Marc-André Lussier

Archive, février 2016

Vendredi 26 février 2016 | Mise en ligne à 9h27 | Commenter Commentaires (11)

Les Oscars et le box-office québécois

Room - 1

Room a attiré autant de spectateurs que Félix et Meira

Quand la liste des finalistes pour ce qui s’appelle désormais le Gala du cinéma québécois a été annoncée, il a beaucoup été question de la faible ferveur populaire qu’ont engendrée la plupart des productions retenues. Cette énième séance d’auto flagellation collective a d’ailleurs beaucoup surpris les étrangers qui étaient de passage cette semaine aux Rendez-vous du cinéma québécois. Pourquoi le public d’ici boude-t-il ce qu’eux considèrent comme étant l’une des cinématographies les plus intéressantes au monde ?

Mais bon. La réalité étant ce qu’elle est, le fait est que plusieurs beaux films québécois n’ont pas trouvé leur public. Cela dit, qu’en est-il des huit films en lice aux Oscars dans la catégorie du meilleur film ? Le nombre de spectateurs que ces productions de prestige attirent dans les salles de cinéma du Québec reste relativement modeste. Plusieurs d’entre elles bénéficient pourtant de la force de frappe des grands studios. The Revenant, par exemple, n’a guère attiré chez nous plus de spectateurs que La guerre des tuques 3D ou Le mirage. Évidemment, sa carrière en salle risque de rebondir après son triomphe annoncé de dimanche. Room a attiré à peine un peu plus de spectateurs que Félix et Meira. Selon les données  - provisoires – de l’Institut de la statistique du Québec, voici les chiffres :

The Revenant : 347 148
The Martian : 336 874
Mad Max : Fury Road : 221 972
Bridge of Spies : 124 366
Brooklyn : 105 322
Spotlight : 59 840
The Big Short : 59 157
Room : 27 388

Choix et prédictions :

Meilleur film :
Choix : Spotlight
Prédiction : The Revenant

Au départ de la course, The Big Short et Spotlight semblaient avoir de bonnes chances mais The Revenant a le vent dans les voiles. Le film d’Alejandro González Iñárritu a d’ailleurs déjà remporté plein de prix importants (Golden Globes, BAFTA, etc.).

Meilleure réalisation :
Choix : Adam McKay (The Big Short)
Prédiction : Alejandro González Iñárritu (The Revenant)

Adam McKay a fait un travail remarquable sur le plan de la réalisation avec un sujet difficile. Mais Iñárritu, lauréat du DGA Award pour une deuxième année consécutive, est maintenant le grand favori.

Meilleure actrice :
Choix : Cate Blanchett (Carol)
Prédiction : Brie Larson (Room)

D’une simple inflexion de voix, Cate Blanchett peut inventer tout un monde. Mais l’Académie préférera décerner la statuette à Brie Larson, fort émouvante dans Room.

Meilleur acteur :
Choix : Michael Fassbender (Steve Jobs)
Prédiction : Leonardo DiCaprio (The Revenant)

Les membres de l’Académie tomberont dans le piège et célèbreront la performance poseuse de Leonardo DiCaprio. Mais Michael Fassbender mériterait l’Oscar dix fois plus.

Meilleure actrice de soutien :
Choix : Kate Winslet (Steve Jobs)
Prédiction : Alicia Vikander (The Danish Girl)

Kate Winslet a le malheur d’offrir une performance remarquable dans un film mal aimé. Alicia Vikander, lauréate du SAG Award, montera sur la scène du Dolby Theatre pour cueillir sa statuette.

Meilleur acteur de soutien :
Choix : Mark Rylance (Bridge of Spies)
Prédiction : Sylvester Stallone (Creed)

L’Académie ne voudra sans doute pas rater l’occasion de créer un moment mémorable avec Sly, 39 ans après Rocky. La performance de Mark Rylance dans Bridge of Spies est cependant digne de la statuette.

