Marc-André Lussier

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    Lundi 9 juin 2014 | Mise en ligne à 8h52 | Commenter Commentaires (12)

    La pire ennemie du FFM ? L’indifférence…

    FFM - Affiche

    Le FFM doit aujourd’hui prouver sa pertinence dans un monde qui a beaucoup changé depuis ses heures de gloire. C’est triste. Mais c’est ainsi.

    Ainsi donc, sur tous les paliers, les institutions gouvernementales ne reconduiraient pas les sommes habituellement allouées au Festival des films du monde cette année. L’événement serait même déjà en faillite technique. Est-ce à dire que le FFM est déjà mort de sa belle mort ? Non. L’entêtement légendaire de son président Serge Losique – qui force l’admiration, reconnaissons-le –  fera en sorte que la 38e édition aura fort probablement lieu comme prévu le 21 août. C’est d’ailleurs ce qu’a fait valoir la direction du festival dans un communiqué publié jeudi dernier en réponse à l’article de ma collègue du Devoir Odile Tremblay.

    Après ? Qui vivra verra. Mais le fait est que ce festival, en déliquescence depuis des années, ne peut survivre longtemps – encore moins trouver un second souffle – sans l’apport de fonds publics.

    Sans entrer dans les détails et ressasser toujours les mêmes histoires, je souligne deux graves problèmes qui, pour l’instant, apparaissent insolubles.

    Les dates du festival

    Depuis plus de 30 ans, le FFM se tient à la fin du mois d’août et se poursuit jusqu’au week-end de la Fête du travail. Depuis au moins 15 ans, ces dates ne sont plus du tout viables. Sur le flanc compétitif, la Mostra de Venise, qui commence une semaine après le FFM, a repris du poil de la bête et attire les meilleurs films disponibles. Elle mobilise toute la presse européenne et une bonne partie de la presse spécialisée américaine.

    Sur le flanc événementiel, avec son cortège de primeurs mondiales et nord-américaines (primeurs attendues on s’entend), le festival de Toronto est désormais dans une catégorie à part. Il commence habituellement trois ou quatre jours après que le FFM ait déjà tiré le rideau.

    C’est dire que le FFM n’a plus accès du tout aux productions les plus en vue, que celles-ci soient américaines, internationales, ou même québécoises. C’est en effet un secret de polichinelle que les films québécois du FFM, souvent arrachés de peine et de misère, échouent habituellement dans le giron montréalais par dépit, suite aux refus successifs des festivals plus «intéressants». L’an dernier, le cinéaste Mathieu Roy avait d’ailleurs révélé en entrevue que le comité de sélection du TIFF n’avait pas retenu son film L’autre maison, repêché ensuite par le FFM pour ouvrir la manifestation. C’est dire.

    Aussi, l’organisation de deux grands festivals internationaux de cinéma aux mêmes dates, dans un même pays, à 500 km de distance l’un de l’autre relève théoriquement de la pensée magique. Le FFM n’est tout simplement plus en mesure de rivaliser. Ni avec Toronto, ni avec Venise.

    Le plus grave problème

    Mais le plus grave problème auquel le FFM est confronté reste à mon sens l’indifférence générale liée à son sort. Depuis la publication de l’article de l’amie Odile jeudi, et de tous les autres qui ont suivi, on remarque très peu d’émoi à ce propos dans les médias sociaux. Mais vraiment très peu. Le sort du FFM n’intéresse plus personne ou presque. Les institutions quittent finalement le navire, bien après que les distributeurs locaux, à quelques exceptions près,  en aient fait de même. La désaffection du milieu envers le FFM est en effet notoire. Depuis quelques années, la grande majorité des distributeurs organisent leur calendrier comme si ce festival n’existait pas. Et sortent de «gros» titres dans les salles pendant que le festival a lieu. Cela aurait été impensable auparavant. Ainsi, les médias se retrouvent déchirés entre la couverture de films mineurs dont personne n’entendra pratiquement plus jamais parler par la suite, et la couverture de l’actualité «régulière», déjà très foisonnante à l’aube de la grande rentrée.

    Alors ? On voit mal comment le FFM peut survivre dans ces conditions. D’autant que l’offre se révèle beaucoup plus riche dans les autres festivals montréalais. Le Festival du nouveau cinéma peut en effet récupérer les gros morceaux de Toronto et de Venise. Cinemania propose aussi une programmation fort alléchante du côté francophone. Fantasia occupe son créneau de films de genre de très belle façon. Plusieurs autres festivals «de niche» font également du bon travail. Bref, le cinéphile montréalais est déjà très bien servi.

