Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Chroniques’

Vendredi 3 juin 2016 | Mise en ligne à 9h34 | Commenter Commentaires (9)

Suite du dossier Marguerite : un gâchis !

Marguerite - Affiche US

L’affiche américaine du film de Xavier Giannoli

Preuve numéro 53 602 de l’absurdité du système dans lequel les distributeurs québécois doivent se dépatouiller depuis l’arrivée dans le décor des distributeurs américains qui achètent les films internationaux – y compris français – pour l’ensemble du territoire nord-américain. Le plus récent film à succès de Xavier Giannoli, Marguerite, n’apparaît toujours pas sur le radar québécois. Et il faudra probablement un bon moment avant que ce soit le cas.

Ce cas de figure est, de mémoire, unique. Voilà un film français, de langue française précisons-le, cité aux César onze fois, qui a en outre valu une statuette à Catherine Frot, élue meilleure actrice par les membres de l’Académie. Acheté par Cohen Media Group, un groupe qui, depuis quelques années, est très actif sur le marché des longs métrages internationaux (La tête haute, Mustang, Le client d’Asghar Farhadi, récent lauréat de deux prix à Cannes), Marguerite a pourtant déjà pris l’affiche sur quelques écrans aux États-Unis le 11 mars dernier. Sans surprise, ce fut un bide. À un point où, d’après ce qu’on me raconte, cet échec aurait grandement refroidi les ardeurs des bonzes de Cohen Media Group à l’égard du film. L’aspect inédit de l’affaire réside dans le fait que, sauf erreur, jamais un film français n’était sorti dans les salles aux États-Unis sans être simultanément (ou presque) présenté aussi au Québec. Aucune entente n’est encore conclue en ce sens.

Les droits d’exploitation ayant été vendus par Mémento Films International à Cohen Media Group pour l’ensemble de l’Amérique du Nord, les distributeurs québécois qui seraient intéressés par Marguerite doivent ainsi négocier avec le distributeur américain plutôt qu’avec le vendeur français. Aux yeux des entreprises américaines, qui ne connaissent strictement rien du caractère spécifique de notre marché, le Québec est à peu près placé au même niveau que le Montana. Or, Marguerite fait partie de ces très rares films français qui, chez nous, auraient pu connaître un vrai succès populaire. Mais pour l’instant, c’est l’impasse.

Des exigences irréalistes

Il faut dire qu’assez souvent, dans ce genre de dossier, les vendeurs français n’aident en rien la cause. Aveuglés par la perspective d’un succès potentiel sur le marché américain, et les promesses habituellement non tenues de l’acheteur, ces derniers sont évidemment enclins à céder les droits de leurs films pour tout le continent : États-Unis, Canada et Québec. Les prix exigés au départ sont aussi, bien souvent, irréalistes. De sorte que les distributeurs québécois peuvent difficilement rivaliser avec leurs concurrents américains. Ils ne peuvent non plus investir des sommes colossales pour des titres qui, compte tenu de la faiblesse du marché, pourraient leur faire perdre leur chemise.

Alors, y a-t-il une solution ? Nous nous étions déjà posé la question il n’y a pas si longtemps :

Films internationaux au Québec : comment sortir de l’impasse ?

À cet écueil s’ajoute maintenant une nouvelle donne. Les entreprises de visionnement en flux continu font maintenant partie de ceux qui participent à l’enchère. Lors d’une récente rencontre à Cannes, le producteur Roger Frappier, qui accompagnait sur la Croisette Two Lovers and A Bear, le nouveau film de Kim Nguyen, estimait que l’arrivée de ces nouveaux joueurs provoquait un changement significatif.

« Les acheteurs sont plus prudents car le marché est en profonde transformation, explique-t-il. Des joueurs comme Amazon et Netflix changent la donne car ils font disparaître les zones géographiques. Personne ne sait dans quelle direction tout cela s’en va. Plusieurs distributeurs sont intéressés par Two Lovers and A Bear mais je tiens à choisir ceux qui serviront ce film au mieux. Personnellement, je préfère vendre le film aux distributeurs de chaque pays mais si une entreprise comme Amazon ou Netflix dépose une offre englobant 45 territoires en même temps, c’est certain qu’on y réfléchit. »

En attendant, coincé dans un système dont il fait souvent les frais, le cinéphile québécois y perd souvent au change. Malheureusement.

