
Regardez bien cette affiche. Un dessin. Signé de l’illustrateur Tom de Pékin. À l’avant-plan, deux hommes s’échangent un baiser. Très très loin, en arrière-plan, deux individus sont peut-être positionnés de façon un peu plus suggestive. Cette affiche, c’est celle de L’inconnu du lac, d’Alain Guiraudie, lancé récemment à Cannes. Le jury d’Un certain regard, présidé par Thomas Vinterberg, a d’ailleurs attribué à cette oeuvre le prix de la mise en scène. J’ai malheureusement raté ce film autour duquel Il y a eu un vrai «buzz» sur la Croisette.
Si vous suivez quelques médias français sur les réseaux sociaux, vous savez que cette affiche fait présentement l’objet d’une polémique.
Les mairies de Saint-Cloud et de Versailles, administrées par des élus de l’UMP (parti de droite), ont fait retirer les affiches du film (qui sort en France demain) de tous les panneaux publicitaires de leur ville. Un triste épisode vient ainsi s’ajouter à un dossier dans lequel on ne compte désormais plus les dérives tant elles sont nombreuses.
Récemment, je posais dans ce blogue la question à propos de la représentation de la sexualité homosexuelle masculine à l’écran. Après le triomphe de La vie d’Adèle à Cannes, je me suis demandé si l’accueil aurait été aussi unanime, aussi enthousiaste, si Abdellatif Kechiche avait filmé de façon aussi franche deux jeunes hommes plutôt que deux jeunes femmes. J’osais croire que oui. J’ai maintenant de gros doutes.
Samedi soir dernier, j’ai revu à HBO Behind the Candelabra, le film que Steven Soderbergh a consacré à Liberace. J’ai été surpris de constater que ce drame biographique, dans lequel il n’y a aucune scène de sexualité explicite, était quand même classé «18 A» par la chaîne spécialisée ! Les mentalités – tout autant que les lois – ont beau évoluer, il reste que bien des blocages subsistent encore. Même en dessin, la vision de deux hommes qui s’embrassent se révèle encore choquante aux yeux de certains. Au point de réclamer le retrait des affiches.
Un extrait de l’article des Inrockuptibles :
Contacté par téléphone, le réalisateur Alain Guiraudie qualifie ce retrait de «lamentable» et y voit «de l’homophobie ordinaire». «Il y a une volonté d’élever des enfants dans un cocon. Mais pour les protéger de quoi ? De l’homosexualité? Ce n’est pas une maladie» s’insurge-t-il, avant de dresser un parallèle entre cette affaire et le le climat actuel:
«Il y a une homophobie qui n’est plus si latente que ça. Il y a quelque chose qui pue là quand même. Quelque chose se tend dans notre société entre réactionnaires et progressistes.»
Les liens :
L’affiche de L’inconnu du lac censurée à Versailles et à Saint-Cloud (Télérama)
De l’homophobie «ordinaire» (Les Inrocks)
Alain Guiraudie et la polémique (Première)
La ministre Aurélie Filippetti regrette cet acte de censure (Toutleciné.com)
Compte Twitter : @MALussier
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