Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Oscars’

Vendredi 18 décembre 2015 | Mise en ligne à 17h47 | Commenter Aucun commentaire

Oscar langue étrangère : des choix surprenants

Fils de Saul - Affiche

Saul Fia reste le grand favori

L’Académie des arts et des sciences du cinéma a pris tout le monde par surprise jeudi en annonçant en soirée (heure de l’est) la liste des neuf longs métrages encore admissibles dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère. Il suffisait aussi de jeter un coup d’oeil sur cette liste pour se rendre compte que nous n’allions pas être au bout de nos surprises tout de suite.

Honnêtement, je croyais sincèrement aux chances de Félix et Meira d’avancer au moins jusqu’aux «demi-finales». Il a été écarté dès le premier tour. En plus d’être de très belle qualité, le film de Maxime Giroux s’est d’abord fait remarquer sur le circuit des festivals. Il a ensuite bénéficié d’une vraie sortie en salles aux États-Unis. Même s’il a été présenté dans un circuit très limité, Félix et Meira a néanmoins suscité l’intérêt des médias. De bons papiers ont été publiés dans des publications spécialisées, mais aussi dans de grands journaux, notamment le New York Times.

Cela dit, l’Académie a aussi jeté quelques choux gras. La plus spectaculaire omission reste sans doute celle du film de Hou Hsiao Hsien The Assassin, vénéré par l’ensemble de la critique. On peut en dire autant du remarquable film de Pablo Larrain El Club (Chili), de l’entrée brésilienne The Second Mother, tout autant que du film suédois Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence.

Voici, donc, la liste des neuf longs métrages qui ont encore une chance de décrocher l’une des cinq nominations :

Le labyrinthe du silence de Giulio Ricciarelli (Allemagne)
Le tout nouveau testament de Jaco Van Dormael (Belgique)
Embrace of the Serpent de Ciro Guerra (Colombie)
A War de Tobias Lindholm (Danemark)
The Fencer de Klaus Härö (Finlande)
Mustang de Deniz Gamze Ergüven (France)
Le fils de Saul de László Nemes (Hongrie)
Viva de Paddy Breathnach (Irlande)
Theeb de Naji Abu Nowar (Jordanie)

Pendant la première étape du processus, quelques centaines d’Académiciens, divisés en quatre groupes, s’engagent à visionner les quelques 20 longs métrages qu’on leur montre. les six films ayant obtenu le plus grand score passent au second tour. Trois titres sont par ailleurs choisis par un comité de «grands électeurs», histoire de ne pas «échapper» de candidature importante. Certains diront qu’un système qui laisse quand même de côté un film comme The Assassin ne fonctionne pas. C’est peut-être vrai. Aucun système n’est parfait.

On passe maintenant à l’étape suivante. Un comité sera maintenant invité à visionner trois longs métrages par jour les 8, 9 et 10 janvier prochain. C’est à ce moment que les cinq finalistes seront choisis. L’annonce sera faite le 14 janvier, en même temps que l’ensemble des nominations.

Un grand favori semble se détacher du lot : Le fils de Saul, Grand Prix du jury à Cannes, est un film exceptionnel. On voit mal comment il ne pourrait pas se rendre jusqu’au bout. Il prend l’affiche le 15 janvier au Québec.

Oscar du film en langue étrangère : 81 pays en lice.

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Samedi 17 octobre 2015 | Mise en ligne à 10h18 | Commenter Commentaires (6)

Disqualification du Dernier loup aux Oscars : étrange…

Le dernier loup - Affiche

Un film «pas assez chinois»

Le nom de la catégorie étant «meilleur film en langue étrangère», autrement dit meilleur film tourné dans une langue autre que l’anglais, pourquoi l’origine nationale est-elle si importante au fait ?