    À la manière d’un vétéran cinéaste qui, même en ayant réalisé de grands films dans les années 70 et 80, n’a pas automatiquement accès à du financement pour ses prochains projets, le FFM ne peut pas bénéficier d’une carte blanche non plus auprès des institutions. Il doit aujourd’hui prouver sa pertinence dans un monde qui a beaucoup changé depuis ses heures de gloire. C’est triste. Mais c’est ainsi.

    Les liens :

    Le FFM prépare une 38e année de haut calibre (communiqué officiel)

    Le rayonnement international du FFM ? Vraiment ?

    Le Festival des films du monde menacé (Odile Tremblay)

    FFM : des subventions de 1 million en suspens (André Duchesne)

    Il était temps (Marc Cassivi)

    Compte Twitter : @MALussier


    • À voir l’affiche qui trône au sommet du billet, j’aurais tendance à dire que le pire ennemi du FFM, ce sont ses posters. Mais bon …

      Commençons pas dire que j’aime le FFM, que je le fréquente depuis longtemps, que j’y ai passé de très bons moments et que son sort ne m’est pas du tout indifférent.

      Ceci étant posé, on peut constater une chose : Le FFM a su fidéliser les cinéastes d’une certaine génération. Or beaucoup de réalisateurs qui venaient souvent ne sont plus avec nous (Chabrol, Miller) ou ne tournent plus tellement (Saura, Menzel). Ce qui ne veux pas dire que le FFM s’est fermé aux générations subséquentes. Rappelons-le : Quentin Tarantino, Alexander Payne, la fratrie Dardenne, ou, pour parler du Québec, Denis Villeneuve et Francis Leclerc, ils sont tous venus faire un tour au FFM. Le problème (un autre !), c’est qu’ils n’y sont pas revenus.

      Peut-être que cela découle des deux situations que vous mentionnez.

    • On disait qu’il y a avait des problèmes au niveau de la reddition de comptes lors des dernières coupures puis ils avaient retrouvé leur financement deux ans plus tard.

      Sur leur site, ils disent que les états financiers vérifiés et rapports sont remis aux bailleurs de fonds. Peut-être mais il y avait quelque chose qui clochait.

      Si seulement, ils publiaient leurs états financiers sur leur site et changeaient un peu leur discours , on verrait peut-être s’ils peuvent survivre.

      S’il se concentrait sur ses propres finances plutôt que d’essayer de faire croire comme tous aux fausses retombées économiques qui ne sont que de la pourdre aux yeux.

      Avec des commanditaires, en faisant appel à des donateurs et en demandant je suppose des subventions plus ciblés, il pourrait continuer à faire un festival encore longtemps même s’il devrait prendre un coup à son ego.

      C’est à lui de prouver qu’il peut survivre… Et s’il était modeste sans l’être trop et plus ciblé il y a bien des choses qui pourraient rester.

      Avec des donateurs, des commanditaires et quelques subventions, pas besoin d’autant, vous pouvez en faire en masse un festival. Et surtout s’il se concentrait à attirer mieux le public.

      Qu’il ramasse plus de fonds privés, qu’il coupe dans les dépenses et qu’il cible mieux son public à travers différents volets et il peut survivre longtemps… Mais s’il est trop orgueilleux et croit encore avoir le prestige d’antan et compte trop sur les institutions et aussi veut ravoir les distributeurx locaux, il doit alors lui rester que deux ou trois ans incluant cette année. Bien, cela pourrait bien arriver, il n aurait qu’à se retirer …

    • Il me semble que pour une énième année autant Mme Tremblay que Monsieur Lussier nous refont le coup du festival moribond. TOUS les cinéphiles sérieux de la ville connaissent cette chanson – ce fait! – depuis 10ans.

      Je crois que chaque année journalistes et cinéphiles sont un peu tristes de remettre une couche de terre sur le cercueil (ils ont couvert la Compétition du festival jusuq’en 2012!!!!). C’est TERMINÉ. Inutile de parler des dates, de l’entêtement du boss ou de l’absence de réputation internationale, c’est terminé et les institutions ont ENFIN dit que c’est terminé.

