

Nancy Grant : l’audacieuse productrice derrière Mommy (André Duchesne).

Compte-rendu de la Soirée des Jutra.

Compte Twitter : @MALussier

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Vendredi 20 février 2015 | Mise en ligne à 18h42 | Commenter Commentaires (10)

César du meilleur film étranger : le discours de Xavier Dolan

Mommy - 1

Suzanne Clément dans Mommy

On n’y croyait pas vraiment tellement la compétition était forte. Mommy vient de remporter à Paris le César du meilleur film étranger. C’était la quatrième fois qu’un film de Xavier Dolan était sélectionné dans cette catégorie.

Le cinéaste n’était pas à Paris pour cueillir son prix mais Suzanne Clément, en tournage en France présentement, est allée chercher le trophée sur la scène du Théâtre Chatelet, accompagnée de la productrice Nancy Grant. Malheureusement, peu de gens ont pu goûter ce moment au Québec. La diffusion de la cérémonie sur le site web de Canal Plus s’est brusquement interrompue au bout de trois heures…

J’ai pu mettre la main sur le discours qu’a fait parvenir Xavier Dolan à la direction de l’Académie des César. Le voici :

«Je regrette de ne pouvoir être des vôtres ce soir. Merci à l’Académie et à ses membres. Merci à ma productrice Nancy Grant pour son amitié que rien n’ébranle, pour sa générosité, sa complicité, son intelligence. Merci à ma famille et mes amis, de m’avoir accepté moi, et d’avoir accepté ma vie. Merci à Marin, Nathanaël et Elisha Karmitz, merci à Monica Donati, du fond du coeur. Merci à mes agents Nathalie, Marie-Claude et Camille Goodwin, Virginie Bazin et Grégory Weill. Merci à l’équipe du film, et merci, enfin, aux acteurs. Je souhaite à tous de travailler avec des comédiens qui ont autant d’imagination. L’imagination et le caractère sont les vertus les plus précieuses des acteurs. Elles sont aussi les plus rares, parce que les gens recherchent l’uniformité, le non-jeu, et la norme. Alors je remercie mes acteurs de leur audace, et de leur liberté. !

Aussi, je vois comme la France fût pour moi, au cours des dernières années, un lieu d’acceptation et de fraternité. Je voudrais donc ce soir vous remercier, remercier Thierry Frémaux, Christian Jeune et le Festival de Cannes, remercier la Quinzaine des Réalisateurs, et remercier les César de m’avoir depuis le tout début remarqué, et accepté. En plus de m’avoir donné votre amitié, vous m’avez donné la parole, vous m’avez donné du courage, et de la confiance. Et il faut tellement de confiance pour réussir dans ce métier. Une confiance qui peut être jugée, mal interprétée, et qui peut s’écrouler souvent, et rapidement.!

En choisissant Mommy vous dites aussi que les films dits d’amour peuvent encore se démarquer, malgré le cinéma sombre et sérieux que commande cette époque. Vous dites que, malgré les divergences, les désaccords, les accents, les cultures, les couleurs, qui sont uniques, nos cœurs, à travers l’art, battent à l’unisson. Merci d’avoir compris mon histoire. Merci de m’accorder cette chance.»

L’article de la Presse canadienne.

Compte Twitter : @MALussier

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Mercredi 18 février 2015 | Mise en ligne à 8h13 | Commenter Commentaires (4)

Vendredi : les César du cinéma français

Saint Laurent - Affiche

La 40ème nuit des César du cinéma français a lieu vendredi. Particularité cette année : les deux films sur Yves Saint Laurent recueillent 17 nominations en tout. Celui de Bertrand Bonello (Saint Laurent) mène le bal avec 10 nominations; celui de Jalil Lespert (Yves Saint Laurent) est en lice dans sept catégories. Aux dernières nouvelles, le Saint Laurent de Bonello, déjà présenté à Cinémania, prendra l’affiche en salles au Québec le 22 mai, soit un peu plus d’un an après son lancement au Festival de Cannes l’an dernier (où il fut écarté du palmarès).

Parmi les autres films en lice, il convient de souligner la remarquable performance du premier long métrage de Thomas Cailley Les combattants (neuf nominations), de même que celle de Timbuktu. Le puissant film d’Abderrhamane Sissako a obtenu huit nominations.

Par le bout de notre lorgnette, nous surveillerons bien sûr la catégorie du meilleur film étranger, où Mommy (Xavier Dolan) est en lice, de même que celle de la meilleure actrice de soutien. Grâce à sa performance dans Yves Saint Laurent (Jalil lespert), Charlotte Le Bon pourrait en effet mettre la main sur un César.

Vous avez été quelques-uns a me demander si la cérémonie sera télédiffusée à TV5. La réponse ? Non. Depuis maintenant quelques années, il faut plutôt suivre les César sur le web. Canal Plus Canada avait été mis en contribution l’an dernier mais à ce qu’on me dit, il n’est pas du tout certain que le site, en complète refonte semble-t-il, soit de la partie cette fois.

Il faudra donc se rabattre sur la bonne vieille méthode : le site web de Canal Plus en France. Pour y avoir accès, il faudra impérativement régler l’heure de nos ordinateurs sur l’heure française (+ 6 heures). La cérémonie, présidée par Dany Boon et présentée par Édouard Baer, commencera vendredi à 21h (15h à l’heure du Québec).

Les liens :

Les nominations

Le dossier César sur le site de Canal Plus.

Compte Twitter : @MALussier

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