Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Chroniques’

Samedi 14 juin 2014 | Mise en ligne à 8h48 | Commenter Commentaires (14)

Une leçon pour Hollywood ?

Fault in our Stars - Affiche

«Le problème est qu’on présume en haut lieu que les jeunes hommes de moins de 25 ans – le groupe démographique le plus convoité par Hollywood – constituent un public fiable et en pleine croissance. Or, ce n’est pas le cas»
- Melissa Silverstein (Forbes)

Tom Cruise s’est fait planter. Edge of Tomorrow, qui lui a valu les meilleures critiques depuis Mission Impossible : Ghost of Protocol, n’a pu faire mieux qu’une troisième place au box office nord-américain le week-end dernier. Cette production luxueuse, produite pour la «modique» somme de 158 millions de dollars, n’a généré «que» 28 millions de dollars aux guichets.

Du coup, les observateurs s’interrogent sur la stratégie du studio Warner. Champion incontesté du box office au cours des dix dernières années, Warner a pu en outre s’appuyer sur des franchises comme Batman et Harry Potter pour assurer son succès. Reconnu pour investir massivement dans de grandes productions, avec des campagnes de promotion très chères à la clé, Warner se trouve présentement un peu suspendu dans le vide. Et attend l’arrivée d’une prochaine franchise aussi lucrative.

Le journal spécialisé Hollywood Reporter avance que la décision de repousser subitement la sortie de Jupiter Ascending en février 2015 ne serait pas étrangère à la perspective d’une année 2014 plus difficile sur le plan financier. Le nouveau film du tandem Lana et Andy Wachowski, dont les coûts de production s’élèvent à 150 millions de dollars, aurait en principe dû prendre l’affiche le 18 juillet. Chez Warner, on a évoqué la nécessité d’une plus longue période de post production pour justifier le délai mais Hollywood Reporter affirme qu’il s’agirait plutôt d’une décision de nature économique. Le studio ne voudrait pas avoir à inscrire deux productions déficitaires consécutives dans le rapport d’un même trimestre.

Le monde entier étant leur terrain de jeu, les grands studios hollywoodiens peuvent évidemment compter sur les marchés étrangers – les pays asiatiques notamment – pour se refaire. La grande première mondiale de Transformers : Age of Extinction aura lieu jeudi prochain à Hong Kong. Cela n’est pas innocent.

Cibler le jeune mâle

Comme le souligne Melissa Silverstein, collaboratrice au magazine Forbes, Hollywood semble encore cibler pour public le jeune mâle gonflé de testostérone, accompagné d’une fiancée résignée. Or, la réalité est tout autre. Extraits :

«Hollywood n’a jamais été en mesure de reconnaître le potentiel du public féminin au box office, écrit-elle. Le milieu fait toujours preuve d’amnésie collective envers le succès des femmes… Hollywood veut nous faire croire que les jeunes hommes achètent les billets et que les histoires d’hommes font vendre. On nous impose cette idée reçue depuis si longtemps que nous avons fini par y croire. Une partie du problème réside dans le fait qu’on voit peu d’histoires de femmes. En 2013, seulement 15% des 100 films les plus populaires au box office mettaient de l’avant une protagoniste. Nous sommes naturellement conditionnés à penser que les histoires d’hommes sont plus importantes que les histoires de femmes. L’industrie justifie l’absence d’héroïnes à l’écran en présumant que les femmes iront voir des films avec des héros masculins mais que les hommes n’iront pas voir des films mettant des femmes en vedette. On continue de produire des films avec des protagonistes masculins en pensant qu’on vendra des billets à la fois aux hommes et aux femmes. Ce réflexe paresseux explique pourquoi nous sommes inondés de films d’hommes, particulièrement pendant l’été.

«Le problème avec cette théorie, poursuit-elle, est qu’on présume en haut lieu que les jeunes hommes de moins de 25 ans – le groupe démographique le plus convoité par Hollywood – constituent un public fiable et en pleine croissance. Or, ce n’est pas le cas. Selon des chiffres fournis par la MPAA, les femmes vont au cinéma autant que les hommes. Aucune statistique ne prouve que le public masculin est plus fiable que le féminin.»

