Marc-André Lussier

Archive, octobre 2015

Samedi 31 octobre 2015 | Mise en ligne à 12h13 | Commenter Commentaires (22)

Steve Jobs, un four ? Vraiment ?

Steve Jobs - 1

Michael Fassbender

Steve Jobs correspond davantage aux productions destinées aux marchés spécialisés, qui peuvent ensuite progressivement gagner un marché plus important s’il y a lieu.

Aux yeux des bonzes de l’industrie, Steve Jobs est un échec sans appel. Sorti la semaine dernière en distribution large partout en Amérique du Nord, sur un circuit de 2493 écrans, le film de Danny Boyle – l’un des meilleurs de l’année à mon sens – a amassé seulement 7,3 millions de dollars lors de son premier week-end d’exploitation. Pour un grand studio comme Universal, c’est presque de la menue monnaie. Et cette performance est bien en-deçà des attentes.

Comment se fait-il que cet excellent film, fabriqué par des pointures et serti d’interprétations grandioses, n’attire pas les foules ? On parle ici d’un long métrage ayant été écrit par Aaron Sorkin (The Social Network, The Newsroom), l’un des plus éminents scénaristes du moment, dont Danny Boyle (Slumdog Millionaire) signe la réalisation, et dont Michael Fassbender, Kate Winslet et Seth Rogen – qui méritent tous des nominations aux Oscars – sont les têtes d’affiche. De surcroît, ce film porte sur un homme qui a tous changé nos vies.

Ce «rejet» du public étonne d’autant plus que le film a été louangé par la critique depuis son lancement au festival de Telluride. Sur les 177 critiques recensées par Rotten Tomatoes, 150 exposent un avis favorable au film. Quand il a pris l’affiche dans quelques salles à New York et à Los Angeles avant d’élargir son territoire à l’ensemble du continent, Steve Jobs a battu des records au chapitre de la moyenne des recettes par écran.

Depuis la semaine dernière, bien des observateurs tentent d’analyser cet étrange phénomène. Certains avancent que les gens ne sont plus intéressés à aller voir un film sur un homme dont on connaît déjà tout, et qui a déjà fait l’objet d’un drame biographique (le très moyen Jobs) et de documentaires. On avance aussi que la construction non conventionnelle du récit (trois moments de la vie de Steve Jobs, présentés en temps réel) rebuterait certains spectateurs. D’autres disent que Michael Fassbender, très prisé des critiques et du milieu, n’a pas encore le statut d’une superstar comme Leonardo Di Caprio. En conséquence, il devient bien difficile d’attirer les foules sur la simple force de son nom.

Pas pour un grand studio

Personnellement, j’aurais plutôt tendance à souscrire à l’analyse de Pamela McClintock dans le Hollywood Reporter. En retraçant toute la mise en chantier – difficile – du projet, la journaliste conclut que cette production ne cadre pas du tout avec le genre de mise en marché que font les grands studios. Steve Jobs correspond en effet bien davantage aux productions destinées aux marchés spécialisés, qui peuvent ensuite progressivement gagner un marché plus important s’il y a lieu. Ce fut le cas de Birdman l’an dernier. Pendant des semaines, le film d’Alejandro G. Iñárritu ne fut montré que dans certaines villes et, une fois les nominations des Oscars annoncées, s’est ensuite imposé sur tout le continent. Et encore, jamais sur plus de 1213 écrans. Steve Jobs ayant été lancé comme une production hollywoodienne «normale» (c’est ce qu’un studio comme Universal sait faire), cette stratégie progressive n’est désormais plus une option. Et rangera à tout jamais le film de Danny Boyle dans la catégorie des échecs publics importants. Vraiment dommage.

Est-ce à dire que les chances du film aux Oscars sont du coup anéanties ? Selon Paul Delgarabedian, l’analyste de Rentrak cité par le Hollywood Reporter, il n’en serait rien. «Après tout, ce sont les Oscars, pas les People’s Choice Awards».

