Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Discussion’

Samedi 16 janvier 2016 | Mise en ligne à 15h40 | Commenter Commentaires (7)

Et le «vrai» champion de 2015 est… *(Ajout)

Le mirage - Affiche

Plus tôt cette semaine, la firme Cinéac, spécialisée dans la compilation des statistiques du cinéma québécois, a publié son rapport pour l’année 2015. Comme le Québec – et le reste du Canada – fait partie du marché intérieur américain, les données sont toujours classées selon les recettes générées au box-office plutôt qu’en nombre de billets vendus.

Ceux qui lisent ce blogue depuis un petit bout le savent : j’ai toujours dénoncé ce système. Qui, à mon sens, fausse les données. C’est particulièrement le cas depuis que la 3D s’est répandue comme une traînée de poudre dans le cinéma hollywoodien. Les grilles de tarifs étant variables (billets plus chers pour les films en 3D), les statistiques – et la course aux records qu’elles engendrent – sont ainsi artificiellement gonflées.

Ainsi, selon Cinéac, le champion québécois du box-office en 2015 est La guerre des tuques 3D. Le très charmant film d’animation, réalisé par Jean-François Pouliot et François Brisson, avait généré, au 31 décembre, des recettes de 3 193 321 dollars, soit plus que tout autre film québécois. Bien.

Ce que ces chiffres ne disent pas, toutefois, est le fait que si nous empruntions le système français plutôt que le système américain (en France, on établit le classement selon le nombre d’entrées), un autre film pourrait revendiquer la position de tête.

Le mirage, le très bon film de Ricardo Trogi, a en effet attiré plus de spectateurs dans les salles que La guerre des tuques 3D. Selon les statistiques compilées par le site Films du Québec, le drame existentiel imaginé par Louis Morissette, qui a généré des recettes de 2 832 455 dollars (deuxième place au classement officiel), a enregistré 326 008 entrées, comparativement à 314 014* pour La guerre des tuques 3D.

À mes yeux, les individus parlent toujours mieux que les billets de banque. Ainsi, je n’hésite pas à affirmer que sur le plan de la popularité, le «vrai» champion québécois de l’an 2015, pour peu qu’on arrête le bilan au 31 décembre **, est Le mirage.

* Précision

La publication de cette entrée de blogue a suscité une discussion sur les réseaux sociaux à propos de l’attribution du Billet d’or à la soirée des Prix Jutra. Devrait-on tenir compte des recettes ou du  nombre d’entrées pour attribuer le prix du film le plus populaire ? Vérification faite il semble que le problème risque de ne pas se poser. La direction des Jutra tient en effet compte des revenus engendrés lors de la durée totale de la carrière d’un film en salles, même si celle-ci se poursuit dans les semaines suivant l’année en cours. Théoriquement, La guerre des tuques 3D pourrait aussi rejoindre bientôt – et peut-être dépasser – Le mirage au chapitre des entrées (il lui manque aujourd’hui 12 000 spectateurs pour atteindre le même score). Cela dit, le fait est qu’au 31 décembre, au moment où Cinéac a établi son bilan de l’année 2015, l’écart entre les revenus aux guichets et le nombre d’entrées était assez impressionnant. Et je persiste à croire que des statistiques établies à partir du nombre de billets vendus serait beaucoup plus juste pour tout le monde. Et de loin préférable. M-A. L.

Quelques liens :

Entrées en salles des films de fiction québécois de 2015 (Films du Québec)

Les films québécois ont la cote (Mario Cloutier)

* Ce chiffre a été mis à jour le 17 janvier (il s’arrêtait à 230 459 le 31 décembre).

** La carrière de La guerre des tuques 3D en salles n’est pas encore terminée.

Compte Twitter : @MALussier

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Vendredi 20 novembre 2015 | Mise en ligne à 11h35 | Commenter Un commentaire

Jesse Eisenberg dans la peau d’un critique…

Eisenberg - 1

Jesse Eisenberg dans American Ultra

En fait, le principal problème du texte de Jesse Eisenberg est qu’il n’est pas assez brillant, ni assez finement conçu pour susciter une vraie réflexion

Gros émoi dans le petit monde de la critique américaine. Mercredi matin, le prestigieux magazine The New Yorker a mis en ligne sur son site, sous la rubrique Shouts ans Murmurs, un texte intitulé An Honest Film Review, écrit par le comédien Jesse Eisenberg. Dans cet article en forme d’essai, la vedette de The Social Network se met dans la peau d’un critique se rendant à la projection de presse du film (fictif) Paintings of Cole.

Eisenberg dépeint son personnage comme un être essentiellement narcissique, qui n’évaluera le film qu’à l’aune de ses propres sentiments personnels. Son esprit est aussi distrait par le désir sexuel qu’il éprouve envers la jeune stagiaire qui l’a accueilli au cinéma. Autrement dit, l’acteur dresse un portrait pour le moins caricatural.

