Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Oscars’

Samedi 22 août 2015 | Mise en ligne à 16h09 | Commenter Commentaires (33)

Retour sur le mystérieux triomphe de Crash

Paul Haggis - 1

Paul Haggis, lauréat aux Oscars 2006

C’était le 5 mars 2006. À la fin de la 78e Soirée des Oscars, Jack Nicholson s’avance sur la scène du Kodak Theatre (c’était le nom de la salle à l’époque) pour dévoiler le titre du film lauréat de l’Oscar du meilleur film de l’année. La compétition est relevée mais dans l’esprit d’à peu près tout le monde, Brokeback Mountain est le vainqueur tout désigné. D’autant que le réalisateur de ce magnifique film, Ang Lee, a obtenu un peu plus tôt l’Oscar de la meilleure réalisation. Logique, donc.

«Et l’Oscar est attribué à… Crash !». Nicholson relève les sourcils, presque incrédule devant l’annonce qu’il vient de faire lui-même. Il regarde aussi de côté en lançant un «Woah!». L’annonce fait l’effet d’une bombe.

Presque 10 ans plus tard, alors qu’il assure la promotion de Show Me A Hero, une série qu’il réalise pour la chaîne spécialisée HBO, Paul Haggis, auteur et réalisateur de Crash, est revenu sur la controverse. Dans une interview accordée à Hitfix, il affirme qu’à ses yeux, Crash ne méritait pas de gagner.

«Était-ce le meilleur film de l’année ? Je ne crois pas. Il y avait de grands films cette année-là. Good Night and Good Luck, un film incroyable. Capote, excellent. Brokeback Mountain, grand film. Et Munich de Spielberg. S’il vous plaît, quelle année ! Certaines raisons ont fait que Crash a eu de l’effet sur des gens. Il les a touchés. Tu ne peux pas évaluer les films comme ça. Je suis très heureux d’avoir ces Oscars. Mais vous ne devriez pas me demander quel est le meilleur film de l’année car je ne voterais pas pour Crash, ne serait-ce que sur la base des valeurs artistiques que j’ai vues dans les autres. Cela dit, c’est le film qui a le plus touché les gens cette année-là. (…). Mais est-ce un grand film ? Je ne sais pas.»

Lisez l’article de Hitfix.

À l’époque, tout le monde y allait de son analyse pour tenter d’expliquer cette victoire pour le moins surprenante. D’autant que Crash, qui avait été lancé au TIFF plus d’un an et demi auparavant, était pratiquement sorti de nulle part dans les dernières semaines de la campagne.

J’y étais aussi allé de ma modeste contribution. Extraits d’une chronique parue le 11 mars 2006, intitulée La nation hollywoodienne :

Au moment où Crash fut présenté une première fois au Festival de Toronto en 2004 – vous avez bien lu, en 2004 ! -, Haggis n’était alors qu’un scénariste doué qui, jusque-là, avait fait sa marque dans des séries télévisées à succès: Thirtysomething, L.A. Law, Due South, EZ Streets. Crash avait évidemment suscité des réactions favorables dans la Ville reine, mais personne n’était prêt à déchirer sa chemise non plus. Comme beaucoup de ces films estimables qui meublent les sélections des festivals sans toutefois générer une rumeur formidable, Crash avait fait l’objet d’une présentation festivalière pour ensuite disparaître pendant plusieurs mois dans la colonne des «titres à venir» qui meublent les calendriers de sorties en salle.

Que s’est-il passé, alors, pour que le buzz entourant cette première réalisation de Paul Haggis soit assez puissant pour lui permettre de décrocher l’honneur le plus prestigieux du cinéma américain?

On peut évidemment tenter un semblant d’explication, mais le fait est qu’il s’agit là d’un revirement spectaculaire que personne n’aurait pu prévoir. Plusieurs observateurs – nous en étions – avaient beau dire qu’une surprise était toujours possible, personne ne croyait vraiment que Brokeback Mountain pouvait être surclassé.

