Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Récompenses’

Jeudi 24 mars 2016 | Mise en ligne à 12h13 | Commenter Commentaires (22)

Gala du cinéma : une question franche. Et brutale.

Gala - Bonnier

Céline Bonnier (La passion d’Augustine), meilleure actrice
Photo : Olivier Jean – La Presse

Est-ce qu’un gala conçu pour la télévision constitue le meilleur moyen de mettre en valeur le cinéma d’ici ?

Au cours des récentes années, les cotes d’écoute du Gala du cinéma québécois (anciennement la Soirée des Jutra) se sont maintenues de façon assez constante. Bon an mal an, environ 700 000 téléspectateurs se pointent au rendez-vous. Et ce, peu importe le profil des films sélectionnés.

Dimanche soir, on ne comptait que 531 000 fidèles au poste. En terme de visibilité, ce chiffre est tout à fait honorable, bien sûr. Mais dans le contexte télévisuel du dimanche soir, il frôle carrément le désastre. On se demande même combien de temps encore Radio-Canada tolérera la diffusion sur sa chaîne principale d’un gala qui, dans les faits, attire beaucoup moins de téléspectateurs que n’importe quelle édition de Tout le monde en parle.

On nous répondra que le diffuseur public est très impliqué dans la production cinématographique. Qu’il est de son devoir de faire écho à la culture d’ici. Certes.

Mais il y a quand même lieu de poser la question. Est-ce qu’un gala conçu pour la télévision constitue le meilleur moyen de mettre en valeur le cinéma d’ici ? Y a-t-il un seul téléspectateur qui, après le gala de dimanche, a ensuite eu l’irrépressible envie de voir Félix et Meira ou Les démons ?

Et si tant est que la pertinence d’un tel gala ne soit pas remise en cause, est-il impératif de le programmer un dimanche soir contre toutes les StarAc et autres La Voix de ce monde ? La seule fois où le Gala a obtenu des cotes de l’ampleur de celles de TLMEP remonte à 2011. C’était l’année où TVA s’était lancée dans un concept de ligue de garage de hockey, lequel n’a convaincu personne. Ceci explique cela.

Pourquoi pas un… samedi ?

En France, la cérémonie des César a désormais lieu un vendredi. Aux États-Unis, la soirée des Oscars a très longtemps été tenue le lundi soir. On peut tomber sur un gala à la télé n’importe quel jour de la semaine.

Pourquoi pas un samedi alors ? On pourrait très bien profiter de la locomotive formidable qu’est En direct de l’univers – une édition spéciale consacrée au cinéma – pour ensuite enchaîner avec le gala. On aurait très bien pu imaginer, par exemple, un En direct de l’univers avec François Dompierre, à qui l’on a rendu un bel hommage au gala. D’autant que l’oeuvre est très riche. Pourquoi s’obstiner à se rendre directement à l’abattoir un dimanche ?

Au-delà de ça, une réflexion s’impose. Comme l’a si bien fait remarquer Irdens Exantus dans un numéro savoureux, au cours duquel il a repris son personnage de Guibord s’en va-t-en guerre, les films québécois ont bien du mal à se faire valoir, particulièrement à la télévision.

Aucune promotion, aucun encadrement. Et des cases horaires impossibles. Or, la télévision reste encore – quoi qu’on en dise – un puissant véhicule éducatif. Et devrait, par définition, participer à l’épanouissement d’une relève cinéphile.

À cet égard, il convient de souligner la merveilleuse initiative qu’ont prise les organisateurs du Prix collégial du cinéma. Depuis cinq ans, des étudiants recrutés dans des CEGEPS de partout au Québec voient des films, en discutent, et choisissent le long métrage qui, à leurs yeux, est le meilleur de l’année. En 2016, ces étudiants ont choisi Chorus, le très beau film de François Delisle. Ils prouvent ainsi qu’une relève cinéphile existe vraiment. Et que l’art cinématographique ne se limite pas seulement au divertissement à choisir dans un parc d’attractions.

Si un travail aussi pertinent et utile peut être fait de façon souterraine et obtenir un succès aussi tangible, imaginez si la télévision décidait de s’y mettre vraiment !