Un extrait (la traduction française est de Première) :

«Paintings of Cole, écrit et dirigé par Steven Kern qui joue aussi dedans, raconte l’histoire d’un jeune homme baptisé Cole chargé de faire tomber la mafia italienne. Cole communique secrètement avec la police via des messages cachés dans ses peintures, ce qui m’a profondément énervé étant donné que j’ai développé la même idée dans mon scénario de court-métrage à l’université. J’ai eu une mauvaise note, mais Mr. Kern est en lice pour l’Oscar. Justice ? Pas dans ce monde.»

«En résumé, voici les principaux problèmes de Paintings of Cole : le film était malheureusement projeté dans l’Upper West Side (et le métro était en retard, plus haut dans le texte, ndlr), écrit par un type que j’envie, projeté par une stagiaire mignonne dont le prénom était trop compliqué à retenir, basé sur une idée que j’ai foirée à la fac, et applaudi par le Times, qui n’a jamais donné suite à mon entretien d’embauche.»

Dans un entretien accordé au Chicago Tribune, l’acteur a expliqué qu’il ne pouvait laisser passer l’idée du «critique narcissique qui se prend pour le centre de l’univers et qui pense que ses grognements personnels méritent d’être rendus publics»

Eisenberg évoque aussi une critique d’un film de Woody Allen, qu’il a lue  alors qu’il était lui-même en train de tourner sous la direction du réalisateur de Manhattan.

«Le critique disait essentiellement qu’il s’agissait d’un autre film de Woody Allen, que celui-là ne fonctionnait pas vraiment mais que, hey, il en tournait un par année. Ralentis le Wood-man ! J’ai alors réalisé que ce gars-là ne faisait pas une critique du film mais plutôt une critique de sa propre paresse face à la productivité de Woody. Mais il descendait le film.»

Un autre point de vue

Certains critiques américains ont plutôt mal réagi face à cet essai satirique. La confrérie a aussi du mal à comprendre pourquoi Eisenberg se livre à une telle attaque, étant donné que les films dans lesquels il joue bénéficient habituellement d’un bon soutien critique. American Ultra, sorti plus tôt cette année, est toutefois une rare exception. Ceci expliquerait-il cela ?

Personnellement, j’aime bien lire les points de vue des artistes et leur propre lecture d’une oeuvre. James Franco, qui signe souvent ce genre de textes, emprunte à cet égard une approche originale et intéressante. Il y a deux ans, le bougre a même réussi à me faire voir sous un autre angle Spring Breakers, le plus récent film de Harmony Korine.

En fait, le principal problème du texte de Jesse Eisenberg est qu’il n’est pas assez brillant, ni assez finement conçu pour susciter une vraie réflexion. Comme dans n’importe quel autre domaine, on trouvera des critiques qui exercent leur métier avec le plus grand professionnalisme possible. Et d’autres moins. Eisenberg a visiblement choisi la forme de la satire. Soit. Mais la profession entière doit-elle monter sur ses grands chevaux pour si peu ? C’est avoir la mèche un peu courte il me semble.

Quelques liens :

An Honest Film Review de Jesse Eisenberg (The New Yorker)

Jesse Eisenberg Explains Why… (Indiewire)

Jesse Eisenberg angers films journalists (The Guardian)

Ouch, Jesse Eisenberg ! What did we film critics ever did to you ? (The Guardian)

Jesse Eisenberg’s Piece had a point : critics have weaknesses too (The Guardian)

Jesse Eisenberg se paie la critique de cinéma (Première)

Compte Twitter : @MALussier

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Samedi 24 octobre 2015 | Mise en ligne à 11h46 | Commenter Commentaires (13)

Cinéma québécois : tout le monde en même temps !

LES ETRES CHERS - 27x39po HRnoCM

Le film d’Anne Émond sort le 20 novembre

Il y a d’abord eu Paul à Québec (François Bouvier) le 18 septembre, et Sicario la semaine suivante. Bien sûr, Sicario n’est pas un film québécois. Mais la présence de Denis Villeneuve à la réalisation confère indéniablement au film une touche «locale» dans notre coin de pays.

Vinrent ensuite Guibord s’en va-t-en-guerre (Philippe Falardeau) le 2 octobre; Ville-Marie (Guy Édoin) le 9, et  Anna (Charle-Olivier Michaud) le 23.

La semaine prochaine, ce sera au tour du film de Philippe Lesage, Les démons. Viendront ensuite Le garagiste (Renée Beaulieu) le 6 novembre; La guerre des tuques 3D (Jean-François Pouliot et François Brisson) le 13; Les êtres chers (Anne Émond) le 20; Le coeur de Madame Sabali (Ryan McKenna) le 4 décembre; et Hôtel La Louisiane (Michel La Veaux) le 18. À Noël, Chasse-galerie, la légende (Jean-Philippe Duval) devait se joindre à la fête mais la sortie est maintenant retardée de deux mois (26 février 2016) afin de peaufiner les effets spéciaux. De toute façon, avec la présence dans le décor de Star Wars : Episode VII – The Force Awakens, qui aura l’effet d’un véritable rouleau-compresseur à compter du 18 décembre, les autres préfèrent se tasser et laisser la place. C’est très compréhensible.

