Marc-André Lussier

Archive, février 2017

Mardi 28 février 2017 | Mise en ligne à 8h16 | Commenter Commentaires (21)

Oscars : Villeneuve, science-fiction et post mortem

Oscars - Photo 1

Photo : Lucy Nicholson (Reuters)

Commençons sur une note positive. Oui, le meilleur film a gagné. Moonlight est un film remarquable. Et l’on a bien senti, au cours des dernières semaines, la belle unanimité envers La La Land commencer à fléchir un peu. Au point de faire basculer le vote ? Soyons francs : peu de gens y croyaient. Et l’incroyable imbroglio entourant l’annonce du lauréat n’a fait qu’ajouter incrédulité et confusion. Nous y reviendrons.

Comme j’étais à Los Angeles au cours des derniers jours, j’ai eu l’occasion de rencontrer Denis Villeneuve à quelques reprises. Le cinéaste, très pris par la post production de Blade Runner 2049, se tient un peu à l’écart des journaux spécialisés et des médias sociaux. Quand on lui demande quel est le sentiment qui l’anime à l’idée d’être désormais considéré comme le grand spécialiste des films de science-fiction, il reste incrédule.

« Ça me fait sourire parce qu’il n’y a encore qu’un seul film du genre qui est sorti jusqu’à maintenant. Peut-être suis-je très naïf. Mais honnêtement, je ne m’attendais vraiment pas à ce que l’annonce à propos de Dune fasse autant de bruit ! »

Le point sur Dune et Blade Runner 2049

Le cinéaste n’ayant pas vraiment eu l’occasion d’en parler publiquement encore, nous avons évidemment évoqué ce projet d’une nouvelle adaptation du roman culte de Frank Herbert, laquelle pourrait se décliner en une série de films. « J’ai signé pour un film, avec la possibilité d’en faire d’autres ensuite, indique-t-il. Mais la vérité est que nous n’avons même pas encore eu un meeting pour en discuter. Il n’y a rien d’écrit. Un scénariste a été approché mais tout cela est encore en négociation. De mon côté, je ne veux pas entrer en pré production tout de suite à l’automne. J’ai besoin de réfléchir, de me reposer. On en discutera après les Oscars, et après que j’aurai présenté ma version de Blade Runner 2049 aux producteurs, ce que je devrais faire bientôt. »

Parlant de Blade Runner 2049, Denis Villeneuve avait déjà révélé à la Mostra de Venise que les effets en 3D, auquel tient le studio Warner, seraient ajoutés en post production. Aussi avons-nous parlé de la notion du final cut, étant donné qu’il présentera bientôt sa version à ses producteurs. S’il n’a pas l’autorité sur le montage final de cette superproduction, le cinéaste n’en garde pas moins l’autorité « morale ».

« Je n’avais pas droit au final cut pour Prisoners ni Sicario, mais, dans les deux cas, les producteurs n’ont pas retouché ma version du tout. J’avais le final cut pour Arrival mais finalement, je me rends compte que tout ça ne veut rien dire. Cette clause est comme un contrat de mariage. C’est là uniquement pour les cas où ça merde. Si t’en es rendu à devoir sortir ton contrat pour revendiquer ton final cut, c’est que ça va vraiment mal. L’important, c’est la relation de confiance entre les producteurs et le réalisateur. Ce sont ceux avec qui j’ai travaillé pour Prisoners qui produisent Blade Runner 2049. Pour l’instant, tout va très bien ! »

Rappelons qu’Arrival a été inscrit au tableau d’honneur grâce à Sylvain Bellemare. Ce dernier a remporté l’Oscar du meilleur montage sonore.

Une bourde historique

Revenons à la fameuse bourde de dimanche, maintenant. Oui, c’était bel et bien une erreur historique…

J’ai reçu des courriels de lecteurs  – je constate que la question circule aussi sur les réseaux sociaux – dans lesquels on me demande pourquoi accorder autant d’importance au mélange d’enveloppe survenu lors de l’annonce de l’Oscar du meilleur film. « L’erreur est humaine, après tout. Revenez-en ! ». Oui, bien sûr.

Sauf qu’on parle quand même ici des plus prestigieuses récompenses attribuées dans le monde des arts. Et du prix le plus important d’entre tous.

Dans l’imaginaire collectif mondial, un Oscar reste l’ultime récompense, le symbole de la plus suprême des reconnaissances. Je me souviens avoir vu, à l’aéroport d’Orly en 2011, Jean Dujardin rentrer de Cannes avec son prix d’interprétation dans la plus totale discrétion (pour ne pas dire indifférence). Des mois plus tard, des centaines d’admirateurs l’attendaient à Charles de Gaulle pour l’accueillir le lendemain de son triomphe aux Oscars grâce à The Artist. Dans l’esprit de la plupart des gens, ça n’a aucune commune mesure.

