Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Chroniques’

Vendredi 26 septembre 2014 | Mise en ligne à 20h23 | Commenter Commentaires (23)

Xavier Dolan : la polémique

Dolan - Télérama

Xavier Dolan dans Télérama

Il y a deux ans, la «Queer Palm» a été attribuée à Laurence Anyways. Ce prix, instauré en 2010, vise à distinguer un film présenté dans le cadre du Festival de Cannes qui aborde une thématique LGBT. Il s’agit un peu du pendant cannois du Teddy Award, un prix remis chaque année depuis plus de 25 ans au Festival de Berlin. Ni l’un ni l’autre ne sont toutefois reconnus «officiellement».

Xavier Dolan a rejeté ce prix. À ce jour, il n’est toujours pas allé le chercher. Il n’ira jamais. Dans une interview accordée au magazine Télérama, il explique pourquoi :

«Que de tels prix existent me dégoûte. Quel progrès y a-t-il à décerner des récompenses aussi ghettoïsantes, aussi ostracisantes, qui clament que les films tournés par des gays sont des films gays? On divise avec ces catégories. On fragmente le monde en petites communautés étanches. La Queer Palm, je ne suis pas allé la chercher. Ils veulent toujours me la remettre. Jamais! L’homosexualité, il peut y en avoir dans mes films comme il peut ne pas y en avoir.»

Évidemment, les réseaux sociaux se sont vite enflammés. Des militants et des artisans de festivals de cinéma consacrés aux films LGBT comprennent mal la prise de position radicale du cinéaste. Le Monde rapporte en outre les propos de Daniel Chabannes, directeur d’Epicentre Films, une société qui distribue des films de réalisateurs gays, notamment ceux de Bruce LaBruce. Ce dernier dénonce des propos «forts» et pointe une certaine ingratitude de la part de Xavier Dolan à l’égard de «ceux qui, dans les années 1980, ont dû se battre pour les droits des homosexuels».

Le fondateur de la Queer Palm, Franck Finance-Madureira, a tenu à dépassionner les débats, poursuit Le Monde : «Xavier Dolan a toujours porté le même regard sur tout ce qui est étiqueté gay, queer ou LGBT. C’est son point de vue et je le respecte, même si les mots étaient un peu forts. Je pense qu’il craint d’être cantonné à cela.» Tout en précisant que «la Queer Palm, qui récompense un film avant tout sur ses qualités cinématographiques, a été conçue comme un prix de l’”ouverture d’esprit” et ne se borne pas aux questions d’homosexualité, mais aborde également celles de la marge».

Personnellement, je comprends tout à fait la position du cinéaste. Un film doit être apprécié pour ses qualités cinématographiques, point à la ligne.

Du même souffle, je comprends aussi l’émoi que ses propos ont suscité, principalement auprès de ceux qui, comme le souligne Chabannes, ont dû mener tous les combats. Il en est de même pour toutes les «minorités» d’ailleurs. Un festival de film black – celui de Montréal a lieu présentement – existe pour mettre en valeur des oeuvres qui, autrement, passeraient inaperçues parce que probablement pas assez «viables» sur le plan commercial. Des festivals de films de femmes sont aussi mis sur pied parce que le statut des réalisatrices est scandaleusement minoritaire partout sur la planète.

Même si la pertinence de ces festivals «de niche» ne peut être remise en cause à mon sens, il est vrai que d’attribuer des prix spécifiques à un type de films ou d’artisans dans le cadre d’un festival généraliste est plus discutable. Dans un même ordre d’idées, il faudrait aussi remettre en question les prix remis par les jurys oecuméniques qui officient dans tous les grands festivals de façon indépendante. À Cannes, ce jury est formé de chrétiens engagés dans le monde du cinéma. Il est appelé à récompenser un film de la compétition officielle et à «promouvoir les films de qualité artistique au service d’un message».

À mon humble avis, cette récompense n’a guère plus de pertinence que la Queer Palm.

Je me projette dans tous mes personnages (Télérama)

Xavier Dolan rejette en bloc les prix pour le cinéma gay (Le Figaro)

Xavier Dolan «dégoûté» par les prix récompensant les films gays (Le Monde)

Précisons par ailleurs que Mommy sort le 8 octobre en France. Plusieurs magazines affichent le cinéaste québécois en couverture. En voici trois :

Dolan - Première

Dolan - Têtu

Dolan - Inrocks

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Vendredi 15 août 2014 | Mise en ligne à 20h45 | Commenter Commentaires (8)

1987 : l’impact du box-office

1987 - Affiche

Il y a encore une part de l’équation, imprévisible, qui nous échappe. Et c’est bien tant mieux.

