Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Discussion’

Samedi 6 juin 2015 | Mise en ligne à 8h07 | Commenter Commentaires (18)

Cherchez l’erreur…

Un moment d'égarement - Affiche

Dans la foulée de la révélation de l’actrice Maggie Gyllenhaal, le dévoilement de la bande annonce du remake d’Un moment d’égarement, un film que Claude Berri a réalisé en 1977, alimente bien des discussions à propos du système du «deux poids, deux mesures» qui, en 2015, façonne encore les esprits au cinéma.

Une entrevue accordée par Maggie Gyllenhaal, mise en ligne sur le site The Wrap, a en effet beaucoup fait parler. Dans cet entretien, l’actrice, âgée de 37 ans, révélait s’être fait dire qu’à 37 ans, elle était trop vieille pour incarner à l’écran l’amante d’un homme de 55 ans.

«En tant qu’actrice à Hollywood, il y a des choses vraiment décevantes qui ne cesseront jamais de me surprendre. J’ai 37 ans et on m’a dit récemment que j’étais trop vieille pour jouer la compagne d’un homme qui en avait 55. J’ai trouvé ça hallucinant. Ça m’a blessée, puis ça m’a mise en colère, puis ça m’a fait rire».

Sur le site Vulture, on peut d’ailleurs lire un article dans lequel on fait écho, graphiques à l’appui, à l’âge des partenaires masculins de trois des actrices les plus en vue présentement à Hollywood : Emma Stone, Jennifer Lawrence et Scarlett Johansson. C’est assez éloquent.

Emma Stone - Graphique

Au même moment en France, le remake d’Un moment d’égarement s’apprête à prendre l’affiche à la fin du mois. Réalisé par Jean-François Richet (Mesrine), le film relate l’histoire de deux amis d’âge mûr (Vincent Cassel et François Cluzet) qui passent leurs vacances ensemble avec leurs filles respectives (Alice Isaaz et Lola Le Lann). Il s’adonne que l’un tombe amoureux de la fille de l’autre. Le personnage incarné par Vincent Cassel, 48 ans, a ainsi une aventure avec une adolescente âgée de… 17 ans. Le syndrome de la Lolita est encore très présent dans l’imaginaire collectif français, mais on s’étonne quand même qu’en 2015, il soit encore aussi fort…

Le film de Claude Berri (dont le fils Thomas Langmann produit le remake) avait déjà provoqué une polémique en 1977 (Victor Lanoux et Jean-Pierre Marielle incarnaient les deux amis). Mais le sujet est encore plus sensible aujourd’hui.

«On va nous faire croire que Lola Le Lann, qui joue une adolescente de 17 ans, pourrait vraiment avoir le béguin pour Vincent Cassel, âgé de 48 ans, c’est-à-dire de 31 ans de plus qu’elle ?» s’insurgeait la chroniqueuse Caroline Parlanti dans L’Obs en évoquant la bande annonce d’un film «embourbé dans des stéréotypes et des fantasmes d’un autre temps».

De son côté, l’actrice Frédérique Bel (Changement d’adresse), a relevé le sexisme de l’affiche dans un commentaire publié sur sa page Facebook. Elle faisait en outre emarquer l’absence totale des noms des deux jeunes actrices, alors que ceux des jeunes comédiennes du film original (Christine Dejoux et Agnès Soral) apparaissaient au moins au bas de l’affiche qu’avait dessinée Wolinski à l’époque.

On a beau faire des progrès immenses sur le plan social, il reste que rien n’est jamais plus long à changer qu’une mentalité…

Quelques liens :

Maggie Gyllenhaal on Hollywood Ageism (The Wrap)

Pas crédible et sexiste (la chronique de Caroline Parlanti dans L’Obs)

Emma Stone, Jennifer Lawrence and Scarlett Johansson Have an Older-Man Problem (Vulture)

Average age-gap between male/female leads is only four years (The Guardian)

Compte Twitter : @MALussier

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Lundi 19 janvier 2015 | Mise en ligne à 12h36 | Commenter Commentaires (26)

American Sniper : un triomphe en forme de malaise…

Ametican Sniper - 1

Bradley Cooper dans American Sniper

Quand il a pris l’affiche à Noël dans quelques salles aux États-Unis, le plus récent film de Clint Eastwood battait déjà des records d’affluence. Tant à New York qu’à Los Angeles, villes de tendance plus «progressiste», plusieurs représentations se déroulaient à guichets fermés.