Vu de même…

Quelques liens :

‘Steve Jobs’ doesn’t click  : Why Sony Was Right To Pass (The Hollywood Reporter)

Why did so few people turn out to see ‘Steve Jobs’ ? (Los Angeles Times)

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Lundi 26 octobre 2015 | Mise en ligne à 9h51 | Commenter Un commentaire

En attendant James…

Spectre - Affiche

Spectre, le 24e film officiel de la série James Bond, prend l’affiche en salles aujourd’hui même au Royaume-Uni. Il est de tradition de toujours offrir les nouvelles aventures du plus célèbre agent de Sa Majesté en primeur aux sujets britanniques.

Le public nord-américain devra patienter jusqu’au 6 novembre. En attendant, en ce petit lundi, je vous propose un excellent montage, réalisé par Joris Faucon Grimaud. Cet étudiant français, qui alimente sa propre chaîne YouTube, a puisé dans plusieurs des épisodes de la célèbre saga pour fabriquer cet hommage savoureux, d’une durée de près de trois minutes. Ce clip a en outre été relayé par Première.

Lien YouTube.

Cela dit, l’une des meilleurs performances de 007 restera sans doute celle-ci, réalisée lors des Jeux olympiques de Londres. Avec une actrice de soutien inattendue :

Lien YouTube.

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Samedi 24 octobre 2015 | Mise en ligne à 11h46 | Commenter Commentaires (13)

Cinéma québécois : tout le monde en même temps !

LES ETRES CHERS - 27x39po HRnoCM

Le film d’Anne Émond sort le 20 novembre

Il y a d’abord eu Paul à Québec (François Bouvier) le 18 septembre, et Sicario la semaine suivante. Bien sûr, Sicario n’est pas un film québécois. Mais la présence de Denis Villeneuve à la réalisation confère indéniablement au film une touche «locale» dans notre coin de pays.

Vinrent ensuite Guibord s’en va-t-en-guerre (Philippe Falardeau) le 2 octobre; Ville-Marie (Guy Édoin) le 9, et  Anna (Charle-Olivier Michaud) le 23.

La semaine prochaine, ce sera au tour du film de Philippe Lesage, Les démons. Viendront ensuite Le garagiste (Renée Beaulieu) le 6 novembre; La guerre des tuques 3D (Jean-François Pouliot et François Brisson) le 13; Les êtres chers (Anne Émond) le 20; Le coeur de Madame Sabali (Ryan McKenna) le 4 décembre; et Hôtel La Louisiane (Michel La Veaux) le 18. À Noël, Chasse-galerie, la légende (Jean-Philippe Duval) devait se joindre à la fête mais la sortie est maintenant retardée de deux mois (26 février 2016) afin de peaufiner les effets spéciaux. De toute façon, avec la présence dans le décor de Star Wars : Episode VII – The Force Awakens, qui aura l’effet d’un véritable rouleau-compresseur à compter du 18 décembre, les autres préfèrent se tasser et laisser la place. C’est très compréhensible.

Les distributeurs québécois vous le diront : choisir une «bonne» date de sortie est un exercice de haut vol. Pour les films québécois, l’idée reçue est qu’il existe deux grandes périodes de pointe dans l’année, du moins en ce qui à trait au cinéma d’auteur. On mettra ainsi ces films à l’affiche à l’automne, ou alors, en plein coeur de la saison hiver – printemps. Plus tôt cette année, nous avons eu droit – en deux mois seulement – à Félix et Meira (Maxime Giroux), L’amour au temps de la guerre civile (Rodrigue Jean), Elephant Song (Charles Binamé), Le scaphandrier (Alain Vézina), Autrui (Micheline Lanctôt), Les loups (Sophie Deraspe), Chorus (François Delisle), Gurov et Anna (Rafaël Ouellet), et La passion d’Augustine (Léa Pool).

