
(Photo : Olivier Jean – La Presse)
Les Jutra ont 15 ans. Cet anniversaire aurait pu être souligné de façon un peu particulière en mettant le cinéma en valeur. Oui, je suis parfois naïf. Encore.
Je l’ai souvent dit et écrit : on peut remettre en question le système de sélection et trouver certaines nominations aberrantes parfois, il reste qu’au bout du compte, les «professionnels de la profession» ont toujours fini par faire les bons choix à l’arrivée. C’est à dire que les films les plus méritoires ont été primés la plupart du temps. Parmi les lauréats du Jutra du meilleur film au cours des 15 dernières années : Le violon rouge, Post Mortem, Maelström, Les invasions barbares, Québec – Montréal, C.R.A.Z.Y., J’ai tué ma mère, Incendies, Monsieur Lazhar, et quelques autres. Ce beau bouquet aurait dû inspirer bien davantage qu’un concours visant à élire le choix du public parmi les lauréats des années précédentes. Pourquoi ne pas avoir profité du moment pour revenir sur ces titres, montrer des extraits, rendre hommage à leurs artisans ?
Sans surprise, C.R.A.Z.Y. fut plébiscité par le public mais on en a fait seulement l’annonce. Jean-Marc Vallée, qui était dans la salle, n’a même pas eu l’occasion de monter sur scène. Il aurait été certainement intéressant d’entendre ce qu’il avait à dire. Même chose pour Philippe Falardeau, lauréat du Jutra du film s’étant le plus illustré à l’étranger grâce à Monsieur Lazhar. En cette époque où l’on parle beaucoup du déséquilibre entre le rayonnement de notre cinéma national à l’étranger et celui qu’il obtient moins à l’intérieur même de son territoire, la réflexion d’un homme aussi brillant aurait été fort bienvenue.
Mais non. Plutôt que de célébrer le cinéma, on a préféré concevoir des numéros n’ayant aucun rapport avec les films dont il était question. J’adore Louis-Jean Cormier (il a d’ailleurs cassé la baraque au Vieux-Clocher de Magog samedi ; j’y étais) mais la raison pour laquelle il fut invité à livrer une performance aux Jutra demeure encore floue dans mon esprit. Si je comprends bien, sa présence était simplement due au fait que la formule «happy end» figure dans le titre de l’une de ses chansons. Dans un gala consacré au cinéma, no offense L-J, j’aurais préféré entendre les compositeurs en lice pour la meilleure musique, notamment les lauréats Viviane Audet, Robin Joël-Cool et Éric West-Millette, signataires de la magnifique trame musicale du film de Rafaël Ouellet Camion. Par ailleurs, le sketch interminable des trois gars des Parent, au cours duquel ils affirment à quel point le cinéma est «poche» mais concèdent n’avoir rien vu, restera le moment emblématique de cette soirée ratée.
Les chroniqueurs télé ont aussi relevé la ribambelle de malaises qui ont jalonné ce gala, notamment tous ces bouts qui semblent avoir été improvisés sur le champ. À vrai dire, on avait l’impression que les concepteurs ont tout fait pour que le téléspectateur qui se serait adonné à tomber là-dessus par hasard ne se rende pas compte qu’il était question de cinéma. Un peu comme quand on cache le fait qu’il y a des scènes de hockey dans Maurice Richard. Faudrait surtout pas que ça se sache pour ne pas faire fuir ceux qui ne sont pas naturellement attirés vers le genre.
Vrai, la petite classe de maître d’André Turpin – réalisateur d’Un crabe dans la tête et l’un des meilleurs directeurs photo du Québec – ressemblait à ce que l’on attend d’une telle célébration. Turpin était engageant au point où certains ont même suggéré sur les réseaux sociaux qu’il prenne le relais de Rémy Girard à l’animation. Michel Côté, lauréat du Prix-Hommage, a aussi posé de très bonnes questions dans son discours, notamment sur le manque de curiosité d’un peuple qui boude son propre cinéma.
À la fin, Rémy Girard a presque imploré le public d’aller voir des films québécois. Je veux bien. Encore faudrait-il donner à ce public l’envie d’aller les voir. On pourrait peut-être commencer par les mettre davantage en valeur dans un gala qui, en principe, est conçu pour les célébrer.
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Compte Twitter : @MALussier
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