Marc-André Lussier

Archive, novembre 2015

Vendredi 27 novembre 2015 | Mise en ligne à 17h58 | Commenter Commentaires (16)

Ça va bien au-delà d’Excentris…

Excentris-1

(Photo : Patrick Sanfaçon – La Presse)

L’ennui, c’est que dans tout l’écosystème de la diffusion des films, la sortie en salle demeure encore la première référence.

Comme tout le monde, je déplore la fermeture d’Excentris. La cessation de ses activités, même provisoire (du moins, pour l’instant) est une véritable catastrophe pour les cinéphiles, pour les distributeurs indépendants, et, de façon encore plus violente, pour tous ses employés.

Mais on aura beau multiplier les opérations de sauvetage, injecter encore des sommes supplémentaires pour le maintenir sous respirateur artificiel, ou carrément faire de l’acharnement thérapeutique, le problème restera entier. Et il a bien davantage à voir avec l’époque dans laquelle on vit que, de façon plus précise, dans la gestion, contestée ou pas, d’une infrastructure.

Le fait est que l’exploitation du cinéma en salles semble se diriger, dans un avenir plus ou moins proche, vers une offre unique, où seules les superproductions à grand déploiement auront droit de cité. Les Netflix, iTunes, Amazon, et toutes autres plateformes de ce monde se chargeront du reste.

L’avenir du cinéma d’auteur en salles ne s’annonce ainsi guère reluisant. On se demande même s’il en a encore un. La plupart des films québécois n’attirent plus qu’une poignée d’irréductibles dans les salles. Il en est de même pour les films internationaux. Dans un dossier consacré au cinéma français, que nous avons publié récemment, les chiffres étaient assez accablants. Sur les 83 films venus de l’Hexagone distribués chez nous en 2014, 58 ont attiré moins de 5000 spectateurs. Et 24, moins de 1000.

Plusieurs cinéphiles préfèrent désormais voir les films d’auteurs qui les intéressent dans le confort de leur foyer. C’est tout à fait compréhensible. D’autant que la technologie nous permet désormais des conditions similaires à celles que l’on retrouve dans une petite salle de cinéma.

Ajoutez à cela la difficulté de renouveler le public, l’absence d’éducation cinéphile dans les institutions et les médias (à part TFO, les diffuseurs publics ne jouent plus leur rôle à ce chapitre), sans oublier la globalisation générale de la culture (qui favorise le modèle hollywoodien), et voilà un problème qui dépasse largement les murs d’Excentris.

L’ennui, c’est que dans tout l’écosystème de la diffusion des films, la sortie en salle demeure encore la première référence. Mais pour combien de temps encore ? Tant que le cinéma d’auteur aura besoin du prestige d’une sortie en salle pour se faire valoir, il faudra impérativement un endroit de diffusion, quelque part au centre-ville.

La bande des trois

Or, si on exclut le Cinéma du Parc, dont la vocation est plus particulière, il ne reste maintenant plus que trois cinémas entre la rue Atwater et la rue Papineau. Trois.

Dans l’ouest, il y a le Cineplex Forum. Ses 22 écrans sont occupés par des productions hollywoodiennes en version originale et aussi quelques productions internationales avec des sous-titres anglais. Les 13 écrans du Cinéma Banque Scotia, à l’angle Ste-Catherine et Metcalfe, sont exclusivement réservés aux productions hollywoodiennes en version originale. Vient ensuite le cinéma du Quartier latin dans l’est (angle Saint-Denis et Emery). On propose dans les 17 salles du complexe des productions hollywoodiennes en versions doublées, des films québécois, et parfois des films internationaux, disons, plus «accessibles». On voit mal comment le Quartier latin pourrait absorber les oeuvres un peu plus «pointues» qu’Excentris mettait à l’affiche. Il n’est pas dit que le Cinéma Beaubien, beaucoup plus éloigné du centre-ville, soit en mesure d’offrir un refuge à tous ces films non plus.

