Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Vendredi 9 mai 2014 | Mise en ligne à 17h08 | Commenter Commentaires (8)

    Cannes 2014 : cours de Croisette 101

    Cannes - signature

    Cannes - Affiche

    Au total, seuls les artisans de 54 longs métrages peuvent se vanter d’une sélection officielle à Cannes. Il est là le prestige.

    À l’approche du Festival de Cannes, qui commence mercredi, certains lecteurs souhaitent qu’on explique son mode de fonctionnement. Cette requête revient régulièrement. On veut notamment savoir quelles sont les différences entre les sections, qui sont les gens qui peuvent assister aux projections, bref, pourquoi ce festival trône loin au-dessus de tous les autres festivals de cinéma du monde dans l’imaginaire des cinéphiles. Profitons aussi de l’occasion pour faire le point sur la sélection de Mommy (Xavier Dolan) en compétition officielle. Et expliquons pourquoi cela n’est pas qu’une mince affaire.

    Petit précepte cannois, donc. Ou, si vous préférez, cours de Croisette 101.

    Il y a d’abord la sélection officielle. Ces films, souvent soumis dans une forme incomplète (voir cette autre entrée de blogue), sont choisis par un comité de sélection que dirige le délégué général Thierry Frémaux. Cette sélection se divise en trois catégories : la compétition officielle (la catégorie reine du festival), Un certain regard (une section parallèle mais toute aussi officielle), et les présentations spéciales (hors concours, séances de minuit, etc.). Tous les films sélectionnés sont évidemment des primeurs mondiales ou internationales (il arrive parfois – rarement – qu’un film retenu soit déjà exploité sur son territoire d’origine, d’où la désignation «primeur internationale»).

    Cette année, les membres du comité de sélection ont vu 1800 longs métrages. Dix-huit ont été retenus pour la compétition officielle, 20 pour Un certain regard, et 16 hors concours. Au total, seuls les artisans de 54 longs métrages peuvent se vanter d’une sélection officielle à Cannes. Il est là le prestige. Plutôt que d’offrir 350 films en pâture (comme le font plusieurs autres festivals) aux cinéphiles, Cannes ne sélectionne jamais plus de 60 longs métrages. La crème de la crème du cinéma mondial.

    Deux autres manifestations ont lieu parallèlement à la sélection officielle. Il y a d’abord la Quinzaine des réalisateurs, un événement né de la contestation de mai 1968, une année où le festival avait dû être interrompu en raison de l’implication des cinéastes (Godard et Truffaut en tête) dans les mouvements sociaux. Et de leur propre confrontation avec la direction du festival. Dirigée depuis 2011 par Edouard Waintrop, la Quinzaine propose 17 longs métrages cette année. Elle présente aussi 11 courts métrages, parmi lesquels Jutra, un documentaire animé sur le célèbre cinéaste québécois Claude Jutra, réalisé par Marie- Josée Saint-Pierre.

    Pour connaître l’historique de la Quinzaine.

    Quant à la Semaine de la critique, dont le délégué général est Charles Tesson, il s’agit là d’une section relevant du Syndicat français de la critique. Elle est consacrée à des premiers ou seconds films seulement. Onze longs métrages et dix courts métrages y sont sélectionnés, parmi lesquels Petit frère de Rémi St-Pierre.

    Pour connaître l’historique de la Semaine de la critique.

    Comme vous pouvez le constater, il n’y a pas plus de 100 longs métrages honorés d’une sélection à Cannes, dans une section ou dans une autre.

    Un (gigantesque) marché du film se tient aussi en parallèle de l’événement. D’où une certaine confusion (parfois volontaire) sur la présence cannoise d’un titre qui, en fait, est présenté au marché seulement.

    Dolan dans la cour des grands

    Mommy, le cinquième long métrage de Xavier Dolan, est le premier film québécois en lice pour la Palme d’or depuis Les invasions barbares en 2003. Il s’agira de la quatrième présence du cinéaste sur la Croisette. Révélé en 2009 grâce à J’ai tué ma mère, qui avait raflé trois prix à la Quinzaine des réalisateurs cette année-là, Dolan est revenu l’année suivante à Un certain  regard (sélection officielle) grâce aux Amours imaginaires. Il renouvelait l’expérience deux ans plus tard, toujours à Un certain regard, grâce à Laurence Anyways.

