Marc-André Lussier

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    Samedi 21 juin 2014 | Mise en ligne à 6h19 | Commenter Commentaires (4)

    Une cinéaste iranienne emprisonnée : le monde du cinéma se mobilise

    Mahnaj Mohammadi

    Mahnaz Mohammadi

    «Je suis une femme et je suis cinéaste, deux raisons pour être considérée comme une criminelle dans ce pays»

    On se souvient de l’émoi qu’avait créé sur la planète cinéma l’emprisonnement de Jafar Panahi il y a quelques années. Le départ de Mahmoud Amadinejad et l’arrivée à la présidence de Hassan Rohani aurait pu laisser croire à un assouplissement du régime à l’égard de la liberté d’expression des artistes. Il semble qu’il n’en soit rien.

    Selon la Société des réalisateurs de films (SRF), Mahnaz Mohammadi, militante des droits des femmes, aurait commencé à purger une peine d’emprisonnement de cinq ans le 7 juin dernier, accusée de «complot contre la sécurité de l’État» et «propagande contre le régime de Téhéran». La SRF fait présentement circuler une pétition, déjà signée par de nombreux cinéastes français et intervenants du milieu.

    De son côté, le journal Libération rappelle que la documentariste était venue présenter à la Cinémathèque française il y a quatre ans Travelogue. Dans ce film, elle interrogeait des passagers dans un train reliant Téhéran à Ankara (Turquie). Des compatriotes y expliquaient les raisons qui les poussaient à quitter l’Iran. La cinéaste, âgée de 39 ans, n’a plus été autorisée à voyager à l’étranger.

    Voici le texte de la SRF :

    Mahnaz Mohammadi, réalisatrice de documentaires et fervente militante des droits des femmes, a été condamnée à 5 ans de prison et accusée de «complot contre la sécurité de l’État» et «propagande contre le régime de Téhéran».

    C’est avec la plus grande inquiétude que nous apprenons la condamnation de la cinéaste iranienne, Mahnaz Mohammadi, à 5 années d’emprisonnement, et son incarcération ce samedi 7 juin à la prison d’Evin, au nord de Téhéran.

    Réalisatrice du film Femmes sans ombres, pour lequel elle a été primée dans de nombreux festivals à travers le monde, la cinéaste est, depuis plusieurs années, la cible des autorités iraniennes en raison de son engagement et de ses prises de position politiques. Elle fut déjà condamnée en raison de sa contribution au documentaire de Rakhshan Bani-Etemad «nous sommes la moitié de la population» à propos des élections présidentielles de 2009.

    Arrêtée également le 26 juin 2011, privée de ses outils de travail et de son passeport, sa collaboration avec la BBC et la production de documentaires pour cette chaîne serait, selon elle, le principal motif de cette nouvelle condamnation, ainsi que sa collaboration avec Al-Jazeera et des médias occidentaux tels que Radio France et Radio «Voix de l’Amérique».

    Nous reprenons ses mots «Je suis une femme et je suis cinéaste, deux raisons pour être considérée comme une criminelle dans ce pays», pour lui témoigner tout le soutien de la communauté des cinéastes face à cette immense injustice.

    La Société des réalisateurs de films appelle à la mobilisation de tous. Nous demandons solennellement au gouvernement, et notamment à la ministre de la Culture et de la Communication, de tout mettre en œuvre pour obtenir la libération de Mahnaz Mohammadi au plus vite. Nous dénonçons fermement cette nouvelle attaque à la liberté de création et d’expression faite aux cinéastes dans ce pays.