Après seulement neuf jours d’exploitation, 1987 avait déjà généré des recettes de 812 000 dollars au box-office. En principe, la sympathique comédie de Ricardo Trogi devrait franchir la barre du million au cours de la présente fin de semaine.

Tout le monde s’en réjouit.

Non seulement parce qu’il s’agit d’un divertissement populaire de qualité, mais aussi parce que cela indique qu’il est encore possible d’attirer les foules avec un film québécois. On commençait à en douter. À part La petite reine, qui n’a toujours pas encore franchi la barre psychologique du million de dollars de recettes, 1987 est le premier vrai film québécois à succès de 2014. Il était temps.

Personnellement, j’ai toujours déploré le fait que la mesure du succès d’un film soit réduite au recettes générées dans les salles. Un long métrage dispose de plusieurs plateformes et peut désormais prolonger sa carrière autrement. La façon dont nous «consommons» les films a aussi radicalement – et très rapidement – changé au cours des dernières années.

Contrairement à Hollywood, où les scores sont en partie maintenus à niveau grâce aux recettes supplémentaires engendrées par les productions en 3D, on peut difficilement s’appuyer chez nous sur les tarifs majorés des billets pour se péter les bretelles. Bien sûr, il serait de loin préférable de compiler les statistiques selon le nombres de billets vendus (comme on le fait en France), mais ce n’est pas demain la veille que les bonzes hollywoodiens emprunteront ce système. Comme le Québec fait partie du grand ensemble nord-américain, c’est aussi le système des recettes en dollars qui prévaut chez nous.

J’ai eu le plaisir de participer à une discussion intéressante sur ce sujet à l’émission Culture Club la semaine dernière. Y participaient le producteur Pierre Even (C.R.A.Z.Y., Rebelle), le cinéaste Erik Canuel (Bon Cop Bad Cop, Lac Mystère), ainsi que Patrick Roy, président des Films Séville.

Ce dernier racontait en outre que, bien que la performance au box office n’indique pas tout, il reste que celle-ci aurait encore un impact direct sur la carrière subséquente d’un long métrage sur les autres plateformes. Quand un film n’obtient pas le succès prévu en salle – Le vrai du faux par exemple -, on revoit carrément à la baisse les objectifs au moment de la sortie en DVD, sur les sites de téléchargement, ou à la vidéo sur demande.

Même si les chiffres indiquent clairement une quasi désaffection du public québécois envers son cinéma national depuis deux ou trois ans, les intervenants croient qu’il est encore possible que des productions québécoises obtiennent des succès à la Bon Cop Bad Cop (2006) ou à la De père en flic (2009). Ces deux films, rappelons-le, détiennent les plus hauts scores jamais enregistrés au Québec, chacun ayant généré des recettes d’environ neuf millions de dollars lors de leur sortie en salles.

De mon côté, je suis un peu plus sceptique. L’an dernier, le champion toutes catégories du box-office québécois, The Hunger Games : Catching Fire, a obtenu un score de 7,3 millions* sur notre territoire, projections en 3D comprise. Ce chiffre n’indique-t-il pas quelque chose ?

Cela dit, il y aura toujours des exceptions qui nous font croire que, pourquoi pas, un miracle est possible. Si, en 2014, la comédie Qu’est-ce qu’on a fait bon Dieu ? parvient à attirer plus de 11 millions de spectateurs dans les salles en France (donc, plus de 11 millions de billets vendus), c’est qu’il y a encore une part de l’équation, imprévisible, qui nous échappe. Et c’est bien tant mieux.

* Une partie des recettes de ce film ont été générées en 2014.

Mommy (sortie 19 septembre), prochain succès québécois au box-office ?

