Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Personnalités’

Samedi 20 février 2016 | Mise en ligne à 9h51 | Commenter Commentaires (8)

Race, c’est aussi un film sur Leni Riefenstahl…

Riefenstahl - 1

Leni Riefenstahl

À mon sens, l’un des aspects les plus intéressants de l’histoire de Race (10 secondes de liberté en version française) est consacré au cinéma. Dans ce film où l’on relate les exploits exceptionnels de l’athlète américain Jesse Owens aux Jeux olympiques de Berlin en 1936, une bonne partie du récit attire l’attention sur la cinéaste Leni Riefenstahl. Interprétée dans le film par Carice Van Houten, Leni Riefenstahl a eu le mandat de capter pour la postérité la grandeur de ces jeux emblématiques du régime nazi, lesquels, espérait Hitler, devaient prouver la supériorité de la race aryenne. Le film, qui comporte deux parties, a pour titre Olympia (Les dieux du stade en français). Et il a fait école.

La cinéaste, reconnue pour sa virtuosité technique et son sens de l’esthétisme, a été stigmatisée par la suite à cause de ses accointances avec le pouvoir hitlérien. Jusqu’à sa mort en 2003 (à l’âge de 101 ans !), Leni Riefenstahl a toujours jeté ces accusations du revers de la main. Elle s’est toutefois recyclée dans la photographie après la guerre.

Petite anecdote : dans le film des Jeux de la XXIe Olympiade, tenus à Montréal en 1976, on peut voir brièvement, à la 69e minute, un plan dans lequel Leni Riefenstahl, alors âgée de 73 ans, capte des clichés des compétitions de gymnastique – c’était dans l’ancien Forum – auxquelles participait notamment Nadia Comaneci, la reine des Jeux de Montréal. Frau Riefenstahl faisait à l’époque partie des invités d’honneur du comité olympique montréalais.*

Pour ceux et celles qui aimeraient en savoir peut-être un peu plus, je reproduis ici un article rédigé par notre regretté collègue Serge Dussault, publié dans La Presse le 23 avril 1994. C’était au moment de la sortie d’un documentaire de Ray Müller, intitulé The Wonderful, Horrible, Life of Leni Riefenstahl :

«Fascinant personnage, cette Leni Riefensthal. Longtemps honnie, toujours controversée après avoir été adulée comme peu de cinéastes l’ont été.

On lui reproche encore son amitié avec Hitler pour lequel elle a tourné en 1934 l’extraordinaire film de propagande qu’était Le triomphe de la volonté . Elle se défend dans un documentaire que lui consacre le cinéaste allemand Ray Müller, The Wonderful, Horrible, Life of Leni Riefensthal que présente le Cinéma de Paris (avec sous-titres anglais). «Propagande, non! répond-elle. Il n’y a aucun commentaire dans mon film!»

Mais les images parlent. Éloquemment. Müller nous en montre quelques-unes. D’une perfection éblouissante. Leni Riefensthal avait le sens de l’image, le génie du montage. «Vous n’allez tout de même pas me reprocher d’avoir fait un film intéressant», dit-elle à l’intervieweur.

Müller insiste: elle n’a jamais rompu avec Hitler, ni pris position contre lui. Leni Riefenstahl se choque, secoue le bras de Müller. «C’est faux, c’est faux! Je ne savais pas…»

Leni Riefenstahl avait 90 ans quand Müller a tourné son documentaire. Elle faisait encore de la plongée sous-marine et filmait aussi merveilleusement les fonds marins qu’autrefois les dieux du stade… Sa mémoire était – est encore, probablement – infaillible. Elle se souvient de tout. Où elle plaçait ses caméras, l’ouverture des lentilles…

Il faut se reporter aux années trente pour comprendre ce qu’a été sa vie. Née en 1902, elle se fait un petit nom comme danseuse. Un cinéaste la remarque, la fait jouer. Elle apprend les secrets du métier. Elle tourne quelques films qui plaisent à Hitler. La voici l’intime des puissants. Le führer la fascine, elle ne s’en cache pas. «Mais je n’ai jamais été membre du parti nazi», afirme-t-elle.

Se pose de façon aiguë la question de la responsabilité de l’artiste dans la société. Müller ne tranche pas, il laisse Riefenstahl se défendre. On peut la croire. On peut aussi mettre en doute sa sincérité. Vous en jugerez.

