Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Chroniques’

Vendredi 12 juin 2015 | Mise en ligne à 20h21 | Commenter Commentaires (13)

Goodfellas a… 25 ans !

Scorsese -1

Robert De Niro et Martin Scorsese

Es-ce possible ? On célèbre déjà le 25ème anniversaire de la sortie de Goodfellas, l’un des meilleurs films de gangsters de l’histoire du cinéma, réalisé par – qui d’autre ? – Martin Scorsese.

Goodfellas - Br

Pour l’occasion, on met évidemment sur le marché une nouvelle version remasterisée en Blu-ray, laquelle comporte aussi de nouveaux commentaires de la part des principaux artisans du film. Quelques interviews ont aussi été menées auprès d’acteurs de renom qui ont incarné des gangsters dans d’autres films de Scorsese, notamment Harvey Keitel, Leonardo DiCaprio et Jack Nicholson.

Tout le monde s’accorde pour reconnaître l’importance de Goodfellas dans l’histoire du cinéma américain. Mais une analyse d’un chroniqueur new-yorkais a quand même enflammé les sphères de toutes natures il y a quelques jours. Dans le New York Post, Kyle Smith y est allé d’une chronique pour le moins étrange, dans laquelle il tente d’expliquer «pourquoi les femmes ne peuvent pas comprendre le film». Il suffit d’aller lire les commentaires sous la chronique pour constater – comme si besoin était – à quel point les arguments avancés pour expliquer cette fracture présumée entre les sexes peuvent être insultants.

Mais au-delà de ce cas précis, il est assez sidérant de constater que des gens – incluant plusieurs bonzes hollywoodiens – réduisent souvent le public potentiel d’un film en blocs monolithiques. Les sensibilités individuelles d’un spectateur envers certains thèmes – ou certains genres – n’ont pourtant rien à voir avec son sexe. Il n’est pas dit non plus qu’on ne puisse «comprendre» un film avec lequel on a moins naturellement d’affinités sur le plan individuel.

Il y a les bons films d’un côté; les moins bons de l’autre. Si Goodfellas est passé à l’histoire, c’est tout simplement parce qu’il s’agit d’un film exceptionnel. Il est d’ailleurs coté «1» (chef d’oeuvre) par Mediafilm.

En passant, sachez que Les affranchis (version française de Goodfellas) sera présenté à Télé-Québec dimanche à 21h30.

Lien YouTube.

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Samedi 30 mai 2015 | Mise en ligne à 8h35 | Commenter Commentaires (11)

Qu’advient-il de Cameron Crowe ?

Aloha - Affiche

Aloha est le huitième long métrage de Cameron Crowe

Si vous suivez un tant soit peu ce qui se passe dans le monde du cinéma, vous savez que le nouveau film de Cameron Crowe a pratiquement été sacrifié d’avance. Il y a d’abord eu les commentaires désobligeants d’Amy Pascal l’ancienne codirectrice du studio Sony. Dans l’affaire du piratage en règle du studio qu’elle dirigeait, peu avant la sortie de The Interview, la teneur de ses courriels a été révélée. Pour résumer poliment, disons qu’elle ne croyait pas du tout au film.

Ainsi, Aloha a pris l’affiche sans aucun véritable soutien promotionnel du studio. Malgré les vedettes en présence – Bradley Cooper, Emma Stone, Alec Baldwin, Bill Murray, etc. -, aucune rencontre de presse n’a été organisée pour les journalistes du «marché intérieur» (dont nous faisons partie).

À ceux qui demanderaient pourquoi il n’y a aucune critique du film dans notre édition tablette ce week-end (pas plus que dans l’édition «papier» d’ailleurs), la réponse est toute simple : le studio Sony n’a pas voulu montrer le film aux critiques. Nous l’avons évidemment rattrapé dès la première séance publique de jeudi (en soirée), mais nos délais de production étaient alors largement dépassés. Cela dit, la critique est mise en ligne sur ce site.