L’état des lieux du cinéma québécois (Culture Club – Radio-Canada)


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Vendredi 8 août 2014 | Mise en ligne à 20h43 | Commenter Commentaires (4)

Oscar du film en langue étrangère : on y pense…

Leviathan - 1

Leviathan (Andreï Zviaguintsev)

Personnellement, je verrais bien la mise sur pied au sein de l’Académie d’un super comité qui pourrait aussi faire des suggestions de candidatures

La 87e Soirée des Oscars aura lieu le 22 février 2015. Même si la cérémonie se tiendra seulement dans un peu plus de sept mois, alors qu’au moins 95% de la population québécoise pestera contre les rigueurs d’un hiver qui n’en finira plus, les publications spécialisées américaines y vont déjà de leurs spéculations. À l’unanimité, on a d’ailleurs déjà décrété là-bas que Boyhood, la remarquable chronique de Richard Linklater, fera assurément partie des favoris de la prochaine course.

La Turquie a déjà annoncé le titre du film qu’elle soumettra dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère. Sans surprise, le comité turc a choisi Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan (sortie prévue en janvier 2015 chez nous). L’œuvre a obtenu la Palme d’or du Festival de Cannes plus tôt cette année. Jamais un film turc n’a même été finaliste aux Oscars.

Rappelons que pour établir la liste des candidats à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, les règlements sont très stricts. Et le processus de sélection est passablement lourd et compliqué. Chaque pays – peu importe la taille de sa production nationale – ne peut soumettre qu’un seul titre. Dans la plupart des pays – y compris le Canada – un comité est formé afin de choisir un film qui, pense-t-on, aurait les meilleures chances de se faire valoir auprès des membres de l’Académie chargés de faire une présélection. Au cours des dernières années, trois films québécois ont eu l’honneur de se rendre en finale pendant trois années consécutives (Incendies en 2011 ; Monsieur Lazhar en 2012 ; Rebelle en 2013).

Quel film représentera le Canada cette année ? L’annonce sera faite vers la fin du mois de septembre. Mais à vue de nez, vous pouvez déjà parier un petit deux sur Mommy, lauréat du prix du jury du Festival de Cannes. Ce serait d’ailleurs la deuxième fois qu’un film de Xavier Dolan participerait à la course aux Oscars. En 2010, J’ai tué ma mère était l’entrée canadienne mais le film n’avait alors pas franchi l’étape de la première sélection. Cela dit, rien n’est encore joué.

Pas de révision en vue

Même s’il n’est pas question que l’Académie révise ce système dans un proche avenir, des observateurs estiment que dans certains cas, cette procédure pénalise certains films et cinéastes, particulièrement dans les pays où les gouvernements ont les artistes à l’œil. C’est le cas notamment de la Russie. Là-bas, l’industrie cinématographique et l’État sont intimement liés depuis longtemps. Nikita Mikhalkov, un ami de Vladimir Poutine, préside l’Union des cinéastes russes. Le cinéaste, à qui l’on doit notamment Soleil trompeur (Oscar 1995 du meilleur film en langue étrangère), est d’ailleurs très critiqué à l’intérieur même de l’organisation à cause de ses accointances avec le pouvoir. La radicalisation idéologique des hautes autorités au cours de la dernière année, notamment en matière de création artistique, n’aide en rien les choses.

Ainsi, il est à prévoir que l’excellent film Leviathan (Andreï Zviaguintsev), lauréat du prix du scénario au Festival de Cannes, soit écarté par le comité russe au profit d’une production plus «honorable» aux yeux du régime. Vladimir verrait probablement d’un très mauvais œil la sélection d’une œuvre critique, qui fait écho de façon très grinçante – et drôle – à la corruption gouvernementale.

Comment, alors, éviter ce genre d’injustice ? Certains suggèrent que les différents comités nationaux sélectionnent automatiquement l’œuvre ayant obtenu le plus de succès sur le circuit des festivals internationaux. Encore là, ce système ne serait pas très viable dans la pratique. Plusieurs des oeuvres soumises par les différents comités (76 pays étaient sur la ligne de départ l’an dernier) ne pouvaient afficher le moindre laurier à leur tableau d’honneur.

Il n’y a pas de système parfait. Personnellement, je verrais bien la mise sur pied au sein de l’Académie d’un super comité qui pourrait aussi faire des suggestions de candidatures. Et je supprimerais aussi ce règlement en vertu duquel un pays ne peut soumettre plus d’un titre. S’il y a deux films exceptionnels dans la production française, allemande, québécoise ou malienne dans une année, pourquoi ne pas y faire écho ? Le but d’un tel processus n’est-il pas de célébrer tout simplement les meilleurs films ?

How to Pick a Foreign Oscar Entry ? (Indiewire)

Un extrait de Leviathan :

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