Site officiel – Prix du cinéma collégial

Avenir du cinéma québécois : des cégépiens se prononcent (Hugo Pilon-Larose)

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Jeudi 17 mars 2016 | Mise en ligne à 12h54 | Commenter Commentaires (7)

Gala du cinéma québécois : choix et prédictions

Gala - Affiche

Au moment où la liste des nominations fut dévoilée, tout le monde pensait alors célébrer la 18ème Soirée des Jutra. Suite à la révélation des pratiques pédophiles de Claude Jutra, corroborées par les témoignages accablants de deux victimes présumées, la direction de Québec Cinéma a dû retirer le nom du cinéaste de l’événement. Et repenser le gala en conséquence. À cet égard, je vous invite à lire le grand reportage que nous consacrons à ce dossier vendredi dans La Presse +. Au cours des dernières semaines, j’ai en effet eu l’occasion de suivre toutes les étapes de la préparation d’un gala pas comme les autres, y compris la gestion de crise.

Ces quelques jours où tout a basculé…

Gala du cinéma québécois : Que le spectacle continue !

Gala du cinéma québécois : un trophée unique

Cela dit, la raison d’être de ce gala reste quand même de célébrer l’excellence des artisans d’aujourd’hui. Et l’on compte bien passer en mode «célébration» très rapidement au gala de dimanche, non sans avoir bien entendu abordé au préalable le contexte bien particulier dans lequel il se tient.

Une chose est certaine : les prédictions sont très difficiles à faire cette année. Personne ne sait dans quelle direction ira le vote des membres. Mais bon. Faisons quand même l’exercice pour les catégories de pointe. Sachez aussi qu’à compter d’aujourd’hui, et pour 72 heures, les films finalistes peuvent être vus en ligne sur différentes plateformes. Ces visionnements sont gratuits pour les abonnés et peuvent être loués à faible prix pour les non abonnés. Pour plus de détails :

Sprint Pré Gala

Meilleur scénario :
Choix : Félix et Meira
Prédiction : Félix et Meira
En principe, Alexandre Laferrière et Maxime Giroux devraient obtenir le trophée grâce au scénario fin et subtil qu’ils ont écrit. La passion d’Augustine pourrait toutefois venir brouiller les pistes.

Meilleure actrice de soutien :
Choix : Christine Beaulieu (Le mirage)
Prédiction : Diane Lavallée (La passion d’Augustine)
Ce sera probablement l’une des catégories où le trophée sera le plus chaudement disputé. Christine Beaulieu module magnifiquement les nuances d’un personnage qui aurait facilement pu tomber dans la caricature. Diane Lavallée est aussi remarquable dans la peau d’une religieuse très à cheval sur les principes.

Meilleur acteur de soutien :
Choix : Irdens Exantus (Guibord s’en va-t-en guerre)
Prédiction : Irdens Exantus (Guibord s’en va-t-en guerre)
Dès qu’il se présente dans le bureau du député, le personnage de Souverain, que campe avec talent Irdens Exantus, nous séduit d’emblée. Ses plus sérieux rivaux sont Tony Nardi, subtil et émouvant dans Corbo, de même que Luzer Twersky, remarquable dans le rôle du mari de Meira dans Félix et Meira.

Meilleure actrice :
Choix : Fanny Mallette (Chorus)
Prédiction : Céline Bonnier (La passion d’Augustine)
Martine Francke, remarquable dans Antoine et Marie, étant la grande absente de cette catégorie, mon choix se reporte sur Fanny Mallette, excellente dans Chorus. Le film de François Delisle aurait d’ailleurs dû être mieux représenté dans les principales catégories. Cela dit, les cinq actrices en lice livrent de solides performances.

Meilleur acteur :
Choix : Gilbert Sicotte (Paul à Québec)
Prédiction : Gilbert Sicotte (Paul à Québec)
Même s’il a obtenu le trophée il y a trois ans à peine grâce au film de Sébastien Pilote Le vendeur, Gilbert Sicotte devrait être à nouveau célébré. D’autant que plusieurs voient comme une injustice le fait que Paul à Québec ne soit cité qu’une seule fois.