L’Académie des arts et des sciences du cinéma, qui organise la soirée des Oscars, est l’une des organisations les plus sérieuses et les plus rigoureuses qui soient. Des règlements à n’en plus finir, assez pour remplir au moins deux bottins téléphoniques. Le protocole, habituellement sans faille, ne tolère aucun écart. L’accréditation d’un journaliste qui aurait le malheur de photographier son badge pour le diffuser sur les réseaux sociaux lui est retirée sur le champ.

Ce qui est survenu dimanche soir est tout simplement inimaginable dans ce contexte. D’où l’énormité de la chose. Cette bourde a aussi fait plusieurs victimes collatérales. La première est bien sûr l’équipe de Moonlight, production lauréate de l’Oscar du meilleur film. Qui n’a pas eu droit à son « vrai » moment.

C’est aussi malheureux pour l’équipe de La La Land. Dans ces drôles de circonstances, Damien Chazelle n’a pas vraiment pu savourer sa victoire dans la catégorie de la meilleure réalisation non plus. Le cœur n’y était plus. De surcroît, le producteur Jordan Horowitz a eu la tâche – plutôt odieuse – d’annoncer à tout le monde que, non, son film La La Land n’était pas le vainqueur et qu’il remettait la statuette à Moonlight. Cet homme, reconnaissons-le, a été d’une élégance exemplaire.

On aura ensuite une pensée pour Faye Dunaway et Warren Beatty, sur scène pour souligner le 50ème anniversaire de l’un des films phares de la cinématographie américaine : Bonnie & Clyde. Même s’ils n’y sont pour rien dans cet incroyable imbroglio (les commentaires teintés d’âgisme n’ont pas tarder à circuler), ce navrant épisode leur collera désormais toujours à la peau. Et ça c’est triste aussi. « Oui mais ils auraient quand même pu s’en rendre compte qu’ils avaient la mauvaise enveloppe ! ». Oui, ils auraient pu. Mais dans la fébrilité du moment, alors que des millions de spectateurs retiennent leur souffle, qui sait comment réagir ? Et pourquoi a-t-on mis autant de temps à agiter le drapeau rouge ? On en pour des années à en parler…

Bien sûr, tous ces artisans s’en remettront assez rapidement. Et ce cauchemar – qui a produit un moment de télévision hallucinant – ne reviendra plus hanter que l’organisation de l’Académie, et, surtout, la firme comptable PriceWaterhouseCoopers. Dont on ne donnera probablement plus très cher de la peau.

Maintenant, la plus belle fleur qu’on pourrait faire à l’équipe de Moonlight, un film réalisé par Barry Jenkins, serait d’aller voir (ou revoir) cette oeuvre extraordinaire, au sommet de ma liste personnelle des dix meilleurs films de 2016.

En attendant les Oscars l’an prochain…

Moonlight : remarquable à tous points de vue.

Tarell Alvin McCraney : dramaturge engagé, plus que jamais (interview)

Denis Villeneuve : enthousiaste et réaliste.

Perruque, fausses dents, sous-marin et politique.

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Dimanche 5 février 2017 | Mise en ligne à 9h03 | Commenter Commentaires (9)

47 films finalistes aux Oscars en moins de… 3 minutes !

Oscars - 1

La 89e Soirée des Oscars

Quarante-sept films ont été retenus dans la course aux Oscars. La firme Cineplex a réalisé un montage assez marrant, d’à peine plus de deux minutes et demie, dans lequel tous les titres sont évoqués.

Nous aurons évidemment l’occasion de revenir bientôt plus en détails sur les prévisions et prédictions, mais on peut quand même affirmer dès maintenant que, grâce à son sacre à la cérémonie de la Directors Guild, Damien Chazelle, réalisateur de La La Land, est maintenant établi favori dans la catégorie de la meilleure réalisation (catégorie dans laquelle Denis Villeneuve est aussi finaliste).

Est-ce à dire que La La Land devient automatiquement le grand favori pour la statuette suprême, celle remise au meilleur film ? Pas nécessairement. Il se pourrait fort bien que, compte tenu de la qualité des oeuvres en lice, le doublé film / réalisation soit de nouveau remis en cause. L’an dernier, Spotlight fut sacré meilleur film mais Alejandro González Iñárritu a obtenu l’Oscar de la meilleure réalisation grâce à The Revenant (son deuxième consécutif).

La course dans les catégories meilleure acteur et meilleure actrice – où rien n’est joué – sera particulièrement intéressante à suivre aussi.

La liste des nominations.

La 89e Soirée des Oscars aura lieu le 26 février.

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