Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Chroniques’

Vendredi 21 novembre 2014 | Mise en ligne à 20h13 | Commenter Commentaires (24)

Moduler les tarifs en salles : une bonne idée ?

Quartler latin - 1

(photo : Cineplex Odeon)

À l’heure où l’on entend beaucoup l’expression «modulation des tarifs» au Québec (en rapport avec le dossier des CPE), voilà que le président directeur général de la filiale britannique de Lionsgate suggère d’appliquer le même principe au cinéma.

Dans une interview accordée au journal spécialisé Screen, Zygi Kamasa estime qu’il serait peut-être temps de penser à moduler les tarifs en fonction de l’ampleur d’une production cinématographique. Selon lui, le billet d’entrée d’un film britannique produit pour quelques millions de dollars à peine devrait pouvoir être vendu moins cher que le billet d’entrée d’une superproduction hollywoodienne, fabriquée à coups de centaines de millions de dollars. Il n’évoque pas la notion de concurrence déloyale, mais c’est tout comme. Là-bas, les films anglais subissent une baisse sensible de fréquentation.

«Les exploitants doivent prendre des mesures draconiennes pour contrer le déclin des entrées, a-t-il déclaré. L’une de ces mesures pourrait être l’instauration de tarifs flexibles. Pourquoi le spectateur doit-il payer le même prix pour voir The Avengers et un film comme What We Did On Our Holiday ?

Dans la plupart des autres industries, poursuit-il, le prix au détail est fixé en fonction des coûts de production. Mais pas dans l’industrie du cinéma. Une superproduction peut coûter 250 millions de dollars et un film britannique indépendant peut être produit pour 4 millions de dollars. Pourtant il en coûte environ 10£ (17,50 $) pour les voir l’un comme l’autre. Je crois que nous pourrions fixer le prix d’un film anglais à 4£ (7 $) et laisser celui du film américain à 10£.»

Kamasa estime que cette mesure pourrait être bénéfique à plus long terme pour l’industrie du cinéma britannique.

Reste à voir maintenant si cette idée fera son bout de chemin.

Au Québec, une telle idée n’a jamais été avancée à ma connaissance. À en juger par les quelques conversations que j’ai eues avec différents intervenants du milieu, elle serait difficilement envisageable.

Patrick Roy, qui préside aux destinées de Films Séville mais aussi de celles de l’organisation Québec Cinéma, estime que dans le domaine du divertissement, le prix d’une sortie au cinéma reste encore abordable, comparativement à d’autres secteurs d’activités. Aussi, une politique de tarifs réduits est instaurée dans le circuit de salles depuis longtemps au Québec, notamment le mardi.

«Le succès d’un film n’est pas obligatoirement lié à l’ampleur de la production non plus, ajoute-t-il. Il y a plein de films produits à des coûts plus modestes qui obtiennent des succès remarquables. À l’opposé, on compte aussi des superproductions très chères qui mordent la poussière. Et puis, je verrais mal l’instauration d’une politique de billets moins chers pour une certaine catégorie de films. Cela lance un drôle de message. Est-ce qu’il y aurait encore plus de spectateurs pour Mommy ou 1987 si le billet était toujours à tarif réduit ? Je n’en suis pas certain.»

Pour les films d’auteurs québécois, qui ne sont pas destinés à attirer les foules, monsieur Roy préférerait plutôt miser sur l’accès simultané en salles et en vidéo sur demande.

Que l’idée de monsieur Kamasa soit bonne ou pas, elle indique quand même une urgence d’agir, particulièrement dans les pays où les cinématographies nationales en arrachent. Il en va de la survie de l’offre cinématographique dans toute sa diversité .

Brit films should be cheaper at cinemas… (Screen Daily)

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Vendredi 14 novembre 2014 | Mise en ligne à 18h14 | Commenter Commentaires (33)

Pourquoi tant de haine ?

Love projet - 1

Magalie Lépine-Blondeau et Benoît McGinnis
dans Love projet

Une fois de plus, le système de financement de la production cinématographique a été remis en question cette semaine, suite à l’échec sans appel du film de Carole Laure Love projet. Après deux semaines d’exploitation, le long métrage a été retiré de l’affiche, n’ayant attiré que 882 spectateurs.

