Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Discussion’

Mardi 17 juin 2014 | Mise en ligne à 8h08 | Commenter Commentaires (12)

Une solitude «grandement séduite»; l’autre pas…

Grande séduction - Affiche

Le remake canadien de La grande séduction est un très grand succès…. au Canada anglais. Au Québec, malgré une grande offensive médiatique, le film est un échec sans appel. Est-ce surprenant ? Non.

Dès la présentation de The Grand Seduction en primeur au Festival de Toronto l’an dernier, où l’accueil fut très chaleureux, j’entretenais des doutes sur la viabilité au Québec d’un projet essentiellement conçu pour séduire d’abord le public canadien. L’objectif était aussi de conquérir les marchés internationaux où le film original (réalisé en 2003 par Jean-François Pouliot) reste inconnu. C’est d’ailleurs ce que confirmait le producteur Roger Frappier au cours d’un entretien qu’il m’avait accordé au lendemain de la première du TIFF.

«Il est certain que nous visons d’abord le marché canadien anglais, avait-il alors déclaré. L’accueil qu’a obtenu le film dimanche me laisse croire qu’un grand succès est à notre portée. Mais nous visons aussi le marché américain et international.»

Sur le marché canadien, The Grand Seduction a largement gagné son pari. Le film de Don McKellar a généré d’une mare à l’autre des recettes de plus d’un million de dollars aux guichets en 10 jours à peine. Pour un film «véritablement canadien» (lire : pas une franchise à la Resident Evil), un tel score relève de l’exploit.

L’an dernier, quand je lui ai demandé si le film était viable au Québec à ses yeux, le producteur a évoqué la distance de dix années qui séparait les deux films, de même qu’un effet de curiosité. «Il est évident qu’on n’atteindra jamais les mêmes chiffres que le film original avec ce remake, mais j’estime que le public québécois pourra apprécier. La grande séduction, ça fait dix ans quand même ! Nous comptons en tout cas sortir chez nous The Grand Seduction avec des sous-titres mais il y aura aussi une version doublée.»

À moins que je ne fasse erreur, il n’y a finalement pas eu de version sous-titrée en français. En revanche, le distributeur – Films Séville – a beaucoup misé sur la version doublée. Quand elle a pris l’affiche le 30 mai, la version française de The Grand Seduction (La grande séduction à l’anglaise) occupait 14 écrans au Québec. Et l’on pouvait voir chez nous le film dans sa version originale sur six écrans. Pourtant, la version originale a généré davantage de (maigres) recettes. Selon Cinéac, la firme qui compile les statistiques du box office québécois, les recettes de la v.o. atteignent 23 947 dollars après trois semaines d’exploitation. La version française ? 7 238 dollars… Le film n’occupe désormais qu’un seul écran de chaque côté de la barrière linguistique.

Personne ne se réjouit d’aussi mauvais résultats (au Québec s’entend). Mais l’un dans l’autre, cet échec était prévisible. D’autant que Delivery Man, le remake américain de Starbuck, s’était aussi soldé par un échec au Québec (comme ailleurs du reste). Il est en tout cas clair que le public québécois n’est pas intéressé à voir ce que donne un film qu’ils ont déjà vu (et aimé) une fois transplanté dans une autre culture. Peu importe sa qualité. On parie que Le grand méchant loup se plante aussi ? D’ailleurs, ce remake français des Trois petits cochons dort présentement sur les tablettes de Films Séville et ne figure encore nulle part dans le calendrier des sorties. Prévision : direct en DVD ?

Quelques liens :

Toronto séduite par The Grand Seduction (reportage au TIFF)

The Grand Seduction Romances the Rock (critique de Peter Howell – Toronto Star)

A Cynical Homecoming (critique de John Semley – The Globe and Mail)

A pleasant Newfoundland-set fable (critique de Jim Slotek – Toronto Sun)

Movie Review : The Grand Seduction (critique de T’Cha Dunlevy – The Gazette)


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Mardi 25 mars 2014 | Mise en ligne à 22h13 | Commenter Commentaires (8)

CinemaCon : une déclaration étrange…

12 Years - 1

Chiwetel Ejiofor dans 12 Years A Slave

Peut-être est-ce dans leurs gènes. Peut-être est-ce inscrit dans leur définition de tâches; je n’en sais rien. Le fait est que les présidents d’associations d’exploitants de salles y vont parfois de déclarations fort étranges. Et controversées.