Depuis vendredi, jour où American Sniper a pris l’affiche partout en Amérique du Nord (sur un circuit de 3 555 écrans), c’est la folie. En trois jours, le film a amassé 105, 3 millions de dollars aux guichets. Du jamais vu en janvier. Il aurait en outre particulièrement bien fait dans ce qu’on appelle le «cœur de l’Amérique», c’est à dire plus loin des grands centres, dans des États où l’allégeance politique penche plus naturellement du côté du parti républicain. Est-ce à dire que la lecture que la plupart de ces spectateurs font du film correspond réellement à celle que Clint Eastwood souhaiterait qu’ils fassent? Je n’en suis pas si certain.

Personnellement, j’estime qu’American Sniper est ce qu’Eastwood a fait de mieux depuis un bon bout de temps. Contrairement à d’autres critiques, je n’y ai pas vu une glorification éhontée de l’expertise militaire américaine, ni les excès de patriotisme redoutés. Et ce, en dépit des convictions conservatrices – bien affichées – du cinéaste. Le protagoniste de l’histoire étant Texan, le récit fait évidemment écho à l’état d’esprit d’un endroit où ces valeurs – dieu, famille, patrie – sont inhérentes au mode de vie. C’est un constat.

À mes yeux, American Sniper est l’histoire tragique d’un type qui carbure à l’idée de terminer «sa mission», même si, sur le plan politique, il ne sait pratiquement rien du conflit dans lequel il est plongé. Eastwood s’attarde davantage à décrire les mécanismes intérieurs d’une machine qui broie le caractère humain d’un individu. Ceux qui attendent un grand exposé sur les tenants et aboutissants de la guerre en Irak seront amèrement déçus. À la limite, ce type ne saurait pas dans quel pays il se trouve que son approche serait la même.

«Le récit ne nous apprend strictement rien sur cette guerre-là. Il s’agit plutôt d’une étude psychologique à propos d’un soldat dont l’expertise est à la fois un atout et un fardeau. Ultimement, c’est lui qui doit prendre la décision d’appuyer sur la détente quand il estime que les actions de ceux qui se retrouvent dans son viseur pourraient menacer plusieurs vies humaines. Tous les tireurs d’élite vivent ce déchirement. Ils doivent penser en terme de vies sauvées plutôt que de vies enlevées. Cela n’est jamais facile. Et ça n’a rien à voir non plus avec l’endroit où le conflit se déroule.»

- Bradley Cooper (conférence de presse du 16 décembre 2014 à New York)

Peut-être suis-je dans l’erreur. Mais je vois davantage dans l’approche de Clint Eastwood une volonté de faire écho aux vies brisées de ceux et celles qui, pris dans l’engrenage de la machine militaire, ne peuvent revenir eux mêmes ensuite. Et le cinéaste semble poser un regard assez acerbe sur ce phénomène.

D’évidence, tout le monde n’en fait toutefois pas la même lecture. À l’aune du succès étonnant qu’obtient le film au box-office, des voix s’élèvent maintenant pour dénoncer un film qui «fait d’un assassin une figure héroïque». Le directeur de la distribution du studio Warner Bros, Dan Fellman, évoque le «premier film de «vrai» super héros» pour expliquer l’engouement inattendu du public envers le film. «Il performe bien dans tous les marchés, des plus petites villes jusqu’aux plus grandes cités», a-t-il déclaré au Hollywood Reporter.