Carole Laure étant une icône du cinéma québécois, certains médias se sont empressés de bien mettre cet échec en évidence en y allant d’un calcul comptable simpliste : 8 603 $ de recettes en salle pour un film qui a coûté 2,4 millions à produire. Sous-entendu : voilà une autre vedette qui dilapide aveuglément des fonds publics. Qu’est-ce qu’on fait ici (Julie Hivon), produit au coût de 2,2 millions, a fait encore pire (675 spectateurs) mais pourtant, personne n’a crié au scandale.

«Quand tout tombe, il reste la culture»
- Dany Laferrière

J’avoue que ce genre de raccourci, très prisé par la petite minorité qui prône un désengagement total de l’État en matière culturelle, me sidère. Au-delà de sa performance (ou non performance) lors de sa carrière en salle, qui constitue une partie de son exploitation, un film retourne quand même à l’État des sommes qui ne sont pas directement liées aux recettes. Ne serait-ce qu’à travers les impôts que paient tous ceux à qui un tournage donne du travail. Ne serait-ce aussi que grâce aux retombées directes et indirectes qu’un tournage engendre. C’est d’ailleurs pour ces raisons-là que le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec se fend en quatre pour tenter d’attirer chez nous les tournages de films étrangers.

Un système qui repose sur l’évaluation de scénarios ne sera jamais parfait, c’est entendu. On se demandera toujours comment un projet comme Pour toujours les Canadiens a pu être financé d’emblée, ou comment les institutions ont pu lever le nez sur J’ai tué ma mère. Un film, on ne le dira jamais assez, est bien davantage qu’un scénario. Or, les projets sont encore évalués sur la foi des scripts qui sont soumis aux institutions. Et aussi sur la foi de discussions avec les producteurs et les créateurs. Oui, de mauvais choix ont été faits. Et vous savez quoi ? Il y en aura d’autres. L’art n’est pas une science exacte. Plusieurs intervenants du milieu, y compris des cinéastes, estiment que nous évoluons quand même dans le «moins pire» des systèmes. Peut-il être amélioré ? Sans doute. Doit-il être démantelé ? Jamais de la vie. Ou alors, faisons une croix sur l’identité culturelle québécoise.

Dans quel autre pays civilisé déteste-t-on autant les artistes ?

Je ne veux pas faire de Love projet un cas d’espèce, mais il est vrai que Carole Laure est très convaincante. Dotée d’une personnalité attachante, elle parle de son oeuvre avec passion, y croit dur comme fer. J’aurais tellement aimé que son film soit à la hauteur de la façon dont elle en parle. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Du moins, à mon humble avis.

Ce n’est quand même pas une raison pour lui réserver un traitement qui rappelle celui, infâme, qu’a reçu Margie Gillis à Sun News Network. Le message est clair : l’art est dérisoire et inutile. Et les artistes sont des enfants gâtés qui vivent grassement «avec nos taxes». Et si je n’aime pas – ou je ne comprends pas – ce que tu fais, tu n’as pas le droit d’exister. En aucun cas je ne veux fournir l’infime fraction de sou noir qu’il m’en coûte pour financer ton film que je n’irai pas voir. Peut-on faire plus gros comme cliché ?

Sérieusement, existe-il un autre pays civilisé où les créateurs et leur art sont autant détestés ? Où tout ce qui relève du financement public est aussi mis à mal ? Quelqu’un en France a reproché à Fanny Ardant de n’avoir attiré que 4 150 spectateurs avec Cadences obstinées, un film dont elle signe la réalisation ? Pas que je sache.

Le budget total des programmes d’aide et d’investissements en cinéma de la Sodec s’élève en tout à 35 352 369 dollars (rapport annuel 2013 – 2014). Celui de Téléfilm Canada : 65,5 millions (programmes anglos et francos inclus – rapport annuel 2012 – 2013).

Du pur gaspillage bien sûr.

Pendant ce temps à Loto-Québec…

Quelques liens :

La démagogie (Marc Cassivi)

Tableau 2014 des entrées en salle (Films du Québec)

En parler… ou pas.

J’ai tué ma mère : le film qui n’avait «aucune chance» (Anabelle Nicoud)

Compte Twitter : @MALussier

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Samedi 8 novembre 2014 | Mise en ligne à 8h49 | Commenter Commentaires (5)

Hollywood existe-t-il encore ?