Jean-Jacques Annaud est en furie. On le serait à moins. Son plus récent film Le dernier loup (Wolf Totem), qui fut lancé chez nous au FFM, a été disqualifié de la prochaine course aux Oscars dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère. Aux yeux de l’Académie, cette adaptation d’un roman chinois de Jiang Rong, tournée en Chine en mandarin et en mongol, choisie par le comité chinois pour aller représenter l’Empire du milieu à Hollywood, ne serait pas assez «chinoise».

Ce coup d’éclat met ainsi en relief le flou artistique entourant les critères selon lesquels un film peut être admis (ou pas) dans la course. Cette décision surprend d’autant plus que l’an dernier, la Chine a pu soumettre sans problème Le promeneur d’oiseau, un film réalisé par un autre cinéaste français (Philippe Muyl), coproduit avec la France et pour lequel une équipe française a été mise à contribution. Pourquoi disqualifier Le dernier loup alors ? Une production chinoise pour laquelle la France a participé à hauteur d’environ 20% ?

Le nom de la catégorie étant «meilleur film de langue étrangère», autrement dit meilleur film tourné dans une langue autre que l’anglais, pourquoi l’origine nationale est-elle si importante au fait ? Dans la nouvelle économie du cinéma, bien malins sont ceux qui parviennent à monter financièrement des productions d’envergure à l’intérieur d’un même pays. Au festival de Cannes, les bannières nationales ont d’ailleurs été éliminées. Trop compliqué.

Dans les interviews accordées aux médias français et américains, Jean-Jacques Annaud suggère que cette décision découlerait peut-être de la «menace» que constituerait l’industrie du cinéma chinois aux yeux des bonzes de Hollywood. Il fait aussi valoir que le cinéma américain s’est construit une identité en attirant les talents créatifs d’artistes venus de tous les coins de la planète. Pourquoi ne pourrait-il en être de même pour les autres ?

Hollywood était bien content d’accueillir les réalisateurs du monde entier. Ce pays est influent parce que c’est un incroyable aspirateur de talents : de Fritz Lang à Milos Forman en passant par Murnau ou Tourneur, il a co-produit les films des plus grands réalisateurs. Et que seraient les westerns américains sans la musique d’Ennio Moriccone ? L’Académie est en contradiction totale avec sa pratique et le mouvement actuel du cinéma qui tend vers l’intégration et la globalisation. – Jean-Jacques Annaud (Première)

Rappelons que Mustang, qui représente la France cette année, est un film tourné en langue turque, tournée en Turquie par une réalisatrice franco-turque. Quelqu’un au sein de l’Académie s’est levé pour dire que Mustang n’était «pas assez français» ? Non.

D’autres avancent par ailleurs que le retrait du film de Annaud serait dû au sentiment de mécontentement (compréhensible) qui anime les autres cinéastes chinois. Qui verraient d’un mauvais oeil un cinéaste étranger représenter leur pays aux Oscars pour une deuxième année consécutive. Cette controverse ne date pourtant d’hier. Et le comité chinois a décidé d’aller de l’avant quand même en assumant son choix. Et en faisant du Dernier loup sa sélection officielle.

Je ne sais si cet épisode aura un effet sur la suite des choses, mais il est clair qu’un jour, il faudra bien que l’Académie adapte ses règlements à la nouvelle réalité du cinéma mondial.

Si le sujet vous intéresse, voici quelques liens :

Director Jean-Jacques Annaud Slams Academy (The Hollywood Reporter)

Jean-Jacques Annaud : «Disqualifier Le dernier loup aux Oscars est un choix 100 % hollywoodien (Première)

Oscar film langue étrangère : 81 pays en lice.

Il danse avec les films.

En désespoir de cause, la Chine s’est rabattue sur la comédie Go Away Mr. Tumor, une comédie romantique pratiquement inconnue sur la scène internationale, réalisée par Han Yan.

