Marc-André Lussier

Archive, octobre 2016

The Birth of A Nation - Affiche

Si ces chiffres reflètent vraiment la réalité, il y a clairement quelque chose qui ne tourne pas rond dans notre système.

Ceux qui me suivent depuis un petit bout le savent : je suis un adepte des versions originales sous-titrées. J’exècre les versions doublées. Mais au-delà de ma préférence personnelle de cinéphile, j’ai aussi longtemps milité pour l’accessibilité des films en français à Montréal, tant dans un contexte de festival que dans un contexte plus commercial.

J’ai abandonné ce combat il y a quelque temps parce qu’à mon sens, il est perdu. Comme nous évoluons dans un contexte de distribution nord-américain, les producteurs étrangers envoient des versions sous-titrées en anglais dans les festivals montréalais, même si, parfois, des versions sous-titrées en français existent déjà (notamment dans le cas de tous les films déjà montrés à Cannes). C’est d’ailleurs la raison pour laquelle plusieurs des titres internationaux très attendus que propose le Festival du nouveau cinéma sont offerts avec des s.t.a.

Quand on soulève la question, on nous répond régulièrement qu’il vaut mieux cela que rien du tout. C’est vrai. On avance aussi que la plupart des cinéphiles sont bilingues, qu’il s’agisse du public plus jeune qui fréquente Fantasia, ou de celui, plus mixte, du FNC. Cela est probablement vrai aussi.

Mais voilà, les statistiques nous indiquent que seulement 40 % des francophones du Québec maîtrisent les deux langues. Que voilà une statistique étonnante. Cette donnée surprend encore davantage quand on apprend que 88 % des anglo-québécois maîtriseraient aussi la langue de Molière. Cette statistique, révélée dans Le code Québec, le plus récent ouvrage de Jean-Marc Léger, a d’ailleurs beaucoup fait jaser. Ajoutez à cela l’accablante statistique à propos des analphabètes fonctionnels (49 % des Québécois auraient des difficultés de lecture) et vous avez au total un bon nombre d’individus pour qui le cinéma se doit d’être vu dans leur langue.

À l’opposé de la réalité…

Si ces chiffres reflètent vraiment la réalité, il y a clairement quelque chose qui ne tourne pas rond dans notre système. Dans l’offre cinématographique offerte aux Montréalais, nos concitoyens anglophones – tant mieux pour eux – sont clairement avantagés. En plus d’avoir accès à tous les films tournés dans la langue de Shakespeare en version originale (y compris les productions indépendantes), les films internationaux sont aussi tous offerts avec des sous-titres anglais. Encore mieux, plusieurs films francophones peuvent aussi être vus avec des sous-titres anglais au Cineplex Forum (c’est le cas d’Un petit boulot en ce moment) ou au Cinéma du Parc.

Autrement dit, le monde de la distribution de productions cinématographiques est à l’opposé de la réalité québécoise. Depuis quelques années, nombreux sont les cinéphiles qui remarquent à quel point plusieurs films anglophones prennent chez nous l’affiche en version originale seulement. Et l’on ne parle pas seulement de « petits » films indépendants tournés avec trois sous et deux bouts de ficelle. Seulement dans les sorties de cette semaine, deux cas exemplaires : The Birth of a Nation et Denial. Dans ce dernier cas, le phénomène se révèle d’ailleurs pour le moins étrange car la bande annonce doublée en français a été diffusée dans des reportages à la télé québécoise. Or, il n’est sorti qu’en anglais. Cherchez l’erreur.

Alors, le débat sur l’accessibilité des films dans la langue parlée et comprise par la majorité de la population du Québec mérite-t-il d’être relancé ?

Quelques liens :

Une question de respect et de dignité

Un 88 % qui fait sourciller à TLMEP (Richard Therrien)

Compte Twitter : @MALussier

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