Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Discussion’

Mardi 11 juin 2013 | Mise en ligne à 13h22 | Commenter Commentaires (33)

Une affiche «choquante» retirée en France

Inconnu de lac - Affiche

Regardez bien cette affiche. Un dessin. Signé de l’illustrateur Tom de Pékin. À l’avant-plan, deux hommes s’échangent un baiser. Très très loin, en arrière-plan, deux individus sont peut-être positionnés de façon un peu plus suggestive. Cette affiche, c’est celle de L’inconnu du lac, d’Alain Guiraudie, lancé récemment à Cannes. Le jury d’Un certain regard, présidé par Thomas Vinterberg, a d’ailleurs attribué à cette oeuvre le prix de la mise en scène. J’ai malheureusement raté ce film autour duquel Il y a eu un vrai «buzz» sur la Croisette.

Si vous suivez quelques médias français sur les réseaux sociaux, vous savez que cette affiche fait présentement l’objet d’une polémique.

Les mairies de Saint-Cloud et de Versailles, administrées par des élus de l’UMP (parti de droite), ont fait retirer les affiches du film (qui sort en France demain) de tous les panneaux publicitaires de leur ville. Un triste épisode vient ainsi s’ajouter à un dossier dans lequel on ne compte désormais plus les dérives tant elles sont nombreuses.

Récemment, je posais dans ce blogue la question à propos de la représentation de la sexualité homosexuelle masculine à l’écran. Après le triomphe de La vie d’Adèle à Cannes, je me suis demandé si l’accueil aurait été aussi unanime, aussi enthousiaste, si Abdellatif Kechiche avait filmé de façon aussi franche deux jeunes hommes plutôt que deux jeunes femmes. J’osais croire que oui. J’ai maintenant de gros doutes.

Samedi soir dernier, j’ai revu à HBO Behind the Candelabra, le film que Steven Soderbergh a consacré à Liberace. J’ai été surpris de constater que ce drame biographique, dans lequel il n’y a aucune scène de sexualité explicite, était quand même classé «18 A» par la chaîne spécialisée ! Les mentalités – tout autant que les lois – ont beau évoluer, il reste que bien des blocages subsistent encore. Même en dessin, la vision de deux hommes qui s’embrassent se révèle encore choquante aux yeux de certains. Au point de réclamer le retrait des affiches.

Un extrait de l’article des Inrockuptibles :

Contacté par téléphone, le réalisateur Alain Guiraudie qualifie ce retrait de «lamentable» et y voit «de l’homophobie ordinaire». «Il y a une volonté d’élever des enfants dans un cocon. Mais pour les protéger de quoi ? De l’homosexualité? Ce n’est pas une maladie» s’insurge-t-il, avant de dresser un parallèle entre cette affaire et le le climat actuel:

«Il y a une homophobie qui n’est plus si latente que ça. Il y a quelque chose qui pue là quand même. Quelque chose se tend dans notre société entre réactionnaires et progressistes.»

Les liens :

L’affiche de L’inconnu du lac censurée à Versailles et à Saint-Cloud (Télérama)

De l’homophobie «ordinaire» (Les Inrocks)

Alain Guiraudie et la polémique (Première)

La ministre Aurélie Filippetti regrette cet acte de censure (Toutleciné.com)

Allez ! Tous sur Kechiche !


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Mardi 8 janvier 2013 | Mise en ligne à 8h42 | Commenter Commentaires (3)

Un film trop «gai» pour Hollywood ?

Liberace - 1

Michael Douglas et Matt Damon

Pour bien des conservateurs américains (on en trouve aussi ailleurs), Hollywood est un endroit de perdition mené par d’infâmes «libéraux» (insulte suprême) qui mettent de l’avant une «propagande» allant à l’encontre des «bonnes valeurs» (marque déposée).

Dans les faits, il n’en est rien. À quelques exceptions près, les films hollywoodiens sont ultra prévisibles. Et mettent de l’avant une idéologie conservatrice et lénifiante.

Vendredi dernier, au cours d’une rencontre organisée par la Television Critics Association, Steven Soderbergh a révélé que son film Behind the Candelabra a unanimement été rejeté par les studios hollywoodiens. Son projet s’est finalement transformé en un téléfilm dont la diffusion aura lieu ce printemps sur la chaîne spécialisée HBO. Michael Douglas y incarne le flamboyant entertainer Liberace; Matt Damon son amant. Le site Indiewire indique que ce nouvel opus soderberghien sera vraisemblablement présenté au festival de Cannes (une distribution en salle est prévue en Europe). Cela dit, aucune sortie en salle n’est prévue en Amérique du Nord.

«Ils ont dit que c’était trop gai, a révélé le réalisateur de Magic Mike. Tout le monde. Et cela, après Brokeback Mountain en passant. Qui n’est pas aussi drôle que ce film. J’étais médusé. Ça ne faisait aucun sens. Les studios disaient qu’ils ne sauraient pas comment le promouvoir. Ils ont eu peur.»

Lisez l’article d’Indiewire.

