Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Festivals’

Lundi 5 septembre 2011 | Mise en ligne à 7h32 | Commenter Commentaires (5)

Une petite «saucette» à Venise!

Venise - Logo

J’arrive tout juste de la Mostra de Venise. J’y suis resté deux jours et demi. Essentiellement, mon mandat était de couvrir les films québécois lancés là-bas. Avec, en tête de liste, Café de Flore, présenté en première mondiale dans le cadre de Venice Days. Marécages, le premier long de Guy Édoin, a de son côté été sélectionné à la Semaine internationale de la critique. J’ai aussi profité de ce court séjour pour aller voir quelques-uns des nouveaux films de la saison.

À Venise, ce ne sont pas tant les horaires qui sont difficiles à gérer. Ce sont plutôt les déplacements. La Mostra ayant lieu sur l’île du Lido, célèbre station balnéaire immortalisée dans quelques films (parmi lesquels le mythique Mort à Venise de Visconti), le festivalier n’ayant pu dénicher à temps une chambre sur l’île est contraint de prévoir au moins une heure, sinon plus, pour se rendre à bon port. Oui, on accède au Lido seulement par bateau. De mon repaire sur l’île de Giudecca, quartier juif et ouvrier prisé aujourd’hui des artistes et écrivains, il fallait emprunter deux navettes fluviales. C’est long. Mais la randonnée est néanmoins très agréable. Venise est sans contredit l’une des  plus belles villes du monde. Pas étonnant que les dirigeants de la Mostra comptent miser ses leurs atouts historiques pour assurer la pérennité du plus ancien des grands festivals de cinéma. En touriste, en amoureux, avec du temps devant soi, c’est formidable. Pour y travailler, avec des horaires serrés, disons que c’est moins évident…

Même s’il n’a pas été porté en triomphe, Café de Flore a reçu un accueil chaleureux de la part du public vénitien. Le compte-rendu de cette projection.

Cela dit, il est clair que les avis sur le nouveau film de Jean-Marc Vallée seront partagés. D’autant que le style narratif éclaté risque de laisser plusieurs spectateurs sur la touche. Prochaine étape pour l’équipe de Café de Flore : la présentation spéciale au Festival de Toronto le 12 septembre, suivie de la grande première montréalaise deux jours plus tard. Le film prend l’affiche chez nous le 23 septembre.

La critique du Variety (plutôt favorable).

La critique du Hollywood Reporter (très sévère).

De son côté, Guy Édoin flottait littéralement sur un nuage après la présentation de son premier long métrage Marécages dans le cadre de la Semaine internationale de la critique, section parallèle comprenant seulement sept premiers longs métrages venus d’autant de pays différents. Mon compte-rendu sera publié demain dans La Presse. Édoin peut déjà de vanter d’avoir reçu une critique fort élogieuse de la part du Variety. Marécages prend l’affiche au Québec le 14 octobre.

À part ça, j’ai adoré Carnage de Polanski. Le réalisateur de Ghost Writer ne masque pas du tout les origines théâtrales de ce huis-clos où quatre adultes se confrontent dans une joute oratoire aussi cruelle que jouissive. L’auteure de la pièce Le dieu du carnage, Yasmina Reza, a d’ailleurs coécrit le scénario du film avec Polanski. Jodie Foster, Kate Winslet et John C. Reilly sont bien sûr excellents, mais c’est Christopher Waltz (l’inoubliable soldat nazi d’Inglourious Basterds) qui, encore une fois, vole le show.

J’ai aussi été très séduit par Poulet aux prunes, la nouvelle offrande de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud (Persepolis). Délaissant cette fois l’animation (un petit épisode animé est quand même inséré dans le film), le tandem nous offre une histoire en forme de conte, magnifiée par des traits de mise en scène inventifs et remarquablement bien réalisés. On en reparlera.

En revanche, j’ai été plutôt déçu par A Dangerous Method. David Cronenberg emprunte en effet une approche très académique pour cette rencontre au sommet des pères de la psychanalyse Carl Jung et Sigmund Freud. C’est bien joué, bien mis en scène, ça sent le trophée bien astiqué, mais ça manque singulièrement de folie et d’originalité.

En terminant, signalons que Inni, un document musical sur le groupe Sigur Ros réalisé par Vincent Morisset (Miroir noir – Arcade Fire) a ponctué la nuit vénitienne au cours du week-end. Un événement autour de ce film, dont la teneur sera révélée de façon plus précise au cours des prochains jours, aura lieu à Montréal le 27 septembre. Inni sera aussi inclus dans un Blu-ray de Sigur Ros à paraître en novembre.

 

 

 

 

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Samedi 20 août 2011 | Mise en ligne à 11h47 | Commenter Aucun commentaire

La notion de film «incomplet»

Coteau rouge - 1

Céline Bonnier dans Coteau rouge

Comme vous le savez sans doute, Coteau rouge, le film d’ouverture du Festival des films du monde, a été présenté (et le sera encore demain) dans une forme «incomplète». Un grave pépin technique s’étant pointé alors que l’équipe mettait la toute dernière touche au film la veille de la soirée d’ouverture, on a dû recourir in extremis à une copie de travail numérique pour sauver l’honneur. À la toute première projection du film jeudi matin, le public fut avisé que cette version ne comportait pas de générique de fin. L’image était atroce. Aussi, quelques scènes était mal synchronisées.

