Marc-André Lussier

Archive de la catégorie ‘Cannes 15’

Vendredi 14 août 2015 | Mise en ligne à 17h04 | Commenter Commentaires (2)

La «Caméra d’or» de Cannes avant tout le monde !

La Terre et l'ombre - Affiche

Une fois n’est pas coutume. Le film lauréat de la Caméra d’or du Festival de Cannes, remise au meilleur premier long métrage toutes section confondues, prendra l’affiche à Montréal le 28 août, soit plusieurs mois avant sa sortie nord-américaine. Et même… française !

Ainsi en a décidé Louis Dussault, directeur de la société de distribution K Films Amérique. Détenteur des droits d’exploitation de La Tierra y la Sombra pour le territoire québécois, le distributeur ne peut toutefois proposer ce film colombien, réalisé par César Augusto Acevedo, qu’avec des sous-titres français. Nos compatriotes anglophones – à tout le moins ceux qui ne maîtrisent pas assez bien le français pour lire des sous-titres – devront s’armer de patience. Aussi le distributeur a-t-il tenu à faire une mise au point à ce propos aujourd’hui:

Le distributeur américain du film a exigé de l’exportateur français un «hold back» pour la version sous-titrée en anglais, jusqu’en janvier 2016. Ce dernier a l’intention d’attendre les nominations aux Oscars pour sortir le film dans son territoire (qui comprends le Canada anglais, dont fait partie le Québec, pour cette version).

Nous tenions à titre de détenteur des droits pour le Québec, de sortir le film pour le public d’ici le plus près possible du Festival de Cannes, ce que nous faisons. Nous sommes désolés pour nos compatriotes anglophones, ils sont régis par les règles des distributeurs américains.

Cela nous ramène à l’épineux problème de la distribution des films internationaux dans ce territoire aux allures de société distincte. Le 2 juillet 2010, j’ai écrit une chronique qui évoquait l’impasse dans laquelle se retrouvent souvent les distributeurs québécois. Cinq ans plus tard, rien n’a bougé. Ou presque.

La goutte de trop

Ne cherchez pas Le concert dans les salles ce week-end. Le distributeur Films Séville a été contraint de retirer le film de Radu Mahaileanu du programme à peine deux jours avant la date de sortie prévue. Branle-bas de combat chez le distributeur; branle-bas de combat dans la boîte de relations publiques mandatée pour la promotion; branle-bas de combat dans les médias, tant du côté rédactionnel que publicitaire. La sortie du film lauréat du prix du public au Festival Cinémania de Montréal doit être repoussée in extremis au début du mois d’août. La raison? Une obligation contractuelle à laquelle doit se soumettre le distributeur local, laquelle interdit à ce dernier de mettre le film à l’affiche dans les salles du Québec avant que le distributeur américain, The Weinstein Company, n’en fasse de même aux États-Unis. Cette clause figurait dans le contrat depuis l’achat des droits du film par Séville et l’imbroglio découlerait d’un simple malentendu sur le choix de la date de sortie. Des négociations de dernière minute entre le vendeur français Wild Bunch et la compagnie Weinstein, qui mettra The Concert à l’affiche à la fin du mois, n’ont toutefois pu venir à bout du «problème québécois» cette semaine, les Américains se montrant intraitables.

Cette affaire peut sembler banale; elle ne l’est pourtant pas. Elle cristallise en effet un malaise bien plus profond. Et met en relief la marge de manœuvre désormais quasi inexistante dont disposent les distributeurs d’ici, même avec les productions étrangères (autres qu’américaines, il va sans dire). Voilà qui explique, entre autres choses, les délais inacceptables de «livraison» des films français et internationaux en nos terres. Comble de l’ironie, des oeuvres montées en partie grâce à des sociétés canadiennes ou québécoises, comme Mesrine, sont contraintes de la même façon à se soumettre au bon vouloir d’un distributeur américain. Et ce, même si aucune entreprise ayant pignon sur rue aux États-Unis n’a investi un seul sou à l’étape de la production. Kafka ne ferait pas mieux.