Oui, le film est raté. Mais Cameron Crowe ne méritait quand même pas pareil traitement. Régulièrement, les grands studios mettent leur puissante machine promotionnelle au service de productions bien pires que celle-là. Mais quand ils doivent mettre en marché un film de tonalité un peu différente, c’est le cas ici, les grands studios ne savent pas quoi faire. Ce fut le cas l’an dernier avec le film de Philippe Falardeau The Good Lie. Que Warner a sorti tout croche. Même chose avec le film de P.T. Anderson Inherent Vice plus tôt cette année.

Par ailleurs, on peut aussi se demander si Cameron Crowe a encore un bon film dans le corps. Quand on regarde la courbe de sa carrière, force est de constater qu’elle suit un peu celle d’Atom Egoyan. Qui, lui aussi, est en quête d’un bon film depuis un moyen bout de temps.

Crowe, un ancien journaliste spécialisé dans la musique rock, a commencé sa carrière de cinéaste en lion il y a un peu plus de 25 ans. Say Anything est d’ailleurs classé parmi les meilleurs films pour ados produits à l’époque. Trois ans plus tard, il offre Singles, une comédie sentimentale campée à Seattle, berceau du mouvement grunge.

La descente depuis 10 ans

Puis, coup sur coup, deux immenses succès : Jerry Maguire et Almost Famous. Vanilla Sky, dans lequel il faisait de nouveau équipe avec Tom Cruise, a moins marqué les esprits, mais je dirais que la véritable descente a commencé il y a dix ans.

Je me souviens très bien de la toute projection d’Elizabethtown au Festival de Toronto. C’était en 2005. Même si personne ne chahute comme à Cannes, on sentait bien que l’accueil était glacial. Les critiques n’ont guère été tendres. Même si le cinéaste a ensuite retravaillé son film pour accoucher d’une nouvelle version au moment de la sortie en salles, rien n’y fit. Le très mauvais buzz de Toronto a collé au film.

Aloha est seulement le deuxième film que nous offre Cameron Crowe en dix ans. Malheureusement, il ne pourra permettre au cinéaste de se refaire une santé artistique. Pas plus que We Bought A Zoo il y a quatre ans.

Les quelques beaux moments du film laissent toutefois croire que Cameron Crowe a encore de bonnes choses à offrir. Le prochain film sera-t-il celui de la dernière chance ?

Les liens :

La critique du film.

La bande-annonce.

Cameron Crowe’s Starry Aloha Surfs Under the Radar (Variety).

Sony defends Aloha after white-washing claims (Entertainment Weekly)

Compte Twitter : @MALussier

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Samedi 9 mai 2015 | Mise en ligne à 10h34 | Commenter Commentaires (9)

La Chine, bien sûr. Mais à quel prix ?

Furious 7

Selon le Hollywood Reporter, Furious Seven détient désormais le record du film le plus lucratif de l’histoire en Chine. Avec des recettes de près de 371 millions en 22 jours d’exploitation (370,83 millions), le film d’action de James Wan a attiré là-bas, selon l’évaluation du groupe de recherche Entgroup, 7,18 millions de spectateurs lors du plus récent week-end.

Il y a deux ans, au moment où le gouvernement chinois a assoupli un peu ses règles pour l’entrée de films étrangers (34 par an plutôt que 20), l’Empire du Milieu a surclassé le Japon pour devenir le deuxième plus grand marché cinématographique du monde (après l’Amérique du Nord). Depuis, Hollywood en fait une véritable obsession. La France compte aussi s’imposer – à sa façon – sur ce marché. L’Inde ne dédaignerait pas non plus y exporter ses productions bollywoodiennes.

Progressivement, des sociétés de production occidentales s’associent à de grands studios chinois.

