

L’air de rien, l’Académie des Arts et des sciences du cinéma a effectué un changement majeur dans le règlement des Oscars pendant le week-end. D’autant que cette modification au règlement touche la catégorie qui, souvent, suscite le plus d’intérêt chez nous : celle du meilleur film en langue étrangère. Le (long) processus de sélection des finalistes reste le même : des académiciens réunis en comité sont chargés de visionner tous les films soumis par les différents pays (ils étaient 71 dans la course en 2012) et déterminent d’abord une short list de 9 candidats. Ensuite, un autre comité, formé de membres différents, a le mandat de choisir les cinq finalistes parmi les neuf candidats retenus au préalable.
Pour déterminer le lauréat dans cette catégorie, il y avait jusqu’à maintenant une règle très stricte : seuls les membres de l’Académie ayant vu les cinq films retenus, au cours de projections spécifiquement organisées pour eux, avaient droit de vote dans cette catégorie. C’est dire que l’académicien devait obligatoirement se présenter à l’une de ces projections, où sa présence était enregistrée, et voir les cinq films en lice avant d’obtenir son droit de vote pour l’oscar du meilleur film en langue étrangère. Combien des quelques 6000 membres se prévalaient habituellement de ce droit ? 500 ? 1000 ? 250 ? Nul ne sait. L’académie ne divulgue jamais ce genre de statistiques.
Dès l’an prochain, il sera permis de faire parvenir à l’ensemble des membres de l’Académie les films en DVD pour fin de visionnement. À part les catégories du meilleur long métrage documentaire et du meilleur film en langue étrangère, cette pratique est établie depuis longtemps. Au cours des récentes années, l’Académie avait même permis cette pratique dans les catégories court métrages, courts métrages d’animation, et courts métrages documentaires. En la permettant maintenant aussi pour les documentaires et films de langue étrangère, il n’y a maintenant plus aucune restriction. Il n’y a plus obligation de voir les films dans une salle de cinéma, peu importe la catégorie.
Deux remarques. La première : on peut applaudir l’initiative, même si cette ouverture prête flanc à la controverse. Dans la mesure où l’on devra se fier sur la bonne foi des académiciens afin qu’ils voient tous les films avant de se prononcer.
La deuxième : cette ouverture rééquilibrera peut-être un exercice qui, parfois, pouvait être marqué par certains jeux de coulisses. Il pouvait en effet être dans l’intérêt des «négligés» de rendre l’accessibilité à leur film plus difficile, histoire d’éliminer d’office des membres «acquis» à d’autres candidats. Si au bout du compte, ce membre ne parvenait pas à voir les cinq films en lice, il n’était pas autorisé à exercer son droit de vote.
Ces histoires sont-elles véridiques ? Personne, évidemment, ne les confirmera jamais. Mais ces rumeurs circulent. C’est d’ailleurs peut-être ce qui explique des résultats un peu étranges parfois. En 2009, le film japonais Departures (Okuribito) a déclassé Entre les murs et Valse avec Bachir. En 2010, Dans ses yeux (El secreto de sus ojos) a eu le meilleur sur Le ruban blanc et Un prophète. Je ne dis pas que ces deux lauréats doivent leur Oscar à des jeux de coulisses, mais je crois qu’en élargissant le vote à l’ensemble des membres de l’Académie, des incongruités de ce genre risquent d’être plus rares.
Cela dit, quand un favori se détache nettement du lot, comme ce fut le cas au cours des deux dernières années (Une séparation, Amour), le fait que 500 ou 5000 académiciens se prononcent ne change strictement rien à l’affaire.
Les liens :
Le communiqué officiel de l’Académie.
71 pays en lice pour l’oscar du film en langue étrangère.
Compte Twitter : @MALussier
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