Meilleure réalisation :
Choix : Philippe Lesage (Les démons)
Prédiction : Léa Pool (La passion d’Augustine)
Les choix de réalisation qu’a effectués Philippe Lesage dans Les démons relèvent du grand art. Mais son film n’a pas assez d’appuis pour propulser le cinéaste à l’avant scène. Dans une course qui s’annonce très ouverte, on ne s’étonnera guère si les votants préfèrent attribuer le prix à Léa Pool. D’autant qu’il viendrait couronner une carrière déjà très riche.

Meilleur film :
Choix : Félix et Meira
Prédiction : La passion d’Augustine
Mon véritable choix aurait été Chorus. Cela dit, le film de Maxime Giroux est à mon sens le meilleur des cinq films retenus. Mais dans une course où plusieurs films étiquetés «pointus» se font la lutte (ce qui a suscité une énième controverse), on peut prévoir que les «professionnels de la profession» opteront pour le plus consensuel du lot. La passion d’Augustine – un très beau film soit dit en passant – a de surcroît obtenu un grand succès populaire. Dont acte.

Quelques liens :

Site officiel du Gala du cinéma québécois.

La liste des finalistes (par catégories)

La liste des finalistes (par films)

Les Jutra font encore scandale ? Vraiment ???

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Jeudi 28 janvier 2016 | Mise en ligne à 16h14 | Commenter Commentaires (8)

Ces trois films en lice aux César sortiront-ils au Québec?

Marguerite - Photo

Catherine Frot dans Marguerite

Si vous suivez un peu le domaine, vous savez maintenant que le film de Xavier Giannoli, Marguerite, et celui d’Arnaud Desplechin, Trois souvenirs de jeunesse, dominent la course des César du cinéma français avec 11 mises en nomination chacun. Des sept longs métrages en lice dans la catégorie du meilleur film de l’année, trois n’ont toujours pas encore de contrat de distribution pour le territoire québécois en poche : Marguerite, La tête haute (Emmanuelle Bercot) et La loi du marché (Stéphane Brizé).

Ce fait étonne d’autant plus que Marguerite, dont la tête d’affiche est Catherine Frot, fait partie de ces films français – de plus en plus rares – qui pourraient fort bien tirer leur épingle du jeu chez nous. La tête haute, qui a ouvert le Festival de Cannes l’an dernier, met de son côté en vedette Catherine Deneuve. Quant au film de Brizé La loi du marché, aussi lancé sur la Croisette l’an dernier, il a valu à Vincent Lindon, rappelons-le, le prix d’interprétation masculine du Festival.

Vérification faite auprès de Memento Films International, chargé des ventes internationales de Marguerite, il appert qu’une entente devrait être conclue très bientôt avec un distributeur canadien. Comme le film a déjà été acheté par Cohen Media Group aux États-Unis, on ne sait toutefois pas si cette entente est négociée de façon indépendante pour le marché francophone du Canada. Dossier à suivre.

Les droits de La tête haute ont par ailleurs été acquis par Search Engine Films, une petite société torontoise. Quel est le plan du distributeur pour la sortie du film au Québec ? Mystère.

Quant à La loi du marché, les droits ont été acquis par la société américaine Kino Lorber, une compagnie dont le catalogue contient plusieurs films internationaux. On ne sait rien de l’intention du distributeur non plus.

Une chose est certaine, cette inféodation de notre marché avec celui de l’ensemble de l’Amérique du Nord a de quoi soulever l’ire des distributeurs québécois. Qui n’ont pratiquement plus aucune marge de manoeuvre, même avec les films français (de langue française, faut-il préciser) pour lesquels le Québec constitue, dans les faits, le premier marché en Amérique du Nord. Ceux-ci doivent en effet rivaliser avec des distributeurs américains à qui l’on cède des droits en échange d’une bouchée de pain et de belles promesses (rarement tenues). La perspective de pouvoir «percer» le marché américain l’emporte ainsi sur tout le reste.

Misère.

La 41ème cérémonie des César aura lieu le 26 février.

La liste complète des nominations.

Lien YouTube.

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