Marc-André Lussier

Archive, septembre 2016

Jeudi 29 septembre 2016 | Mise en ligne à 10h15 | Commenter Commentaires (7)

Un gala du cinéma en juin ? Sérieux ?

Léa Pool - 1

La Passion d’Augustine de Léa Pool a triomphé au plus récent Gala du cinéma québécois
(Photo : Olivier Jean, La Presse +)

« On se demande même combien de temps encore Radio-Canada tolérera la diffusion sur sa chaîne principale d’un gala qui, dans les faits, attire beaucoup moins de téléspectateurs que n’importe quelle édition de Tout le monde en parle. »

Voilà la question récurrente qui est revenue au fil des ans. Et que j’avais évoquée dans une entrée de blogue mise en ligne au lendemain de la tenue du Gala du cinéma québécois.

La réponse est tombée hier. Dominique Chaloult, directrice générale de la télévision de Radio-Canada, a annoncé que le Gala du cinéma québécois, qui est officiellement rebaptisé Gala Québec Cinéma*, se tiendra désormais au mois de… juin !

Nous nous attendions à des changements, certes, mais ce déplacement de plusieurs mois laisse quand même songeur. La tenue du gala au beau milieu de la saison télévisuelle a toujours constitué un énorme défi, d’autant qu’on s’est obstiné à le programmer systématiquement un dimanche, en compétition directe avec des émissions comme Star Académie, Le banquier et La voix.

« En juin, tout juste après Cannes et avant les films de l’été, le Gala du cinéma québécois nous reviendra dans une formule entièrement redessinée. Il pourra ainsi générer encore plus d’intérêt autour de notre cinéma et de ses créateurs. »

- Dominique Chaloult

Je présume que le raisonnement qui a motivé Radio-Canada à effectuer ce changement est de se dire qu’en juin, la saison de Tout le monde en parle est alors terminée (pas de perte de cotes d’écoute sur ce plan) et que TVA n’a alors plus de « grosses » émissions en face non plus. Logique.

Un grand risque

Cela dit, cette décision paraît beaucoup moins logique en regard du milieu du cinéma. Je ne sais si Radio-Canada a considéré un simple déplacement de journée (pourquoi ne pas tenir le gala un vendredi ou un samedi comme cela se fait ailleurs, en France notamment ?), mais le fait est que de tenir le gala célébrant l’excellence du cinéma québécois au mois de juin a de quoi surprendre.

Pourquoi ? Tout simplement parce que, traditionnellement, la fameuse « saison des récompenses », qui commence au mois de décembre avec les choix des différentes associations de critiques, se termine au printemps avec l’attribution des Golden Globes, SAG Awards, DGA Award, Oscars, César, trophées du cinéma québécois (anciennement les Jutra) et compagnie. Après, on passe à autre chose, c’est à dire, à une nouvelle année-cinéma, définie en grande partie par le Festival de Cannes au mois de mai. Considérant aussi le box-office parfois famélique qu’obtiennent plusieurs des productions retenues, qui, à part les aficionados, se souviendront alors des films dont il est question ?

Tenir un gala au mois de juin pour récompenser les productions de l’année précédente risque ainsi de ne plus intéresser personne. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les Trophées du cinéma francophone, dont la cérémonie se tient beaucoup trop tard, se déroulent dans l’indifférence générale.

On profite de l’occasion pour annoncer aussi une « formule entièrement redessinée ». Voilà qui est bien. Mais à quel prix ?

Et une question encore plus importante se pose : Infoman n’étant plus en ondes au mois de juin, que diable adviendra-t-il du gala des Aurore ??? **

* Une erreur s’était glissée. Le nom officiel est Gala Québec Cinéma.

** L’équipe d’Infoman a tenu à nous rassurer. Le gala des Aurore aura toujours lieu au printemps, peu importe la date de la tenue du Gala Québec Cinéma.

Les liens :

L’annonce de Radio-Canada.

Gala du cinéma : une question franche. Et brutale.

Compte Twitter : @MALussier

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Samedi 24 septembre 2016 | Mise en ligne à 14h40 | Commenter Commentaires (6)

Oscars : Le Canada a-t-il vraiment miné ses chances ?

Téléfilm 2

Nancy Grant et Xavier Dolan
(Photo fournie par Téléfilm Canada)

Il est vrai que les choix des membres de l’Académie sont parfois très différents de ceux des critiques. Mais le fait est qu’au départ, ce sont les critiques qui attirent l’attention des membres de l’Académie en exerçant pour eux – sans le savoir – un premier tri.

Pourquoi le Canada s’est-il éliminé d’office en choisissant le film de Xavier Dolan dans la catégorie de l’Oscar du meilleur film en langue étrangère ? C’est, en gros, ce que se demande Indiewire dans un article mis en ligne peu de temps après que Téléfilm Canada ait annoncé que Juste la fin du monde allait porter les couleurs canadiennes dans la prochaine course. C’est notamment sur Indiewire que nous avions pu lire les échos des critiques les plus virulentes au moment de la présentation cannoise du film de Xavier Dolan.