    Même s’il est déjà un vétéran de la Croisette, rien ne sera pareil pour Xavier Dolan cette année. Les films présentés à Un certain regard, à la Quinzaine et à la Semaine de la critique sont évidemment vus et commentés, mais jamais comme les films de la compétition officielle. Ce sont les films les plus courus, les plus commentés, les plus vilipendés parfois, et ils ont droit à tous les égards protocolaires dus à leur rang.

    Le jeudi 22 mai, Dolan et son équipe auront droit à la totale. Quand les principaux artisans du film se présenteront au Palais des festivals pour la séance photo traditionnelle, avant la tenue d’une conférence de presse à laquelle assistera la presse du monde entier, ils auront déjà une idée de l’accueil. La première projection, essentiellement destinée à la presse, ayant alors eu lieu, ils sauront si les festivaliers ont applaudi, conspué, chahuté, ou si les sifflets ont essayé d’enterrer le son des applaudissements. Ou vice versa. Le public du Festival de Cannes est réputé pour être le plus exigeant au monde. Les avis tombent très rapidement et le verdict est aussi sans appel. Quand un film n’est pas à la hauteur, le sport favori des festivaliers est de trouver la formule la plus assassine. Et de la partager.

    À 21h30, Dolan et son équipe auront ensuite droit à la fameuse projection officielle au Théâtre Lumière. Et à la périlleuse montée des marches qui la précède. Étant constitué d’invités de la France d’en haut, le public de cette soirée de gala est habituellement plus sage. Et plus indulgent. Ayant l’habitude de pratiquement tout lire (ou presque) ce qui est écrit sur lui et sur ses films (y compris ce blogue), Xavier Dolan devra forcément lâcher un peu de leste pour digérer le flot de papiers et de commentaires rédigés dans la foulée de la présentation de Mommy.

    Avec les présentations de Maps to the Stars (David Cronenberg) et de The Captive (Atom Egoyan), deux films réalisés par des vétérans rompus à la compétition cannoise, et en incluant le film de Dolan, une première Palme d’or canadienne dans l’histoire du festival est peut-être envisageable. Trois chances sur 18 quand même…

    Ouvert aux professionnels seulement

    Les séances de la sélection officielle ne sont par ailleurs pas ouvertes au grand public. C’est dire qu’aucun billet n’est vendu. Il faut plutôt être accrédité (journaliste ou professionnel), ou alors, avoir la chance d’obtenir une «invitation». Aux abords du Palais des festivals, plusieurs cinéphiles non accrédités viennent régulièrement à la chasse aux «invitations». J’engage d’ailleurs souvent la conversation avec certains d’entre eux. D’après ce qu’ils me racontent, il paraît que ça fonctionne. Mais pas toujours avec le film souhaité…

    En revanche, les séances des deux autres sections parallèles, Quinzaine des réalisateurs et Semaine de la critique, sont ouvertes au grand public.

    Quelques chiffres :

    12 longs métrages québécois sélectionnés dans la compétition officielle dans toute l’histoire du Festival de Cannes.

    1963
    Pour la suite du monde (Michel Brault et Pierre Perrault)

    1972
    La vraie nature de Bernadette (Gilles Carle)

    1973
    La mort d’un bûcheron (Gilles Carle)

    1974
    Il était une fois dans l’Est (André Brassard)

    1975
    Les ordres (Michel Brault)
    Prix de la mise en scène (ex æquo avec Section spéciale de Costa-Gavras)

    1977
    J-A. Martin photographe (Jean Beaudin)
    Prix d’interprétation féminine à Monique Mercure (ex æquo avec Shelley Duvall pour Three Women)
    Le vieux pays où Rimbaud est mort (Jean-Pierre Lefebvre)

    1980
    Fantastica (Gilles Carle)
    Film d’ouverture.

    1989
    Jésus de Montréal (Denys Arcand)
    Prix du jury.

    1992
    Léolo (Jean-Claude Lauzon)

    2003
    Les invasions barbares (Denys Arcand)
    Prix du scénario. Prix d’interprétation féminine à Marie-Josée Croze.

    2014
    Mommy (Xavier Dolan)

    4589 journalistes accrédités l’an dernier.