Au service des communications du Festival des films du monde, on nous a assurés ensuite que cette projection numérique serait de meilleure qualité lors de la soirée d’ouverture du 35e FFM. Ce ne fut apparemment pas le cas (je n’ai pas assisté à la cérémonie). La piètre qualité de la projection n’a toutefois pas empêché le film de séduire. Preuve que la force d’une oeuvre peut parvenir à transcender les pires écueils. Personne n’est d’ailleurs vraiment à blâmer pour cet impair. Un enchaînement de malchances malencontreuses, voilà tout.

Chez mes collègues, certains se sont offusqués de la chose et l’ont fait savoir publiquement après la projection du matin. Le chroniqueur Brendan Kelly, de The Gazette, a écrit sur son blogue que cette projection était indigne d’un grand festival de cinéma. Il a raison. De son côté, le critique Marcel Jean, qui tient un blogue sur le site du 24 images pendant le FFM, voit plutôt en cette projection un honneur. Il a aussi raison.

Voici un extrait du commentaire qu’a écrit Brendan Kelly sur son blogue:

André Forcier’s Coteau Rouge had its world premiere Thursday morning at the Montreal World Film Festival and, sadly, it was screened at the Imperial Cinema in what was said to be “digital form” because the final 35mm copy was not ready. There were several scenes in which the dialogue was visibly out-of-sync and also the colour faded in and out of focus on a number of occasions. There were, in addition, no end credits.

For the opening film of a major film festival to screen in such lamentable form is just simply unacceptable and I would suggest would not ever happen at any other significant A-list festival. I am not criticizing the filmmakers here. I’m criticizing the fest bosses. It’s their responsibility to make sure the opening film is ready to screen in acceptable fashion, period. End of story. Draw your own conclusions.

André Forcier’s Coteau rouge opens MWFF in unfinished form.

Voici maintenant un extrait du compte-rendu de Marcel Jean sur le blogue du 24 images:

Hier soir, le public bien sapé du FFM a eu droit à une copie de travail de Coteau rouge: pas de générique final, ni d’étalonnage, quelques plans hors synchro… Certains s’en sont offusqués. Pourtant, à qui sait regarder et écouter, le film était bien là: le réalisme magique, le sens du grotesque, l’esprit d’invention, la tendresse, le jeu sur le fil du rasoir de Roy Dupuis et de Céline Bonnier… Le plus triste, c’est que si le FFM avait obtenu la projection d’une copie de travail du prochain Wong Kar Wai ou du prochain Kusturica, les même auraient célébré le coup de maître. Devant Forcier, fièrement debout sur la ligne de départ malgré les embûches et le manque de moyens, ceux-là rechignent. Je me souviens pourtant avoir vu, à Cannes, il y a de cela 25 ans, un film projeté en copie de travail remporter la Palme d’or. C’était The Mission, le film était arrivé en hélicoptère à la dernière minute dans un fouillis inénarrable, on avait annulé la projection de presse pour la remplacer par une projection où tous les spectateurs devaient se munir d’un billet… Ceux qui avaient pu entrer dans la salle étaient des privilégiés… Hier soir, André Forcier a fait confiance au public en lui montrant son film dans sa condition la plus fragile. C’est un honneur de l’avoir vu ainsi. Ceux qui ont rechigné là dessus ne méritaient tout simplement pas d’y être.

24 images au FFM – Ouverture.

Marcel Jean a raison d’évoquer Cannes. L’histoire du plus grand festival de cinéma du monde est jalonnée de ce genre de mésaventures. À l’exemple souligné par le critique, ajoutons ceux d’Apocalypse Now (Francis Coppola), Van Gogh (Maurice Pialat), In the Mood for Love (Wong Kar-wai), et tant d’autres. Le cinéaste hongkongais provoque d’ailleurs régulièrement des crises d’urticaire chez les organisateurs tellement il a l’habitude de livrer ses copies, souvent non définitives, après les délais prescrits. En 2004, le programme du Festival fut chamboulé à cause de la saga 2046.  Il y a deux ans à peine, Quentin Tarantino a présenté à Cannes une version non définitive d’Inglourious Basterds et avait déjà prévu retourner à sa table de montage dès le lendemain des projections festivalières. Et combien d’autres productions lancées sur la Croisette, souvent même primées, retravaillées par la suite en vue de leur sortie commerciale. Évidemment, toutes ces versions «incomplètes» étaient quand même projetées à Cannes dans des conditions optimales.

Dans le cas de Coteau rouge, l’écueuil ne provient pas tant du fait de voir le film de Forcier dans une version de travail (la présence d’un générique est souhaitable mais on peut très bien apprécier le film même si un générique ne défile pas à la fin), mais plutôt de la piètre qualité visuelle découlant d’une projection numérique de bas niveau. Pour un film d’ouverture, et Brendan a raison là-dessus, mettons que ça fait pas mal pic-pic. Et ça vient encore alimenter, comme si besoin était, la réputation d’amateurisme qui colle aux fesses du FFM depuis des années. Reconnaissons quand même les efforts des uns et des autres dans ce dossier qui, somme toute, relève de la pure malchance.

À ceux qui y assistent, quand même, bon festival.

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Jeudi 18 août 2011 | Mise en ligne à 8h37 | Commenter Commentaires (10)

Aujourd’hui : Coteau rouge de Forcier

Coteau_rouge - Affiche

Le 35e Festival des films du monde de Montréal démarre aujourd’hui avec la présentation de Coteau rouge, nouveau film d’André Forcier. Celui qu’on surnomme le «Fellini du Québec» avait retrouvé sa belle forme avec Je me souviens, son film précédent. Souhaitons une belle continuité.

Voici la bande annonce officielle de Coteau rouge. Sortie en salle le 9 septembre.


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