Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Chroniques’

Dimanche 24 janvier 2016 | Mise en ligne à 17h44 | Commenter Commentaires (13)

Dirty Grandpa : le vrai scandale…

Dirty Grandpa - affiche

Ça a été plus fort que moi. Ce que j’ai pu lire un peu partout depuis vendredi à propos de la comédie Dirty Grandpa est tellement violent que je n’ai pu résister à la tentation d’aller vérifier par moi-même. A-t-on vraiment affaire ici à l’un des plus mauvais films de l’histoire du cinéma ? Et Robert De Niro trouve-t-il là son pire rôle ? À vie ?

Dimanche, 11h45. Dans la salle 8 du Cinéma Banque Scotia de Montréal, qui doit bien contenir quelques centaines de sièges, nous étions exactement sept spectateurs au moment où le «programme principal» a commencé. Cinq gars en solitaire; un autre avec sa blonde.

Il y a de ces films qu’on trouve tout simplement mauvais mais qui, à la sortie, nous laissent indifférents. Et il y a ceux qui nous enragent à cause de leur veulerie, qui se révèlent offensants en mettant de l’avant des idées ignobles, ou qui, tout simplement, constituent une véritable insulte à l’intelligence. À mes yeux, la quintessence de tous ces éléments a pour titre Boat Trip, une immonde comédie, sortie en 2002, dans laquelle deux hommes «straights» se retrouvent par accident sur une croisière réservée principalement à des hommes gais. Le genre de truc qui te fait dire que l’Oscar attribué à Cuba Gooding, Jr. devrait lui être retiré sur le champ.

Pas très loin derrière dans ce palmarès se trouve aussi notre désormais célèbre Bonheur de Pierre

Dirty Grandpa, avec son humour de mauvais goût et, surtout, pas drôle (alors que d’autres ont prouvé – Sacha Baron Cohen en a fait une carrière – qu’on peut être de mauvais goût ET drôle), est un navet de pire catégorie. Zac Efron, un jeune acteur qui a pourtant du potentiel (The Paperboy de Lee Daniels), devrait immédiatement congédier son agent. Robert De Niro, qui en viendra à perdre toute crédibilité s’il continue d’accepter de jouer dans des ultra niaiseries pareilles, devrait aussi en faire autant.

57 écrans au Québec !

Cela dit, le genre de diffusion qu’obtient ce film de très piètre qualité, distribué chez nous par VVS Canada (qui relaie un titre Lionsgate pour l’occasion), résume à lui seul le marasme dans lequel s’enlise le monde du cinéma en salles chez nous. Le croiriez-vous ? Cette improbable chose qui, lors de son premier week-end d’exploitation, n’attire que sept spectateurs lors de la première séance du dimanche dans un grand complexe multisalles du centre-ville, pollue pas moins de 57 écrans présentement au Québec. 57 !!!

À elle seule, la version doublée française est à l’affiche dans 41 salles. À cet égard, il convient de souligner que, dans le but d’attirer particulièrement le public francophone, le distributeur a pris soin de faire doubler cette triste comédie en privilégiant un français «international» (pour ce que ça veut dire), tout en le ponctuant quand même d’expressions bien québécoises. Mon estimé et sémillant collègue Hugo Meunier, nouveau voisin de bureau, est d’ailleurs allé voir de quoi il en retourne…

Grand-père veut fourrer ! (Hugo Meunier)

Et dire qu’on a dû faire des pieds et des mains pour trouver deux écrans pour la version sous-titrée de 45 Years. Et encore, 45 ans ne sort pas en même temps que la version originale (à l’affiche présentement dans UN seul cinéma au Québec), mais dans deux semaines seulement.

Au moment où, avec la fermeture d’Excentris, l’absence d’écrans disponibles constitue un problème très grave du côté des distributeurs indépendants, les grandes chaînes, inféodées aux règles du marché intérieur hollywoodien (dont le Canada entier fait partie), continuent à programmer aveuglément tout ce que les distributeurs américains leur ‹dompent». Le vrai scandale, il est là.

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Vendredi 27 novembre 2015 | Mise en ligne à 17h58 | Commenter Commentaires (16)

Ça va bien au-delà d’Excentris…

Excentris-1

(Photo : Patrick Sanfaçon – La Presse)

L’ennui, c’est que dans tout l’écosystème de la diffusion des films, la sortie en salle demeure encore la première référence.

Comme tout le monde, je déplore la fermeture d’Excentris. La cessation de ses activités, même provisoire (du moins, pour l’instant) est une véritable catastrophe pour les cinéphiles, pour les distributeurs indépendants, et, de façon encore plus violente, pour tous ses employés.

Mais on aura beau multiplier les opérations de sauvetage, injecter encore des sommes supplémentaires pour le maintenir sous respirateur artificiel, ou carrément faire de l’acharnement thérapeutique, le problème restera entier. Et il a bien davantage à voir avec l’époque dans laquelle on vit que, de façon plus précise, dans la gestion, contestée ou pas, d’une infrastructure.

Le fait est que l’exploitation du cinéma en salles semble se diriger, dans un avenir plus ou moins proche, vers une offre unique, où seules les superproductions à grand déploiement auront droit de cité. Les Netflix, iTunes, Amazon, et toutes autres plateformes de ce monde se chargeront du reste.

L’avenir du cinéma d’auteur en salles ne s’annonce ainsi guère reluisant. On se demande même s’il en a encore un. La plupart des films québécois n’attirent plus qu’une poignée d’irréductibles dans les salles. Il en est de même pour les films internationaux. Dans un dossier consacré au cinéma français, que nous avons publié récemment, les chiffres étaient assez accablants. Sur les 83 films venus de l’Hexagone distribués chez nous en 2014, 58 ont attiré moins de 5000 spectateurs. Et 24, moins de 1000.

