Marc-André Lussier

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    Vendredi 15 août 2014 | Mise en ligne à 20h45 | Commenter Commentaires (8)

    1987 : l’impact du box-office

    1987 - Affiche

    Il y a encore une part de l’équation, imprévisible, qui nous échappe. Et c’est bien tant mieux.

    Après seulement neuf jours d’exploitation, 1987 avait déjà généré des recettes de 812 000 dollars au box-office. En principe, la sympathique comédie de Ricardo Trogi devrait franchir la barre du million au cours de la présente fin de semaine.

    Tout le monde s’en réjouit.

    Non seulement parce qu’il s’agit d’un divertissement populaire de qualité, mais aussi parce que cela indique qu’il est encore possible d’attirer les foules avec un film québécois. On commençait à en douter. À part La petite reine, qui n’a toujours pas encore franchi la barre psychologique du million de dollars de recettes, 1987 est le premier vrai film québécois à succès de 2014. Il était temps.

    Personnellement, j’ai toujours déploré le fait que la mesure du succès d’un film soit réduite au recettes générées dans les salles. Un long métrage dispose de plusieurs plateformes et peut désormais prolonger sa carrière autrement. La façon dont nous «consommons» les films a aussi radicalement – et très rapidement – changé au cours des dernières années.

    Contrairement à Hollywood, où les scores sont en partie maintenus à niveau grâce aux recettes supplémentaires engendrées par les productions en 3D, on peut difficilement s’appuyer chez nous sur les tarifs majorés des billets pour se péter les bretelles. Bien sûr, il serait de loin préférable de compiler les statistiques selon le nombres de billets vendus (comme on le fait en France), mais ce n’est pas demain la veille que les bonzes hollywoodiens emprunteront ce système. Comme le Québec fait partie du grand ensemble nord-américain, c’est aussi le système des recettes en dollars qui prévaut chez nous.

    J’ai eu le plaisir de participer à une discussion intéressante sur ce sujet à l’émission Culture Club la semaine dernière. Y participaient le producteur Pierre Even (C.R.A.Z.Y., Rebelle), le cinéaste Erik Canuel (Bon Cop Bad Cop, Lac Mystère), ainsi que Patrick Roy, président des Films Séville.

    Ce dernier racontait en outre que, bien que la performance au box office n’indique pas tout, il reste que celle-ci aurait encore un impact direct sur la carrière subséquente d’un long métrage sur les autres plateformes. Quand un film n’obtient pas le succès prévu en salle – Le vrai du faux par exemple -, on revoit carrément à la baisse les objectifs au moment de la sortie en DVD, sur les sites de téléchargement, ou à la vidéo sur demande.

    Même si les chiffres indiquent clairement une quasi désaffection du public québécois envers son cinéma national depuis deux ou trois ans, les intervenants croient qu’il est encore possible que des productions québécoises obtiennent des succès à la Bon Cop Bad Cop (2006) ou à la De père en flic (2009). Ces deux films, rappelons-le, détiennent les plus hauts scores jamais enregistrés au Québec, chacun ayant généré des recettes d’environ neuf millions de dollars lors de leur sortie en salles.

    De mon côté, je suis un peu plus sceptique. L’an dernier, le champion toutes catégories du box-office québécois, The Hunger Games : Catching Fire, a obtenu un score de 7,3 millions* sur notre territoire, projections en 3D comprise. Ce chiffre n’indique-t-il pas quelque chose ?

    Cela dit, il y aura toujours des exceptions qui nous font croire que, pourquoi pas, un miracle est possible. Si, en 2014, la comédie Qu’est-ce qu’on a fait bon Dieu ? parvient à attirer plus de 11 millions de spectateurs dans les salles en France (donc, plus de 11 millions de billets vendus), c’est qu’il y a encore une part de l’équation, imprévisible, qui nous échappe. Et c’est bien tant mieux.

    * Une partie des recettes de ce film ont été générées en 2014.

    Mommy (sortie 19 septembre), prochain succès québécois au box-office ?

    L’état des lieux du cinéma québécois (Culture Club – Radio-Canada)


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    Compte Twitter : @MALussier


    • Box-office, retombées économiques, on peut faire dire ce que l’on veut aux chiffres. Loin de moi de contester, OK je les prends comme on me les donne.

      Mais il serait temps de se mettre à jour. On calcule comme avant sans tenir compte du 3D, DBox, etc.

      Une concurrence déloyale quand tout le monde sait que seul les Américains peuvent se le payer?

      Personnellement je les mettrais dans une classe à part. Ça calmerait les Guzzo de notre monde, je pense!

      Ici, à Joliette, on est gâtés. On a un leader du cinéma indépendant, Marcel Venne, qu’on aime bien. Bien sûr, il n’a pas le choix, il s’est lancé dans l’aventure techno, mais il a gardé une place de choxi au ciné-répertoire en collaboration avec les jeunes du cégep ici.

      Il faut bien distinguer la performance de 1987 aujourd’hui. Un exploit! Avant 2010, le 3D n’était qu’a ses balbutiements!

      J’aime bien Patrick Roy, des Films Séville – au juste, ça vient d’où ce nom-là? – qui est derrière “Mommy” de Dolan et “Tu dors Nicole” de Lafleur, Pas des succès au box-office, mais peut-être, quelque chose de mieux, ce, je ne sais quoi, qu’on appelle culture.

    • J’ai vraiment beaucoup de difficulté à croire que Mommy sera le prochain succès Québécois au Box-office. Bien que Xavier Dolan soit l’un des meilleurs au Québec (Au monde) il semble qu’il aie encore beaucoup de difficulté à rejoindre le publique Québécois.