      Nous nous sentons tous un peu mal, nous cherchons d’autres coupables que Losique mais assumons ce choix réaliste. Les RVCQ, le FNC, Cinemania, l’excellent RIDM font tous un travail annuel sérieux pour dynamiser leurs événements. Les cinéastes ne sont pas cons et vont vers les bonnes opportunités (locales et internationales). Il n’y a pas de coupables et cessons de nous morfondre. Oui en 1973 Marcello Mastroianni a mangé une crème glacée sur Ste-Catherine mais…. le FFM est mort, il s’est suicidé. Cessons d’écrire.

      Il n’y a effectivement eu aucun effet sur les médias et à part Roger Frappier et Roch Demers qui devraient bientôt venir nous chanter les louanges du FFM, rien, nada. Fin.

      Je vous entends bien mais je vous ferai remarquer que les médias ont quand même un travail à faire. Quand les institutions décident à l’unisson de couper les vivres à un festival vieux de près de 40 ans, cela constitue quand même une nouvelle peu banale. M-A. L.

    • Depuis plusieurs années, le FFM s’attire de nombreuses critiques. Je suis un partisan du FFM. Ça ne veut pas dire que je considère toutes les critiques inappropriées. Sûrement que certaines améliorations pourraient être apportées.
      Mais en tant que partisan du FFM, je me sens un peu comme, aussi, un partisan du CH, que les grands «connaisseurs» traitent de «fefans aveugles». Ils ne comprennent pas qu’on peut être fan du CH tout en ayant un regard critique sur certaines choses. Plusieurs DG et entraîneurs d’estrade semblent avoir toutes les solutions pour faire du CH une équipe championne. Pourtant, on ne les voit jamais exercer ces fonctions de façon réelle, dans la vraie vie.
      S’il était si facile d’organiser un festival international de films, comment se fait-il qu’en 2005, avec à sa tête un grand spécialiste international ainsi que l’appui du milieu professionnel gouvernemental et journalistique, le fameux grand festival qui devait remplacer le FFM a si lamentablement échoué?
      Le FFM n’est plus ce qu’il était il y a 20 ans, pour toutes sortes de raisons, et je n’ai pas l’expertise pour les expliquer. Mais lorsqu’on rapporte que le FFM ne s’adresse plus qu’à une poignée de cinéphiles qu’on retrouve dans des salles clairsemées, il y a là de la mauvaise foi.
      Il y a un très grand nombre de salles remplies au FFM et plusieurs représentations qui affichent complet. Pourquoi on ne rapporte pas ce fait? Il y a beaucoup de salles remplies au FNC, mais avouons qu’il est plus facile de remplir une salle de l’ExCentris que du Quartier Latin. Les films du FNC présentés à l’Impérial font rarement salle comble, et sûrement pas plus que les films du FFM présentés dans cette salle. Et j’ai vu autant de films dans des salles clairsemées au FNC (dans des salles beaucoup plus petites) qu’au FFM. Rarement rapporte-t-on les faux-pas du FNC (et pourtant il y en a). En fait, le Festival qui fait le plus de salles combles est Fantasia.
      Pour ce qui est des dates, ça me semble difficile de changer. Si on va plus tôt, il y a les autres festivals à Montréal : Jazz, Francofolies, Humour, Fantasia, qui n’apprécieraient pas en plus des conflits d’utilisation de l’espace public. Si on va plus tard, il y aura conflit avec le FNC et Cinémania. Alors que présentement, le FFM fait partie, et termine, l’ensembles des Festivals d’été de Montréal.
      Alors c’est quoi la solution? On élimine tout simplement le FFM? Quel en serait le bienfait pour les cinéphiles?

    • Le FFM vicitme des médias sociaux. Comme votre collègue Cassivi le mentionnait aussi ça ne crée pas de remous de ce côté-là. Un incontournable on dirait et c’est bien dommage pour celles et ceux comme moi qui ne sont pas branchés là-dessus.

      Je ne suis pas un “fan” du FFM mais je salue la persévérance de Serge Losique et la passion de ses habitués. Si Montréal est considérée comme la “Ville” des festivals il faudrait se souvenir du FFM. Il a fait l’envie de plusieurs villes à travers le monde pendant longtemps.

      C’est une alternative aussi au quasi monopole de evenko-Spectra dont j’aime bien d’ailleurs le “nouveau” festival Osheaga. Pour le jazz je trouve qu’il manque de “renouveau” mais ça c’est une autre histoire.

      Il faut dire aussi que le FFM n’attire pas Hollywood comme Toronto ou Cannes mais ça, ça m’attire pas non plus. C’est triste mais on est à l’heure des choix. Et surtout reconduisons les sommes allouées traditionnellement au FFM dans le domaine du cinéma.