Plusieurs cinéphiles préfèrent désormais voir les films d’auteurs qui les intéressent dans le confort de leur foyer. C’est tout à fait compréhensible. D’autant que la technologie nous permet désormais des conditions similaires à celles que l’on retrouve dans une petite salle de cinéma.

Ajoutez à cela la difficulté de renouveler le public, l’absence d’éducation cinéphile dans les institutions et les médias (à part TFO, les diffuseurs publics ne jouent plus leur rôle à ce chapitre), sans oublier la globalisation générale de la culture (qui favorise le modèle hollywoodien), et voilà un problème qui dépasse largement les murs d’Excentris.

L’ennui, c’est que dans tout l’écosystème de la diffusion des films, la sortie en salle demeure encore la première référence. Mais pour combien de temps encore ? Tant que le cinéma d’auteur aura besoin du prestige d’une sortie en salle pour se faire valoir, il faudra impérativement un endroit de diffusion, quelque part au centre-ville.

La bande des trois

Or, si on exclut le Cinéma du Parc, dont la vocation est plus particulière, il ne reste maintenant plus que trois cinémas entre la rue Atwater et la rue Papineau. Trois.

Dans l’ouest, il y a le Cineplex Forum. Ses 22 écrans sont occupés par des productions hollywoodiennes en version originale et aussi quelques productions internationales avec des sous-titres anglais. Les 13 écrans du Cinéma Banque Scotia, à l’angle Ste-Catherine et Metcalfe, sont exclusivement réservés aux productions hollywoodiennes en version originale. Vient ensuite le cinéma du Quartier latin dans l’est (angle Saint-Denis et Emery). On propose dans les 17 salles du complexe des productions hollywoodiennes en versions doublées, des films québécois, et parfois des films internationaux, disons, plus «accessibles». On voit mal comment le Quartier latin pourrait absorber les oeuvres un peu plus «pointues» qu’Excentris mettait à l’affiche. Il n’est pas dit que le Cinéma Beaubien, beaucoup plus éloigné du centre-ville, soit en mesure d’offrir un refuge à tous ces films non plus.

Retour à la case départ, donc. On avait, rappelons-le, déjà vécu ce drame il y a quelques années, au moment du changement de vocation d’’Excentris. Cette fois, la situation semble vraiment plus grave. Et annonciatrice d’un changement profond qui secouera sans doute le monde de la distribution dans son ensemble. Il y a comme un nouveau modèle à trouver. Mais lequel ?

Quelques liens :

L’annonce de la direction d’Excentris.

L’éléphant blanc qu’on pleure (Marc Cassivi)

Excentris en échouement (Odile Tremblay – Le Devoir)

Lettre de Patrick Roy, patron des Films Séville

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Vendredi 6 novembre 2015 | Mise en ligne à 22h22 | Commenter Commentaires (6)

Un c.m. en salle : pourquoi l’exception ?

Guerre des bleuets - Affiche

Après des décennies de ce modus operandi, ne serait-il pas temps de réfléchir à proposer une nouvelle formule ?

Vous le savez peut-être. Si non, je vous l’apprends. Si vous allez voir le long métrage de Renée Beaulieu Le garagiste, vous aurez aussi l’occasion de visionner auparavant un court métrage d’une quinzaine de minutes, intitulé La guerre des bleuets. L’un des grands mérites de ce film d’Anik Salas, tourné dans la région de Charlevoix, est notamment de mettre en vedette Patricia Nolin, beaucoup trop rare au cinéma.

Mais au-delà du film comme tel, est-il normal qu’à chaque fois qu’un court métrage parvient à se faufiler dans un programme régulier dans les salles, on évoque la chose comme si elle relevait de l’exploit ? Il me semble que le court métrage devrait naturellement avoir sa place.

Bien  entendu, les exploitants répondront qu’il faut réunir les conditions idéales pour ce faire. Notamment sur le plan de la durée. La guerre des bleuets a la grande chance d’être jumelé à un film de 87 minutes. Autrement dit, sa présence n’a pas de conséquence sur le nombre de séances déjà programmées.

Un rituel dépassé

Voilà qui nous amène aussi à la question du «rituel» qui précède la présentation d’un long métrage. Plusieurs spectateurs trouvent en outre ahurissant que, même en payant le gros prix, ils doivent se taper plus d’une vingtaine de minutes – sinon plus – de pubs (souvent agressantes), de bandes-annonces, et de messages promotionnels en tous genres. Et ils ont entièrement raison. En cette époque où pratiquement tout est disponible au bout de deux clics, l’expérience du cinéma en salle devient presque une profession de foi. Heureusement, le circuit des cinémas indépendants nous préserve de ce genre d’excès.

Pourquoi ne revoit-on pas ce modèle ancien dans les grandes chaînes ? Après des décennies de ce modus operandi, ne serait-il pas temps de réfléchir à proposer une nouvelle formule ? L’une des premières dispositions seraient à tout le moins d’indiquer clairement les contenus dans les horaires. À cet égard, la France a une longueur d’avance sur nous. Là-bas, on indique toujours l’heure du début de la séance mais aussi celle où commence le programme principal («film 20 minutes après» peut-on souvent lire).

Quant aux pubs, on comprend qu’elles constituent une importante source de revenus pour les exploitants. Mais pour combien de temps encore ? Quand le spectateur en aura marre de cette agression, au point de déserter les salles et de préférer regarder un film chez lui 15 secondes après l’avoir choisi, l’entreprise sera-t-elle toujours aussi rentable ?

Ne gagnerait-on pas au change à jumeler au film présenté en programme principal des courts métrages qui partagent avec lui une même communauté d’esprit ?

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