Comment en est-on arrivés là? Tout simplement parce qu’en matière d’exploitation cinématographique, le Canada n’est pas un pays souverain. Il fait partie du marché «intérieur» américain (le «domestic market»). Il convient d’ailleurs de rappeler ici un chapitre d’histoire afin d’expliquer les raisons de cette humiliante soumission. Les grands studios ont en effet pris la tête des compagnies de distribution et d’exploitation des salles au Canada – et au Québec – dans les années 20. Depuis, la frontière qui sépare les deux pays n’existe pratiquement plus. «À cette époque, la majorité des gouvernements européens réagissent rapidement en contrôlant l’origine des compagnies de production et de distribution, ou en stimulant la production nationale, ce que ne fait pas le Canada», écrit Peter Morris dans L’Encyclopédie canadienne, un ouvrage commandé par la Fondation Historia. «Après la guerre, la rumeur court qu’un régime de quotas obligerait Hollywood à réinvestir au Canada une partie de ses bénéfices recueillis au pays. Ce régime ne voit jamais le jour», souligne de son côté Piers Handling dans ce même ouvrage.

Autrement dit, les Américains sont ici chez eux. Bien malin celui qui parviendra, après bientôt 100 ans de régime féodal, à rétablir un rapport de force quelconque avec un seigneur aussi puissant. Qui considère l’accès à son terrain de jeu du nord comme un droit acquis. Pour rien au monde, il ne cèderait son petit point de pourcentage de revenus en respectant le caractère spécifique du Québec et de ses distributeurs, lesquels connaissent pourtant autrement mieux qu’eux ce marché. Pour rien au monde ils se départiraient non plus des 10% (environ) de revenus provenant du Canada anglais dans leurs statistiques.

La situation est devenue tellement intenable pour les distributeurs locaux qu’il ne faudra pas se surprendre le jour où aucun d’entre eux n’osera acheter à gros prix le grand film international attendu. Pourquoi donneraient-ils leur chemise alors qu’ils ne disposent d’aucun pouvoir pour mettre le film en marché dans les règles de l’art?

Qu’un distributeur américain impose ses règles pour un film produit aux États-Unis, cela va de soi. Quand ce même distributeur impose chez nous sa loi avec arrogance pour des films étrangers – particulièrement les films français –, il dépasse la mesure. C’est comme la goutte de trop.

Rappelons que La Tierra y la Sombra a été présenté à la Semaine de la critique plus tôt cette année au Festival de Cannes. Depuis le soir de l’annonce du palmarès, ce film pique vraiment la curiosité. Alors que la plupart des festivaliers s’attendaient à ce que Saul Fia, Grand Prix du Festival, décroche aussi la Caméra d’or (il s’agissait du seul premier film sélectionné en compétition officielle), voilà que le jury, présidé par Sabine Azéma, lui préfère ce film venu de Colombie. Considérant l’onde de choc qu’a provoqué le film hongrois de László Nemes, on présume que les qualités de La Terre et l’ombre doivent être tout aussi remarquables !

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Jeudi 18 juin 2015 | Mise en ligne à 14h08 | Commenter Commentaires (4)

Sicario de Denis Villeneuve : bande annonce

Sicario - Affiche

Fort bien reçu par les festivaliers au Festival de Cannes, où il a été sélectionné en compétition officielle, le plus récent film de Denis Villeneuve, Sicario, amorcera sa carrière nord-américaine bientôt. La sortie en salle est prévue le 18 septembre.

On présume que le film aura droit auparavant à une présentation spéciale dans l’un des deux grands festivals nord-américains de la rentrée : Telluride ou Toronto. Connaissant les atomes crochus qu’a le cinéaste québécois avec les organisateurs du prestigieux festival tenu au Colorado, où Incendies et Prisoners ont été sélectionnés, je parierais sur Telluride…

Mon compte-rendu de la présentation cannoise :

Denis  Villeneuve passe bien le test.

