Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Chroniques’

Vendredi 24 avril 2015 | Mise en ligne à 22h19 | Commenter Commentaires (26)

Top 10 canadien : Mon oncle Antoine détrôné !

Atarnajuat - 1

Atanarjuat The Fast Runner

Depuis plusieurs décennies, le film mythique de Claude Jutra Mon oncle Antoine trônait au sommet du palmarès des meilleurs films canadiens de tous les temps. Depuis au moins 30 ans, l’organisation du TIFF (Festival international du film de Toronto) sollicite à tous les dix ans de nombreux professionnels – anglophones pour la plupart – pour établir la fameuse liste.

En 1984,1993 et 2004, le film que Claude Jutra a réalisé en 1971 – en portant à l’écran un scénario de Clément Perron – est arrivé au premier rang. Toujours. Or voilà qu’à la faveur d’un nouveau sondage auprès des professionnels du pays – cinéastes, producteurs, journalistes – un nouveau titre est courronné.

Atanarjuat – The Fast Runner, premier long métrage du cinéaste inuit Zacharias Kunuk est désormais désigné «meilleur film canadien de tous les temps». Mon oncle Antoine est maintenant relégué au second rang.

On remarquera aussi que plusieurs titres ont carrément disparu de la liste 2015, notamment deux longs métrages de Denys Arcand (Le déclin de l’empire américain et Les invasions barbares), de même que le chef d’oeuvre de Francis Mankiewicz Les bons débarras.

C.R.A.Z.Y. fait en revanche son entrée dans ce Top 10 (au huitième rang), de même que Léolo, un film que le regretté Jean-Claude Lauzon a réalisé en 1992. Absent des palmarès établis en 1993 et 2004, le voici aujourd’hui au quatrième rang ! Mis à part C.R.A.Z.Y., My Winnipeg (Guy Maddin) et Stories We Tell (Sarah Polley) sont les seuls films réalisés après 2004 à avoir été retenus. Dans ce dernier cas, j’avoue mon étonnement.Il me semble qu’Away from Her, de la même Sarah Polley, était largement supérieur.

Aussi, on pourra trouver un peu bizarre de ne trouver aucun des trois films finalistes pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère au cours des récentes années : Incendies (Denis Villeneuve), Monsieur Lazhar (Philippe Falardeau) et Rebelle (Kim Nguyen).

Des professionnels québécois ont bien entendu été invités à fournir leur liste personnelle, parmi lesquels, par exemple, le producteur Sylvain Corbeil ou les cinéastes Anne Émond et Mathieu Denis. Plusieurs représentants des médias ont aussi été sollicités, notamment deux critiques du Devoir (Odile Tremblay et François Lévesque), Bill Brownstein (The Gazette), Helen Faradji et Marcel Jean du 24 images (monsieur Jean vient d’être nommé directeur de la Cinémathèque québécoise), Michel Coulombe de Radio-Canada.

La liste :

- Atanarjuat – The Fast Runner de Zacharias Kunuk (2001)
- Mon oncle Antoine de Claude Jutra (1971)
- The Sweet Hereafter d’Atom Egoyan (1997)
- Léolo de Jean-Claude Lauzon (1992)
- Jésus de Montréal de Denys Arcand (1989)
- Goin’ Down the Road de Don Shebib (1970)
- Dead Ringers de David Cronenberg (1988)
- C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée (2005)
- My Winnipeg de Guy Maddin (2007)
- Stories We Tell de Sarah Polley (2012) / Les ordres de Michel Brault (1974)

Les liens :

Le site officiel.

Les palmarès précédents.

La liste des professionnels ayant établi la liste.

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Samedi 18 avril 2015 | Mise en ligne à 7h59 | Commenter Aucun commentaire

En taxi avec Jafar…

Taxi Téhéran - Affiche

À l’occasion d’un court séjour à Paris cette semaine, pendant lequel j’ai réalisé des interviews avec des acteurs et cinéastes dont les films prendront bientôt l’affiche chez nous, j’ai pu glisser dans mon programme les projections de deux films attendus.

Il y a d’abord eu Every Thing Will Be Fine, le film (en 3D) que Wim Wenders a tourné chez nous. J’en suis sorti plutôt perplexe. Nous en reparlerons assurément dans quelques mois puisque la sortie du film est prévue au Québec le 23 octobre. On présume qu’il fera auparavant l’objet d’une présentation au Festival du nouveau cinéma, dont la programmation est établie en partie par Claude Chamberlan, grand chum du réalisateur des Ailes du désir.

Surtout, je me suis pointé mercredi matin à la toute première séance de Taxi Téhéran. Il y a deux mois, le nouveau film de Jafar Panahi a obtenu l’Ours d’or du festival de Berlin. Le jury, présidé cette année par Darren Aronofsky, a en effet attribué la suprême récompense de la Berlinale à ce film tourné clandestinement, le troisième que parvient à produire le cinéaste iranien après été frappé d’une peine d’interdiction de cinéma (entre autres choses) d’une durée de… 20 ans.

Pour rappeler les faits succinctement : Jafar Panahi, qui a présidé le jury du Festival des films du monde de Montréal en 2009 (entrevue qu’il m’avait accordé à l’époque), n’a pratiquement plus de droits depuis cinq ans. Après avoir voulu faire un film sur l’élection présidentielle iranienne très contestée de 2010, laquelle avait reporté le suave Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir, le cinéaste avait été jeté en prison, puis, assigné à résidence. Interdiction de parler en public, d’aller à l’étranger, et, surtout, interdiction d’exercer son métier de cinéaste.