Dans une course aux Oscars, il ne faut jamais oublier de se replacer dans un contexte américain. Et dans le contexte actuel, c’est peut-être « plate » à dire, mais Indiewire a probablement raison. On ne peut reprocher au comité de sélection canadien (constitué 23 délégués de différentes associations professionnelles réparties à travers le pays) d’avoir fixé son choix sur Juste la fin du monde. Parce que, quoi qu’en disent les détracteurs, il s’agit d’abord et avant tout d’un film de grande qualité.

Toutefois, force est de reconnaître que les alternatives se faisaient aussi très rares. Pour être pris en considération, un film doit avoir été à l’affiche dans son pays d’origine pendant au moins une semaine et ce, avant le 30 septembre. Voilà qui exclut d’emblée Ceux qui font la révolution à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau (Mathieu Denis et Simon Lavoie), lauréat du meilleur film canadien au TIFF (sortie en salle début 2017). Certains ont aussi avancé que Maliglutit, le nouveau film du réalisateur d’Atarnajuat, Zacharias Kunuk (qui clôturera le Festival du nouveau cinéma de Montréal), aurait pu être retenu. Encore là, ce drame tourné en langue inuktitut a beau avoir été lancé au TIFF, je ne crois pas – sauf erreur – qu’il ait déjà pris l’affiche en programme régulier ailleurs au pays.

Honnêtement, vous auriez vu un autre film que celui de Dolan parmi tous les films canadiens – tournés dans une autre langue que l’anglais – ayant pris l’affiche depuis le début de l’année ? Sans oublier que le choix doit être fait en fonction d’une opération séduction chez les membres de l’Académie ? On cherche. Fort.

Des pairs plutôt que des journalistes

Lors de la conférence de presse tenue par Téléfilm Canada, Xavier Dolan et Nancy Grant (sa coproductrice) reconnaissaient implicitement qu’il y a très loin de la coupe aux lèvres. Ils estiment néanmoins qu’il vaut quand même le coup de mettre toute la gomme et d’aller faire campagne à Los Angeles. Leur argument tient au fait que l’Académie n’est pas constituée de journalistes mais de pairs. Des artistes qui, peut-être, seront plus sensibles à leur démarche et pourront apprécier le film pour ce qu’il est.

Ils comptent aussi miser sur la présence des acteurs, tous déjà connus des professionnels américains. Marion Cotillard a déjà un Oscar en main grâce à La vie en rose. Vincent Cassel a souvent joué dans des productions internationales et américaines (« Cassel ? Il nous met tous dans sa petite poche ! », a déjà déclaré George Clooney) ; Léa Seydoux sort d’un James Bond (Spectre) ; Nathalie Baye a joué dans un Spielberg (Catch Me if You Can), et Gaspard Ulliel, en plus d’être l’image de « Bleu de Chanel » (spot tourné par Martin Scorsese), a déjà été Hannibal…

Cela dit, il est indéniable que le cinéma de Xavier Dolan a du mal à se faire valoir aux États-Unis. Il y a deux ans, plusieurs spécialistes américains pensaient que la sélection de Mommy parmi les cinq finalistes ne serait qu’une simple formalité. Or, il n’a même pas franchi le premier tour. Alors que le film connaissait un très grand succès public auprès du public français (près de 1 200 000 spectateurs) et québécois (371 029 spectateurs), personne (ou presque) n’est allé le voir en salle aux États-Unis, malgré une presse très favorable. Rappelez-vous. Certains médias américains avançaient même qu’Anne Dorval avait peut-être des chances d’être en nomination dans la catégorie de la meilleure actrice !

Un contexte complètement différent

Cette fois, le contexte ne pourrait être plus différent. La presse américaine n’est pas là pour partir le « buzz » à propos de Juste la fin du monde. Il est vrai que les choix des membres de l’Académie sont parfois très différents de ceux des critiques. Mais le fait est qu’au départ, ce sont les critiques qui attirent l’attention des membres de l’Académie en exerçant pour eux – sans le savoir – un premier tri. Et le fait est qu’aux États-Unis, la réputation du film de Dolan est déjà entachée par les mauvais échos que les médias américains ont relayés depuis Cannes. Oui bien, sûr, Juste la fin du monde a obtenu le Grand Prix, le deuxième laurier en importance du festival (et la plus importante récompense jamais remportée par un film québécois sur la Croisette). Savez quoi ? Les Américains se foutent complètement du palmarès du Festival de Cannes. Pour la majorité d’entre eux, cela n’est même pas une référence.

Alors oui, la pente sera difficile à remonter. C’est certain. L’histoire nous a cependant souvent appris que les membres de l’Académie ne ménageaient pas leurs surprises. On verra ça fin décembre ou début janvier, alors que seront annoncés les neuf concurrents qui pourront poursuivre la course.

Les liens :

Why Canada Threw Away Their Foreign-Language Submission… (Indiewire)

La liste des candidats (au 24 septembre)

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Jeudi 8 septembre 2016 | Mise en ligne à 12h46 | Commenter Commentaires (6)

Pour en finir avec la fameuse catégorie « A » !