      Nul n’est prophète dans son pays !

      Pour ma part, je crois que le succès d’un film au Box-office est en parti garant de sa qualité.

    • Ma femme et moi sommes allés voir «1987» hier soir. La salle était pleine et si j’en crois les réactions des spectateurs, y compris les nôtres, ce bon petit film devrait bénéficier d’un excellent «bouche à oreille».

      Si Trogi a vraiment dépeint, comme il le prétend, tant son propre comportement que celui de son entourage y compris sa famille, je le félicite pour sa franchise et son audace, voire sa témérité. C’était vraiment un «petit cr***e». J’aurais fait la moitié de ce qu’il a fait et le paternel m’aurait arraché la tête. Vrai que j’ai eu 17 ans en 1964 et que c’était une tout autre époque. Et quant à mettre tout ça en film, il aurait fallu que j’attende le départ du père pour un ciel meilleur.

      Entéka, j’ai bien aimé le film, surtout la parodie de conseil des ministres présidé par Jean-Pierre Bergeron en P.M. rondouillard, probablement adepte du «Big-Mac»; et surtout, un conseil des ministres manifestement parasité par les «pédagogues fous» du ministère de l’éducation.

      Le besoin absolu d’avoir une bagnole, descendant direct de «American Graffiti» mais, pauvreté obligeant, traduit par une Lada en ruines datant de l’arrivée de la marque au Canada 9 ans auparavant (1978), n’était pas mal non plus.

      Et elle était mignonne cette référence à Forrest Gump quand Trogi confond une boite contenant un produit «Apple» avec un carton contenant, dit-il, des jus de pomme. Vous vous rappelez, ce bon Forrest racontant que le «Lieutenant Dan» avait investi de l’argent dans un «verger» appelé «Apple»?

      Bref, je souhaite une belle vie à son film et je souhaite que Trogi nous surprenne encore un de ces jours, et pas trop lointain, comme il le fait depuis «Québec-Montréal» que je revois toujours avec plaisir.

    • ”Mommy (…) prochain succès québécois au box-office ?”

      Je doute fort que Mommy (ou tout autre création de Xavier Dolan, for that matter) puisse espérer égaler les résultats du box-office des cinéastes qui ”osent” verser dans le cinéma léger et/ou populiste et/ou divertissant.

      L’équation est très simple à comprendre: tu veux du succès populaire = tu fais tout pour plaire en répondant aux besoins/attentes des spectateurs du marché/région ciblé. Voilà tout.

      …pis me semble que les ”besoins/attentes” des spectateurs québécois sont assez facile à définir depuis le temps.

    • Je ne croirais pas non plus que “Mommy” soit le prochain grand succès québécois au box-office car les films de Dolan sont un peu trop pointus pour monsieur et madame Toutlemonde. Si 1987 a si bien marché, c’est que les Québécois sont un brin nostalgiques et aussi parce que c’est un excellent film; drôle et touchant à la fois. C.R.A.Z.Y. jouait aussi la carte de la nostalgie ainsi que Séraphin, tous des succès commerciaux.

      Il faut que les producteurs cessent de miser exclusivement sur des humoristes en pensant que ça va assurer le succès d’un film. À preuve, Le vrai du faux avec Stéphane Rousseau qui est un bide total. Stéphane Rousseau devrait cesser de vouloir devenir acteur. Comme certains autres d’ailleurs…

    • @bimboom

      Concernant Films Séville et Patrick Roy, le nom Les Films Séville vient d’une compagnie de distribution fondée en 1999 à Montréal et qui avait comme mission de promouvoir le film D’auteur et les films québécois. Les Films Séville fut ensuite acheté en 2007 par EOne Entertainment, un plus gros distributeur canadien, dans l’objectif d’offrir une compétition à Alliance Films. Les Films Séville garda tout de même son nom et agit à titre de branche québécoise de EOne. Puis, en 2013, EOne fit l’acquisition d’Alliance Films. La branche québécoise d’Alliance devint donc Les Films Séville et Patrick Roy, à ce moment président d’Alliance, devint président de Les Films Séville.

      J’espère que ça répond à ta question.

    • @PO-Fortin

      Oui, merci beaucoup!

    • Étant anglophone québécois et ancien travailleur dans l’industrie de mise en marché pour l’industrie de cinéma, j’ai une perspective qui est à la fois distancée ainsi qu’à intérieur pendant que je vois les fortunes au box-office pour les films québécois ascendre et descendre.

      Il ne faut pas sous-estimer l’admiration et la loyauté que les cinéastes ont pour leurs collègues. Les québécois, j’ai remarqué, donnent leur appui sans question aux artistes et producteurs au point que c’est rare d’entendre la critique, même quand c’est une vérité dure à avaler.

      Les Guzzos de ce monde sont des hommes et femmes d’affaires. Il n’y a pas de confort quand le grand public résiste les films qui possèdent « l’intégrité et audace culturelle ». Leur bilan, déprimé par l’absence des corps chaleureux dans les sièges, ne s’augmente pas par vertu des prix, accolades ou beaux sentiments.

      Bravo pour 1987, une lumière d’espoir que le cinéma québécois n’est pas mort. Il faut continuer sur ce chemin prenant en considération le goût et désirs du grand public si la culture québécoise va fleurir. Mais en regardant les titres à venir, incluant l’anticipation du prochain œuvre de Dolan, ça semble que l’industrie à toujours des leçons à apprendre.

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