Qu’à cela ne tienne, Jafar Panahi ne cesse de tester ses limites et de défier les autorités. Après Ceci n’est pas un film et Closed Curtain (Pardé), deux films tournés clandestinement dans un lieu clos, le réalisateur du Cercle et d’Offside sort maintenant dans la rue. Dans Taxi Téhéran, il se transforme carrément en chauffeur de taxi. Différents passagers se succèdent dans sa voiture et livrent, chacun à leur façon, un pan de la vie quotidienne dans la métropole iranienne.

Taxi Téhéran - 2

Un portrait révélateur

Le procédé n’est pas neuf, d’autant qu’Abbas Kiarostami, dont Panahi fut l’assistant, l’avait utilisé pour son film Ten. Mais il est diablement efficace. Panahi emprunte ici de surcroît une attitude débonnaire. Très à l’écoute, empathique, il laisse à ses passagers le soin de raconter leur histoire, d’exprimer leur point de vue, et dessine du coup un portrait révélateur. Point de discours revanchard ici. Mais une évocation de thèmes qui, à coup sûr, peuvent soulever l’ire des autorités. Le cinéaste entretient aussi toujours une espèce de flou artistique quant à sa démarche. Sont-ce de vrais passagers ? Des acteurs ? Le scénario a-t-il été écrit de façon précise ? La vérité se situe probablement entre les deux.

On discute en tout cas de la peine de mort, de l’arrestation de cette jeune femme qui a simplement voulu assister à un match de volleyball, de la censure. Au passage, un hommage au cinéma que les Iraniens ne peuvent plus voir de façon «officielle». Ainsi, le chauffeur de taxi n’hésite pas à acheter en DVD clandestin le dernier Woody Allen, tout comme Winter Sleep, le film palmé d’or de Nuri Bilge Ceylan. La jeune nièce du cinéaste, d’un naturel confondant, explique d’ailleurs à son oncle, pendant qu’elle le filme, comment tourner un film «diffusable» selon les règles enseignées à l’école. C’est d’ailleurs cette jeune fille, Hana Saedi, qui est montée sur la scène du Berlinale Palast pour aller chercher l’Ours d’or au nom de son oncle.

Taxi Téhéran - 3

Taxi Téhéran ne répondant évidemment en rien à la notion de film «diffusable» aux yeux des autorités iraniennes, il ne comporte aucun générique. Panahi a choisi de s’exposer mais protège néanmoins ses collaborateurs. Il n’en est que plus grand. Et son film, comme si besoin était, témoigne de la force d’un art qu’on a trop souvent tendance à soumettre à des impératifs commerciaux uniquement.

Sauf erreur, Taxi Téhéran n’a pas encore été repêché par un distributeur québécois. En revanche, il est déjà acheté par la société Koch Lorber pour le marché américain. Si jamais il restait orphelin de distributeur chez nous, il nous arrivera quand même forcément un jour par la bande. Le plus tôt sera le mieux.

Les liens :

La bande-annonce

La politique et l’Iran d’aujourd’hui surgissent à la Berlinale (AFP)

Taxi remporte l’Ours d’or à la 65ème Berlinale (AFP)

Panahi heureux, mais aurait préféré que Taxi sorte en Iran (AFP)

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Samedi 11 avril 2015 | Mise en ligne à 8h29 | Commenter Commentaires (33)

Les films de la (mi) décennie…

La vie d'Adèle - Affiche Qc

(Affiche québécoise signée Karine Savard)

Serait-ce la multiplication des médias spécialisés ? L’obsession des listes ? Toujours est-il que nous assistons cette année à un phénomène qui, à moins que je ne fasse erreur, n’existait pas auparavant. Ces temps-ci, tout le monde y va de sa liste des meilleurs films de la décennie… à mi-parcours !

Le collègue Siroka a d’ailleurs fait écho à cet exercice le mois dernier à la faveur de publications de listes de cette nature par The Guardian et The Playlist, un blogue hébergé par Indiewire.

Cette semaine, c’était au tour du A.V. Club d’y aller de ses choix. Selon ce site spécialisé, The Master (Paul Thomas Anderson) serait le plus grand film de la décennie jusqu’à maintenant.

Personnellement, le plus grand choc cinématographique ressenti jusqu’ici dans les années 10 – cela n’étonnera personne – est celui qu’a provoqué le film d’Abdellatif Kechiche La vie d’Adèle, chapitre 1 et 2. La toute première projection cannoise - un mercredi soir orageux – restera probablement gravée dans ma mémoire à jamais.

Voici, par ordre alphabétique, les titres des oeuvres qui pourraient aussi faire partie de ma liste personnelle :

12 Years A Slave de Steve McQueen (2013)
Amour de Michael Haneke (2012)
Birdman or (The Unexpected Virtue of Ignorance) d’Alejandro G. Iñárritu (2014)
Boyhood de Richard Linklater (2014)
De rouille et d’os de Jacques Audiard (2012)
The Master de Paul Thomas Anderson (2012)
Mommy de Xavier Dolan (2014)
Polisse de Maïwenn (2011)
Shame de Steve McQueen (2011)
Une séparation d’Asghar Farhadi (2011)

Les liens :

The A.V. Club Picks the 100 Best Movies of the Decade (Criticwire)

Peter Bradshaw’s Top 50 films of the demi-decade (The Guardian)

The 50 Best Films of the Decade So Far (The Playlist)

Une liste préliminaire, en attendant 2020 (Jozef Siroka)

Compte Twitter : @MALussier

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