À l’occasion de la tenue de CinemaCon à Las Vegas, le congrès annuel des exploitants de salles aux États-Unis, le président de la National Association of Theater Owners, John Fithian, y est allé d’une déclaration pour le moins saugrenue. Dans son allocution annuelle, l’hôte n’a pas hésité à mentionner le fait qu’il avait vu tous les films en nomination aux Oscars sur grand écran, sauf 12 Years A Slave, lauréat de l’Oscar du meilleur film. Pas par manque de temps, pas par désintérêt, non. Parce qu’il redoutait que l’expérience soit pour lui trop «intense» sur un écran de cinéma.

«Ce n’est pas que j’estimais le film indigne d’un visionnement, a-t-il dit. Plutôt le contraire. 12 Years A Slave est l’un des films les plus importants de notre génération. C’est simplement que pour moi, ce film était clairement trop intense pour le regarder dans une salle de cinéma. J’ai préféré attendre et le regarder chez moi.»

Euh… Le gars est supposé faire la promotion du cinéma en salle. Bravo. Inutile de dire que bien des «professionnels de la profession» ont un peu sourcillé en entendant ces propos, surtout les représentants des studios Fox et Fox Searchlight, distributeur du film de Steve McQueen.

Fithian a raconté cette anecdote maladroite pour faire valoir «l’expérience cinéma». «Les exploitants membres de cette association offrent la plus intense des expériences sur le plan technologique, visuel et sonore, en l’amenant à des niveaux jamais atteints. Pour huit des candidats en nomination, et pour des douzaines d’autres films, la salle de cinéma était le bon endroit pour moi. Pouur ce film-là, l’intensité d’une projection en salle aurait été trop forte.»

Ben coudonc.

«Too Intense To Watch in a Cinema» (Hollywood Reporter)

Les studios profitent par ailleurs du CinemaCon pour dévoiler des extraits ou des bandes annonces de leurs prochaines superproductions. Paramount a en outre lancé la b.a. d’Hercules. C’est avec Dwayne Johnson. Ça sort le 25 juillet.


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Lundi 11 novembre 2013 | Mise en ligne à 9h11 | Commenter Commentaires (30)

Ces bons films qu’on ne veut jamais revoir…

United 93 - Affiche US

Alors que 12 Years A Slave prend l’affiche en distribution plus large en Amérique du Nord, le magazine Entertainment Weekly s’est livré à un exercice intéressant. Considérant la nature difficile du sujet qu’aborde Steve McQueen dans son film, où l’époque de l’esclavagisme est dépeinte de façon très réaliste, le journaliste Keith Staskiewicz a recensé les films qu’on admire pour leurs qualités et leur puissance d’évocation, mais qu’on ne veut plus jamais revoir. Parce que difficilement supportables.

Voici les titres répertoriés par le journaliste :

1. Leaving Las Vegas (Mike Figgis, 1995)

2. Straw Dogs (Sam Peckinpah, 1971)

3. Come and See (Elem Klimov, 1985)

4. Irréversible (Gaspar Noé, 2002)

5. United 93 (2006)

6. Dancer in the Dark (2000)

7. Le chagrin et la pitié (Marcel Ophuls, 1969)

8. Requiem for a Dream (2000)

Évidemment, cette liste est plus ou moins discutable. Personnellement, je n’ai pratiquement aucun problème à supporter des scènes difficiles en autant qu’elles relèvent de la fiction. Quand il s’agit d’un documentaire ou d’une reconstitution réaliste d’un événement tragique, cela m’est plus difficile. Même si Paul Greengrass a effectué un travail admirable, je ne reverrai probablement jamais United 93. Pas plus que 9/11, le documentaire effroyable des frères Jules et Gedeon Naudet. Pas certain d’avoir envie de revoir Polytechnique non plus…

Notez que EW publie ce reportage uniquement dans sa version papier.


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