Les distributeurs québécois vous le diront : choisir une «bonne» date de sortie est un exercice de haut vol. Pour les films québécois, l’idée reçue est qu’il existe deux grandes périodes de pointe dans l’année, du moins en ce qui à trait au cinéma d’auteur. On mettra ainsi ces films à l’affiche à l’automne, ou alors, en plein coeur de la saison hiver – printemps. Plus tôt cette année, nous avons eu droit – en deux mois seulement – à Félix et Meira (Maxime Giroux), L’amour au temps de la guerre civile (Rodrigue Jean), Elephant Song (Charles Binamé), Le scaphandrier (Alain Vézina), Autrui (Micheline Lanctôt), Les loups (Sophie Deraspe), Chorus (François Delisle), Gurov et Anna (Rafaël Ouellet), et La passion d’Augustine (Léa Pool).

Dans un texte fort intéressant, mis en ligne sur le site de 24 images le printemps dernier (au moment du grand embouteillage), le cinéaste Rafaël Ouellet y était allé de sa réflexion. Extrait :

Est-ce que ces dates de sorties sont gardées secrètes le plus longtemps possible? Est-ce que les distributeurs se font compétition avec des films financés par des fonds publics? N’ont-ils pas les adresses courriels de leurs collègues? Parce que lorsqu’ils distribuent des films québécois financés par l’Etat, c’est bien ce qu’ils sont, des collègues. Les exploitants de salles soulèvent-ils le problème de temps à autre? Les producteurs? Les investisseurs? Et les cinéastes?

Pourquoi à l’écriture les investisseurs ont-ils des commentaires précis sur des choix d’intrigues, de personnages, de mots – ! -, mais lorsque vient le temps de commercialiser ces films, ils laissent tout passer? Est-ce que ça existe des tapes sur les doigts d’un distributeur lorsqu’un film est mal sorti? Parce que nous, cinéastes, un film qui rate ses cibles, qui ne réussit pas, ça nous suit. Il y a des conséquences.

Depuis le début de l’année, sept films québécois à budgets modestes ont pris l’affiche. 7 films. En fait, depuis le 30 janvier, donc en 6 semaines ! Ajoutez à cela le documentaire L’empreinte cette semaine, mon film et celui de Léa Pool, le 20 mars prochain. Et d’ici le 17 avril, N.O.I.R. de Yves-Christian Fournier, Corbo de Mathieu Denis et le film de François Girard. Et ensuite? Plus rien. Pourquoi?

On retrouve essentiellement le même problème à l’automne, aux alentours du Festival du Nouveau Cinéma. La période après celle des blockbusters américains mais avant les sorties stratégiques de films aux espoirs oscarisables.

Cela n’est pas sans impact. Avec de telles sorties, ces films s’écrasent presque systématiquement au box-office. C’est mauvais pour le public qui s’y perd, ne peut voir ces oeuvres à moins de faire des blitz. Mauvais pour la feuille de route du cinéaste, du producteur ou de la productrice, mauvais pour l’image du cinéma québécois, mauvais pour la maudite moyenne de fin d’année, publiée sans contexte par des médias jaunissants. BOX OFFICE divisé par NOMBRE DE FILMS = ÉCHEC. AUSTÉRITÉ À VENIR! WATCHEZ-VOUS LES ARTISSES!!

- Rafaël Ouellet – 24 images, 13 mars 2015

Tirer sur tout ce qui bouge (Rafaël Ouellet)

Plusieurs intervenants estiment qu’une saine distance devrait être maintenue entre les dates de sorties des films québécois. Dans la mesure du possible à tout le moins. Or, avec une production de 35 ou 40 longs métrages de fiction par an, il est évidemment difficile d’éviter les chevauchements.

Personnellement, j’ai toujours pensé que la nationalité d’un film n’avait rien à voir avec son succès ou son échec. Seule sa qualité devrait suffire à lui attirer son public. Il appert pourtant que l’histoire me donne tort. L’exemple le plus éclatant remonte d’ailleurs à Incendies. Au lieu d’avoir eu un effet d’entraînement, le succès monstre – et inattendu – du film de Denis Villeneuve a plutôt laissé sur la touche les autres (beaux) films québécois sortis dans la même saison.

Cela dit, les succès établis sur la longueur, grâce à la force du bouche à oreille, sont encore possibles. L’exemple le plus récent est Le mirage. Sorti le 5 août, le film de Ricardo Trogi (écrit et produit par Louis Morissette) vient tout juste de terminer sa carrière en salles. Qui a duré près de trois mois. Par les temps qui courent, c’est franchement inhabituel. Voilà qui reflète bien la nature imprévisible d’un domaine fragile où, finalement, aucune règle précise ne tient.

Lauréat du prix Focus au Festival du nouveau cinéma, remis au meilleur long métrage canadien, Le coeur de Madame Sabali sort le 4 décembre.

Lien YouTube

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