    • J’aime le FFM que je fréquente depuis quinze ans! J’y ai connu d’excellents moments , mais des mauvais également. J’ai appris à fonctionner parmi les différentes catégories, ce qui m’a permis de faire d’excellents choix, la plupart du temps, mais pas toujours et c’est là un des problèmes majeurs du FFM: la quantité au détriment de la qualité!! On y présente des films qui NE DEDRAIENT JAMAIS être sélectionnés dans le cadre d’un festival international!
      Dans la catégorie mondiale, les deux dernières éditions furent excellentes, mais cela n’a pas toujours été le cas. Pourquoi présenté un film moyen sinon minable en compétition alors que le film est carrément hors compétition!!!
      Je visionnais, en moyenne, 60 films!
      Je note que l’an dernier les médias n’ont pas couvert la Compétition mondiale!!

    • @ Chandelier: Je ne veux pas être rabat joie mais la dernière apparition de Tarantino au FFM c’était pour Reservoir Dogs…. en 1992! Déjà, en 1994 quand Pulp Fiction est passé à Cannes, le FFM n’avait pas pu mettre la main dessus… Il est passé à Toronto… et tous ces films subséquents!

    • Le pire ennemi du FFM est la personne qui lui a donné naissance. Si Losique avait accepté un jour de passer la main, on en serait pas là. Mais personne ne souhaite faire affaire avec ce type, et son entêtement à demeurer en poste aura finalement coulé ce festival complètement moribond, sans intérêt et ringard.

      Laissez ce festival s’éteindre. En fait, si je pouvais tirer la plogue afin d’accélérer le processus, je le ferais sans faute !

    • @keepiru

      Ce serait difficile pour moi de vous traiter de rabat joie puisque nous disons la même chose. Plusieurs cinéastes importants sont passés par le FFM … pour ne plus y revenir.

    • L’association d’Hollywood au TIFF est loin d’être un détail.Du coup,le FFM ne compétitionne pas à ”armes égales” avec Toronto.

      Les autres festivals de cinéma? On ne les compte plus tellement il y en a à travers le monde (c’est presqu’un running gag).Changement de cap: une niche spécifique pour le FFM?

      Que S.Losique ait sa part de responsabilité,ça peut se discuter,en autant qu’il ne serve pas uniquement de bouc émissaire.Si le FFM veut tenter de se démarquer des autres festivals,ça demande alors un budget conséquent,pas juste un nouveau président.

    • Je dois vivre sur une autres planète…

      Cinéphiles: à quoi vous sert-il d’aller vous entasser 10 jours dans des salles pour voir les mêmes films que vous pourrez voir bientôt au cinéma, ou vous procurer en dvd/blu-ray?

      Le FFM présente des films moyens, certes, mais 90% y sont exclusif: vous ne les verrez jamais ailleurs. Et on ne parle pas de 80 films séparé en 4 concours, mais de plus de 300 longs métrages (du moins c’était encore le cas il y a pas longtemps), dans un festival entièrement accessible au grand public (alors qu’en Europe on a souvent l’impression qu’ils sont encore à l’époque de l’aristocracie).

      En fait, il y a t’il plus gros festival en terme de nombres de longs métrages offert au plus grand public possible? Je me pose la question.

      Oui, l’intérêt de la majorité des films du FFM est davantage anthropologique qu’artistique. Oui, ç’est un festival qui ne s’adresse qu’aux vrais maniaques qui veulent absolument TOUT voir de la production cinématographique internationale. Mais de là à penser que c’est un festival sans intérêt qui mérite d’être détruit… Bah, vous n’êtes pas des vrais cinéphiles. Vous voulez juste voir les films dont les gens parlent sur Twitter “pui, pui, pui, pui, pui”.

      Couper dans un festival qui a décidé de renier le prestige mondain de son passé, soit (Losique sait très bien qu’il a bifurquer son mandat quand Daniel Langlois a permis au FNC de lui piquer les films couronnés). Mais de tout lui enlever les fonds, c’est idiot. On aurait pu lui laisser un tiers ou la moitié.

      Pensez-vous que le FNC fera mieux que le TIFF à ce point-ci? Le TIFF n’a en fait que profité de la guerre des festivals montréalais qui a commencé vers 1995 (et du fait que contrairement à ceux-ci, il a toujours été ouvert aux films commerciaux).

    • “aristocratie” (moi qui ai prétendu ailleurs ne pas être analphabète (tousse))

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