Peu importent les véritables intentions de Clint Eastwood à cet égard, il reste que son film ne lui appartient plus. Or, il semble qu’aux yeux de la vaste majorité des spectateurs, du moins ceux qui se sont rués dans les salles au cours du week-end, Chris Kyle, le tireur d’élite dont on raconte le parcours dans le film, est un super héro. Et ça, c’est plutôt troublant…

Les liens :

Bradley Cooper, le franc-tireur.

Box office : American Sniper Makes History… (The Hollywood Reporter)

How American Sniper Played Like a Super Hero Movie (The Hollywood Reporter)

American Sniper Takes Apart the Myth of the American Warrior (The New Yorker)

Should Clint Eastwood Be Celebrating a «Killer» ? (The Wrap)

5 Reasons for Historic Breakout at the Box Office (The Wrap)

What It Means for the Oscar Race (Grantland)

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Mardi 23 décembre 2014 | Mise en ligne à 21h41 | Commenter Commentaires (24)

Le cinéma en salles : un déclin irréversible ?

Maîtres - Affiche

Déception pour la comédie québécoise…

Le phénomène est mondial. Du moins, il atteint bon nombre de pays occidentaux. Le nombre de spectateurs diminue dans les salles de cinéma. Ceux qui continuent à fréquenter les salles vont choisir une valeur sûre – une superproduction hollywoodienne – plutôt que de prendre un risque sur un film «du milieu», dont la vision sur grand écran ne constitue en rien une valeur ajoutée à leurs yeux par rapport à l’écran HD de 60 po qu’ils ont à la maison.

Peut-être avez-vous lu l’excellent dossier de mon collègue Vincent Brousseau-Pouliot, de la section «Affaires». Les chiffres contenus dans son reportage ne susciteront certainement pas l’enthousiasme des exploitants.

Selon la firme Cinéac, les 50 premières semaines (sur 52) de l’année 2014 ont généré 160,8 millions au box-office contre 180,8 millions pour la même période en 2013 et 187 millions en 2012. Il s’agit d’une baisse de 14% sur 2 ans.

Seule note encourageante, la part de marché des films québécois augmentera. De peu, mais elle augmentera.

Pour les 50 premières semaines de l’année 2014, le cinéma québécois a généré 6,1% des parts de marché au box-office. Il s’agit d’une deuxième hausse annuelle consécutive (4,8% en 2012 et 5,6% en 2013). De 2002 à 2011, les films québécois avaient toutefois toujours généré entre 8,3 et 18,2% du box-office annuel.

À moins d’un revirement spectaculaire, il ne faudra pas compter sur Les maîtres du suspense pour renverser la tendance. La volonté affichée des producteurs était d’obtenir une moyenne par écran similaire à celle du Hobbit (qui est sorti le même jour) mais on est loin, très loin du compte.

En cinq jours, «Le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées» a généré 1,96 million au box-office dans 161 salles de cinéma au Québec. «Les maîtres du suspense» : 128 648 $ dans 62 salles. Avant la sortie en salle, les producteurs des «Maîtres du suspense», un film québécois mettant en vedette Michel Côté et Antoine Bertrand, espéraient générer autant d’argent par écran que le dernier volet du «Hobbit».

Le verdict a été sans appel : 12 162 $ par écran pour «Le Hobbit» contre 2074 $ pour le dernier film québécois d’envergure qui sort en 2014…

Le cinéma étant une science inexacte, des films que personne n’attendait parviendront toujours à se hisser au rang des phénomènes inexpliqués. En France, ce fut notamment le cas d’Intouchables, et, plus récemment, de Qu’est qu’on a fait au Bon Dieu ?. Chez nous, pas de phénomènes semblables, mais Mommy et 1987 ont quand même fait vibrer le box office local.

À l’aune des plus récents chiffres, force est toutefois de constater que le cinéma en salles ne présente plus le même attrait pour un bon nombre de cinéphiles. C’est à tout le moins le cas pour les productions d’envergure plus modeste. Ce déclin est-il irréversible ? Si oui, aura-t-il un impact sur la création cinématographique mondiale ?

Quelques liens :

Le box-office en baisse de 11% au Québec.

Le suspense continue.

Compte Twitter :@MALussier

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