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Samedi 26 septembre 2015 | Mise en ligne à 5h04 | Commenter Commentaires (2)

Oscar film langue étrangère : une bonne décision

Félix et Meira - Affiche

Même si on s’y attendait fortement, il y a lieu de se réjouir de la sélection de Félix et Meira pour représenter le Canada aux Oscars dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère. Le très beau drame de Maxime Giroux, lauréat du prix du meilleur film canadien au TIFF l’an dernier, bénéficie déjà d’une vraie notoriété auprès du milieu du cinéma américain. Là-bas, le film a d’ailleurs obtenu un beau succès lors de sa diffusion dans les circuits spécialisés.

La liste complète des candidats sera annoncée seulement la semaine prochaine (les différents comités nationaux ont jusqu’au 1 octobre pour soumettre une candidature), mais on compte déjà 63 longs métrages en lice.

Comme nous l’avons déjà mentionné, le film hongrois Saul Fia, Grand Prix du jury à Cannes, part avec une longueur d’avance. Ce premier long métrage de László Nemes raconte la Shoah d’une façon complètement inédite.

Parmi les films ayant déjà acquis une réputation enviable sur le circuit des festivals, mentionnons The Assassin de Hou Hsiao Hsien (Taïwan), Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence de Roy Andersson (Suède), et Mustang de Deniz Gamze Ergüven (France). Lundi, l’Italie annoncera sa candidature. Mia Madre (Nanni Moretti) aurait, dit-on, de fortes chances d’être choisi.

On note aussi que la Belgique a choisi Le tout nouveau testament. Le film de Jaco Van Dormael, lancé à la Quinzaine des réalisateurs, ouvrira le 44ème Festival du nouveau cinéma de Montréal le 7 octobre.

Quelques faits intéressants à noter :

D’abord, parlons de Mustang, la sélection française. Personne ne pourra accuser le comité français d’avoir manqué d’audace, d’autant qu’on produit plus de 250 longs métrages par an dans l’Hexagone. La Palme d’or du Festival de Cannes a même été attribuée à un film français cette année (Dheepan de Jacques Audiard). Or, voilà que la France envoie aux Oscars un film réalisé par une cinéaste franco-turque, tourné intégralement en Turquie dans la langue de Nuri Bilge Ceylan. Sauf erreur, il s’agit d’une première dans le cas de la France. Dont la dernière victoire remonte à… 1993 (Indochine de Régis Wargnier).

En vertu des règlements de l’Académie, un pays peut très bien soumettre un film tourné dans une langue qui lui est étrangère. Le seul critère : que cette langue ne soit pas l’anglais. Rappelons qu’il y a quelques années, le film canadien de Deepa Mehta Water, tourné principalement en hindi, s’était retrouvé finaliste. Incidemment, plusieurs dialogues de Félix et Meira sont en yiddish.

L’an dernier, la Russie avait un peu surpris tout le monde en envoyant dans la mêlée un film pourtant très critique du régime et de ses dirigeants. Leviathan a d’ailleurs été retenu parmi les cinq finalistes dans la catégorie. Cette année, le comité russe a choisi de soumettre un film réalisé par Nikita Mikhalkov, grand ami du régime et fervent défenseur des politiques de Vladimir Poutine. Bien que déjà lauréat d’un Oscar il y a vingt ans (grâce au magnifique Soleil trompeur), le cinéaste a pratiquement perdu toute crédibilité sur le circuit international. A l’extérieur du territoire russe, Sunstroke a été montré en Serbie et au festival de Shanghai.

L’Iran n’a par ailleurs pas annoncé ses couleurs encore, mais on s’attend à ce que Muhammad – The Messenger of God soit retenu. Le film de Majid Majidi, présenté en ouverture du Festival des films du monde de Montréal, est un succès public là-bas. Mais continue de susciter la controverse dans plusieurs autres pays musulmans.

Quelques liens :

La liste complète des candidats connus.

Félix et Meira représentera le Canada aux Oscars (Hugo Pilon-Larose).

Mustang : un choix pas si cavalier (Télérama)

Russia nominates Sunstroke (The Hollywood Reporter)

Muhammad Sparks Ire in Sunni Muslim World (Variety)

La bande annonce américaine de Félix et Meira :

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