Lien YouTube.

Compte Twitter : @MALussier

Lire les commentaires (9)  |  Commenter cet article






Vendredi 8 avril 2016 | Mise en ligne à 10h33 | Commenter Commentaires (14)

Les Visiteurs – La révolution : la bonne stratégie ?

Visiteurs - Affiche

Cette stratégie comporte sa part de risques car elle envoie d’emblée le signal que le film est forcément mauvais.

Les Visiteurs – La Révolution prend l’affiche aujourd’hui au Québec, à peine deux jours après la sortie du film en France. Sur le plan médiatique, la comédie de Jean-Marie Poiré ne sera guère mise de l’avant. Tout comme dans l’Hexagone, les journalistes québécois ont été tenus à l’écart. Les seuls échos que vous lirez ou entendrez à propos de ce film viendront des scribes qui se pointeront à la première séance publique aujourd’hui.

Quand il s’agit d’une comédie à vocation populaire, les distributeurs tiennent habituellement à ce que les journalistes voient le film dans une salle bien pleine, le plus souvent à la faveur d’avant-premières auxquelles assiste un public constitué de gagnants de différents concours ou d’activités promotionnelles. Cette fois, on espère simplement que la notoriété de la franchise suffise à attirer le public dans les salles. Est-ce une bonne stratégie ? Plusieurs films descendus en flammes par la critique ont néanmoins obtenus de très grands succès populaires. Chez nous, Les boys par exemple. En France, Les Bronzés 3 a attiré plus de 10 millions de spectateurs dans les salles, malgré sa piètre qualité et des critiques assassines.

Visiblement, la société Gaumont a voulu prévenir les coups en écartant le film de la vue des critiques, histoire de retarder le plus possible la publication d’échos qu’on présume d’avance négatifs. Or, cette stratégie comporte sa part de risques car elle envoie d’emblée le signal que le film est forcément mauvais. Et si jamais il n’était peut-être pas autant qu’on le présume, le mal est quand même fait. La presse française est déjà «crinquée». Pendant toute la semaine, des articles au ton ravageur ont circulé. Dont l’un, publié par Le Figaro, est intitulé «Gaumont fait régner la terreur», rien de moins !

Le Figaro accuse Gaumont de faire régner «la terreur» (Pure Médias)

Fait à noter, on «vend» aussi Les visiteurs – La révolution comme le troisième volet de la franchise, après Les visiteurs (1993), et Les visiteurs 2 : Les couloirs du temps (1998). De façon pratique, on oublie Just Visiting (Les visiteurs en Amérique), le volet américain, flop des deux côtés de l’Atlantique en 2001. Tous ces films, y compris le nouveau, ont été réalisés par Jean-Marie Poiré.

Les opérations «maquillage» de ce genre ne sont pas rares, cela dit.

L’an dernier, l’accueil très violent qu’ont réservé les festivaliers cannois à The Sea of Trees, le plus récent film de Gus Van Sant, a eu pour effet d’en bousiller complètement la sortie. En Amérique du Nord, le distributeur initial semble même l’avoir complètement largué. En France, le film prendra l’affiche le 24 avril sous un nouveau titre : Nos souvenirs. À cet égard, Chris Beney et Léa Jourdan signent, sur le site Vodkaster, un dossier fort intéressant, lequel évoque la nouvelle stratégie du distributeur, qui consiste, ni plus ni moins, à effacer toute trace du fiasco cannois, quitte même à faire croire qu’il s’agit d’un nouveau film. Nouveau titre (le titre français à Cannes était La forêt des songes), nouvelle formulation du synopsis, nouvelle affiche.

Nos souvenirs - Affiche

La mise en marché des films est devenue une opération de grande précision, un peu beaucoup paranoïaque, à travers laquelle on tente de contrôler le message dans ses moindres détails. À nous de distinguer le vrai du moins vrai…

Dans quelle mesure les affiches nous mentent-elles ? (Vodkaster)

The Sea of Trees : Pauvre Gus !