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Vendredi 5 juin 2015 | Mise en ligne à 8h22 | Commenter Commentaires (2)

Cannes : le coup de gueule du tandem Lescure-Frémaux

Cannes 15 - Bannière

FRANCE-ENTERTAINMENT-FILM-US-FESTIVAL-DEAUVILLE

Le délégué général Thierry Frémaux et le président Pierre Lescure
(Photo : Festival de Cannes)

«C’était le premier vrai festival Twitter où chacun décide de dire ce qui lui passe par la tête. Cela crée une course contre la montre permanente entre les journalistes et ces néocritiques amateurs. Faire de la critique, c’est exercer et poser une pensée, ça ne se résume pas à 140 signes écrits à la fin du générique.»

- Thierry Frémaux

Le 68e Festival de Cannes a pris fin il y a moins de deux semaines. De l’avis général, ce ne fut pas une édition marquante, même si, à quelques exceptions près, la compétition fut quand même de belle tenue.

Les deux manitous du plus prestigieux festival de cinéma du monde en sont maintenant à l’étape du bilan. Ils ne sont pas contents. Et ils le disent.

La première salve est venue du nouveau président Pierre Lescure. Dans une interview accordée à La Croix, l’ancien journaliste a confié avoir été «heurté» par plusieurs choses, notamment par certaines critiques virulentes.

«Le plus fort a été d’observer et d’écouter le jury, cette addition d’hommes et de femmes qui tous ont un destin différent, un chemin personnel… Ensuite, assister à leur délibération a été un cadeau phénoménal.

À l’inverse, plusieurs choses m’ont heurté. Comme quand je lis, dans un quotidien, que Stéphane Brizé, le réalisateur de La Loi du marché, « est indéfendable ». Ce ton, ces attaques m’ont sidéré. Je réagis en journaliste. Trop de critiques n’écrivent que pour eux et quelques copains.

On ne peut pas étaler un tel mépris, user de mots jamais assez durs pour disqualifier certains et totalement excessifs pour en louanger d’autres, vivre à ce point en circuit fermé et méconnaître la réalité dynamique du 7e art.»

C’est maintenant au tour de Thierry Frémaux d’y aller de son coup de gueule. Le journal spécialisé Le Film français publie aujourd’hui une entrevue exclusive dans laquelle le délégué général n’est pas toujours tendre envers les médias. Et leurs représentants. Je reproduis ici quelques extraits de cette interview dans leur intégralité.

«Dire des choses calmement devient compliqué, oui, surtout en France. L’attitude de certains journaux autrefois supporters du Festival est étonnante. Pierre Lescure, qui vient du journalisme, était sidéré. Le degré de fantasme que Cannes suscite n’autorise pas à écrire n’importe quoi. Sur internet, un article est jugé sur son nombre de clics, la civilisation progresse ! C’était le premier vrai festival Twitter où chacun décide de dire ce qui lui passe par la tête. Cela crée une course contre la montre permanente entre les journalistes et ces néocritiques amateurs. Faire de la critique, c’est exercer et poser une pensée, ça ne se résume pas à 140 signes écrits à la fin du générique. À Cannes, pas sûr que les réseaux sociaux fassent du bien à l’esprit général.

Comprenez-vous les réactions parfois virulentes de la critique à l’encontre de certains films, tels que le Gus Van Sant, pourtant habituellement apprécié ?

Le film a été exposé trop tôt, en raison des disponibilités de Matthew McConaughey, mais il était trop fragile, oui. En revanche, je ne comprends toujours pas la réception réservée à Valérie Donzelli par la critique. D’autant qu’il a été accueilli triomphalement en gala. Certes, tout ça, c’est la tradition cannoise mais cette surexcitation permanente crée des dommages. Et les écarts de jugements entre la presse française et la presse étrangère sont parfois hallucinants.»

Les liens :

L’interview de Pierre Lescure à La Croix.

L’interview de Thierry Frémaux au Film français.

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