Tous les cinéphiles montréalais se souviennent du choc ressenti à l’annonce par Daniel Langlois du changement de vocation du complexe Excentris. Près de trois ans plus tard, c’est le retour à la case départ. Les salles Cassavetes et Fellini ont retrouvé leur vocation d’origine. L’aménagement de deux autres petites salles, dites «de continuité», est aussi prévu au cours des prochaines années. La tâche est immense: reconquérir un public qui est allé voir ailleurs. Et qui, bien souvent, préfère désormais voir les productions internationales sur son écran HD à la maison.
Pas évident. Mais on souhaite de tout coeur que le vaisseau amiral de la cinéphilie au Québec retrouve son lustre d’antan – et son pouvoir d’attraction – le plus rapidement possible.
Extrait de la chronique que Marc Cassivi signe aujourd’hui, dans laquelle est citée la directrice générale du Cinéma Parallèle :
«Le défi est grand, reconnaît Caroline Masse, qui espère retrouver d’ici six mois la fréquentation d’autrefois. Excentris a été fermé pendant plus de deux ans. Les distributeurs ont acquis moins de films du type que l’on présente. Nous avons l’intention d’augmenter l’offre, en espérant que cela permettra aussi d’augmenter la demande.»
Excentris devant désormais chercher des fonds pour assurer sa rentabilité, le popcorn (bio) fera son entrée dans le temple du boulevard Saint-Laurent. Selon le collègue Brendan Kelly (The Gazette), cette nouvelle aurait provoqué bien des remous au sein de la confrérie présente à a conférence de presse hier.
«But it wasn’t the big public bucks that generated the most talk at the press conference at Excentris Monday. It was the popcorn, with many media types grumbling about the notion of hearing folks eating buttery popcorn while trying to appreciate the finer points of the latest tortured slice of Polish filmmaking.»
Pour se rappeler au bon souvenir des cinéphiles montréalais, Excentris offre deux films pour le prix d’un samedi et dimanche.
Sorti le 2 novembre en France, Intouchables a attiré à ce jour 4,8 millions de spectateurs dans les salles là-bas. Alors que le titre du film français le plus populaire de l’année était pratiquement acquis à Rien à déclarer (8 millions de spectateurs pour la comédie de Dany Boon), voilà que ce film réalisé par le tandem Eric Tolédano et Olivier Nakache (Nos jours heureux, Tellement proches) pourrait bien venir mêler les cartes.
Les droits de distribution pour le territoire nord-américain ont été acquis par The Weinstein Company. C’est dire qu’Alliance Vivafilm, qui sous-distribue les films de TWC au Québec, relaiera Intouchables chez nous. La sortie est prévue au printemps 2012.
Je n’ai pas encore vu ce film qui a pratiquement fait l’unanimité auprès de la critique (quelques voix dissonantes se sont toutefois fait entendre). La simple lecture du synopsis laisse cependant deviner une formule éprouvée:
À la suite d’un accident de parapente, Philippe, riche aristocrate, engage comme aide à domicile Driss, un jeune de banlieue tout juste sorti de prison. Bref la personne la moins adaptée pour le job. Ensemble ils vont faire cohabiter Vivaldi et Earth Wind and Fire, le verbe et la vanne, les costumes et les bas de survêtement… Deux univers vont se télescoper, s’apprivoiser, pour donner naissance à une amitié aussi dingue, drôle et forte qu’inattendue, une relation unique qui fera des étincelles et qui les rendra… Intouchables.
Aujourd’hui, le journal Libération revient sur le phénomène. Et propose une analyse assassine sous la forme d’une «visite guidée en sept symptômes». Voici un extrait de cet article:
La culture, c’est pire
L’art contemporain ? Une imposture puisque j’en fais autant tous les matins dans ma salle de bains. La musique classique ? Un ennui à périr. L’opéra ? Une plaisanterie, d’ailleurs j’en ris. Baudelaire ? Un pensum, antidrague. Tout cela dit au nom du parler banlieue, du parler d’en bas, du parler incorrect, tous synonymes du parler vrai. Qui n’est pas du tout le fantasme d’un parler minoritaire, mais un parler dominant. Le film ne parle pas le français, il parle le TF1 en première langue et le Canal + en option travaux pratiques.
«L’amour, l’amour, c’est ça qui désaxe. Comme dans un film de Carax», chantait Yves Simon à la fin des années 80.
