Marc-André Lussier

Archive, mai 2015

Samedi 30 mai 2015 | Mise en ligne à 8h35 | Commenter Commentaires (11)

Qu’advient-il de Cameron Crowe ?

Aloha - Affiche

Aloha est le huitième long métrage de Cameron Crowe

Si vous suivez un tant soit peu ce qui se passe dans le monde du cinéma, vous savez que le nouveau film de Cameron Crowe a pratiquement été sacrifié d’avance. Il y a d’abord eu les commentaires désobligeants d’Amy Pascal l’ancienne codirectrice du studio Sony. Dans l’affaire du piratage en règle du studio qu’elle dirigeait, peu avant la sortie de The Interview, la teneur de ses courriels a été révélée. Pour résumer poliment, disons qu’elle ne croyait pas du tout au film.

Ainsi, Aloha a pris l’affiche sans aucun véritable soutien promotionnel du studio. Malgré les vedettes en présence – Bradley Cooper, Emma Stone, Alec Baldwin, Bill Murray, etc. -, aucune rencontre de presse n’a été organisée pour les journalistes du «marché intérieur» (dont nous faisons partie).

À ceux qui demanderaient pourquoi il n’y a aucune critique du film dans notre édition tablette ce week-end (pas plus que dans l’édition «papier» d’ailleurs), la réponse est toute simple : le studio Sony n’a pas voulu montrer le film aux critiques. Nous l’avons évidemment rattrapé dès la première séance publique de jeudi (en soirée), mais nos délais de production étaient alors largement dépassés. Cela dit, la critique est mise en ligne sur ce site.

Oui, le film est raté. Mais Cameron Crowe ne méritait quand même pas pareil traitement. Régulièrement, les grands studios mettent leur puissante machine promotionnelle au service de productions bien pires que celle-là. Mais quand ils doivent mettre en marché un film de tonalité un peu différente, c’est le cas ici, les grands studios ne savent pas quoi faire. Ce fut le cas l’an dernier avec le film de Philippe Falardeau The Good Lie. Que Warner a sorti tout croche. Même chose avec le film de P.T. Anderson Inherent Vice plus tôt cette année.

Par ailleurs, on peut aussi se demander si Cameron Crowe a encore un bon film dans le corps. Quand on regarde la courbe de sa carrière, force est de constater qu’elle suit un peu celle d’Atom Egoyan. Qui, lui aussi, est en quête d’un bon film depuis un moyen bout de temps.

Crowe, un ancien journaliste spécialisé dans la musique rock, a commencé sa carrière de cinéaste en lion il y a un peu plus de 25 ans. Say Anything est d’ailleurs classé parmi les meilleurs films pour ados produits à l’époque. Trois ans plus tard, il offre Singles, une comédie sentimentale campée à Seattle, berceau du mouvement grunge.

La descente depuis 10 ans

Puis, coup sur coup, deux immenses succès : Jerry Maguire et Almost Famous. Vanilla Sky, dans lequel il faisait de nouveau équipe avec Tom Cruise, a moins marqué les esprits, mais je dirais que la véritable descente a commencé il y a dix ans.

Je me souviens très bien de la toute projection d’Elizabethtown au Festival de Toronto. C’était en 2005. Même si personne ne chahute comme à Cannes, on sentait bien que l’accueil était glacial. Les critiques n’ont guère été tendres. Même si le cinéaste a ensuite retravaillé son film pour accoucher d’une nouvelle version au moment de la sortie en salles, rien n’y fit. Le très mauvais buzz de Toronto a collé au film.

Aloha est seulement le deuxième film que nous offre Cameron Crowe en dix ans. Malheureusement, il ne pourra permettre au cinéaste de se refaire une santé artistique. Pas plus que We Bought A Zoo il y a quatre ans.

Les quelques beaux moments du film laissent toutefois croire que Cameron Crowe a encore de bonnes choses à offrir. Le prochain film sera-t-il celui de la dernière chance ?

Les liens :

La critique du film.

La bande-annonce.

Cameron Crowe’s Starry Aloha Surfs Under the Radar (Variety).

Sony defends Aloha after white-washing claims (Entertainment Weekly)

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Lundi 25 mai 2015 | Mise en ligne à 13h19 | Commenter Commentaires (16)

Cannes : Post mortem et danse du bacon…

Cannes 15 - Bannière blanche

Audiard - 1

Jacques Audiard et Anthonythasan Jesuthasan, l’interprète de Dheepan
Photo : AP

Alors voilà. Le jury a dévoilé son palmarès. Il y a des heureux et des mécontents. On peut être d’accord ou pas avec les choix qui ont été faits. Mais il n’y a pas lieu d’en déchirer sa chemise.

À propos de la sélection du Festival de Cannes, le journaliste du magazine Télérama Aurélien Ferenczi a probablement tiré l’observation la plus lucide :

«Confirmer à la vision des films l’opinion qu’on en avait au préalable est une pratique courante de la cinéphilie française», a-t-il écrit.

Pas seulement la cinéphilie française, serait-on tentés d’ajouter. Ils étaient en tout cas quelques-uns, hier, à faire la danse du bacon aux marches du Palais en apprenant la teneur du palmarès.