Dans un texte fort intéressant, mis en ligne sur le site de 24 images le printemps dernier (au moment du grand embouteillage), le cinéaste Rafaël Ouellet y était allé de sa réflexion. Extrait :

Est-ce que ces dates de sorties sont gardées secrètes le plus longtemps possible? Est-ce que les distributeurs se font compétition avec des films financés par des fonds publics? N’ont-ils pas les adresses courriels de leurs collègues? Parce que lorsqu’ils distribuent des films québécois financés par l’Etat, c’est bien ce qu’ils sont, des collègues. Les exploitants de salles soulèvent-ils le problème de temps à autre? Les producteurs? Les investisseurs? Et les cinéastes?

Pourquoi à l’écriture les investisseurs ont-ils des commentaires précis sur des choix d’intrigues, de personnages, de mots – ! -, mais lorsque vient le temps de commercialiser ces films, ils laissent tout passer? Est-ce que ça existe des tapes sur les doigts d’un distributeur lorsqu’un film est mal sorti? Parce que nous, cinéastes, un film qui rate ses cibles, qui ne réussit pas, ça nous suit. Il y a des conséquences.

Depuis le début de l’année, sept films québécois à budgets modestes ont pris l’affiche. 7 films. En fait, depuis le 30 janvier, donc en 6 semaines ! Ajoutez à cela le documentaire L’empreinte cette semaine, mon film et celui de Léa Pool, le 20 mars prochain. Et d’ici le 17 avril, N.O.I.R. de Yves-Christian Fournier, Corbo de Mathieu Denis et le film de François Girard. Et ensuite? Plus rien. Pourquoi?

On retrouve essentiellement le même problème à l’automne, aux alentours du Festival du Nouveau Cinéma. La période après celle des blockbusters américains mais avant les sorties stratégiques de films aux espoirs oscarisables.

Cela n’est pas sans impact. Avec de telles sorties, ces films s’écrasent presque systématiquement au box-office. C’est mauvais pour le public qui s’y perd, ne peut voir ces oeuvres à moins de faire des blitz. Mauvais pour la feuille de route du cinéaste, du producteur ou de la productrice, mauvais pour l’image du cinéma québécois, mauvais pour la maudite moyenne de fin d’année, publiée sans contexte par des médias jaunissants. BOX OFFICE divisé par NOMBRE DE FILMS = ÉCHEC. AUSTÉRITÉ À VENIR! WATCHEZ-VOUS LES ARTISSES!!

- Rafaël Ouellet – 24 images, 13 mars 2015

Tirer sur tout ce qui bouge (Rafaël Ouellet)

Plusieurs intervenants estiment qu’une saine distance devrait être maintenue entre les dates de sorties des films québécois. Dans la mesure du possible à tout le moins. Or, avec une production de 35 ou 40 longs métrages de fiction par an, il est évidemment difficile d’éviter les chevauchements.

Personnellement, j’ai toujours pensé que la nationalité d’un film n’avait rien à voir avec son succès ou son échec. Seule sa qualité devrait suffire à lui attirer son public. Il appert pourtant que l’histoire me donne tort. L’exemple le plus éclatant remonte d’ailleurs à Incendies. Au lieu d’avoir eu un effet d’entraînement, le succès monstre – et inattendu – du film de Denis Villeneuve a plutôt laissé sur la touche les autres (beaux) films québécois sortis dans la même saison.

Cela dit, les succès établis sur la longueur, grâce à la force du bouche à oreille, sont encore possibles. L’exemple le plus récent est Le mirage. Sorti le 5 août, le film de Ricardo Trogi (écrit et produit par Louis Morissette) vient tout juste de terminer sa carrière en salles. Qui a duré près de trois mois. Par les temps qui courent, c’est franchement inhabituel. Voilà qui reflète bien la nature imprévisible d’un domaine fragile où, finalement, aucune règle précise ne tient.

Lauréat du prix Focus au Festival du nouveau cinéma, remis au meilleur long métrage canadien, Le coeur de Madame Sabali sort le 4 décembre.

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