De son côté, Première trace un parallèle avec l’affaire I Love You Phillip Morris (lisez l’article). Cette décapante comédie, dont les têtes d’affiche étaient Jim Carrey et Ewan McGregor, a en effet mis deux ans à gagner quelques écrans en Amérique du Nord. J’avais évoqué cette affaire dans une chronique à l’époque. Extrait :

Étant donné la notoriété de ses deux acteurs principaux, Jim Carrey et Ewan McGregor, plusieurs s’attendaient à ce que le film n’éprouve aucune difficulté à se faire valoir sur les écrans nord-américains. Mais voilà. Aux écueils d’ordre financier (des démêlés entre le producteur français EuropaCorp et les distributeurs américains impliqués dans le dossier) se sont aussi ajoutées des préoccupations d’une autre nature.

Dans une scène présentée très tôt dans le film (ceux qui préféreraient ne pas en connaître les détails feraient mieux de passer tout de suite au paragraphe suivant), le personnage qu’interprète Jim Carrey se livre à de vigoureux ébats sexuels, avec à peu près la même énergie qu’un type sortant de prison. Cet homme sans histoires, bien marié, bon père de famille et chrétien dévoué, a décidé de se «lâcher lousse» en réalisant ses fantasmes avec une dévotion, disons, très sincère. La séquence se fige juste au moment où l’on aperçoit une partie du visage de SON partenaire. «En passant, je suis gai», révèle-t-il.

Il n’en fallait pas plus pour que certains observateurs dénoncent la frilosité des distributeurs américains en faisant valoir que le récit d’I Love You Phillip Morris s’appuie sur une relation homosexuelle vécue dans un contexte un peu plus subversif. Cette conclusion est peut-être un peu simpliste, mais il est clair que Hollywood semble faire preuve d’extrême prudence dès qu’il est question de la représentation de l’homosexualité à l’écran. Surtout quand on s’éloigne du créneau de la comédie pure et simple.

D’aucuns expliquent d’ailleurs la défaite inattendue de Brokeback Mountain aux Oscars en 2006 (Crash a alors été sacré meilleur film) par un effet de ressac issu de la frange plus conservatrice de l’Académie.

«Contrairement à l’impression générale, Hollywood est un endroit extrêmement conservateur qui ne fait que prétendre être progressiste», déclarait récemment l’acteur Rupert Everett au cours d’une interview accordée à la BBC…

À la lumière des révélations de Steven Soderbergh, on ne peut que confirmer ce constat. Dans la vraie vie, le mandat de Hollywood est de rejoindre le plus grand nombre de spectateurs possible à travers le monde. Pour y parvenir, on vise le consensus. Sans rien déranger, sans rien bousculer. Avec, bien souvent à la clé, une morale encore coincée dans une autre époque. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle bien des séries télé produites aux États-Unis sont désormais plus intéressantes que la plupart des produits préfabriqués qui sortent de l’usine hollywoodienne.

De son côté, Steven Soderbergh sera tout de même de l’actualité cinéma dès le mois prochain. Son thriller Side Effects prend l’affiche le 8 février.


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Mercredi 2 janvier 2013 | Mise en ligne à 8h24 | Commenter Un commentaire

Ce qu’on attend en 2013…

Le passé - 1

Bérénice Bejo dans Le passé (Asghar Farhadi)
(Photo : Memento Films)

Notre grand reportage sur les «20 films qui marqueront 2013» a été publié samedi (29 décembre) dans La Presse. Ce reportage n’est que partiellement en ligne pour l’instant. De nouvelles offrandes signées Pedro Almodovar, Michel Gondry, Lars Von Trier, Spike Lee, Martin Scorsese, Xavier Dolan, Paul Greengrass, Baz Luhrmann, Denis Villeneuve, et autres pointures figurent notamment au programme.

Voici, en vrac, la liste des 20 :

Les amants passagers de Pedro Almodovar
Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté de Laurent Tirard
Captain Phillips de Paul Greengrass
The Delivery Man de Ken Scott
L’écume des jours de Michel Gondry
The Great Gatsby de Baz Luhrmann
The Lone Ranger de Gore Verbinski
Main dans la main de Valérie Donzelli
Nymphomaniac de Lars Von Trier
Oblivion de Joseph Kosinski
Oldboy de Spike Lee
Only God Forgives de Nicolas Winding Refn
Pacific Rim de Guillermo del Toro
Le passé d’Asghar Farhadi
Prisoners de Denis Villeneuve
Rush de Ron Howard
Sin City : A Dame to Kill For de Frank Miller et Robert Rodriguez
Star Trek Into Darkness de J.J. Abrams
Tom à la ferme de Xavier Dolan
The Wolf of Wall Street de Martin Scorsese

On peut par ailleurs trouver sur le site Movieweb.com un montage de 5 minutes, réalisé à partir d’images tirées de quelques bandes annonces. Évidemment, c’est très hollywoodien. Tant sur le plan géographique qu’idéologique pourrait-on dire…

Bonne année cinéma !


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