Retour à la case départ, donc. On avait, rappelons-le, déjà vécu ce drame il y a quelques années, au moment du changement de vocation d’’Excentris. Cette fois, la situation semble vraiment plus grave. Et annonciatrice d’un changement profond qui secouera sans doute le monde de la distribution dans son ensemble. Il y a comme un nouveau modèle à trouver. Mais lequel ?

Quelques liens :

L’annonce de la direction d’Excentris.

L’éléphant blanc qu’on pleure (Marc Cassivi)

Excentris en échouement (Odile Tremblay – Le Devoir)

Lettre de Patrick Roy, patron des Films Séville

Compte Twitter : @MALussier

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Vendredi 20 novembre 2015 | Mise en ligne à 11h35 | Commenter Un commentaire

Jesse Eisenberg dans la peau d’un critique…

Eisenberg - 1

Jesse Eisenberg dans American Ultra

En fait, le principal problème du texte de Jesse Eisenberg est qu’il n’est pas assez brillant, ni assez finement conçu pour susciter une vraie réflexion

Gros émoi dans le petit monde de la critique américaine. Mercredi matin, le prestigieux magazine The New Yorker a mis en ligne sur son site, sous la rubrique Shouts ans Murmurs, un texte intitulé An Honest Film Review, écrit par le comédien Jesse Eisenberg. Dans cet article en forme d’essai, la vedette de The Social Network se met dans la peau d’un critique se rendant à la projection de presse du film (fictif) Paintings of Cole.

Eisenberg dépeint son personnage comme un être essentiellement narcissique, qui n’évaluera le film qu’à l’aune de ses propres sentiments personnels. Son esprit est aussi distrait par le désir sexuel qu’il éprouve envers la jeune stagiaire qui l’a accueilli au cinéma. Autrement dit, l’acteur dresse un portrait pour le moins caricatural.

Un extrait (la traduction française est de Première) :

«Paintings of Cole, écrit et dirigé par Steven Kern qui joue aussi dedans, raconte l’histoire d’un jeune homme baptisé Cole chargé de faire tomber la mafia italienne. Cole communique secrètement avec la police via des messages cachés dans ses peintures, ce qui m’a profondément énervé étant donné que j’ai développé la même idée dans mon scénario de court-métrage à l’université. J’ai eu une mauvaise note, mais Mr. Kern est en lice pour l’Oscar. Justice ? Pas dans ce monde.»

«En résumé, voici les principaux problèmes de Paintings of Cole : le film était malheureusement projeté dans l’Upper West Side (et le métro était en retard, plus haut dans le texte, ndlr), écrit par un type que j’envie, projeté par une stagiaire mignonne dont le prénom était trop compliqué à retenir, basé sur une idée que j’ai foirée à la fac, et applaudi par le Times, qui n’a jamais donné suite à mon entretien d’embauche.»

Dans un entretien accordé au Chicago Tribune, l’acteur a expliqué qu’il ne pouvait laisser passer l’idée du «critique narcissique qui se prend pour le centre de l’univers et qui pense que ses grognements personnels méritent d’être rendus publics»

Eisenberg évoque aussi une critique d’un film de Woody Allen, qu’il a lue  alors qu’il était lui-même en train de tourner sous la direction du réalisateur de Manhattan.

«Le critique disait essentiellement qu’il s’agissait d’un autre film de Woody Allen, que celui-là ne fonctionnait pas vraiment mais que, hey, il en tournait un par année. Ralentis le Wood-man ! J’ai alors réalisé que ce gars-là ne faisait pas une critique du film mais plutôt une critique de sa propre paresse face à la productivité de Woody. Mais il descendait le film.»

Un autre point de vue

Certains critiques américains ont plutôt mal réagi face à cet essai satirique. La confrérie a aussi du mal à comprendre pourquoi Eisenberg se livre à une telle attaque, étant donné que les films dans lesquels il joue bénéficient habituellement d’un bon soutien critique. American Ultra, sorti plus tôt cette année, est toutefois une rare exception. Ceci expliquerait-il cela ?