Compte Twitter : @MALussier

Lire les commentaires (14)  |  Commenter cet article






Dimanche 24 janvier 2016 | Mise en ligne à 17h44 | Commenter Commentaires (13)

Dirty Grandpa : le vrai scandale…

Dirty Grandpa - affiche

Ça a été plus fort que moi. Ce que j’ai pu lire un peu partout depuis vendredi à propos de la comédie Dirty Grandpa est tellement violent que je n’ai pu résister à la tentation d’aller vérifier par moi-même. A-t-on vraiment affaire ici à l’un des plus mauvais films de l’histoire du cinéma ? Et Robert De Niro trouve-t-il là son pire rôle ? À vie ?

Dimanche, 11h45. Dans la salle 8 du Cinéma Banque Scotia de Montréal, qui doit bien contenir quelques centaines de sièges, nous étions exactement sept spectateurs au moment où le «programme principal» a commencé. Cinq gars en solitaire; un autre avec sa blonde.

Il y a de ces films qu’on trouve tout simplement mauvais mais qui, à la sortie, nous laissent indifférents. Et il y a ceux qui nous enragent à cause de leur veulerie, qui se révèlent offensants en mettant de l’avant des idées ignobles, ou qui, tout simplement, constituent une véritable insulte à l’intelligence. À mes yeux, la quintessence de tous ces éléments a pour titre Boat Trip, une immonde comédie, sortie en 2002, dans laquelle deux hommes «straights» se retrouvent par accident sur une croisière réservée principalement à des hommes gais. Le genre de truc qui te fait dire que l’Oscar attribué à Cuba Gooding, Jr. devrait lui être retiré sur le champ.

Pas très loin derrière dans ce palmarès se trouve aussi notre désormais célèbre Bonheur de Pierre

Dirty Grandpa, avec son humour de mauvais goût et, surtout, pas drôle (alors que d’autres ont prouvé – Sacha Baron Cohen en a fait une carrière – qu’on peut être de mauvais goût ET drôle), est un navet de pire catégorie. Zac Efron, un jeune acteur qui a pourtant du potentiel (The Paperboy de Lee Daniels), devrait immédiatement congédier son agent. Robert De Niro, qui en viendra à perdre toute crédibilité s’il continue d’accepter de jouer dans des ultra niaiseries pareilles, devrait aussi en faire autant.

57 écrans au Québec !

Cela dit, le genre de diffusion qu’obtient ce film de très piètre qualité, distribué chez nous par VVS Canada (qui relaie un titre Lionsgate pour l’occasion), résume à lui seul le marasme dans lequel s’enlise le monde du cinéma en salles chez nous. Le croiriez-vous ? Cette improbable chose qui, lors de son premier week-end d’exploitation, n’attire que sept spectateurs lors de la première séance du dimanche dans un grand complexe multisalles du centre-ville, pollue pas moins de 57 écrans présentement au Québec. 57 !!!

À elle seule, la version doublée française est à l’affiche dans 41 salles. À cet égard, il convient de souligner que, dans le but d’attirer particulièrement le public francophone, le distributeur a pris soin de faire doubler cette triste comédie en privilégiant un français «international» (pour ce que ça veut dire), tout en le ponctuant quand même d’expressions bien québécoises. Mon estimé et sémillant collègue Hugo Meunier, nouveau voisin de bureau, est d’ailleurs allé voir de quoi il en retourne…

Grand-père veut fourrer ! (Hugo Meunier)

Et dire qu’on a dû faire des pieds et des mains pour trouver deux écrans pour la version sous-titrée de 45 Years. Et encore, 45 ans ne sort pas en même temps que la version originale (à l’affiche présentement dans UN seul cinéma au Québec), mais dans deux semaines seulement.

Au moment où, avec la fermeture d’Excentris, l’absence d’écrans disponibles constitue un problème très grave du côté des distributeurs indépendants, les grandes chaînes, inféodées aux règles du marché intérieur hollywoodien (dont le Canada entier fait partie), continuent à programmer aveuglément tout ce que les distributeurs américains leur ‹dompent». Le vrai scandale, il est là.

Lien YouTube.

Compte Twitter : @MALussier

Lire les commentaires (13)  |  Commenter cet article






publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse

    publicité

  • Calendrier

    juin 2016
    L Ma Me J V S D
    « mai    
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    27282930  
  • Archives