Müller combine adroitement les extraits de films et les commentaires qu’en fait la cinéaste. Nous la voyons à différentes époques de sa vie. On la retrouve au stade de Nuremberg où elle a tourné le Triomphe de la volonté ; à celui de Berlin où elle a fait deux ans plus tard les Dieux du stade – avec génie et, faut-il dire, grâce aux moyens exceptionnels mis à sa disposition. Dans une salle de montage, elle raconte comment elle travaillait, souligne avec fierté ses audaces qui n’ont été dépassées, je crois, que par celles d’Abel Gance.

Après la guerre, on lui a interdit de tourner. Mise à l’index, en quelque sorte. Elle a, sans succès, essayé de se remettre au travail, puis elle est partie en Afrique, en a rapporté des documentaires non sans parenté avec ceux qu’elle tournait autrefois.

Coupable, Leni Riefenstahl ? Je ne sais pas. Mais assurément l’une des cinéastes les plus douées de ce siècle.

Le film de Müller fait trois heures. S’il lui en avait donné la permission, sans doute Leni Riefenstahl aurait-elle resserré le montage…»

Quelques liens utiles :

Stephan James : dans les pas de Jesse Owens (interview)

Comment le Québec a porté Jesse Owens au grand écran
(Vincent Brousseau-Pouliot)

Jesse Owens, P.Q. (Simon Drouin)

Les Jeux de la XXIe Olympiade (Jean-Claude Labrecque)

* Merci à Albert Ohayon, analyste à la collection de l’ONF, pour cette info.

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Vendredi 22 janvier 2016 | Mise en ligne à 8h44 | Commenter Commentaires (2)

Un clip signé Denis Côté et Nicolas Roy

Le site Libé.fr a mis en ligne ce matin en avant-première un vidéoclip réalisé par Denis Côté et Nicolas Roy.

Pour mettre en images le titre Ici aussi, extrait du nouvel enregistrement du groupe Institut, les cinéastes ont privilégié une approche vintage en utilisant des images tirées d’un document réalisé en 1959 pour le Ministère de la Santé du Québec. Voici la note que Denis Côté a fait parvenir à Libération :

«Le matériel visuel, obtenu grâce à une permission de Bibliothèque et archives nationales du Québec, est tiré de Médecine d’aujourd’hui, un document de vingt-six minutes réalisé pour le ministère de la Santé en 1959 et supervisé par un abbé célèbre nommé Maurice Proulx. Fils d’agriculteur devenu prêtre à la fin des années 20, amoureux du pouvoir des images animées, Proulx s’est emparé de cette industrie naissante pour donner au peuple et aux régimes d’Adélard Godbout et de Maurice Duplessis des films pédagogiques à la narration impeccable autour de thèmes variés comme la colonisation, la religion, l’agronomie ou la mécanisation au Québec.»

Rappelons que le nouveau long métrage de Denis Côté, Boris sans Béatrice, sera en lice pour l’Ours d’or du Festival de Berlin très bientôt. Il prendra l’affiche au Québec le 4 mars.

L’article du Libération.

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Lundi 11 janvier 2016 | Mise en ligne à 8h19 | Commenter Commentaires (11)

In Memoriam David Bowie

Bowie - 1

David Bowie dans The Hunger

Cette  nuit, l’annonce de la disparition de David Bowie a créé une véritable onde de choc. Simplement rappeler qu’à l’artiste de génie s’ajoute aussi un acteur dont le talent a su se faire valoir dans quelques films. Sur son site, le magazine Première a recensé les dix meilleurs rôles de David Bowie au cinéma. À mon sens, sa présence dans le très beau film Merry Christmas Mr. Lawrence, réalisé par Nagisa Oshima en 1983, restera la plus marquante.

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Sa musique a aussi servi à çà :

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Et à çà :

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«Beau oui, comme Bowie» a un jour écrit Gainsbourg dans une chanson interprétée par Isabelle Adjani…

Quelques liens :

David Bowie meurt d’un cancer (AFP)

«Un «extraterrestre» au cinéma (AFP)

L’Homme qui venait d’ailleurs (Jozef Siroka)

Après l’ultime coup de théâtre, David Bowie en 10 cycles (Alain Brunet)

Dix-sept vidéos en hommage à Bowie (Richard Hétu)

Il nous a encore eus (Alain de Repentigny)

L’avant-gardiste (Marc Cassivi)

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