Pour un peu, on aurait pu croire qu’ils étaient en train d’imiter Marc Labrèche. Quuuooooiii ?, demandaient-ils les yeux exorbités, l’indignation au bord des lèvres. Comme si le jury avait attribué la Palme au pire des navets. Et au détriment, bien sûr, de leur favori qui, c’était pourtant tellement évident, aurait dû obtenir la suprême récompense du cinéma mondial.

«Ce jury n’est pas un jury formé de critiques de cinéma, a précisé le coprésident Joel Coen. Il est formé d’artistes».

Dans l’esprit de certains festivaliers, il est virtuellement impossible que Jia Zhangke rate son coup (la dernière partie de Mountains May Depart est pourtant affligeante). Il est impensable que Hou Hsiao-Hsien ne puisse accoucher d’autre chose que du chef d’œuvre qui marquera le cinéma pour les dix prochaines années (The Assassin est sublime sur le plan visuel mais ennuyeux à périr sur le plan narratif). Et pourquoi, demandent-ils, Gaspar Noé, injustement sélectionné hors concours, n’a pas été unanimement encensé pour Love, ce film faussement audacieux, ultra conformiste, réac, misogyne et homophobe ?

Ils sont aussi convaincus que Maïwenn ne produira jamais autre chose que des merdes historiques.

Alors évidement, quand les frères Coen – les princes de la Croisette – annoncent que Jacques Audiard obtient la Palme et qu’un ex aequo de prix d’interprétation féminine est attribué à Emmanuelle Bercot, vedette de Mon Roi (le film de Maïwenn), ça rue dans les brancards et ça crie à la trahison.

«Oui mais Dheepan n’est pas le meilleur film d’Audiard !», a-t-on pu entendre à maintes reprises depuis hier. Vrai. Et l’épilogue du film est discutable. Mais Audiard nous offre néanmoins un film très solide, magnifiquement réalisé. Si les membres du jury estiment collectivement qu’il s’agit du meilleur film de la compétition, ils auraient dû, selon cette logique, appliquer les freins parce que Dheepan n’est pas le meilleur film du réalisateur d’Un prophète ? À ce compte-là, Martin Scorsese n’aurait pas dû obtenir l’Oscar de la réalisation pour The Departed. Puisqu’il ne l’avait pas eu pour Raging Bull. Ni pour Goodfellas.

Pas de facteur «Wow»

À Cannes, le passé n’existe pas. Du moins, en principe. Les jurys diffèrent d’année en année. Et doivent évaluer les productions qu’on leur propose. Il se trouve que dans le cru cannois 2015, aucun des 19 longs métrages sélectionnés en compétition n’a bénéficié du facteur «Wow». Mis à part Saul Fia, l’impressionnant premier film de László Nemes (Grand Prix du jury), on aura en vain cherché le film susceptible de provoquer une vraie lame de fond.

Alors voilà. Le jury a dévoilé son palmarès. Il y a des heureux et des mécontents. On peut être d’accord ou pas avec les choix qui ont été faits. Mais il n’y a pas lieu d’en déchirer sa chemise. Et si, à Cannes, on ne remet pas un prix à quelqu’un «parce que c’est son tour», on peut quand même se réjouir pour Jacques Audiard.

Le fait est aussi que tous ces films – primés ou pas – seront ceux desquels nous parlerons au cours des prochains mois. Et qui feront notre année cinéma.

Les liens :

Le tableau des critiques internationaux recensés par Screen.

Le tableau des critiques français recensés par Le Film français.

La conférence de presse du jury.

La conférence de presse des lauréats.

Dheepan remporte la Palme d’or (Mon compte-rendu).

Cannes 2015 : l’impossible consensus (Télérama)

Un palmarès contrasté et paradoxal (Les Inrocks)

Palme à Audiard : «Dheepan» à jouir (Libération)

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Dimanche 24 mai 2015 | Mise en ligne à 6h09 | Commenter Commentaires (2)

Cannes : Retour sur l’ensemble de la compétition

Cannes 15 - Bannière blanche

Carol - AfficheMia Madre - Affiche

Carol et Mia Madre : les plus consensuels.

Au moment où j’écris ces quelques lignes, le jury est confiné dans un endroit secret et délibère pour accoucher du palmarès du 68e Festival de Cannes. Aucun des 19 films présentés da la compétition officielle ne s’est distingué de façon particulière. Aucun n’a suscité non plus une vague d’affection du genre de celle qu’avait provoqué La vie d’Adèle il y a deux ans, ou, oui, disons-le, Mommy l’an dernier.

En revanche, la compétition fut quand même d’assez belle tenue dans l’ensemble. À part The Sea of Trees (Gus Van Sant) et Marguerite et Julien (Valérie Donzelli), qui ont pratiquement fait l’unanimité contre eux, chacun des longs métrages sélectionnés a su attirer des supporteurs. Carol (Todd Haynes) et Mia Madre (Nanni Moretti) ont fait consensus.