Les succès de séries à la Twilight et Hunger Games auraient pourtant dû lancer un signal. On ne manquera pas de souligner non plus le succès de The Fault in Our Stars la semaine dernière. Portée par un jeune public essentiellement féminin, cette adaptation du roman à succès de John Green s’est facilement hissée en tête du box office, générant des revenus de 48 millions de dollars sur le seul territoire nord-américain. Et ce, sans aucune copie 3D. En deuxième position, même en deuxième semaine d’exploitation, on trouve Maleficent (avec Angelina Jolie).

Tom Cruise peut se consoler à l’idée qu’Edge of Tomorrow, un film présenté en 3D (le billet est alors plus cher), occupe la première position du box office au Québec (383 672 $). The Fault of Our Stars (289 361 $) obtient toutefois la meilleure moyenne par écran (4531 $ comparativement à 3145 $ pour Edge of Tomorrow). Le film de Josh Boone est présenté chez nous sur 64 écrans ; celui de Doug Liman sur 122.

Les liens :

Warner Bros. Stormy Summer Leads to Strategy Questions (Hollywood Reporter)

The Fault in Our Stars Numbers Prove Young Women Are the Hottest Box Office Demographic (Forbes)

Compte Twitter : @MALussier

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Vendredi 6 juin 2014 | Mise en ligne à 21h29 | Commenter Commentaires (15)

Qui sont les vrais pirates ?

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Autrement dit, ces gens n’ont aucune hésitation à s’en prendre à un milieu qu’ils perçoivent être peuplé de gens très riches et parvenus.

Je ne connais pas le cinéma de la réalisatrice Lexi Alexander. Sa feuille de route indique qu’elle fut déjà en nomination aux Oscars dans la catégorie du court métrage. On lui doit aussi les longs métrages Green Street Hooligans et Punisher : War Zone. Je ne connais pas cette femme, mais j’aime beaucoup ce qu’elle écrit. De temps à autre, la réalisatrice s’exprime à titre de blogueuse invitée sur le site Indiewire.

J’ai pensé à son plus récent article mercredi soir, alors que j’assistais à Montréal à une soirée d’avant-première organisée par un grand studio hollywoodien. Pour contrer le piratage, les studios instaurent à l’entrée des mesures de sécurité dignes d’une visite dans un milieu carcéral. On confisque même les cellulaires, téléphones intelligents, et tout appareil qui pourrait capter illégalement de précieuses images à partir du grand écran.

Dans son délire paranoïaque, Hollywood déploie des sommes astronomiques pour contrer le piratage alors que les pertes de l’industrie, fait remarquer Lexi Alexander, devraient plutôt être attribuables aux mauvais films produits à coups de dizaines de millions de dollars.

Étant créatrice elle-même, et sensible à la question du piratage, la cinéaste estime que l’approche culpabilisante qu’emprunte Hollywood ne peut fonctionner auprès d’une génération qui a grandi avec le téléchargement depuis sa plus tendre enfance. Aussi raconte-t-elle que lorsqu’elle demande à un jeune de son entourage, adepte du téléchargement illégal, s’il se sentirait en droit de voler un pain que viendrait tout juste de sortir du four un boulanger, la réponse se fait directe : «Si on parle d’un vrai boulanger qui se lève à 3h du matin pour faire son propre pain, non, je ne le volerais pas. Mais si on parle d’une chaine industrielle qui a poussé à la faillite d’honnêtes boulangers en faisant du lobby auprès du gouvernement afin d’avoir l’autorisation de produire du fast food de merde qu’on pourrait à peine appeler du pain, alors là, oui. Aucun scrupule.»