FFM - Photo 1

(Photo : Robert Skinner, La Presse)

Le plus grave, c’est que la réputation de tous les autres festivals de cinéma de la métropole risque d’être injustement entachée aussi.

Avant d’aller passer quelques jours à la Mostra de Venise, histoire de suivre le parcours de quatre cinéastes québécois dont les films ont été sélectionnés là-bas, j’ai vu une dizaine de longs métrages en lice pour le Grand Prix des Amériques au Festival des films du monde de Montréal. Et, ma foi, la qualité des productions sélectionnées n’avait rien de déshonorant. Il est aussi vrai que, probablement en raison du retrait des salles du Cineplex Forum, le cinéma Impérial a été très fréquenté. Ce qui nous laisse croire que, advenant le cas où le FFM parviendrait à survivre, là résiderait peut-être une solution : réduire la programmation et concentrer toutes les activités à l’Impérial.

Inutile de revenir sur tous les couacs ayant marqué ce désormais célèbre 40e FFM ; tout le monde en a déjà abondamment parlé. Insistons quand même sur l’écueil le plus important à mon avis : l’accueil insultant qu’ont reçu plusieurs cinéastes étrangers. Qui, venus chez nous à leurs frais, n’ont pas été prévenus à temps, n’ont plus eu aucun interlocuteur à qui s’adresser, et qui ont été complètement abandonnés à eux-mêmes. Du jamais vu. Nulle part. Quel genre de réputation feront ces cinéastes, pour la plupart jeunes, une fois de retour au bercail ? Montréal risque d’en prendre pour son rhume. Et le plus grave, c’est que la réputation de tous les autres festivals de cinéma de la métropole risque d’être injustement entachée aussi.

Cela dit, un point sur lequel j’aimerais revenir. Partout dans les médias, on évoque la fameuse catégorie « A », attribuée au FFM par la Fédération internationale des associations de producteurs de films (FIAPF). Normal, remarquez. Serge Losique a toujours beaucoup insisté sur le fait que le FFM est le seul festival de catégorie « A », accrédité par la FIAPF en Amérique du Nord. Le hic, c’est que la Fédération ne catégorise pas les festivals de cette façon. La cote « A » n’existe pas. Quand on se rend sur le site de la FIAPF, on trouve, dans le calendrier 2016, 15 festivals dans la catégorie « Competitive Feature Films Festivals » : Berlin, Cannes, Shanghai, Moscou, Karlovy Vary, Locarno, Montréal, Venise, San Sebastian, Varsovie, Tokyo, Tallin, Le Caire, Mar del Plata, Goa.

Seulement deux festivals sont répertoriés dans la catégorie « Non-competitive Feature Films Festivals » : Toronto et Vienne. En tout (en comptant les festivals compétitifs spécialisés et les festivals consacrés aux documentaires et aux courts métrages), la FIAPF accrédite seulement 47 festivals de cinéma dans le monde.

Est-ce si important ?

Maintenant, est-il vraiment important d’obtenir cette accréditation pour faire sa marque ? Le festival de Sundance n’est pas accrédité par la FIAPF, pas plus que le festival de Telluride ou le festival de New York.

Petit quiz ici. Qui a déjà dit « Chaque année, on paie une cotisation et ça donne quoi en bout de ligne ? Ça ne donne absolument rien (…) La catégorie A, de toute façon, ça ne veut plus rien dire (…) Nous, on s’en est servi comme gimmick publicitaire. »

La réponse ? Danièle Cauchard, alors directrice générale du FFM, dans une entrevue accordée à mon regretté collègue Luc Perreault en mai 2003. Cette année-là, le FFM s’était fait retirer son accréditation par la FIAPF parce que ses dirigeants avaient changé les dates unilatéralement, faisant ainsi empiéter le FFM sur le TIFF pendant quelques jours. Dans le même article, Serge Losique ajoute que « cette catégorie A est une pure invention des journalistes ».

Cela peut-il être plus clair ? Tout ça, c’est du bidon.

Quant à la suite des choses, ceux qui me suivent depuis un petit moment connaissent déjà ma position : à mes yeux, il est impossible de faire renaître à Montréal un grand festival de cinéma à vocation généraliste aux mêmes dates que le FFM. Tout simplement parce que le circuit est déjà hyper saturé. Et aussi que les nombreux festivals « de niche » de la métropole québécoise font aussi très bien leur travail.

En fait, il faudra peut-être maintenant se rendre au bout de la 20 pour trouver le beau festival généraliste que les festivaliers montréalais espèrent. La programmation du Festival de cinéma de la ville de Québec, sans parler des événements qui y sont organisés, semble plus alléchante d’année en année.

Quelques liens :

Le FFM n’est plus de « catégorie A ». (Luc Perreault, 24 mai 2003)

Site officiel de la FIAPF.

Grandeur et misères d’un événement ambitieux.

On ne montre pas la sortie à Losique. (Mario Girard)

Mourir dans la dignité. (Alain Dubuc)

Lettre ouverte de cinéastes indignés. (via Cinetalk)

Compte Twitter : @MALussier

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