Nous avons déjà évoqué sur ce blogue les conséquences de cette tentative de séduction sur le plan créatif. On voudra de plus en plus concevoir – c’est déjà commencé – des films qui ne heurteront d’aucune façon les sensibilités des autorités chinoises. Non seulement les films sont-ils parfois amputés de quelques scènes là-bas, mais Hollywood n’hésite pas non plus, parfois, à tourner un scénario différent, spécifiquement destiné au marché chinois. 21 and Over, une mauvaise comédie, reste à cet égard l’exemple emblématique. Un extrait de mon reportage au moment de la sortie du film :

Jon Lucas et Scott Moore ne s’en sont pas trop vantés lors de la rencontre de presse, mais ils se sont rendus en Chine avec Justin Chon pour tourner des scènes destinées spécifiquement au marché chinois. Ils ont même dû changer le sens de leur scénario en vue de la sortie de leur film là-bas. C’est ce que révélait un article du Los Angeles Times le week-end dernier. Si plusieurs productions américaines et internationales ont été montrées amputées de quelques scènes sur le territoire chinois (Avatar, Cloud Atlas, Skyfall, et bien d’autres), cette collaboration en amont avec les autorités constitueraient-elles une nouvelle tendance ? Des scènes tournées à Shanghai auraient notamment été ajoutées à Looper pour sa distribution dans l’empire du milieu l’an dernier.

En Chine, 21 and Over racontera l’histoire d’un étudiant chinois (Justin Chon) qui quitte la mère patrie pour aller étudier aux États-Unis. Il se fait corrompre par les mœurs immorales de l’Occident, et revient ensuite au bercail un «meilleur homme». Dans la version américaine, le personnage est né aux États-Unis. Aucune scène tournée en Chine ne figure dans le montage final. Le L.A. Times précise en outre qu’une partie du financement de 21 and Over, provient d’un consortium de compagnies chinoises, parmi laquelle Huaxia Film Distribution Company.

Les réalisateurs ont confié aux journalistes Amy Kayfman et Steven Zeitchik être en mesure de «pouvoir vivre avec ce compromis». «Je crois que tous les cinéastes font face à ce genre de choses, a déclaré Scott Moore. Le coréalisateur de 21 and Over confirme en outre avoir reçu des indications des chargés de liaison chinois. «De toute façon, le film sera entièrement doublé là-bas. Et nous ne serons jamais en mesure de vérifier le sens des dialogues dans la version chinoise. Quand ils sortent un film international, je crois qu’ils peuvent faire à peu près ce qu’ils veulent.»

C’était il y a deux ans.

Ces visées commerciales sont aussi accompagnées d’un effet plus regrettable : les auteurs chinois sont tassés au profit des productions de divertissement. Les films de Jia Zhang-Ke, qui lancera son nouveau film le 20 mai au Festival de Cannes (Mountains May Depart, en compétition), doivent être à peu près aussi vus en Chine que ceux de François Delisle chez nous.

Des inquiétudes

D’ailleurs, certains d’entre eux commencent à prendre la parole. C’est notamment le cas de Wang Xiaoshuai (Beijing Bicycle). Ce dernier réclame un peu plus d’espace pour le «cinéma de qualité» en Chine, asphyxié par des productions à vocation plus populaire, offertes sur des milliers d’écrans. C’est d’ailleurs dans l’une des productions de ce genre que se fait valoir l’acteur et cinéaste québécois Samuel Thivierge. Wolf Warriors, réalisé par l’expert en arts martiaux Wu Jing (qui en est aussi la vedette), a amassé des recettes de 86 millions de dollars jusqu’à maintenant.

Lors d’une récente table ronde, la réalisatrice et productrice Vivian Qu, qui a notamment produit Black Coal (Ours d’or à Berlin en 2014), a aussi exprimé ses inquiétudes. «Alors que gonflait le marché du cinéma en Chine, des expressions comme «cinéma d’auteur» ou «underground» sont devenues beaucoup plus sensibles qu’auparavant», a-t-elle expliqué.

S le sujet vous intéresse, voici quelques suggestions de lecture :

Wang Xiaoshuai Wants More Theater Space… (The Hollywood Reporter)

En Chine, la répression accrue du cinéma indépendant (AFP)

Scarlett conquiert la Chine au nom de la France.

Samuel Thivierge, le guerrier aux yeux pers (André Duchesne)

Furious 7 Outpaces Domestic Competition (The Hollywood Reporter)

Compte Twitter : @MALussier

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