Autrement dit, ces gens n’ont aucune hésitation à s’en prendre à un milieu qu’ils perçoivent être peuplé de gens très riches et parvenus. Et qu’ils jugent de surcroît hypocrite. Le recours au sentiment de culpabilité fonctionne d’autant plus mal que les jeunes, rappelle Lexi Alexander, ont appris à naviguer sur Internet avant même de marcher. En conséquence, plusieurs d’entre eux connaissent le mode de fonctionnement d’une industrie qui a ses propres intérêts à cœur avant tout.

La réalisatrice s’appuie aussi sur un article publié dans Forbes, lequel allègue que les pertes nettes de quelques superproductions ratées dépassent largement les présumées sommes perdues à cause du piratage.

Partout, l’appât du gain

Cela dit, la réalisatrice ne donne pas raison aux pirates pour autant. Ceux qui gèrent les «torrents» sont motivés par le même appât du gain que les bonzes des studios, souligne-t-elle. Ceux qui ont l’impression de faire un doigt d’honneur à l’industrie en téléchargeant illégalement des productions remplissent en même temps les poches d’individus dotés d’une éthique tout aussi discutable.

Quelle est la bonne solution alors ? Il n’y en a pas. Du moins pour l’instant. L’industrie est en profonde mutation. Mais il est clair que l’attitude paranoïaque des grands studios ne peut qu’accentuer le phénomène plutôt que de l’enrayer.

Je vous invite à lire le texte de Lexi Alexander dans son intégralité :

Lexi Alexander Asks Whether Hollywood Studios Are the Real Film Pirates.

Compte Twitter : @MALussier

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Jeudi 5 juin 2014 | Mise en ligne à 16h22 | Commenter Commentaires (14)

L’Excentris en péril ?

Excentris - 1

Jour sombre pour la culture à Montréal. Au lendemain d’un budget qui ampute 20% des crédits d’impôts accordés à la production cinématographique et au multimédia («Pas bon pour Montréal ça !», a déclaré le maire Denis Coderre), on apprend du même souffle que la survie de l’Excentris serait menacée. Est-il besoin de rappeler à quel point la perte de ce temple montréalais de la cinéphilie serait tragique ?

Un extrait de la chronique que signe aujourd’hui mon comparse Marc Cassivi :

C’est le mauvais jour pour écrire cette chronique. Un jour où bruisse entre les branches la rumeur d’une nouvelle menace de fermeture du cinéma Excentris. Le temple montréalais du septième art survit de peine et de misère depuis qu’il a rouvert ses portes, en 2011. Il affiche un taux de fréquentation enviable depuis l’an dernier, mais a accumulé des dettes, pour toutes sortes de raisons, si bien qu’on craint de nouveau pour sa survie.

Le danger, semble-t-il, est imminent. Dans un contexte où les salles de cinéma sont moins fréquentées, et que le cinéma hollywoodien obtient des parts de marché énormes (frôlant les 90%), il est plus que jamais primordial de préserver le pôle de la cinéphilie qu’est Excentris. Car il ne s’agit pas d’une salle de cinéma comme une autre.

Excentris est un lieu de diffusion hors du commun. Un joyau national, qui faisait il y a à peine 10 ans l’envie de bien des diffuseurs canadiens et étrangers. (On a parfois ce travers, au Québec, de ne pas savoir reconnaître ce qui fait notre force.) Si Excentris disparaissait définitivement, il y aurait un effet domino important sur la diffusion du cinéma d’auteur à Montréal et au Québec, qui ne se porte déjà pas très bien.

On en a d’ailleurs ressenti les effets lorsque le complexe a temporairement fermé ses portes il y a quelques années, avant d’être racheté en 2011 par le cinéma Parallèle, un organisme à but non lucratif. On ne s’en est toujours pas remis. Sans financement public récurrent, en particulier du gouvernement du Québec, la mort à court terme d’Excentris est quasi assurée. C’est aujourd’hui qu’il faut agir pour assurer sa pérennité. Pas demain.

Il n’y a rien d’autre à ajouter.

Ce n’est pas le bon jour… (Marc Cassivi)

Compte Twitter : @MALussier

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