
J’arrive tout juste de la Mostra de Venise. J’y suis resté deux jours et demi. Essentiellement, mon mandat était de couvrir les films québécois lancés là-bas. Avec, en tête de liste, Café de Flore, présenté en première mondiale dans le cadre de Venice Days. Marécages, le premier long de Guy Édoin, a de son côté été sélectionné à la Semaine internationale de la critique. J’ai aussi profité de ce court séjour pour aller voir quelques-uns des nouveaux films de la saison.
À Venise, ce ne sont pas tant les horaires qui sont difficiles à gérer. Ce sont plutôt les déplacements. La Mostra ayant lieu sur l’île du Lido, célèbre station balnéaire immortalisée dans quelques films (parmi lesquels le mythique Mort à Venise de Visconti), le festivalier n’ayant pu dénicher à temps une chambre sur l’île est contraint de prévoir au moins une heure, sinon plus, pour se rendre à bon port. Oui, on accède au Lido seulement par bateau. De mon repaire sur l’île de Giudecca, quartier juif et ouvrier prisé aujourd’hui des artistes et écrivains, il fallait emprunter deux navettes fluviales. C’est long. Mais la randonnée est néanmoins très agréable. Venise est sans contredit l’une des plus belles villes du monde. Pas étonnant que les dirigeants de la Mostra comptent miser ses leurs atouts historiques pour assurer la pérennité du plus ancien des grands festivals de cinéma. En touriste, en amoureux, avec du temps devant soi, c’est formidable. Pour y travailler, avec des horaires serrés, disons que c’est moins évident…
Même s’il n’a pas été porté en triomphe, Café de Flore a reçu un accueil chaleureux de la part du public vénitien. Le compte-rendu de cette projection.
Cela dit, il est clair que les avis sur le nouveau film de Jean-Marc Vallée seront partagés. D’autant que le style narratif éclaté risque de laisser plusieurs spectateurs sur la touche. Prochaine étape pour l’équipe de Café de Flore : la présentation spéciale au Festival de Toronto le 12 septembre, suivie de la grande première montréalaise deux jours plus tard. Le film prend l’affiche chez nous le 23 septembre.
La critique du Variety (plutôt favorable).
La critique du Hollywood Reporter (très sévère).
De son côté, Guy Édoin flottait littéralement sur un nuage après la présentation de son premier long métrage Marécages dans le cadre de la Semaine internationale de la critique, section parallèle comprenant seulement sept premiers longs métrages venus d’autant de pays différents. Mon compte-rendu sera publié demain dans La Presse. Édoin peut déjà de vanter d’avoir reçu une critique fort élogieuse de la part du Variety. Marécages prend l’affiche au Québec le 14 octobre.
À part ça, j’ai adoré Carnage de Polanski. Le réalisateur de Ghost Writer ne masque pas du tout les origines théâtrales de ce huis-clos où quatre adultes se confrontent dans une joute oratoire aussi cruelle que jouissive. L’auteure de la pièce Le dieu du carnage, Yasmina Reza, a d’ailleurs coécrit le scénario du film avec Polanski. Jodie Foster, Kate Winslet et John C. Reilly sont bien sûr excellents, mais c’est Christopher Waltz (l’inoubliable soldat nazi d’Inglourious Basterds) qui, encore une fois, vole le show.
J’ai aussi été très séduit par Poulet aux prunes, la nouvelle offrande de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud (Persepolis). Délaissant cette fois l’animation (un petit épisode animé est quand même inséré dans le film), le tandem nous offre une histoire en forme de conte, magnifiée par des traits de mise en scène inventifs et remarquablement bien réalisés. On en reparlera.
En revanche, j’ai été plutôt déçu par A Dangerous Method. David Cronenberg emprunte en effet une approche très académique pour cette rencontre au sommet des pères de la psychanalyse Carl Jung et Sigmund Freud. C’est bien joué, bien mis en scène, ça sent le trophée bien astiqué, mais ça manque singulièrement de folie et d’originalité.
En terminant, signalons que Inni, un document musical sur le groupe Sigur Ros réalisé par Vincent Morisset (Miroir noir – Arcade Fire) a ponctué la nuit vénitienne au cours du week-end. Un événement autour de ce film, dont la teneur sera révélée de façon plus précise au cours des prochains jours, aura lieu à Montréal le 27 septembre. Inni sera aussi inclus dans un Blu-ray de Sigur Ros à paraître en novembre.
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