    Pascale Ferran, Katell Quillévéré et Christophe Ruggia, Coprésidents de la SRF

    Premières organisations signataires : l’ACID, ADDOC, l’ARP, le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, la Cinémathèque française, le Festival de Cannes, le festival du Nouveau Cinéma, le Groupe 25 Images, la Quinzaine des réalisateurs, la SACD, la SCAM, Le Syndicat Français de la Critique de Cinéma, L’UCMF, l’UNEVI, UNIFRANCE, le Festival World Cinema Amsterdam …

    Premiers signataires : Hiam Abbass, Chantal Ackerman, Solveig Anspach, Yvan Attal, Christophe Barratier, Xavier Beauvois, Lucas Belvaux, Djamel Bensalah, Julie Bertuccelli, Laurent Bouhnik, Stéphane Brizé, Laurent Cantet, Stéphane Cazes, Laurent Chevalier, Malik Chibane, Jacques Cluzaud, Jean-Louis Comolli, Jérôme Cornuau, Catherine Corsini, Constantin Costa-Gavras, Miguel Courtois, Émilie Deleuze, Lola Doillon, Ariane Doublet, Jean-Pierre Duret, Philomène Esposito, Philippe Faucon, René Féret, Laurence Ferreira Barbosa, Emmanuel Finkiel, Tony Gatlif, Thomas Gilou, Fabienne Godet, Mahamat-Saleh Haroun, Laurent Heynemann, Caroline Huppert, Gilles Jacob, Agnès Jaoui, Arthur Joffé, Sam Karmann, Cédric Klapisch, Jan Kounen, Eric Lartigau, Philippe Le Guay, Julie Lopes-Curval, Jacques Maillot, Anna Novion, Michel Ocelot, Nicolas Philibert, Brigitte Roüan, Andrea Santana, Riad Sattouf, Reza Serkanian, Coline Serreau, Charlotte Silvera, Claire Simon, Frédéric Sojcher, Juan Solanas, Bertrand Tavernier, Pascal Thomas, Danièle Thompson, Eric Tolédano, Joachim Trier, Serge Toubiana, Agnès Varda, Daniel Vigne…

    L’article de la SRF

    Elle s’appelle Mahnaz Mohammadi…(Serge Toubiana, directeur Cinémathèque française)

    La veille de son emprisonnement, Mahnaz Mahommadi a enregistré une vidéo avec l’aide d’une amie, réfugiée aux Pays-Bas. La SRF en a traduit les dernières minutes pour la joindre à la pétition quelle a lancée.


    Lien YouTube.

    Compte Twitter : @MALussier


    • C’est une nouvelle plus qu’inquiétante. Je crois me souvenir que c’est à la prison d’Evin qu’une journaliste iranienne est morte il y a une dizaine d’années. Elle avait émigrée au Canada et était retournée à Téhéran pour y faire un reportage qui lui avait valu d’être arrêtée. Sa mort avait fait beaucoup de bruit et n’a jamais pleinement été élucidée.

    • «Je suis une femme et je suis cinéaste, deux raisons pour être considérée comme une criminelle dans ce pays»

      C’est elle qui le dit. Être le gouvernement je considérais cela comme de la provocation! Mettons qu’elle ne s’aide pas, hein?

      Et, il faut le dire, on est loin de l’autre avant, comment y s’appelait déjà? L’Iran n’est plus ce qu’il était, je pense. J’espère qu’elle sera libérée. En tout cas on verra et on espère.

    • Bring back our girls! il se passe quoi avec les 276 écolières nigériennes?
      Le gouvernement américain va s’allier avec l’Iran pour combattre le djihadiste irakien! Tellement de cynisme, et la bien-pensante partent en guerre pour défendre une des leurs qui aura sa liberté dans un pays occidental, pendant ce temps, la plèbe souffre.

    • Je connais Mahnaz Mohammadi par mon milieu de travail, et j’ai vu le film Femmes sans ombres. Mais j’ai l’impression que dans le monde occidental en général on se rappelle de quelque personnalité de milieu culturel d’étranger (écrivain, peintre, etc.) uniquement lorsqu’une personne en question est emprisonnée, condamnée, etc. Je suis assurée que beaucoup de lecteurs de ce blog n’ont jamais entendu le nom de Mahnaz Mohammadi avant avoir lu cette information, et la plupart d’eux ne la connait pas (et ne connaitra jamais) comme cinéaste.
      Dommage quand la culture est en ombre de la politique.

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