À mon humble avis, plusieurs facteurs peuvent jouer dans une situation pareille. J’en retiens principalement deux : le syndrome de lassitude et l’effet de proximité. Lassitude, d’abord, par rapport au triomphe annoncé d’un film, Brokeback Mountain , dont la nature n’a rien du grand film consensuel auquel les membres de l’Académie attribuent habituellement sans réserve leurs statuettes. Le film d’Ang Lee n’emprunte en effet pas les codes narratifs traditionnels des films «oscarisables» comme Titanic ou Lords of the Rings . Et puis, il n’ y a rien de plus barbant que le hype , cette espèce d’épiphénomène qui fait en sorte qu’une rumeur s’emballe, même à propos d’une production qui, dans les faits, n’a strictement rien de spectaculaire. Brokeback Mountain en a payé le prix.

Quant au deuxième facteur, l’effet de proximité, il a bien évidemment favorisé Crash , un film dont l’intrigue est campée dans la ville où vivent la majorité des membres de l’Académie. Dont certains ont été confrontés directement aux problématiques soulevées dans cette production, et à la réflexion qui en découle.

Évidemment, plusieurs observateurs furent aussi tentés de voir dans ce revirement un vent de conservatisme teinté d’une homophobie latente. Dans l’esprit de certains votants de l’Académie, plus largement constituée d’hommes mûrs, blancs et hétérosexuels, il n’était tout simplement pas question de plébisciter un film au centre duquel figure une histoire d’amour entre deux hommes, cowboys de surcroît. Des vétérans comme Ernest Borgnine, Tony Curtis et Robert Duvall ont carrément refusé de voir le film de Ang Lee en déclarant que John Wayne devait se retourner dans sa tombe. D’ailleurs, cette controverse leur a collé à la peau, particulièrement Ernest Borgnine et Tony Curtis, aujourd’hui disparus. Un article fort intéressant, écrit par Guy Lodge, avait été publié au lendemain de la mort de Borgnine là-dessus il y a trois ans.

Lisez l’article de Guy Lodge (Hitfix).

Il y a quelques mois, The Hollywood Reporter a sondé des Académiciens pour les faire voter de nouveau dans les courses plus controversées. Selon ce nouveau scrutin, All the President’s Men aurait gagné en 1977 (plutôt que Rocky); My Left Foot en 1990 (plutôt que Driving Miss Daisy); The Shawshank Redemption en 1995 (plutôt que Forrest Gump); Saving Private Ryan en 1999 (plutôt que Shakespeare in Love) et, bien sûr, Brokeback Mountain en 2006 (plutôt que Crash).

Lisez l’article du Hollywood Reporter.

Lien YouTube.

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Samedi 7 mars 2015 | Mise en ligne à 7h16 | Commenter Commentaires (11)

Oscar du meilleur film : Retour à cinq finalistes ?

Oscars - 1

Alejandro G. Iñárritu, réalisateur de Birdman

Rien n’est encore officiel, ni confirmé. Mais le journal spécialisé The Hollywood Reporter faisait récemment écho à la possibilité que l’Académie revienne à la tradition. Et ne sélectionne plus que cinq longs métrages dans la catégorie du meilleur film. Plusieurs membres souhaiteraient que la question soit au moins débattue lors de la prochaines réunion des gouverneurs, le 24 mars.

Il y a cinq ans, l’Académie avait décidé de mettre dix longs métrages en nomination dans la plus prestigieuse catégorie, puis, a modifié le règlement pour permettre un peu plus de flexibilité. Il n’y avait ainsi plus de nombre fixe. L’Académie pouvait choisir entre cinq et dix finalistes. Cette année, huit longs métrages étaient en lice.

À l’époque, le règlement avait été adopté au lendemain du tollé qu’avait suscité l’absence de The Dark Knight (Christopher Nolan) dans la catégorie du meilleur film. Aux yeux de ceux qui soutenaient cette candidature, le film avait tout simplement été victime de sa nature de superproduction. En augmentant le nombre de candidats dans la catégorie, on croyait ainsi faire une meilleure place à des films ayant eu du succès au box-office et, surtout, revigorer des cotes d’écoute en chute libre. Mais l’usage a prouvé le contraire.