    29 626 professionnels accrédités l’an dernier au Festival et au Marché du film…

    Compte Twitter : @MALussier


    • Hors-sujet M.-A.L. est-ce que l’autre festival de “canes” a toujours lieu en marge de l’officiel? Je me souviens de reportages d’Anne-Marie-Losique avec entre autres, Treat Williams, sur l’événement. Un p’tit détour des fois, hein, sur la croisette?

      Ha ha ! Non, plus de Hot d’or sur la Croisette… M-A. L.

    • Ca faisait presqu’aussi longtemps qu’on avait vu un film québécois à Cannes que la Coupe sur la Catherine…

    • Merci des détails de la programmation. Depuis quelques années je suis
      le festival sur Canal + et un peu le site du festival comme tel… mais après
      une semaine j’ai hâte que ça se termine. :-)
      Pour Dolan on ne peut que lui souhaiter bonne chance ! Mais gagner la palme
      est-ce comme gagner une médaille d’or aux JO ? Quand on en a une on a
      moins la motivation de continuer… Ou n’y a-t-il pas le danger de faire des films
      taillé sur mesure pour un festival. Ok, mauvaise piste, Haneke n’est pas allé dans
      la simplicité avec son « ruban blanc » et pourtant il a gagné…

      Ben merde Xavier ! (ou Go Dolan Go ! puisse qu’on est dans les séries)

    • Article fort intéressant; merci M-A. L.

    • Bravo a Dolan!

      et bravo à vous Mr Lussier, vainqueur de “pouvez vous repetez la question”
      toujours aussi drole et divertissant!

      Merci. M-A. L. :-)

    • J’ai lu rapidement et j’ai vu un “s” à la place du “i”. Je croyais que le sujet serait très différent!

    • Vrai que le Festival de Cannes est le Festival de films le plus prestigieux. Et vrai qu’il y a lieu de se réjouir pour Xavier Dolan.
      Mais vrai aussi que les journalistes aiment bien être traités en privilégiés pouvant côtoyer les veudettes et les professionnels et la grosse gomme tout en enfilant les verres de vin et les petits canapés, et rendre compte au petit peuple des films qu’ils ont le privilège de voir.
      Et vrai aussi qu’en mai 1968, Godard, Truffaut et compagnie ont eu beau ruer dans les brancards, le Festival de Cannes est rapidement redevenu (sauf pour l’ajout d’une petite section accessible au petit peuple) ce qu’il a toujours été: une manifestation à paillettes bourgeoise que le petit peuple peut suivre dans les médias ou, au mieux, s’entasser de part et d’autre du tapis rouge pour voir défiler les veudettes («Hey! J’ai vu passer Brad Pitt; j’ai pu prendre une belle photo!»).
      Alors à Montréal, est-ce que c’est ce genre de Festival qu’on veut, pour satisfaire nos bons journalistes, ou n’est-il pas préférable de maintenir nos Festivals plus populaires (tels le FFM, le FNC, et Fantasia), permettant aux cinéphiles du petit peuple de voir des films internationaux difficilement accessibles autrement?
      À bas la bourgeoisie et l’écart démesuré entre les classes sociales, criait-on en 1968. Les plus extrémistes pronaient le communisme. Les plus modérés, qui formaient la grande majorité des «révolutionnaires», pronaient une social-démocratie. Aujourd’hui, une grande partie des jeunes critique vivement cette génération qu’on appelle ici les «baby-boomers», avec des revendications individualistes et égoïstes.
      Et on pense que la société a évolué!!!
      Prochain rendez-vous: mai 2068???

    • Intéressant! Merci!

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