Leslie Caron - 2

Leslie Caron et Gene Kelly

Le Hollywood Reporter a publié cette semaine un article sur cette «nouvelle vague» d’artisans canadiens dont la carrière passe aussi par Hollywood. On s’étonnait presque que les Vallée, Villeneuve, Falardeau, Baruchel et compagnie poursuivent parallèlement leur carrière chez eux ou ailleurs.

«Le phénomène n’est pas nouveau, peut-on lire. Hollywood attire depuis longtemps des cinéastes canadiens comme Norman Jewison, Ivan Reitman et James Cameron, qui ont traversé la frontière pour réaliser des films à grands budgets avec pleine liberté artistique. Ce qui est nouveau, c’est qu’après le succès de Jean-Marc Vallée avec Dallas Buyers Club, la plus récente mouture de talents canadiens, comme Michael Dowse, Atom Egoyan et Patricia Rozema, n’est plus expatriée à Los Angeles…»

Issshhhh. Il me semble que depuis des lustres, Hollywood n’est plus cet endroit où convergent les artisans du monde entier. À une certaine époque, on rêvait d’aller à Hollywood pour y faire carrière mais aussi, bien souvent, pour y épouser un mode de vie sans regarder en arrière. Cela n’est plus le cas.

Désormais, on s’y rend quand le devoir appelle. Et on rentre ensuite chez soi.

Je me souviens d’une interview que m’a accordée Leslie Caron il y a une dizaine d’années à Los Angeles. Révélée grâce à An American in Paris, à une époque où les comédies musicales étaient très populaires, l’actrice française, qui passait pratiquement incognito chez elle, évoquait notamment le système des studios.

- «Je n’existe pas en France. J’espère être découverte bientôt! dit-elle en riant.

- Vous le regrettez?

- Pendant longtemps, ça m’a fait de la peine, oui. Maintenant, je me suis fait à l’idée d’être reconnue partout, sauf chez moi. Bon bien voilà. Le destin en aura décidé ainsi.»

Selon l’actrice, l’indifférence de ses compatriotes à son égard découle peut-être d’un trop grand respect des gens de la profession envers une vedette de Hollywood qu’ils croient -forcément – inaccessible. «Ou alors, je suis une étrangère pour eux. Ils savent que je suis Française, mais comme toute ma carrière s’est déroulée à Hollywood, ils estiment probablement que je ne fais pas partie de la famille.»

Danseuse classique de formation, Leslie Caron était encore adolescente lorsque, alors qu’elle faisait partie de la compagnie de Roland Petit au Théâtre des Champs-Élysées, elle fut choisie par Gene Kelly pour lui donner la réplique dans la comédie musicale An American in Paris.

«Ce fut tout un choc culturel, se rappelle-t-elle. Nous sortions tout juste de la guerre et je me sentais très seule. À Hollywood, personne n’avait vécu l’Occupation de l’intérieur. Ma première impression en arrivant ici en était une d’abondance. J’en étais d’autant plus marquée que nous ne mangions pas encore à notre faim à Paris à cette époque.»

Ses talents d’actrice et de danseuse lui auront vite valu un contrat avec la MGM, studio phare de l’âge d’or de la comédie musicale hollywoodienne. «J’avais signé pour sept ans, mais je serai finalement restée deux ans de plus. Ce furent de belles années, mais il fallait travailler très fort. C’était aussi l’époque où les studios prenaient le contrôle de la vie des acteurs qu’ils embauchaient. Nous étions, ainsi, très surveillés. Par contre, il n’était pas nécessaire pour nous de toujours chercher à demeurer sous les projecteurs comme doivent maintenant faire les vedettes qui veulent rester au sommet. Nous avions une certaine sécurité d’emploi!»

À une époque où les grands studios mettent plutôt sous contrat à long terme des personnages de bandes dessinées, qu’est-ce que Hollywood aujourd’hui ? Un concept plutôt abstrait. Bien sûr, les studios y ont toujours pignon sur rue. C’est là où se négocient aussi toutes les décisions d’affaires. Pour les artisans, Hollywood est cependant devenu un simple lieu de passage. Désormais, la plupart des films plus intéressants sur le plan artistique sont fabriqués à l’extérieur du système hollywoodien.

Dans les faits, Hollywood n’existe pratiquement plus. N’en subsiste plus que le mythe. Et le prestige qui en découle.

Canadian Movie Directors Go from Local Box Office to Hollywood
(Hollywood Reporter)

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