Plutôt que de célébrer les Gardiens de la Galaxie de ce monde, les Académiciens on en effet jeté leur dévolu sur d’autres films à vocation plus artistique. Des huit longs métrages en lice cette année, seul American Sniper était gratifié d’un vrai succès au box-office. Et encore, ce succès populaire fut complètement inattendu.

À chacun ses solutions

Au lendemain d’une cérémonie qui est loin d’avoir obtenu le succès escompté (une chute de 16% des cotes d’écoute par rapport à l’an dernier), chacun y va bien sûr de ses solutions pour tenter de remettre le navire à flot.

Dans un article publié dans le Variety, intitulé «How to Fix the Oscars in Five Easy Steps», le journaliste Ramin Setoodeh y va de ses propres recommandations, qui vont de l’embauche de Jimmy Fallon à l’animation jusqu’à une requête aux vedettes d’au moins faire semblant d’être heureux d’être là. Il suggère aussi l’ajout de plusieurs milliers de nouveaux membres plus jeunes, aux goûts plus «mainstream».

Dans une réplique cinglante à cet article, intitulée «Can the Motion Picture Academy Do Anything Right», Bruce R. Feldman, lui-même membre de l’Académie, détruit un à un les arguments – parfois farfelus il est vrai – de Setoodeh.

Le fait est que l’Académie sera toujours déchirée entre ses deux mandats : celui de reconnaître l’excellence au cinéma, et celui de produire, une fois l’an, une émission de télévision populaire. Personnellement, j’ai toujours estimé que l’ajout du nombre de candidats dans la catégorie suprême diluait le prestige d’une nomination.

Cela dit, la cérémonie des Oscars reste encore, en terme de prestige, celle envers laquelle se mesurent toutes les autres cérémonies du même genre.

Les liens :

Academy Weighing Return to Five Best Picture Nominees (The Hollywood Reporter)

How to Fix the Oscars in Five Easy Steps (Ramin Setoodeh – Variety)

Can the Motion Picture Academy Do Anything Right ? (Bruce R. Feldman – Variety)

Bouleversement aux Oscars : 10 films en nomination ! (blogue – 24 juin 2009)

Compte Twitter : @MALussier

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Dimanche 8 février 2015 | Mise en ligne à 21h41 | Commenter Commentaires (21)

Oscars : Birdman, nouveau leader ?

Inarritu DGA - 1

Alejandro González Iñárritu, lauréat du Directors Guild Award.

Deux semaines nous séparent maintenant de la 87ème Soirée des Oscars. La course est sans contredit l’une des plus ouvertes des récentes années. Au départ, l’excellent film Boyhood, réalisé par Richard Linklater, semblait se diriger vers une glorieuse victoire. C’est du moins ce que laissait croire la ribambelle de récompenses de toutes sortes obtenues à la fin de l’année, surtout de la part des associations de critiques.

Les associations professionnelles, dont la plupart des membres ont droit de vote aux Oscars, ne semblent cependant pas vouloir attribuer la statuette dorée à Boyhood aussi rapidement. Depuis quelques semaines, le «momentum», ce joueur obscur qui fait gagner tant de parties au hockey, semble plutôt favoriser Birdman. Le film d’Alejandro G. Iñárritu – mon favori en 2014 – a obtenu récemment le PGA Award du meilleur film (attribué par le syndicat des producteurs), et a valu samedi au cinéaste le prestigieux DGA Award de la meilleure réalisation. Ce prix est attribué par le syndicat des réalisateurs.

Comme les lauréats des prix remis par les différentes associations professionnelles sont souvent les mêmes qu’aux Oscars, plusieurs experts estiment maintenant que Birdman est le nouveau leader de la course. Or, voilà que dès le lendemain de la cérémonie de la Directors Guild, les BAFTA Awards redistribuaient les cartes en sacrant Boyhood meilleur film de l’année. Cela dit, il n’y a pas de liens directs entre la cérémonie tenue à Londres et celle qui se tiendra à Hollywood le 22 février.

Quand même, les prédictions restent difficiles à faire…

Les liens :

L’article de Première sur les DGA Awards.

Le site officiel de la Directors Guild of America.

La liste des lauréats des BAFTA Awards.

Compte Twitter : @MALussier

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