Meilleur scénario original :
Choix : Spotlight
Prédiction : Spotlight

Thomas McCarthy, et son coscénariste Josh Singer, a tiré d’une enquête foisonnante un scénario aussi limpide que remarquable.

Meilleure adaptation :
Choix : The Big Short
Prédiction : The Big Short

En s’attaquant au livre de Michael Lewis, Adam McKay et Charles Randolph ont aussi su tirer un scénario remarquable à partir d’une matière qui, au départ, en aurait rebuté plus d’un. Un modèle d’adaptation.

Meilleur film en langue étrangère :
Choix : Le fils de Saul
Prédiction : Le fils de Saul

Le premier long métrage de László Nemes est carrément le meilleur film produit en 2015. Il se pourrait toutefois que Mustang, qui a aussi ses ardents défenseurs, crée la surprise.

La liste complète des nominations.

Compte Twitter : @MALussier

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Samedi 20 février 2016 | Mise en ligne à 9h51 | Commenter Commentaires (8)

Race, c’est aussi un film sur Leni Riefenstahl…

Riefenstahl - 1

Leni Riefenstahl

À mon sens, l’un des aspects les plus intéressants de l’histoire de Race (10 secondes de liberté en version française) est consacré au cinéma. Dans ce film où l’on relate les exploits exceptionnels de l’athlète américain Jesse Owens aux Jeux olympiques de Berlin en 1936, une bonne partie du récit attire l’attention sur la cinéaste Leni Riefenstahl. Interprétée dans le film par Carice Van Houten, Leni Riefenstahl a eu le mandat de capter pour la postérité la grandeur de ces jeux emblématiques du régime nazi, lesquels, espérait Hitler, devaient prouver la supériorité de la race aryenne. Le film, qui comporte deux parties, a pour titre Olympia (Les dieux du stade en français). Et il a fait école.

La cinéaste, reconnue pour sa virtuosité technique et son sens de l’esthétisme, a été stigmatisée par la suite à cause de ses accointances avec le pouvoir hitlérien. Jusqu’à sa mort en 2003 (à l’âge de 101 ans !), Leni Riefenstahl a toujours jeté ces accusations du revers de la main. Elle s’est toutefois recyclée dans la photographie après la guerre.

Petite anecdote : dans le film des Jeux de la XXIe Olympiade, tenus à Montréal en 1976, on peut voir brièvement, à la 69e minute, un plan dans lequel Leni Riefenstahl, alors âgée de 73 ans, capte des clichés des compétitions de gymnastique – c’était dans l’ancien Forum – auxquelles participait notamment Nadia Comaneci, la reine des Jeux de Montréal. Frau Riefenstahl faisait à l’époque partie des invités d’honneur du comité olympique montréalais.*

Pour ceux et celles qui aimeraient en savoir peut-être un peu plus, je reproduis ici un article rédigé par notre regretté collègue Serge Dussault, publié dans La Presse le 23 avril 1994. C’était au moment de la sortie d’un documentaire de Ray Müller, intitulé The Wonderful, Horrible, Life of Leni Riefenstahl :

«Fascinant personnage, cette Leni Riefensthal. Longtemps honnie, toujours controversée après avoir été adulée comme peu de cinéastes l’ont été.

On lui reproche encore son amitié avec Hitler pour lequel elle a tourné en 1934 l’extraordinaire film de propagande qu’était Le triomphe de la volonté . Elle se défend dans un documentaire que lui consacre le cinéaste allemand Ray Müller, The Wonderful, Horrible, Life of Leni Riefensthal que présente le Cinéma de Paris (avec sous-titres anglais). «Propagande, non! répond-elle. Il n’y a aucun commentaire dans mon film!»

Mais les images parlent. Éloquemment. Müller nous en montre quelques-unes. D’une perfection éblouissante. Leni Riefensthal avait le sens de l’image, le génie du montage. «Vous n’allez tout de même pas me reprocher d’avoir fait un film intéressant», dit-elle à l’intervieweur.