Personnellement, j’aime bien lire les points de vue des artistes et leur propre lecture d’une oeuvre. James Franco, qui signe souvent ce genre de textes, emprunte à cet égard une approche originale et intéressante. Il y a deux ans, le bougre a même réussi à me faire voir sous un autre angle Spring Breakers, le plus récent film de Harmony Korine.

En fait, le principal problème du texte de Jesse Eisenberg est qu’il n’est pas assez brillant, ni assez finement conçu pour susciter une vraie réflexion. Comme dans n’importe quel autre domaine, on trouvera des critiques qui exercent leur métier avec le plus grand professionnalisme possible. Et d’autres moins. Eisenberg a visiblement choisi la forme de la satire. Soit. Mais la profession entière doit-elle monter sur ses grands chevaux pour si peu ? C’est avoir la mèche un peu courte il me semble.

Quelques liens :

An Honest Film Review de Jesse Eisenberg (The New Yorker)

Jesse Eisenberg Explains Why… (Indiewire)

Jesse Eisenberg angers films journalists (The Guardian)

Ouch, Jesse Eisenberg ! What did we film critics ever did to you ? (The Guardian)

Jesse Eisenberg’s Piece had a point : critics have weaknesses too (The Guardian)

Jesse Eisenberg se paie la critique de cinéma (Première)

Compte Twitter : @MALussier

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Samedi 14 novembre 2015 | Mise en ligne à 9h24 | Commenter Un commentaire

Paris : le choc

Vigile - 1

Vigile devant le Consulat de France à Montréal
Photo : Édouard Plante-Fréchette – La Presse

En principe, j’aurais dû vous parler de la liste des 101 scénarios les plus drôles, telle qu’établie par les membres de la Writers Guild of America.

Un autre scénario s’est dessiné. Tragique, effroyable, inimaginable. À tous nos amis français, sachez que nous vous exprimons toute notre solidarité. Et que nous pleurons aussi avec vous. Comme le soulignait Mark Ruffalo hier soir sur Twitter, ne laissons pas cet acte horrible nous faire dériver vers la perte de notre humanité et de notre tolérance.

@MarkRuffalo
Don’t allow this horrific act allow you to be drawn into the loss of your humanity or tolerance. That is the intended outcome. #ParisAttacks

Sur son site, la magazine Première a mis en ligne le texte suivant. Je me permets de le reproduire :

La stupeur
L’horreur
La tristesse
L’incompréhension
Et puis… la peur.

Encore !

La première chose, c’est évidemment de penser à ses proches, à ses amis, et aux victimes.

Les locaux de Premiere sont à quelques mètres du Bataclan. Plusieurs membres de la rédaction habitent dans le 10ème ou le 11ème. A quelques rues de Charonne, en face du Bataclan. Certains entendaient les sirènes hurler au début de cette nuit de cauchemar.

C’est comme après le 7 janvier. Difficile après une nuit pareille de reprendre le boulot, d’écrire sur un nouveau poster de Star Wars 7, de rigoler avec une promo défaillante, de vous conseiller d’aller voir SPECTRE ou une bonne comédie.

Indécent ?
Déplacé ?
Des gens meurent, on décrète l’état d’urgence et tout continuerait comme avant.
C’est comme après le 7 janvier.
Vraiment ? Non. Pas tout à fait.

Parce que cette fois-ci, ce ne sont pas des journalistes qui se sont fait abattre. Pas des gens qui prenaient des risques (aussi éloignés les pensaient-ils) qui ont payé le prix de leur (notre) liberté et de leur profession.

Non. Putain.

Là, c’est la vie libre qui a été frappé. Les gens qui vivent, des gens qui boivent, des gens qui dansent et qui écoutent de la musique. Des gens qui vont au cinéma.

Alors ?

Sfar a tout dit avec ce dessin publié cette nuit.

Sfar - 1

On va pas se laisser faire

On va embrasser nos proches, parler à nos amis, expliquer (comme on peut) à nos enfants.
Penser aux victimes.
Et puis on va se remettre au boulot.
En pensant que les cons ne gagneront pas comme ça.

Attentats à Paris : la stupeur (Première)

Lien YouTube.

Compte Twitter : @MALussier

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