Le mythique cinéaste était pratiquement disparu de la criculation depuis une douzaine d’années. Son plus récent long métrage, Pola X, très malmené au Festival de Cannes en 1999, n’a même jamais pris l’affiche sur grand écran chez nous. Comme plusieurs des cinéastes phares de sa génération (Beinex, Rochant, et quelques autres), Carax peine à survivre aux années 80.
Or, il fut annoncé récemment que le réalisateur de Mauvais sang reprenait sa caméra. Holly Motors marquera notamment ses retrouvailles avec son alter ego Denis Lavant. Contrairement à ce qu’avait relayé la presse française au départ, Juliette Binoche ne sera toutefois pas de la partie. La muse de Mauvais sang et des Amants du Pont-neuf, production mégalomane «maudite» dans laquelle plusieurs y ont laissé leur chemise, aurait déjà délaissé le projet il y a plusieurs mois. «Un couac d’information», a expliqué aux Inrocks la productrice Martine Marignac après que la rumeur de la présence de l’actrice se soit répandue comme une traînée de poudre.
Voici la description du film que propose le magazine français:
Un petit film donc, Holly Motors, au budget estimé à 3,95 millions d’euros, partagé entre Arte France et la société Pierre Grise Productions. On y retrouvera l’alter-ego du cinéaste, Denis Lavant, dans un rôle d’acteur stakhanoviste hyper courtisé. Le film, principalement confiné dans la limousine qui conduit Denis Lavant de plateaux en plateaux, suivra l’acteur une journée entière au rythme de ses différents rôles et travestissements :
«Denis Lavant interprétera 10 rôles différents, dans une comédie, un musical, un film noir, un film d’horreur, et même la suite des aventures de Merde à Paris. Holly Motors parcourt tous les genres du cinéma sur le modèle du film dans le film», explique la productrice.
Si l’on peut craindre un peu le procédé artificiel du film dans le film (syndrome Monte Hellman), le dispositif sera assez discret dans Holly Motors selon sa productrice (pas de caméras visibles, ni de mise en abyme à outrance). Et pour ajouter à ce pitch fou, Holly Motors sera aussi un film d’anticipation, situé dans un Paris futuriste où «les adresses web auront remplacé les dates de naissances sur les pierres tombales du Père Lachaise»; et où «les caméras seront devenues invisibles à force de progrès techniques.»
Leos Carax est aujourd’hui âgé de 50 ans. Son retour au cinéma constituera, à n’en point douter, un événement. Voici la bio que publie allocine.fr
De Léos Carax, personnalité trouble et cachée, on ne sait que très peu de choses, et lorsque informations il y a, elles se confondent souvent avec l’histoire de ses films.
Fin années 70/début années 80, à la faculté de Jussieu, où il suit des cours en auditeur libre, Serge Daney et Jaques Toubiana l’introduisent aux Cahiers du Cinéma. Il n’y fera qu’un très court passage, plus intéressé par «inventer des femmes» au cinéma, et se lance dans la réalisation de son premier court-métrage, La fille rêvée.
Tourné au système D, La fille rêvée voit son tournage avorté quand un projecteur explose, mettant le feu au restaurant utilisé pour une scène. Mais à 19 ans, son deuxième essai Strangulations Blues révèle déjà des qualités techniques hors-pair, qui lui vaudront un Grand Prix du court-métrage au festival de Hyères en 1981.
Sa rencontre avec Alain Dahan, producteur, le lance dans le long-métrage. De leur collaboration naîtront la trilogie de la «rencontre compliquée» avec tout d’abord Boy meets girl (1984). Histoire d’un amour tortueux entre Alex et Mireille, première marque d’un univers abrasif, c’est aussi la première collaboration avec Denis Lavant – que d’aucuns considérent comme l’alter-ego de Leos Carax – rejoint par Juliette Binoche pour Mauvais sang (1986) et Les Amants du Pont-Neuf (1991).
Pour Les amants... Léos Carax exige la reconstitution totale du quartier du Pont-Neuf aux environs de… Monptellier. C’est le début d’une production cahotique, où accidents de tournage, mégalomanie de l’auteur et mauvaise gestion font grimper le budget de 36 à 200 millions de francs, un record ; et découragent plusieurs producteurs, dont Alain Dahan. Quand Les amants voit le jour après trois ans de péripéties, le film est un échec commercial (en dessous des 900 000 entrées).
Pola X (1998), adaptation sombre, violente et crue du Pierre ou les ambiguïtés d’Herman Melville, loin de remonter sa côte commerciale, déclenche une vive polémique au festival de Cannes, où Carax se fait siffler (…). Pola X achève néanmoins de consacrer Carax comme un auteur majeur, dont la réputation se nourrit d’un romantisme secret et mégalomane.