Avant l’annonce du palmarès (à 13 h aujourd”hui, heure du Québec), passons rapidement en revue tous les films de cette compétition 2015. À la fin, les choix et pronostics des deux envoyés spéciaux de La Presse.

Notez qu’en cliquant sur chacun des titres, vous accédez à la fiche complète du film, ainsi qu’à tous les documents vidéos (montée des marches, conférences de presse, etc.).

14 mai :
Umimachi Diary (Notre petite sœur) d’Hirokazu Kore-Eda:
Le réalisateur de Tel père, tel fils nous offre encore une fois un drame familial pétri de bons sentiments.

Tale of Tales (Il Racconto dei Racconti) de Matteo Garrone
Le cinéaste italien, reconnu pour Gomorra et Reality, nous offre cette fois un euro-pudding indigeste de langue anglaise, où personne ne s’exprime avec le même accent.

15 mai :
The Lobster de Yorgos Lanthimos
Le premier film anglophone du réalisateur de Dogtooth est une allégorie aussi absurde que jouissive à propos des pressions sociales qui encadrent les rapports sentimentaux et humains. Original, drôle et décapant.

Saul Fia (Le fils de Saul) de László Nemes
Alors que l’on croyait avoir déjà pratiquement tout vu, tout entendu à propos de la Shoah, voici que ce jeune cinéaste, né à Budapest en 1977, arrive avec une approche inédite, d’une rare puissance d’évocation, et un film d’une maîtrise à couper le souffle sur le plan de la réalisation.

16 mai :
Mia Madre (Ma mère) de Nanni Moretti
Le chef de file du cinéma italien contemporain nous offre sa Nuit américaine en confrontant le cinéma aux thèmes fondamentaux de l’existence. À la fois drôle, tendre, délicat et subtil dans la peinture des émotions.

The Sea of Trees de Gus Van Sant
Copieusement hué lors de la première projection, destinée à la presse, ce film – raté il est vrai – ne méritait quand même pas un accueil aussi violent.

17 mai :
Mon roi de Maïwenn
Cette autopsie d’un couple est parsemée de fulgurances, de moments de grâce parfois, mais aussi d’excès en tous genres, particulièrement sur le plan de l’interprétation.

Carol de Todd Haynes
En empruntant la forme d’un mélodrame classique, Todd Haynes magnifie l’époque qu’il décrit sur le plan de la direction artistique. Il offre ainsi un film qui s’inscrit dans la parfaite continuité de Far from Heaven,

18 mai :
La loi du marché de Stéphane Brizé
Un drame social de facture très réaliste, qui pourrait rendre fiers les frères Dardenne tellement l’approche est similaire.

Louder than Bombs de Joachim Trier
Le réalisateur d’Oslo, 31 août traduit bien les dissonances qui surgissent de l’histoire qu’il raconte mais il se dégage néanmoins de l’ensemble une impression d’inaccompli. Comme si Trier n’avait pas poussé son récit assez loin.

19 mai :
Sicario de Denis Villeneuve
Les festivaliers ont en général apprécié ce film pour ce qu’il est : un thriller de qualité supérieure, magnifiquement réalisé, qui n’est toutefois pas du moule dans lequel on coule habituellement l’or d’une Palme.

Marguerite et Julien de Valérie Donzelli
Quand l’histoire de la fabrication d’un film devient plus intéressante que le film en lui-même, voilà qui n’est pas très bon signe. C’est malheureusement le cas du nouveau film de la réalisatrice de La guerre est déclarée.

20 mai :
Youth de Paolo Sorrentino
Drôle et profond, ponctué de scènes oniriques parfois étonnantes, Youth est une réflexion à la fois tendre et lucide sur le temps qui passe. Et parfois cruelle.

Mountains May Depart (Shan He Gu Ren) de Jia Zhang-Ke
Un quart de siècle de la vie d’une famille. Si la peinture chinoise demeure à la hauteur de ce qu’on attend du cinéaste, on ne peut malheureusement en dire autant de la partie australienne…

21 mai :
Dheepan de Jacques Audiard
De façon franche, sans esbroufe, sans dramatisation à outrance non plus, Jacques Audiard propose un portrait saisissant de la réalité dans laquelle sont plongés les réfugiés.

The Assassin (Nie Yinniang) de Hou Hsiao-Hsien
Un film contemplatif, d’une beauté picturale saisissante, qui distille toutefois vite l’ennui. On aurait souhaité davantage qu’un beau livre d’images.

22 mai :
Chronic de Michael Franco
Une ferme volonté de réalisme dans la mise en scène chez cet émule de Michael Haneke. À cet égard, on ne pourrait faire plus dépouillé.Tim Roth offre une composition remarquable.

Valley of Love de Guillaume Nicloux
Un film sur la pérennité de l’amour et le rapport au deuil, marqué par les retrouvailles à l’écran d’Isabelle Huppert et Gérard Depardieu. Émouvant.

23 mai :
Macbeth de Justin Kurzel
Une vision magnifique, pleine de  fureur et de sang, mais étonnamment classique dans son approche. Interprétation incandescente de Michael Fassbender.

Les choix et pronostics de Marc Cassivi et Marc-André Lussier.

Le tableau du journal spécialisé britannique Screen.

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