Müller insiste: elle n’a jamais rompu avec Hitler, ni pris position contre lui. Leni Riefenstahl se choque, secoue le bras de Müller. «C’est faux, c’est faux! Je ne savais pas…»

Leni Riefenstahl avait 90 ans quand Müller a tourné son documentaire. Elle faisait encore de la plongée sous-marine et filmait aussi merveilleusement les fonds marins qu’autrefois les dieux du stade… Sa mémoire était – est encore, probablement – infaillible. Elle se souvient de tout. Où elle plaçait ses caméras, l’ouverture des lentilles…

Il faut se reporter aux années trente pour comprendre ce qu’a été sa vie. Née en 1902, elle se fait un petit nom comme danseuse. Un cinéaste la remarque, la fait jouer. Elle apprend les secrets du métier. Elle tourne quelques films qui plaisent à Hitler. La voici l’intime des puissants. Le führer la fascine, elle ne s’en cache pas. «Mais je n’ai jamais été membre du parti nazi», afirme-t-elle.

Se pose de façon aiguë la question de la responsabilité de l’artiste dans la société. Müller ne tranche pas, il laisse Riefenstahl se défendre. On peut la croire. On peut aussi mettre en doute sa sincérité. Vous en jugerez.

Müller combine adroitement les extraits de films et les commentaires qu’en fait la cinéaste. Nous la voyons à différentes époques de sa vie. On la retrouve au stade de Nuremberg où elle a tourné le Triomphe de la volonté ; à celui de Berlin où elle a fait deux ans plus tard les Dieux du stade – avec génie et, faut-il dire, grâce aux moyens exceptionnels mis à sa disposition. Dans une salle de montage, elle raconte comment elle travaillait, souligne avec fierté ses audaces qui n’ont été dépassées, je crois, que par celles d’Abel Gance.

Après la guerre, on lui a interdit de tourner. Mise à l’index, en quelque sorte. Elle a, sans succès, essayé de se remettre au travail, puis elle est partie en Afrique, en a rapporté des documentaires non sans parenté avec ceux qu’elle tournait autrefois.

Coupable, Leni Riefenstahl ? Je ne sais pas. Mais assurément l’une des cinéastes les plus douées de ce siècle.

Le film de Müller fait trois heures. S’il lui en avait donné la permission, sans doute Leni Riefenstahl aurait-elle resserré le montage…»

Quelques liens utiles :

Stephan James : dans les pas de Jesse Owens (interview)

Comment le Québec a porté Jesse Owens au grand écran
(Vincent Brousseau-Pouliot)

Jesse Owens, P.Q. (Simon Drouin)

Les Jeux de la XXIe Olympiade (Jean-Claude Labrecque)

* Merci à Albert Ohayon, analyste à la collection de l’ONF, pour cette info.

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Jeudi 11 février 2016 | Mise en ligne à 21h44 | Commenter Aucun commentaire

Berlinale : mode d’emploi

Berlinale 16 - Poster

Le premier des quatre grands festivals de cinéma internationaux de 2016 vient de commencer. La 66e Berlinale a été lancée avec le réjouissant nouveau film des frères Coen, Hail, Caesar !

Plusieurs événements sont diffusés en direct sur le site officiel de la Berlinale. Arrivée des stars, tapis rouge, conférences de presse, etc. Les vidéos sont ensuite archivés pour consultation ultérieure.

Boris sans Béatrice, le nouveau film de Denis Côté, est l’un des premiers longs métrages de la compétition officielle. Nous pourrons suivre la conférence de presse de l’équipe en direct ce vendredi à 11h40 (17h40, heure de Berlin). La présentation officielle aura lieu à 15h30 (21h30, heure de Berlin).

Le programme complet est régulièrement mis à jour.

Live Videos.

La conférence de presse du jury (présidé par Meryl Streep).

La conférence de presse de l’équipe de Hail, Caesar !

Notez aussi que notre collègue Nathalie Petrowski est sur place. Nous pouvons lire ses reportages dans La Presse Plus.

Bon festival !

La ritournelle de l’an dernier :

Lien YouTube.

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